CHAPITRE PREMIER
iMf lltiea «le Mgr eiivler 4 Evreux.
Le mardi 10 août 1841, sur la frontière orientale da département de l'Eure, à cinq heures du matin, prosterné au pied de la première croix qu'il avait rencontrée, Mgr Olirier priait déjà pour son peuple, et prenait possession de son diocèse en baisant la pierre Due qui portait l'image de son maître couronné d'épiiles et crucifié. A six heures, il était à Pacy-sur-Eure, â vingt-trois kilomètres de distance de la ville épiscopale. Là, il surprend le clergé de la ville auquel se joignaient les curés des paroisses environnantes, qui te disposaient tous ensemble d'aller à sa rencontre pour le recevoir et le complimenter. Le prélat resta deux heures à Pacy, où toutes les classes de la société se pressèrent autour de lui. Son heureuse physionomie, ses paroles pleines de bonté, lui gagnaient tous les cœurs, et le peuple ravi lui faisait une véritable ovation. Monseigneur reçut le clergé de la ville et des environs.
' A Evreux, toute la ville était en mouvement et sur
pied. La ireille, ^es cloches de la cathédrale et de SaiDt-TauriD, les clochettes des communaulés, les cloches des paroisses enTironnantes aTaient été mises en branle, et avaient annoncé aux habitants de la ville et de la campagne qu'un nouvel évèque allait leur ayîver. Le matin à cinq heures, les mêmes sonneries, à grande volée, avaient répété le signal de la veille. Les habitants de la campagne se pressaient en foule dans les rues de la ville, aux abords de la cathédrale, et sur la route de Paris; les ouvriers étaient endimanchés, signe certain qu'ils voulaient fètèr. Les boutiques se fermaient, les fenêtres se garnissaient de curieux; on ne voyait aux mansardes des maisons que des têtes parées qui s'étageaient les unes sur les autres; les toits mêmes étaient garnis de spectateurs, et quelques-uns occupaient une position si périlleuse que cela faisait trembler à voir.
Dès huit heures, une foule innombrable circulait dans les rues, et les flots du peuple, comme une marée montante, venaient déferler aux pieds de la cête de Paris. Là, à cent pas environ des limites de l'octroi, un arc de triomphe, orné de verdure, de drape-* ries rouges et de drapeaux flottants, avait été élevé par l'enthousiasme populaire. Le gros bourdon Marie veut sa part de toutes les fêtes de la ville; elle serait muette sans lui; il est fier de lui donner une voix majestueuse qui s'entend à plusieurs lieues de distance et réveille tous les échos de la vallée, des collines environnantes et de la forêt. Ce jour-là, les canons de la cité lui lâchent leurs détonations; mais il n'en a souci : les détonations de l'artillerie meurent, et les siennes durent encore. Il se rit du tonnerre, car il parle plus haut que lui. Son camarade Charhi se ba*
lance à c6té de lu! dans la tour de pierre; il accepte sa voix fraternelle, et la mêle aux vagues bruyantes de l'harmonie qu'il répand dans un air serein, clair et sonore. Les trois cloches du beffroi se trémoussent dans lenr cage bruyante, et demandent leur part du concert aérien : au sommet de la tour, dans sa petite lanterne, la petite cloche du chapitre se décide enCn à joindre au bruit des autres ses notes aiguës et discordantes. La grosse tour de Saint-Taurin nous envoie aussi dans le lointain le carillon de ses cloches.
Le bruit règne dans les airs ; il est aussi dans la me : les roulements des tambours, les fanfares de la musique marquent et régularisent le pas des détachements de la garde nationale, du train des équipages, du 35« de ligne et des sapeurs-pompiers. Le collège, l'école normale, les pensions, les confréries marchent sur deux lignes ; les longues files des élèves des deux séminaires en aubes et en surplis suivent, et leur pied résiste à peine à prendre la régularité et l'eniemble du pas militaire, qui leur est rigoureusement défendu ; le clergé du diocèse est au grand complet, le chapi* tre est revêtu de ses plus beaux ornements. Les chanoines, l'aumusse sur le bras, la barette sur la tète, s'avancent d'un pas grave.
A peine le cortège fut-il arrivé au pied de l'arc de triomphe, que l'on vit un éclair et la fumée tournoyer en l'air en montant : un coup de canon signalait, au haut de la colline, une calèche qui descendit rapidement la c6te de Paris. Elle était escortée par un détachement des limçiers de la garde nationale, et nn autre de la gendarmerie départementale : C'était loi! Le prélat sort de sa voiture revêtu de ses habits pontMoaux; on lui mit en main une crosse ornée de
pierreries, e( sur la tète une mllre étincelante. De la diligence qui suivait la calèche descendent une foule de prêtres : MM. Goquereau, chanoine de Saint-Denis; Eglée, Cœur, chanoines de Paris; Roquette, vicaire administrateur de Saint-Roch; Dupré, Legonidec, Ravier, Dominique Olivier, du clergé de Saint-Rech, et beaucoup d'autres : ils viennent tour à tour baiser Tanneau épiscopal, et former cortège autour du prélat. Son vieux père et son petit neveu Théodore étaient restés dans la voiture.
Un soleil magnifique, ce soleil qui ne refusa Jamais ses rayons à M. Olivier, aux grands jours, resplendissait sur Evreux, et favorisait la solennité de son éclat. Les casques dorés des sapeurs-pompiers reflétaient ses feux; les baïonnettes des soldats, en se mouvant, nous envoyaient des éclairs. Les cloches sonnaient, le canon tonnait, les tambours battaient aux champs, la foule poussait ses acclamations.
Cependant Mgr Olivier s'avance, saluant la foule à droite et à gauche avec une grâce înflnie et des yeux expressif^. Grave et recueilli, il s'agenouille sur le coussin d'un prie-Dieu, et baise la vraie croix avec une émotion visible. Le premier vicaire-général capi* tulaire lui adresse alors un discours, au nom du chapitre, où, dans les termes les plus affectueux, il lui manifeste toute la Joie et les douces espérances du diocèse, et le prélat y répond, avec modestie, par quelques paroles pleines de piété et de sentiment.
Le premier aspect du nouveau prélat lui était favo-rable. Nous entendions dans les groupes l'expression de la satisfaction des classes ouvrières, qui jugent d'abord sur les qualités physiques. L'heureuse physionomie de M. 0«vfer lui gagnait, ièn l'abord, la sym-
pathie générale. De. la bouche des paysans, qui pensent tout haat, nous recueillîmes ces mots t « Comme c il a Tair fin! — A coup sûr, il a de Tespritl »
Comment redire Texpression de ses yeux, et leur activité? Il voyait tout. Pas un spectateur qui ne se dit -.il m'a aperçu; il a fait attention à moi. C*est alors que pour la première fois mes yeux rencontré^ reiit les siens. Je fus ébloui; ce regard de feu pénétra jusqu'au fond de mon cœur, et il y brûle encore. J'étais gagné et subjugué pour la tie.
Le cortège cependant défilait vers la cathédrale* et déroulait ses anneaut dans les sinuosités des rues. En quittant l'arc-de-triomphe, Mgr Olivier y jeta un coop-d'œil, et dit aux personnes qui paraissaient IV voir construit et orné : « c'est beaucoup trop pour « moi ! » A quelques pas de là, René, le fidèle valet de chambre de Mgr de Quélen, sortit de la foule, s'agenouilla devant Mgr Olivier, et baisa son anneau : le prélat lui serra affectueusement la main. Le chapitre de la cathédrale, les vicaires généraux capitulaires précédaient Mgr l'évèque qui était sous le dais porté par huit diacres revêtus de dalmatique et de tuniques d'or.
Le dais s'avançait difficilement à travers une foule compacte, mais nous ne pouvions contenir notre prélat sous ce pavillon d'honneur. Il en sortait à chaque instant pour bénir la foule et répondre à set acclama** tious en la saluant à droite et à gauche. Les finètret ^ les toits étaient garnis de spectateurs. Il élevait les yeux et avait un regard pour tous. Parmi tous ces milliers de personnes, il n'en est pas une seule qui n^a pu se dire : il m'a vu. Derrière les groupeSi son œil découvrait une femme du peuple qui ieiiaU «en eofaac
dans ses bras : il allait à elle, bibissait Tenfaùt et la mère pleurait de joie. Aussi sur tout le passage c'étaient des exclamations de bonheur et de joie. Que c'était bien là Thomme que m'avait défini un bedeau de Saint-Roch I — « Parmi tous ces prêtres, comment « reconnaître votre curé? — C'est celui, me répon- « dit-il, qui a des yeux tout autour de la tète ! »
L'élan, l'enthousiasme d'un peuple immense, les acclamations, les symphonies de la musique, les bourdonnements des belles cloches mêlés au bruit du ca-» non, la richesse àos ornements, l'éclat du soleil, les témoignages universels de sympathie que le prélat recueillait partout à mesure que la foule s'ouvrait devant lui, cette foule qui s'inclinait avec un saint respect sous la main du pontife qui les bénissait, tout contribuait à rendre la cérémonie pompeuse et imposante.
Au pied des tours de la cathédrale, et sous le bruit de toutes les cloches, Mgr Olivier revêtit une chappe d'or dont la magnificence nous éblouit. A l'entrée de Notre-Dame d'Evreux, M. L'Hôpital, maire de la ville, en costume de cérémonie, et le conseil municipal attendaient le prélat. Mgr l'évèque reçut l'encens et l'eau bénite, les clefs de l'église sur un plat d'argent. Alors le maire, l'organe de la cité, complimenta Mgr l'évèque dans un discours plein de convenance et de dignité, auquel le prélat répondit avec beaucoup de grâce et d'à-propos, avec une grande noblesse et beaucoup de piété. Plus loin, M. de Honicault, préfet de l'Eure, les fonctionnaires civils et militaires se sont présentés au nouvel évèque. Après les avoir salués, Mgr Olivier fit son entrée dans sa cathédrale au son des cloches et des orgues, des tambours qui battaient
aux duooEips, de la miurique de la garde nationale qai exécQtaii d'harmonieuses fanfares, entre deux haies de soldats et de gardes nationaux qui lui présentaient les armes.
Arrivé au sanctuaire, le prélat se prosterna devant le Saint-Sacrement, ouvrit le tabernacle et adora; puis descendant au bas des degrés de Tautel, il prononça à genoux, la main sur les saints EvangQes» sa profession de foi et la formule du serment. Il se rendit ensuite à son siège épiscopal où il s'assit, et debout, promena un regard assuré dans le chœur, et chacun se dit en le voyant dans cette attitude : c'est Uen lui qui gouvernera! Les éclairs de ses yeux indiquaient aussi la même pensée.
Cependant les autorités et le clergé avaient pris place sur les fauteuils et les chaises qui avaient été préparées au milieu de la nef. M. l'abbé Lefebvre parut quelques instants dans la chaire, mentionna les titres religieux et civils de la nomination à l'évèché de Mgr Olivier, et le proclama évéque d'Ëvreux.
Alors Mgr Olivier, la crosse à la main, et mitre en tète, revêtu de sa magnifique chappe d'or, ayant à ses côtés ses deux archidiacres, monta en chaire, et salua l'assistance avec une grâce qui ravit tout le monde. Il prit ensuite librement la parole, et fit une allocution qui, prononcée avec toute l'onction et l'abandon du cœur, produisit sur la foule une vive impression^ et donna la plus heureuse idée de cette haute et inépuisable éloquence dont cette même chaire allait devenir le thé&tre. Il exprima combien son âme était péné-
trée de joie et d'amour en royaot la cordiale réception qiie lui faisait la population d'Evreox.
« Ce n*eftt pas, diiÈ(ait-ii, ce n'est pas seulemest la € curiosité qui a poussé ce peuple immense dam cetie « Tille et dans cette basilique pour voir VarriTée du € nonreau prélat du diocèse ; H y a dans ce fait la « preuve que le sentiment chrétien existe au fond des « cœurs, même de ceux qui sont le plus éloignés de « la pratique des devoirs religieux, y Après avoir éna* méré les devoirs que lui imposait sa sainte mission, U promit de consacrer sa vie toute entière au diocèse dont il prenait possession, en oubliant le passé pour ne songer qu'aux fidèles. Il décrivit son émotion à la vue de Taccueil qui lui avait été fait à Pacy et sur toute sa route dans le département : une cavalcade de jeunes gens avait escorté sa voiture jusqu'à la rencontre des lanciers de la garde nationale d'Evreux, et les groupes des populations rurales avaient salué son passage au débouché de tous les chemins. Il termina enûn en remerciant MH. les vicaires généraux capiiulaires du soin avec lequel ils avaient dirigé les affaires du diocèse pendant la vacance du siège, HM. les magistrats et les chefs de corps de leur présence, et de celle de leurs subordonnés.
Comment cette allocution fut-elle accueillie de Fimmense assemblée qui était comme suspendue aux lèvres de l'éloquent orateur? Un singulier témoin oculaire, qui s'était réfugié dans les hautes galeries circulaires de la flèche, à plus de cent pieds de hauteur^ va nous le dire.
« Dans mon aire, dit-il, les paroles de Mgr Olivier « n'arrivaient jusqu'à moi qu'incomplètes et comme dr de vagues sons; je ne jugeais de leur onction que
« par les mouvemetits de Torateur*, mais néantodos , « je fus vivement impressionné lorsqne les main» d'une € partie des auditeurs se portent simultanément à < leurs yeux. L'émotion qu'avait éprouvée le prélat à « son entrée sur son diocèse s'était communiquée à « la foule. Ses premières paroles étaient un premier « triomphe. »
Ainsi, il est évident que les habitants d'Evreux avaîeût conservé la douceur proverbiale de leur carac* tère depuis saint Taurin, selon cette belle expression de la prose du Bienheureux t
Non intractabilibus Coram doctor civibus,,.
« Le nouveau docteur n'avait point parlé devant de$ « citoyens intraitables. »
Le prélat célébra ensuite une basse messe avec solennité, assisté de ses vicaires-généraux.
Au milieu de l'éclat d'une réception si magnifique et si cordiale , une scène attendrissante suspendit un moment tous les esprits. Mgr Olivier s'était reâdu à son trène, et le chapitre s'avançait pour baiser, en signe de soumission, son anneau pontifical. A la vue de MM. Lambert et Cocquelin, tous deux chanoines octogénaires, Mgr Olivier, par uù mouvement spontané, quittant vivement son trAne* tomba le premier à genoux devant eux au moment où ils venaient euxmêmes se prosterner à ses pieds. Il donnait ainsi un témoignage public de sou respect pour les vertus de ces deux vénérables prêtres, de sa profonde vénération pour les cheveux blancs des anciens du sacer-
doce. Cet acte dliumilité faisidt rejaillir on éclat plus doux sur sa dignité épiscopale.
La cérémonie finit par la bénédiction pontificale, et Monseigneur fat conduit à son palais par son clergé au chant du Je Dmm. Il marchait sous le dais, saluait et bénissait la foule. Dans la cour de réyèché , il sor« tit de dessous le dais, alla droit aux officiers de la ligne et de la garde nationale pour les remercier de leur concours. Ces messieurs parurent enchantés. Arrivé au pied de la tour, il aperçut les sapeurs-pompiers rangés le long de la cathédrale, il revint sur ses pas, traversa la cour, mitre en tête et crosse à la main, les remercia avec grâce et les félicita de leur brillante et magnifique tenue.
Le préfet de TEure et les conseillers de préfecture attendaient le prélat dans la grande salle de Tévëché; et c'est là que M. de Monicault complimenta le prélat qui lui répondit par d'afi<ectueuses paroles. M. Tabbé Lefebyre présenta ensuite les prêtres du diocèse, parmi lesquels se mêla le prélat, en adressant à chacun des paroles de tendresse et de piété.
A trois heures, la première visite du prélat dans sa ville épiscopale fut pour les pauvres, à Thêpital , de rétat duquel il se montra tr^ satisfait. La population entière était ravia : tous les cœurs appartenaient déj& au nouvel évêque.
Eufin, cette belle journée se termina par une sérénade que, par un élan unanime et spontané, les musieieus de la garde nationale donnèrent le soir sous les fenêtres du prélat.
Les pompes, les magnificences vraiment extraordi-
naires de l'entrée de Mgr Olivier à Evrenx que nous avons décrites, sont attestées par des témoins 4onton ne peut suspecter Tautorité^ par le témoignage même de ses ennemis. Ils étaient furieux de voir que leurs déclamations injurieuses dans la presse, non-seule^ ment n'avaient produit aucun effet sur le public, mais même qu'elles avaient exalté au plus haut point Tenthouslasme de la ville et du peuple. Jusqu'alors le mot de Mgr Olivier était vrai : « Je me suis toujours c bien trouvé des attaques de mes ennemis. » Leur cruel désappointement, leurs cuisants dépits percent de la manière la plus curieuse dans l'article hostile du Journal de VEure, qui parut le 12 août 1841.
« Enfin , dit la voix ennemie, nous avons vu la ville « d'Evreux sortir de son apathie ordinaire. Avant- « hier, cette population ébroïcienne, qui sommeillait « depuis si longtemps dans les choses d'ici-bas, s^est « tout à coup réveillée radieuse et folle , et, comme « un seul homme en délire, elle s'est précipitée vers la « porte de Paris, où se dressait majestueuseoiBnt « l'arc de triomphe qui signale, dans une cité» l'arri- « vée d'un grand homme. Qui donc attendait-on? Le « roi?... Un de ces hommes si rares qui ont voué leur « talent, leurs vertus, leur fortune, leur vie toute en- « tière à la sainte cause du peuple, allait-il donc sé-^ € jonrner parmi nous? Hélas ! Dupont (de l'Eure) ha- € bite une commune de notre arrondissement (Rouge- 9 Perrien ett sur rarrondisêement de Bernày) , et, « quand il passe dans les rues d'Evreux, des hommes, « dont il fut le premier protecteur, des fonctionnaires « qu'il a tirés de leur obscurité lorsqu'il étaH minis- « tre, ne lui Atent pas même leur chapeau I Et Bé- « ranger, le grand poète du peuple et de la liberté,
€ Tune 4es plus belles céiébritéf 4e l'époque, Béranc( ger, que Tamitié du vertueux Dupont appelait à « Rouge-Perricrs, Béraoger traversait la ville Tau ire « jour sans que persouue songeât à le reconnaître 1 1 1 « Non, ce n'était ni un grand roi , ni un grand ci- « toyen, ni un poêle* gloire de la France, que la ville a d'Ëvreux attendait : c'était un évèquelll... Pour- « quoi donc tant de bruit, tant d'apparat hier à f< Ëvreux? Pourquoi le préfet et tous les fonctionnai- « rcs civils et militaires, les membres du conseil mute nicipal, les juges du tribunal civil, ceux du tribunal « de commerce, les membres du parquet, les oQiciers « ministériels, le corps médical, la garde nationale , « les pompiers, sont-ils venus, en costume de céré- « monie, entendre la messe et recevoir Tévèque à la « porte de Téglise? Pourquoi cet arc de triomphe, ces € timibours, cette musique ? Si tout le monde se sente tait pris subitement d'un accès de dévotion, assez « rare à Ëvrçux par le temps qui court, ne pouvait- « on faire au nouvel évèque toute espèce d'ovation c( sans déployer ce luxe officiel, sans outrepasser ainsi « l'ordonnance? »
LfO Comtitutionncl prétendait au»si que la présence des ministres, au sacre de Mgr Olivier, et toutes ces démonstrations officielles à Evreux constituaient un acte politique, et cela fournissait k ses vieux rédacteurs, encore infatués de la ridicule peur des jésuites, une de ces diatribes qui lui étaient jadis si familières contre un prétendu parti^prètre. Qlais un acte politi^ que n'a de valeur que par l'importance des faits qu'on attend de son influence. Or, si le ministère eût espéré que Mgr Olivier mit au service de la poUtique son cri- ^ ditêur ksconHiençc9, il l'eût nommé d^s une de ces ,
villes turbulentes oikies partis ont \\i plusd'inilueoce, et où Tordre public est à chaque instant menacé, il Teût envoyé à Lyon, lorsque les députés du Rhône le lui demandaient pour évêque. Mais quelle cité plus tranquille qu'Evreux? Quel département plus intelligent et plus calme que le département de TEure ? Chez nous, aaeiui désordre à craindre ; nous avons trop de bon sens. Quand Tanarchie rouge menaça la société en 1848 , le drapeau de la garde nationale d'Evreux se déployait glorieusement aux Tuileries et marchait avec l'illustre général Cavaignac contre Témeute en délire. Et d'ailleurs, quelle inconvenance à supposer qu'un haut dignitaire de l'Eglise , qu'un homme aussi éclairé sur sa religion que M. Olivier, allait oublier les devoirs de sa mission divine pour se mêler aux passions de la politique humaine?
Le jour même de son entrée à Evreux, Mgr Olivier avait fait afficher aux portes de sa cathédrale, et aux endroits les plus apparents de la ville, sa lettre pastorale à l'occasion de sa prise de possession. Le prélat y faisait, en termes magnifiques, le plus juste éloge de son prédécesseur : c'est une œuvre remarquable qu'il faut lire dans le recueil de ses mandements. On y .verra avec quelle effusion de charité il savait parler à ses diocésains. Point de banalités, point de calcul, point de sécheresse surtout^
En même temps, une ordonnance épiscopalc, donnée à Evreux le 11 août 1841, nommait MM. Lefebvre et Guibert, vicaires généraux titulaires, archidiacres du diocèse, M. Tabbc Scugc, vicaire géuéral et membre du conseil.