‹ Histoire de Monseigneur Olivier, évêque d'ÉvreuxChapitre 25 sur 47 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

H* Mlvier) évé^iie noittnië 4i*Evreax.

Le jour même de la nomination de M. OliTier à l*é- Tèché d'EvreuXy M. Martin (du Nord), garde des sceaux, ministre des. cultes, vint féliciter le nouveau prélat. Dans la soirée, celui-ci se rendit aux Tuileries pour remercier le roi qui lui dit avec beaucoup de grâce :

« Il y a longtemps que je désirais vous voir entrer « dans répiscopat. Si vous n*avez pas été nommé plus « tôt, c'est que je savais qu'il serait fort difficile de « vous remplacer. »

Des Tuileries, M. Olivier passa à la chancellerie et au ministère des affaires étrangères. Il n'est donc pas vrai que sa première visite fut pour M. Guizot : le JùWTfuU de VEure^ qui recevait ses inspirations d'une main ennemie et cachée, en fit la remarque parce que M. Guizot était protestant.On voit déjà comme on épiait toutes les démarches du nouvel évèque, même les plus innocentes, les plus simples et les plus naturelles, pour leur donner une couleur odieuse. C'était un parti pris de tout voir et de tout prendre en mal, et ce parti a été suivi avec une ténacité incroyable, avec une implacabilHé de haine qui survécut à sa mort même. Quand

on sonde la profondeur de cette inimitié, elle épouvante ; elle se portera même à d#s excès d'une incompréhensible noirceur.

Le lendemain, M. Oliyier descendit à Téglise et dit la messe au maître -autel, assisté de ses vicaires et entouré de ses prêtres. La nouvelle de sa nomination avait parcouru rapidement sa paroisse. Aussi les fidèles étaient accourus en ^and nombre. Il n^y avait ^tt'un tno( dafië toutes len boueheii : quelle perte foit Mnt'RochI

Après U meëse, le clei'gé tèhttè dans Id saoflâtlé^ fi se pftfwe une «cène tottchatité. M. rétèque nommé d'Evreux adresse à ses prêtres réunis autour de lui une allocutiofl pathétique qu'il puise dans son cœur, tour faisant entendre combien il M eoâtalt de se séparer dé Hei fldilei^ CoOpéfateurS, de Uùû troupead chéri et de ses pauvres. Puis parlant af ec beaucoup de modestie de ce qu'il arait fait pour le bien de sa paroisse^ it exprime la fermé eotiflaucé que la piété et M prttdéuoè de son successeur soutiendront et compléteront son œune. C'est par leur émotion plutôt que par leurs paroles que les eedésiastlques dont il est efiiooré répondent à cette atrectueuse allocution. Les ifiargutlllefs de la paroisse, les dames de charité, les innombrables amis du pasteur ténéré «t béni s^assoeient à tous les sentiments du clergé. Ce sont des larmes qui coulent, des paroles entrecoupées par les sanglots, des adieux déchirantil 1 «Fautai Tavoil: connu <t et le perdre, jf disait*on en se retirant.

- un -

M* OU?ier présente le même jouv pour témoins d# ses infommUpn^ M» Fftbbé Eglée, son intime »mi, cba» noine de U métropole et secrétaire de TarcbeYÔcbéi ^t M, î'îAbé Jardin, curé de S^inte-EIfcabelb,

Le 23 avril, M. OliTier écrivit à Son Emlnence le car* dînai prince de CroY, archevêque de Rouen :

ff Monseigneur,

« Nommé par le roi à révéohé d'Evreiix, l'un 6û « mes premiers devolri est d'en informer votre Altesse m Eminentisslme, et de réclamer avec conûanoe le se-* « cours df ses prières, Je lui demande de vouloir bien « me permettre de compter sur sa haute bienveillance m comme eUe peut compter sur les sentiments pro-* « fonds de vénération et de dévouement de son nqu^ c veau suffragant. »

Le cardinal répondit : « Votre nomination me oomble a de joie et d'espérance ; il fallait à Evreux un homa me de votre trempe et de votre talent, un homme « animé de votre Eèle qui m'est bien connu. Mon inm iMî pour Véréeké d^Evreuœ est d'autant phu vif c quHlnt peut-être leplui iouffrant de ma province « ueUêiaitiqHe. »

Pendant que le métfopoliliiin écrivait cette lettre, le chapitre de la cathédrale d'tlvreux délibérait, et si-^ gnait une protestation adressée à Son Es^çellenee le uii^

nistre des cultes dans laquelle on lui déclarait que Ton tie supposait pas à M. le curé de Saint-Roch les vertus nécessaires pour faire un bon évoque! Acte inqualifiable destiné dans la pensée de celui qui le conçut à taire du scandale, puisqu'il fut communiqué aux journaux bostiles qui le livrèrent à tous les échos de la publicité avec d'odieux commentaires, et d'autant plfli coupable que pour le faire aboutir il fallut nécessairement tromper la religion, la piété et la bonne foi des autres. Qui trahit le secret où devait être enseveli cette protestation? N'est-ce point celui qui rédigeait des notes pour M. Selme, rédacteur du Journal de VEure, feuille chaque jour remplie d'injiures contre M. Olivier? Celui qui prononça ce mot cruel : « Si nous ne réussissons pas à empêcher M. « Olivier de venir à Evreux, eh bieni notre protesta- « tion servira du moins à fausser sa position, à le faire « partir plus tard ! » Celui qui en lisant les diatribes frénétiques de la feuille radicale s'écriait encore : «c C'est bon ! ça chauffe I »

Un seul chanoine ne signa pas la protestation du chapitre de la cathédrale : ce fut M. l'abbé Moisson, depuis chapelain de la chapelle royale de Dreux.

Quand cette pièce fut déposée entre les mains du roi, on dit que sa sereine llajesté fut un peu déridée* Car il la remit en souriant entre les mains de M. Olivier : c Voyez, lui dit-il, lesNonnands vous cherchent « déjà chicane. »

Les chanoines pétitionnaires, à la nouvelle de la nomination de M. Olivier qui se croisa, dit-on, avec leur lettre dont j'ignore la date, furent consternés. M. l'abbé Moisson, qui n'avait pas signé, jubila. M. l'abbé Seugé avoua ingénument et loyalement, sans restric-

tion et sans arrière pensée, qii*il aTait fait là ue grande &ale. MM. Lambert et Cocquetin, B'éeoutanl plus que leur foi et la droiture de leurs iutentioBs» Toulureot absolument se raviser et avouèrent, les lar-* mes aux yeux, qu*on les avait trompés. Ces deux 'vieil** lards étaient si saints et si respectables qu'il était im* possible de douter de la bonne foi et de la sincérité 4» leur repentir. On vàsérait eu eux la vertu BÉlaie< Quelque temps après, M. Tabbé Cocquelin, répondant à une lettre affectueuse de M. Olivier, Ten remerciait en disant qu'il avait rendu la iérémté à $a eonêeimee^ $i la joie à son âme. C'est peut-être là le seul nuage* qui passa un instant sur le front de ce bon Tieillard dont les mœurs étaient si douces, et l'humeur si égale.

L'inuttrase majorité du clergé ébroïden apprit avec joie la nomination de M. le curé de Saint-Roch. B respkait enfin I Tous les curés se réjotissaient à ridé# d'aToir un évèque qui gouvernerait par liU-mAme; toutes les bouches /épétaient ce provert>e popuUûre qui renferme un si grand sens : il ««ni mdêmx «voir à faire ma bon Dieu qu'à êe$ eaintê.

Ce qui enfantait surtout du nouvel évèque, c'est qu'il était curé ; par conséquent, il connaissait le sakil ministère; il serait un guide sûr; il avait l'expérience des tribulatiom inséparables de l'administration paroissiale. Après le récit des adieux et des larmes versées dans la sacristie de Saint-Roch par les vicaires de M. Olivier, ils lurent dans Y Ami de la Melipon répété par la presse entière, numéro du 20 sTril :

^ ^ iH^Ufl>nt la piort de M- Pu ChftielU0r« los vU ^ oaifes ctpitolaireg ftv^i^nt 4i( ; ^A/ fu'il r^m tkk % fMin» ianê 9Qn[ imco^momt. et que^ 4i$ nmnienetnt $on « «^4l r«|Nii0 $ur l^iI Cet esprit de piéié et de eba-^ € rite eeatinuera de vivifier le diocèse d'Evfeuz, Noui € ne considéroos ici que le prêtre, et lee actes de M. % le euré de SaiotrRocb permettent d'apprécier ce 1 que pera Vévèque*

« UjQi talept rare comme orateur cbrétieB, m xèle f vif et iufatigai^le« une générosité oempàtiisaRte pour c( lea malbeuiHBUx, voUA les qualités que le dergé et f les fidëes d« dioeiie d'Ëvreut trauvepant dans Unir, «tf premier pasteur, s

. Oa se disait done dans. le dîocàse d-fivpaux s Si lea prêtres qui ont vécu avec M. Olivier, à Saint-ftach, Tout tant aimé, pourquoi ne Taimerions-nous pas à notre tour ? S*ils pleurent son départ si amèrement, pourquoi ne pas nous réjouir de son arrivée?

Puis «es biagrapbie^ que Toa se paaawt da main en qiaiA, Im ttotoigoafee d'une multitude de lettres é0rit(^ de Paris f aeoptaieut de lui des obèses rai^ sautes \ la su^ierité de ses meuts, sou sèle, sm es« irit, §^ bf ute et inépuisable éloqueuoe. sa bonté, sa: (raqcbiae, la loyauté do sou caractère. Ou notait bien en lui aussi quelques, défauts qui n'ont f as échappé à 9es biographes ; de la légèreté dans le earaotère, trop di^laisset^aUer, trop d'abandon qui lui fiiaait perdra calque ohose de la gravité et de la dignité du prik^. e^^nepté quand il était h Tautel, un esprit réformateur, Uamour de Tordre poussé jusau^à la minutie, jusqu'il, une espèce de foreur, et, à de rares iutervaUes, lea oon» ti^diotioQs 4e son caractère, {ort et faible tour à l«uri popui^w H aûnant.à firégg^nter4ap jgfgn^^^ ^«g»l

de B68 prêtres la régalante ayoc una gévérité paH^b}^ QUtrée 6t d'autres foig aussi trop mou et trop indulgent, Peut-âtre bien aussi que Ton n*était pas fâché de le savoir homma par quelque endroit. Ses défauts mè^ mea prouvaiaiit sa franchise, et ils étaient plus appa-* rents que réels. L'absence da la dignité et de la gra-r vile du prétra qui lui fiaisaient parfais défaut jusqu'au point de choquer grandement ceux qui ne le connais-* «aient pas, tenait surtout à la fatigue d'un esprit tou-» jours tendu qui se débandait. « Mais, disait le Shli-* « taif^, p. $8 de sa biographie, il n'est paa jus^ < qo'aiw qualités de oet homme qui n'aient parfois « des allurea indéfinissables de faiblesse, et il y a t dana ses imperfecUons les plus elaipementdessinéea^ « un ineiprimable parfum de ?ertUt Impossible donc, « si on le juge exolusivement sur le dire populaire et n sur e^tain^ apparencesi de formuler une opinion « raisonnable, a

Haia oe qui faisait purtout OQnoeyoir an clergé d'Evreux les plus belles espérances pour l'avenir^ c'éttiant les bénédictions que Dieu aToH répandues sur san ministère k Saint-^Denis, dana ses miaaions, h Gbaillet, à Sain^Etienne^du^Mont, et surtout h SahiV» Ronb. Beaucoup firent immédiatement la voyage de Paris pour voir leur nouvel évèque et revinrent émer* VBtlMs. Us enthousiasmèrent les autres. Un des cha-i. noines protestants, comme on les appelait, la visita, •( il en fui parfaitement et admirablement aoeuellli, De t^HM las points du diocèse, des lettres d'acclamation mlèrent entra sas mains t la plupart s'élavaient ju«^ q«'au lyriame.

« Monseigneur, écrivait, le 22 avril» Mt Tabbé % Alwitt4feerlbraiiae«^im4 Devin, arehIprAtrfi /le

€ Notre-Dame d*Evreux, curé de la cathédrale, quelles « actions de grâces n*ayoDS-nou8 pas à rendre à la « divine Providence qui n'a pas voulu nous laisser « longtemps orphelins I A peine sommes-nous sortis « des jours de deuil et de juste douleur où nous a « plongés la mort de notre vénérable évèque, et « déjà nous apprenons, avec Témotion de la recon- « naissance, qu*un nouveau pasteur nous est donné, « et quel pasteur!!! Dans peu, sans doute, il nous « sera donné de contempler les traits chéris de ce « nouveau père en Dieu, et de le saluer des accla- « mations de la joie et de Tallégresse. Mais, en atten- « dant ce jour de îèie, souffrez. Monseigneur, que le « curé de votre église cathédrale vienne d^avance « vous offirir ses humbles félicitations, et Texpresiion « de la vive satisfaction qu*il éprouve de voir ce dio- € cèse pourvu d*un prélat si puissant en œuvres, et « si riche en talents et en vertus. Heureux si, le pre- « mier, il venait déposer aux pieds de votre Grandeur « ses protestations d'obéissance filiale! »

Le S mai, M. le curé de la cathédrale protestait avec chaleur « contre les bruits qui s'étaient répan- € dus (el qm 4one Ui répandaUf) que l'arrivée de « Mgr Olivier ne serait pas agréable aux habitants c d'Evreux. « Nous sommes unanimes, disait-il, dans « les vœux que nous adressons au ciel pour votre «^lus prochaine arrivée. »

M. l'abbé François -Ambroise Préaux, chanoine konoraire de la cathédrale, curé de Saint-Taurin, avait été un des premiers à courir à Saint-Roch, et après une première lettre du 21 avril, il écrivait encore le 7 mai :

« Tous les curés que j*ai vns vons désirent ou

c sont sans prévention. Lundi prochain j'aurai à dtner « tous les curés de mon canton, à l'occasion de la « distribution des saintes huiles. Je tous rendrai

< compte de ce qui aura été dit. »

Il ne {ut dit que de bonnes choses à ce dtner dipldmatiqucy comme le prouye cette lettre collectiye dà 10 mai:

« Nous bénissons la Providence qui vous a choià « pour notre chef et notre pasteur. Nous savons dé}à « que vous joignez la sagesse du conseil à la promp- « titude de Faction, qu'en vous l'autorité qui com- « mande est toujours tempérée par un mot gracieux « qui rend Tobéissance aimable et facile, que vous « avez le rare talent de faire de vos inférieurs des « amis. Tel est le portrait, Monseigneur, qui nous a « été fait de vous. Il y manque bien quelques traits « pour compléter la ressemblance; mais comment, « sans blesser votre modestie, oser vous parler ici de « votre zèle, de votre piété, de votre parole &cile, per-

< suasive, entraînante? Nous croyons vous être plus

c agréable en gardant le silence à cet égard. Mais si

€ nous pouvons commander à notre langue, nous no

m pouvons taire taire notre cœur, nous ne pouvons

c comprimer notre admiration, nous ne pouvons pas

c tarder plus longtemps à vous donner l'assurance

« d'une soumission entière, d'une coopération firanche

« et constante pour le bien que vous voudrez tdfe

m pour nous et par nous, et du profond respect, etc.

c PsBAUX, doyen de Saint -Taurin; Pisaw- Mastin, Manoust, vicaires de Saint-Taurin; Pierre- Jacques de Bouglon, curé de Brosville; Jean-Baptiste Chrétien, Lemoinb, Bbaucocsin, Lepbsvre, GuiNoisBAU, Mon* GuiLLON, desservants dans le canton de Saint* Taurin. »

— 3îS —

En eBYoyaiit cette lettre, M, r»bbé Prtew jeifnit une lettre particulière qui se termipait par cette exr çlamatioQ ; «i Que ne sois-je curé de tout le diocèse 1 « Tous les cœurs seraîeat bientôt ^ ¥ou»l Je orois «ç qu'il y «t a bien peu maiotepaat qui ne eolenipour

Le même écrivait encore le 1®' juin : a Je vous al « envoyé un grand nombre de periennea depuia queln que temp9t Je suia fàeh^ de ne pai af eir eu cettt <^ pensée là plus tOt. Le« personne» qui vous voienti 5 qui s'entreMennent avec vous, revienuant enohan* « tées, EUea le diaeot et tout le monde se prend à tf voua aimar et à désirer votre arrivée panni nous« « J'avais à peu près obtenu de la supérieure de la 0 Providence qu'elle vou9 écrirait... M, de Tonnerra € est encbanté, Je Vai fait parler devant quelques « personnes, et cela a produit un bon effet. »

Le 3 mai, le nouveau prélat répondait h M. le curé de la catbédrale ( « Mon cher ami, un bon cœur est s tout ce que j*aime. Votre lettre d'aHJourd*hui me ff donne Tassurance que vous en êtes doué. Tranquil» s lisez cewx qui se troublent. Je ne sais pas si Ton s travaille contre moi, Ce quk jb sais, c'asi nui j'au» ff MES ENNEMIS, mais j'aime encore mieun mes amis, g Vous êtes de ce nombre, je ne puis en douter, a

Parmi les réponses de M, Olivier aux lettres qu'il recevait de toutes parts, deux nous découvrent en^ çore les sentiments dont il était animé. Il écrivait i M» Tabbé Dolet, archiprètre de Pont-Audemer :

€ J'ai reçu, avec une grande consolation, l'affec- « tueuse lettre que vous m'avez écrite. J'espère que € Dieu me donnera de remplir vos intentions. Dites € avec conOance, à Messieurs vos confrères, que le

« roi letif  hoïamé tin hommô âé bontiô Volonté. » A M. Tabbé Hamel, supérieur dd petit séminaire de Pont-Audemer :

« J'éprouve le besoin de VoUi$ témoigner ma recon- «t nalssatieé pour toutes lès marques de sympathie « que vous m*avez déjà données. Je n*en perdrai pas « le souvenir, je vous prie d'en èti'e assuré. Je ne « viens pas pour perdre, mais pour conserver. J'act ceptetài tout le bien qui est fait avec joie, et c'est K à là prudence, aux conseils 6t au temps que je de- « manderai les moyetis de consolider, d'améliorer ei € d'accroître. »

GéÛ Mi ttIliéU dé rènthoûsiàsme et de la joie causée pat la nomination de M. Olivier que le clergé dflvrêux apprit par les journaux ce qu'ils appelaient la protestation du chapitre : il en fut pénétré de douleur. Cependant le chapitre, débordé par l'élan *de tout le diocèse, était revenu bientôt & une plus jtiste appréciation des qualités et des vertus de son futur évêque. Le 29 avril 1841, tous les membres du chapitre signèrent, &vec lés vlcaires-géfiéfaux capitulàires,' la lettre suivante : *

« MoQidgBeiir)

« iMiniitf qu'ils aiieadraieiil éÉ \àiû ^los Idng- « temps du Gouvernemeni Ift noiiflcaiioa offlcielle « (il fi'«B Mt Jamais) de votre nomination au sié^e é épiMopri d'EtreuXi les vicaires-généraux ftdminis-' < trftteurs da diocèse et lé chaptirc de la cathédrale

« ft'empressent de déposer à vos pieds leurs homma» € -ges respectueux.

« L'accueil gracieux et plein de bonté que Tun de « nos collègues a reçu de vous, Monseigneur, les « choses touchantes qu'il nous a dites du profond resc pect que vous professez pour la mémoire du vénéff rable prélat que nous pleurons, du zèle qui vous « anime pour la gloire de Dieu et le bien du diocèse « qui va être confié à votre sollicitude, nous donnent « les plus belles espérances, et nous inspire la con- « fiance que notre Eglise sera consolée de la perte « immense qu'elle vient de faire.

« Comptez, Monseigneur, sur la soumission filiale « de votre clergé, sur son loyal concours et son dé- « vouement sans bornes pour vous aider à accomplir « tout le bien que vous méditez.

« Votre chapitre, Monseigneur» ne croit pas man- « quer au respect à une allocution récente du Saint- « Père en vous priant d'agréer des lettres de grand c vicaire.

« Au reste, Monseigneur, nous n'oublions pas la « sage maxime d^une administration provisoire, nihU « innov^ur (que rien ne soit innové), et nous vous € donnons l'assurance qu'aucune mesure, tant soit c peu importante, ne sera prise sans votre agrément.

c Daignez, etc... »

LeUrei d$ vicairs-génériU.

« OipMUm EhrolcensemiivenU prmiente$ UUeroê im^ n peefMrtf , falmkm tu J>ofiiliio.

« P. D, NicQlei-Thtodm OUvier^ cQ$kêdràli$ MknAem^U, « àjfiêeofi Montitiolî, fhivimèm in JDoimno ipermUef CMi-.

« fiêêniêêfuêf iUmn Hearium noiirum generaiem et ipe- « eiaUm in Diacesi faeimus et conMUiumu$ per prœ$enr « te$..,j ete, m Datum EhrcHeity 38 ami 1841, tib ngiUo eapiUiU,.,.

« Le chapitre d'Evreux à tous ceux qui les pré- « sentes lettres yerroDt, salut.

« Mous, pleins d'espérance et de confiance en notre ff Seigneur, dans la probité, la science et la prudence « de vénérable homme, Monseigneur Nicolas-Théodore « Oliyier, évèque nommé du siège d'Evreux, le faisons « et constituons par les présentes lettres notre vicaire « général et spécial dans le diocèse, etc. (Suivent dans Toriginal les pouvoirs les plus étendus et les plus détaillés, renfermant toutes les prérogatives épiscopales, jusqu'à faire des règlements, ordonner des diacres et des prêtres, administrer le sacrement de confirmation, suspendre, interdire et porter des censures.)

« Donné à Evreux sous le sceau du chapitre, le 28 « avril 18il.

<K Signé :

« Pour le chapitre, «( Lambert.

« Moisson, secrétaire du chapitre. »

Que serait-il arrivé si M. Olivier eût accepté ces lettres de grand vicaire? Rome eût jugé très sévèrement cet acte, et c'eût été pour elle un motif bien suffisant de lui refuser ses bulles. Que deviendrait, en effet, Tautorité du souverain pontife, en cas de conflit avec les gouvernements catholiques, si les chapitres * pouvaient conférer des pouvoirs de grand vicaire aux évèques sommés, qui administreraient de fait les dio-

cèses G» se padisânt de ta confirmation canonique du Saint Siège ?

Le i mai, M. Ollrief répondit \

« Mesftiettri,

« Je vous remercie d'avoir devancé, par vôlfe lellre a du 29 avril, les eommuntcatlons qui doivent bientôt f( s'établir entre vous et mol. J'attendais Toccasion de «r vous ouvrir mon cœur et de vous dire à tous la pa*- « rôle de saint Paul • Oê nostrufn patet ad tôê; eot «c nôstrum dilatatum est. (Notre bouche s*ouvre par « raflfection que Je vous porte ; notre cœur s'est di- « laté, II, Cor. chap. VI, v. 11.)

(t Je sais, messieurs, tes regrets dont vous avess ac- <c compagne la mort de mon prédécesseur, et je sats « aussi la consolation et Tappul que vous avet donnés ^ à son éplscopat. Je sais votre piété et votre 2èle, « votre amour pour TEglise et pour les pontifes, et m une sincère et profonde estime m'unissaient à vous «c avant que j'eusse à ressentir en mol le besoin de « vous aimer et de vous appartenir.

« J'accepte, messieurs, avec sincérité votre loyal <K concourt!^ je le réclame pour le bonheur du diocèse. « Nous oonttnuerons le bien déjà commencé, je Tes- « père, de la bonté divine» et vous m'aiderez à mette tre le couronnement à Tédiâce que vos mains ont « élevé.

« Vous savez les raisons qui m'empêchent d'ac- « cepter les lettres de vicaire général que vous avez « bien voulu m'envoycr. {Ces raisons étaient tout n simplement les règles de VEgltse.) Je Sens tout le « prix de ce témoignage de confiance, et je voUS prie 41 d'en recevoir mes remerciments.

« A dater de oe Jour, meMieors» regardex-tnoi <K comme étaot tout à tous, et soyez oonvalncoi que (c plus DOS rapports seront fréquents et plus ils me « seront agréables.

« Recevez tous, messieurs, l'assurance, etc. »

Cette communication du prélat causa une véritable joie au chapitre, comme le témoigne la lettre suivante de M. Tabbé Guillaume Lefebvre, supérieur du grand séminaire, ricalre général capitulaire, 5 mai 1841 :

« HoDseignéutf

« C'est avec tin respect mêlé d'attendrissement que « l'administration diocésaine a pris communication de tf la réponse dont vous avez bien voulu l'honorer. « Cette lettre où vous nous ouvrez votre cœur ne tf nous laisse à tous qu'un sentiment t Ad muUos annos « (Restez avec nous de longues années I)

•t Vous le savez, monseigneur, c'est le privilège « d'un bien petit nombre de gagner à être vus de « près, et, si Je ne partais qu'en mon nom, je ne serais « pas sans inquiétude sur l'opinion si charitable que « vous exprimez à notre égard. Ce qui me rassure, «1 c'est que vous trouverez abondamment dans mes cr collègues ce qu'il y aura de moins en moi; mais ce « ne sera jamais, j'ose le dire, du cêté de la piété « filiale; car il y a longtemps que j*ai appris, avec « eux, à aimer et à vénérer mon évéque commo le « père de mon ime. »

Ainsi la paix était faite, et le mot spirituel de M* Olivier, quand il avait appris que le chapitre pro* testait contre sa nonÛBation, réalisé : « Ces mes* sieurs ne veulent pas du curé de Salnt-Rooh \ ils

« Tiendront avec empressement au devant de Tévè- « que d*Evreux. »

LMnimiiié acharnée el implacable avec laquelle on se déchaînait contre le nouvel évèque, s'était réfugiée dans le Journal de VEure. Cette feuille (n<» du 8 mai 1841) invoquait la violente et énergique protestation du chapitre, pour faire circuler les bruits les plus sinistres, sonner le tocsin d'alarme dans tout le diocèse, et lancer à la face de M. Olivier les plus hideuses injures. Mais le remède était dans Texcès même du mal. Si le chapitre restait muet devant les provocations du journal, qui s'appuyait de son autorité, et osait Affirmer (no du 24 mai) que deux d'entre eux désertaient le palais épiscoptit comme un lieu maudft, H. le curé de Saint-Taurin s'en émut. Je vois dans une lettre du 7 mai, une démarche offlcieuse de sa part auprès du rédacteur, et il ne voulait abonner M. Olivier au journal qu'autant qu'il prendrait l'engagement de ne rien dire contre lui. « Celui à qui je « parlais, dit-il,réfléchitpendantquelquesiustants,puis « il m'a dit : Si fêtais encore chargé de la rédaction^ « je n'hésiterais pas; mais je ne suis plus chargé que de « V administration. La rédaction appartient à un « M. Davenay, qu'on a fait venir de Pan>, qui est A d'une opinion très avancée, et qui a de grandes « préventions contre messieurs les ecclésiastiques. «Il parait même que ce M. Davenay s'est mis en « relation avec M. X...., fameux légitimiste.... On « est persuadé que vous venez afin de rattacher,

c avant tout, le clergé à la famille royale, etc. J'ai « combaUu toules ces idées. J'ai répondu que vous « seriez évéque et point homme politique, ni de € parti. »

Ah I nous y Toilà I la passion politique, voilà donc Ton des puissants mobiles des persécutions que M. Olivier aura à subir pendant la durée de son épiscopat. On lisait, en effet, dans le Journal de VEure :

c ... La cour envoie M. Olivier dans le département c de l'Eure pour gagner à la couronne l'affection des « prêtres d'abord, et par suite celle des populations, c C'est fâcheux pour M. Olivier, mais il va se trouver « compris dans le très petit nombre des évèqnes po- « litiques, et c'est peut-être à celte position spéciale, « que l'opinion publique lui a faite, qu'il faut attri- « buer l'opposition violente qu'a soulevée sa nomina- « tion dans le chapitre d'Evreux (no du 7 mai.) »

Dans le numéro suftant, le journaliste pousse le délire jusqu'à comparer au plus vile et au plus manifeste des imposteurs, l'abbé Châtel, jusqu'à représenter comme singe et imitateur de l'abbé Châtel, celui qui, pendant quinze ans, avait fait les délices de la capitale la plus polie du monde. Indigné de ces indignes attaques, M. Dolet, curé de Pont-Audemer, y voyait l'intervention de l'enfer. Il écrivait, le 3 juin : « Je pense « bien que vous ne vous étonnerez ni ne vous afOige- « rez, monseigneur, des efforts que tente l'Ange de ff ténèbres pour égarer les esprits. C'est une preuve « qu'il voit tout le bien qte vous ferez dans le dio- « cèse I »

Au sujet de l'abonnement aux journaux d'Evreux, M. Olivier avait déjà écrit, le 3 mai, à M. Préaux, cui^é de Saint-Taurin :

« J*atl«iidfai êtioora pour les Journaux. J^aurai u Thonueur da voua écrire ! Je ne veux pas mendier a de suffrage!. Ma maxime, mon cher curé, est celle- « ci : Je sais que je suis devant Dieu un pécheur, mais « non un évèqua. Je ne vaux pas d'autres louanges que € celles dont parla un prophète t Laudênt eum opéra a fjui (que sas œuvras le louent). 9

n écrivait à M. Tabbé Havage, ancien doyen de 8aint«André*de»la«Marohe, le 25 mai : <c J'ai reçu « avec raoûnnaiuanoe Texpresajon de votre dévouo- « ment k la personne de votre futur évèque, et surf tout de votre témoignage pour la gloire de l*Ëglise, « et en particulier du diocèse d*Evreux.

« Non, monsieur le curé, ne craignez pas que les H persécutions, si Ja dois en rencontrer, fassent jamais n impression sur mon ftme. Surtout ne craignez pas « que la voix de tous les Journaux puissent me trouât blar jamais. J9 ma œcouUméà loun afia^uei comme ^ 1$ vieuw ioldat eii façonné à la fimllade; on assure « qu'il Tantend à peina.

a N'étant et ne voulant être l'homme d'aucune coa terie, je ne puis compter que sur des dévouements M d^hommes de oœur et de personnes sans prévention. M Je vous arrive avec un grand désir de répondre aux a vœux des bons prè(res et des ûdèles vraiment oa- K tholiques... »

Et sur le même sujet, le 7 juin, à H, Tabbé Préaux an réponse à ses communications :

a Quand vous me oonnfittrez un peu plus, mon chor « curé, vous verrez que les oppositions ne m'effraient « pas. Tout ce que je puis faire à leur égard, c'est de <r tâcher de ne pas les désirer. Ma vie a été une vie de a combats, et, quoique j'apporle la paix, je ne re*

« doute pas la goene injuste, meiquina et couverte c d'hypocrisie. Je me suis toujours bien trouvé de la « calomnie, surtout quand elle est bien atroce. »

M. Préaux avait écrit 1# 6 juin :

« Je ne sais si le chapitre pense à vous faire relier « un bréviaire pour vous en faire hommage à votre « arrivée. Lequel aimez-vous le mieux, monseigneur, « on que J'y fasse penser, ou que Je vous en fasse re- « lier un... Tout va bien. Venez! Venez!.,. »

M. Olivier, dans cette même lettre, remercia M. le cnré de Saint-Taurin de tant d*obligeance, et ajoula t « En tout état de cause, ▼oui laisserex faire le cha- « pitre comme il reulendrai je uo veux pas de votre « proposition. «

Le 30 juin, il écrivait aussi à M. Tabbé Lereflbit, curé de Chambord, qui s'était ému des attaques de la Dresse ; « ...... Je ne répondrai jamais aux journaux (

leur langage est celui de la passion et de la haine, « et la passion et la haine n'entendent point les véri.* « tés qui les blessent. Ces articles font d'ailleurs uu € grand bieu. »

Go résumé, quant à ce qui concerne ropposition d'Evrenx comparée à l'eothousiasme général du diocèse, elle était de oui effet, jugée, condamnée. C*était aussi ravis de M. le curé de Sainl'-Taurin, qui écrivait le l«r juia j

« La lettre du chapitre vous fait du bien ici , mais c lui fait h lui-même beaucoup de tort. Tout le monde K en rit- Ils outi dit-on» agi-oomme des enllanU i c'est « aussi l'expression de M. Fayet. que j'ai vu à Rouen. « -" Le Journal do rSura u*a pas tenu parole. Ce qu'il « dit est tellement absurde, que cela vous fait plulét « du bien que du mel. Ceux qui n'ont pas toujours

« été bien disposés en rougissent presque mainte- « nant.

Au séminaire, M. Lefebvre, notre supérieur, nous communiqua une lettre du nouveau prélat , qui fut accueillie avec joie, et H. Préaux avait bien raison d'écrire, le 10 mai, à M. Olivier, qu'elle faisait fureur parmi les élèves. Là voici :

(c Monsieur le supérieur,

« Je vous remercie de tous les détails que renferme « votre lettre, et surtout de Tassurance que vous me « donnez des dispositions avec lesquelles l'adminis- « tration diocésaine tout entière a reçu mes première res communications. L'habitude de vivre ensemble « rendra indissolubles les liens d'attachement mutuel « qui doivent nous unir tous dans la charité de Jésus- « Christ.

« Vous me failes un grand plaisir de me parler du . « séminaire ; j'y compte y chercher la joie, le repos « des fatigues et les consolations de mon épiscopat. « Dites aux jeunes lévites confiés à votre garde que « je veux partager réellement avec leur supérieur la « conduite et la direction de leurs études, suivre leur « progrès dans la vertu et dans la piété.

« Veuillez leur adresser ces paroles de saint Au- « gustin de la part de leur futur évèque : Vos, /S(n, « voSf novella germina matris EeeUsiœ^ obsecro vos ut « attendatis ad e%im qui voeavit vos, qui vos diUxii; «( verbum Dei diligenter audiatis, memoria retineatis m- factis implentes. ^Vous, mes fils, vous, jeunes plan-

tes de TEglise, Dotre mère, je tous supplie de tourner attentivement vos regards vers celui qui vous a appelés, qui vous a aimés, d*écoaler avec soin la parole de Dieu , de la graver dans votre mémoire, de l'accomplir dans vos oeuvres.) »

Mais, ce n'était pas seulement de tous les points du diocèse d'Evreux que M. Olivier recevait des félicitations ; les premières et les plus nobles familles du département, MM. de Clermont-Tonnerre, Hippolyte et Antoine Passy, le duc et la duchesse de Broglie, le duc de Rauzan, la marquise de Dreux-Brézé, vinrent gracieusement le complimenter au presbytère de Saint-Roch. Il avait dans les mains les lettres de dixsept archevêques ou évèques du royaume, et même de Mgr Tévècpie de Curium, en Hollande, auquel il répondit : « Que l'un des plus grands honneurs de sa « vie serait certainement la réception de la lettre c ^'il avait daigné loi écrire à la nouvelle de sa no- « mination. »

Au commencement de juin, M. Pichot, professeur de théologie dogmatique au grand séminaire, et M.Haranger, chapelain des Sœurs de la Providence, firent aussi le voyage de Paris. Mais M. (Hivier était absent, et ils allèrent le rejoindre à une campagne. Il les accueillit parfaitement et les promena sur la Uiièit

d'un bûii Toinin. Puis il leur dit tout à coup : « Sang doute, messieurs, que vous avez l'habitude de faire voire lecture i|Éi!Îtuelle. Si nous la faisions ensem*ble? Ji Puis il lira un petit livre de sa poche, et se mit à lire en tournant les feuillets quand la page était à peu près finie. C'était quelque chose de ravissant sur la vie intérieure , sur le bonheur d'une âme sincèrejnent unie à Dieu par l'espérance et l'amour. La lecture terminée, ces messieurs voulurent savoir le titre d'un livre qui renfermait d^ si délicieuses maximes de la vio spirituellet M. Olivier leur passa le livre ; c'a* tait un Horace laiin I Trois semaines après, M. Tabbé Pichot écrivait d'Evreux, le l*»" juillet, à M» Tabbé Bidault, alors curé de Bourg-Achard ;

« ,.,.., Tous nos f)rûl««(anli ont bientôt vérifié la K prophétie de notre futur évèquQ : ih n$ vw^hni pas « 4u euréiûSkiint'^Qchf maU ih viendront ou de^ani K 4^ féviq^ i*Ei»rp^9C, Moi-môme, sans ôlro protn- <( twt, j'ai fait le voyage qui Ton appalla ici senti- N mental, aocompagné du vénérable M. Harangor. « Kous avons trouvé up homme fort aimable , spiri-* « tuel, sans pi^étantions, enân Thomme de sa blogra*- « phie (celle du Solitaire), sauf les restrictions qu'il « faut faire. Nous avons passé une journée entière « avec lui à sa campagne, et c'est là que nous avons « pu apprécier ses excellentes qualités. Nous sommes « revenus, comme tout le monde, une branche d'oHn viof sur le front. Jo croli qu'on ne so trompe pas

• quand on dit qu'il nous ravivra, Il est homme h « cela, et, s*il n'tn vient pat h bout, il faut déseipé*

• rer des Normands. »

A tes messieurs succéda V. Gauohie, «Aonoioa. U riÉiait fait précéder d'une lettre où U déclarait qu'il

loraii jaloux dd lu ivoire de son fatur éf èqua, et p? o* meUait h m personne un déYouemeni fvnw et loyal. « Vous verre», disait-il (SjuIq), un taéividu de bien « chétive apparence. Sans avoir jamais la miuo bien n relevée, j'ai passé par tant de seoousses e4 d'an*

< goiises qu'elle est encore plus appauvrie que de « coutume, n

M. le ohanoine d'Evfeux arriva à Saint*Roch peut daot les solennités de Pootave de la Fête-Dieu. Il dut être émerveillé, oar nous lisons dans la plupart des journaux de oetle époque la note suivante : «i Le jour « de la Fête-Dieu, les églises de Paris ont été toute

< la jonméa remplies de fidèles. Celle de Saint<-Roch s était vraiment resplendissanle^t outre les décora- « tiens des grands jours, plus de cinq cents caisses a d'orangers, de grenadiers et autres arbustes rares s et odorifkants avaient été placés autour du choeur « et dans les ehapelles. Sa Majesté la reine et les « prinoessis occupaient leur tribune. Après la procès* « siûii, qui a eu lieu dans l'église, une messe en mu- « ifainea été chantée avec accompagnement d'orgue « et dTorehestre. » La même pompe s'était renouvelée te«e les sotrs de l'octave, et M. Olivier monta chaque jour en ebaiN avant les saluts.

Un coré de campagne, qni s'ennuyait probablement dans son presbytère, crut, dans les circonstances, faire merveiHe en allant saluer l'évêque nommé d'tlvreuf . GJ^tiM un chasseur en renom qui atllait flairer tt fit n*y avait point quelque bonne pièce de giblet.

pour loi. Petit il était parti, grand il croyait revenir. Son plan de campagne dressé, il aborde M. Olivier, alMl^ son zèle et son dévouement pour lui^ tombe sur le chapitre, les séminaires, les vicaires-généraux , et imagine lui dire une chose très agréable en lui assurant que les vénérables chanoines lui feraient mauvais visage à Evreux. Mais quelle ne ^ pas sa surprise I « Je suis dans les meilleurs ter- « mes avec le chapitre d'Evreux, lui dit le prélat, et « je suis enchanté de tous les membres qui le compo- « sent. Avez-vous demandé à vos supérieurs une perte mission pour quitter votre paroisse! »

Et il le tança d'importance. On ne sut pas précisément, outre les paroles que nous avons rapportées et qui sont textuelles, ce que M. Olivier put lui dire encore de mortifiant pour s*ètre fait l'accusateur des chanoines. Mais on le conjectura fadlement sur cette simple observation : il était parti |«^nant M. OKvier, évéque nommé d'Evreux, et à son retour il déblaté<> rait, avec autant de verve, moins l'esprit, que le MmrtMU de VEure, contre M. Olivier, curé de Sant- Roch. Il ignorait qu'à Paris surtout les gens de la pire espèce, les plus méprisables et les plus méprisée, soat ceux qui, en courbant la tète devant les nouvelles grandeurs, cherchent à s'élever sur les ruines des autres. Un autre vint se plaindre : il le renvoya à ses supérieurs.

XU.

M. Olivier éprouva cependant, du côté d'Etreux, une petite conlradictiou. M. Xefebvre lui av(M(k écrit à |a iia de sa lettre du 5 mai : « Comme nous espérons

« que les bulles apostoliques ne se feront pas longce temps attendre {en effet, le 10 août, Jf. Olivier éiai$ « à Evreux)^ nous n'userons nullement du pouvoir « que Tadministration a cru devoir solliciter re** « lativement à Tordin^ion. » On se rappelle que la lettre coUective des vicaires-généraux et du chapitre lui avait déjà donné Tassurance qu'aucune mesure tant soit peu importante ne serait prise sans son agr^r. ment. Toutefois, il fut résolu qu'une ordination de prêtres aurait lieu à la Trinité. M. Olivier s'en plaignit à M. l'abbé Guibert, 28 mai 1841 : « Je ne suis « pas content de la détermination du chapitre, je veux « dire du conseil, par rapport à l'ordination. Je ne « voyais pas de péril dans la demeure. Hais je n'ai « pas le drdit de le trouver mauvais. J'aurais voulu « voir ces prêtres avant qu'ils fussent envoyés. La « volonté de Dieu soit faite t »

Le même jour il laisse voir sa pensée à M. le supérieur du grand séminaire :

« Vous savez, dit-il, que je n'ai absolument aucune « prétention sur la direction des affaires pendant la « vacance : ce que vous déciderez donc, je l'approu- « verai. Mais comme comeilj si le moment de la re- « traiten'eùt pasétéoumproeAe, j'eusse préféré, à « votre place, attendre un mois ou deux. Le conseil « en a jugé autrement ; U eti trop tard pour duinger « d'avis. Les jeunes diacres seraient trop affligés. En- « core une fois, c'est bien.

« Je suis fort triste de votre état sanitaire. (Deux « élhes du petit êéminaire étaient morts de la mil' « Itétre, et U$ élève$ ataieni été renvoyée chez Uurt « jiTiiifib) n prouve du reste la sagesse de la déter- « minalioft que tous avez prise. Espérons q«e la mort

tf va s'arrètôr at prions pour ûa« pauvres paltUi ouf (knts.

n J'ai été foH heureux des commumcatioDs que j*ai « euei aveo M. Tabbé Guibert. J*ai la oonfiance que c lorsque rocoasion nous seri^donnée d*aYoir ensem-* n ble ces rapports de vive voix, ils ne seront pas « moins oonsolants. Vau$ né trouverêx jamaU en mai « lapnroh qui eachê la pemée, etc. »

Ces Jeunes diacres, ordonnés prêtres pendant la vacance du siège, furent MM. Cauchard, Durosay, Delarue, Ferrand, Hérouard, Leroux, Martin. Le 7 Juin, M. Olivier leur adressa celte lettre par les mains de leur supérieur :

« Mopsieur le supérieur.

c Je ne puis désormais être IndifTérent à tout ce qui

« concerne les prêtres du diocèse d'Evreux. Ils sont

« mes frères, ils seront bientôt mes enfants et mes

« amis. Je vous prie de lire ces lignes aux nouveaux

« prêtres qui viennent de monter au saint autel, et

« de leur dire de ma part de n'oublier Jamais la grâce

« de leur vocation. QuMIS soient sel et lumière •^ qu'ils

« prennent garde à cette parole du Maître t eatii et

« fructum c^fflnratii, etfruetusmaneat (allez, portez de

« bon fruit, et que ee fruit demeure). Je désire savoir

«r leurs noms, leur destination ; Je veux dés aojour-

« d*hui les suivre. Aussitôt après mon arrivée à

« Evreux, vous voudrez bien me les présenter. J*ai

« pour eux une afifection particulière, et J*avals besoin

« de vous le dire*, j»

xni.

Quelques jours après cette ordination, le petit sémh naîre Saint- Aquilin ûtsa rentrée* et la brillante santé des élèves dissipa les cruelles inquiétudes que M, Olivier avait partagées. De cette colline littéraire où se trouvent aussi le collège, le musée et la bij)liotbèque, s*exbala un parfuo) de poésie; c'était tout naturel.

^ EnOn, écrivait M. l'abbé Coquerel, 11 juin,

« les agneaux sont rentrés au beroail. Ils sont tran- « quilles et joyeux. Ils auront rencontré toute leur ff ancienne gaieté, quand nous aurons le bonheur de « vous posséder. Monseigneur ! Votre présence nous « rendra un tendre père.

Expectate, veni, prœsens solahere nato$ ;

Ptutorem agniculi coi'de flagrante vocant, ArdefU eece M eantu eeUhrare parentem ;

Beeê parât moduloi parvula mma ptoê, Opiaios Ueiût tandem ieierpere fimeiui i

Neetavêoi suecQ9 éukû olivapariL

« Obfet de tant de vœux, venez, par votre présence, <r consoler vos enfants ! vos petits agneaux d'un oœur

• brûlant appellent leur pasteur. Voilà que vos enfants

• brûlent de célébrer leur père dans leurs ebanti; voilà c qu*une jeune. muse prépare de pieux oooeerts. Qu'il nous ff soit enûu permis de cueillir les fruits si désirés ; du « doux olivier coule un nectar. »

« El quoi I me voilà poète! moi aussi 1 Et faut«U c i'éloiiBer, Monseigneur, que notre petit Pamease « i'ébrenle, et que je ressente moknAnse quelques « étincelles du feu sacré de la poésie, lewMjeo le boa

« pasteur après lequel nous soupirons est lui-même « TApoUon qui nous inspire? »

Itl. Tabbé Coquerel joignit à cette lettre deux pièces de poésie latine de ses élèves»fort élégantes, et des vers de M. Alphonse-Désiré Courtonnel, un de ses professeurs les plus distingués :

« Bon pasteur, nos agneaux, hélas! meurent d*ennui ! « Nous ne les voyons plus bondir dans la prairie, « Et pour eux et pour nous le bonheur s*est enfui : « Bon pasteur, ahl viens donc, viens nous rendre la vie. « Quand les verrai-je eniin du sommet des coteaux, « Courir avec transport vers notre tendre père, « Oubliant la fraîcheur et le murmure des eaux, « Plus jaloux de baiser ta main, ta main si chère. « Et toi qui les retiens, cède, cède à mes vœux : « Dis moi combien de temps, ô belle, ô douce aurore, « Il me faudra souffrir avant que d*ètrc heureux, « Dis moi combien de jours, combien d'heures encore?»

« — Je bénis Dieu avec vous, répondit M. Olivier, 15 « juin, de la rentrée de vos enfants, je le bénis d*aToir « épargné ce troupeau chéri, et de n^avoir frappé que « deux agneaux ; ils joueront, je Tespère, pendant € réternité, avec leurs palmes et leurs couronnes, et € ils prieront pour leurs jeunes frères. Remerciez M. « Courtonnel de ses jolis vers, et vos deux élèves de « leur composition. 11 me tarde plus qu*à vous, plus c qu*à eux surtout, de les voir, de les exciter au tra- « vail, de les encourager à la science et à la vertu de « leur âge. La promesse que j*ai faite au grand sémi- « naire, je la fais aussi au petit séminaire. J*irai biea « souvent applaudir à vos efforts, et me réjoMir de vos « succès. Je sais quel est votre mérite. Comptez sur « Bsa recoimaissaBce» »

En pensant à ses séminaires, H. Olivier n*0Qbliait point les communautés religieuses du diocèse, dont les supérieures s'étaient mises en rapport ayec lui. *

U écriyait à Tune : « Dites à yos sceurs de porter c ayec courage le joug du Seigneur. Soyez toutes « la gloire de TEgiise par vos vertus, la couronne de « votre évèque par votre ol>éissance. »

A une autre : « Les bonnes religieuses ne sont pas « seulement romemeut de TEglise, elles sont encore « la force et la consolation des pasteurs. »

A une troisième : « Je sais le bien que fait votre « institut, je sais la vigilance attentive de votre adc ministration. »

Un ouragan avait dévasté les environs de Pont-Audemer. Il s'émeut à la pensée que les pauvres paysans souffrent, et il écrit à H. Tabbé Beaucousin, curé de Saint-Germain : « Les journaux m'ont effrayé par la « narration des sinistres qui ont ravagé une partie de « votre paroisse. Les pauvres ont-ils eu beaucoup à t( soufCrtr? Faites-le moi savoir. »

Je ne me lasse point de ces citations que je pourrais multiplier; mais celles-ci suffisent pour nous faire lire jusqu'au fond du cœur du nouveau prélat, et le font mieux connaître que tous les discours. Mais veut-on savoir comment il entendait la pratique de la religion pour les personnes qui vivent dans le monde, et comment il conciliait la piété avec la paix du foyer domestique? qu'on lise avec attention et recueillement ces leçons données à une pénitente (25 juin) :

< Ma trèi ehèra QUa 6t Iras noblo enfant, « Voire lettre m*a fait un grand plaisir en raison de « ses détails et du peu de bien que j'entrevois dans « votre âme. Hais tous êtes encore bien éloignée du « calme et de Tobélssance que Je voua voudrais. Tant « que vous ne comprendrez pas que rexaitation de « vos idées est une fausse roule pour arriver à Dieu, « tant que Vous ne vous laisserez pas diriger par cette « règle d*obéissaDoe que Je vous ai tracée, vous vous « éloignerez du but au lieu de vous en approcher; an « lieu d'être utile h votre mari, au Heu d'être la règle « de vos fliles, vous serez sans influence, et si vous « en avez une, ce sera la plus malheureuse. Votre « part est si belle, ma très chère enfant. Dieu vous « en a tant donné aveo tant de profusion, vous pouvez a être si admirablement chrétienne ! Ne répudiez pas « de si grandes espérances. Soyez la femme la plus « aimable pour votre époux, la mère la plus gaie pour a VOS enfants, Tenfant de l'Eglise la plus confiante. « Point de larmes, de scrupules, de retraites, de silence a forcé ; point de romantisme avec Dieu. Une grande « liberté d'esprit, et tout sera bien. Surtout point de « désir de la mort. Plus de crainte pour les plaisirs « qui vous sont permis. »

M. Olivier faillit faire une apparition dans la diocèse d'Ëvreux avant la grand jour de son arrivée solennelle. La vallée d'Eure, li la Croix*Saini-Lfeuft*oy. possédait, depuis 1830, un trésor qui fait la gloire de Paris parmi les églises de la catholicité, et pour la

cooquète duquel coula lo sang de ïio% pàra»« Eochj(oq9 le récH d'un homme bien informé. Je la trouva dans une lettre de M. Préaux, doyen de Saint-Tauriniéorite le 16 juin 1841 ;

« Monseiguear,

« M, P..„qui est un homme considérable à ETrenx, « est revenu enchanté de vous. Voua Terrez que ai je « ne suis pas fila de prophète, je serai prophète moi^ 4 même, car je crois que tous serez adoré avant « d'avoir paru. Que sera-ce donc plus tard î„.

« Je dois maintenant, monseigneur, vous parler « d'une affaire très importante et pour laquelle je « vous demande le secret, excepté pour monseigneur « de Paris, si vous croyez devoir vous en entretenir « avec lui.

« Grand nombre de reliques de la métropole, la <c sainte couronne d'épines, la vraie croix, ont été, il a y a douze ans, mise en dépôt à la Croix-Saint-Leu- « froy, chez M™* de Chantemesle, par Mgr de Quélen. « Mgr Affre a réclamé, il y a quinze jours, la remise « ce dépôt. Les clefs nécessaires pour ouvrir les cais- « ses, l'état des reliques confiées étaient entre les « mains de feu madame d'ArmailIé, fille de madame a de Chantemesle. Celle-ci ne les avait pas reçues de a son gendre. Elle devait, du reste, s'absenter pour « deux mois. Elle a demandé un délai avant de se des- « saisir. Elle désire que nous soyons présents vous bt « MOI (on nCa nié ce fait^ il est vrai cependant) h la « remise de ces reliques. Ne serez-vous pas flatté d'y « être ? Ne sera-ce pas pour vous une occasion d'ob- <* tenir quelques parcelles pour votre cathédrale? a Voudrez-vous passer alors trois ou quatre jours au

c ehàteau de la Croix? Pendant le séjour que nous y « ferons, madame de Ghantemesleioviterait à y venir « dtner les habitants de trois ou quatre châteaux des € environs. Nous pourrions aussi de là aller les visiter. « Dites-moi, je vous prie, bien franchement, ce que « vous désirez à cet égard, parce que madame de « Ghantemesle fera tout ce que je voudrai. Vous serez « assuré vous-même d^obtenir une bonne place dans « son cœur en lui disant beaucoup de bien de Mgr de c Quélen et pas trop de mal du curé de Saint-Taurin, c Là, vous occuperez la magnifique chambre de Mgr de « Quélen, d*où je consentirai à déguerpir. Vous voyez, « monseigneur, que je fais le bon apôtre. Permettez, c je vous prie, que ce ne soit pas la dernière fois, ji

Cette officieuse invitation était trop engageante et trop aimable pour qu^elle ne fût pas, du moins en partie, agréée par M. Olivier. Il répondit, le 2 juillet :

« .... Je serai tout disposé à la cérémonie des reli- « ques, tout disposé à en prendre pour nous le plus c qu*il sera possible, tout disposé à présenter à mate dame de Ghantemesle mes hommages. Tout dépen- « dra pour le temps à y passer de Tépoque du sacre « et de Tespace qui nous resterait entre le sacre « et la retraite. Adieu, mon cher curé, faites prier « pour moi, afin que mon sacerdoce auprès de vous ne « soit pas sans ardeur et sans fruit. »

Il parait que Tinvitation n*eut pas d'autre suite. Mais le séjour des saintes reliques de la croix et de la passion dans le diocèse d*Evreux était un fait trop remarquable pour ne pas le constater en passant.

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