‹ Histoire de Monseigneur Olivier, évêque d'ÉvreuxChapitre 29 sur 47 · CHAPITRE U · texte numérisé non relu

CHAPITRE U

IfîàHm séaiérale «« «Éms^m.

Le lendemain de son installation, Mgr Olivier TÎsiie le tombeau de Saint-Taurin, apAtre et premier éréque d'Evreux : c'était précisément le jour de la fête du bienheureux. Il y avait une foule considérable, qui recueillit avec avidité une admirable allocution sur le respect qui est dû aux églises. Monseigneur officiait pontificalement. Il avait sous les yeux , dans de magnifiques verrières, toute la légende de son saint prédécesseur. Un instant il fixa avec attention celui des vitraux qui représente la flagellation; un profond soupir souleva sa poitrine. Etait-ce compassion pour les souffrances du glorieux confesseur? Etait-ce pressentiment? Il reporta ses regards sur la merveilleuse châsse, chef-d'œuvre«d*art, où reposent les saintes reliques, ses yeux s'animèrent, et nous crûmes deviner qu'il pensait en lui-même : les hommes de Dieu sont persécutés pour le bien même qu'ils font, mais les souffrances mènent à la gloire, mais la postéiité les venge des tortures qu'ils ont enduré peu* dant leur vie.

Les deux jours suivants furent employés par Mon*

seigneur aux visites (ifficielles et aux visites des com-» muDdutés de la ville; il parcourait la ville en compa* guie de M. l'abbé Coquereau, dont la figure ouverte et le riche costume de chanoine de Saint-Denis atti* raient l'attention du peuple, qui le prenait tout simplement pour l'archevêque de Paris, Le samedi 14* le prélat assista à la distribution des prix du collège, où, malgré ses résistances et pour complaire à M. le préfet de l'Eure qui le pressait, il dut prendre la pa» rôle I En s'excusant d'être étranger depuis longtemps* par son ministère, aux études classiques, il rappela Ovide, Phèdre, VirgUe et Horace avec une telle frat* dieur de mémoire qu'il réussit à ne persuader per* sonne. Il se montra si aimable qu'il se fonda parmi la geat écolière, si revèche, comme l'on sait, à accorder ses sympathies, mie popularité que la génération présente transmit aux générations suivantes* et qui lui survit encore. De ce jour, Monseigneur ne cessa de témoigner au collège d'Evreux le plus vif intérêt : il visitait souvent les classes, faisait lui-même les pre* mières communions, et venait adresser aux jeunes gens de fréquentes exhortations. Les deux honorables proviseurs du collège, MM. Guindey et Lecaudey, peuvent redire, bien mieux que nous, quelle allégresse se répandait parmi les turbulents hôtes du couvent des Capucins, lorsque le bruit bien connu des rouet de sa calèche faisait bondir chacun sur son banc, et qu'ua même mot sortait de toutes les bouches : « Oh t « c'est lui I c'est Monseigneur I »

Le 15 aoàt, qui était un dimanche, les campagnes afiuèrent dans notre caUiédrale trop étroite; les olQ* ces furent d'une magnificence inouïe.

Avaat vêpres, à deux heures, M. l'abbé Coquereau

parui eo chaire, revêtu des iasignes de chAsoine d'Ëvreui, et, doona un Irèe beau digcoum Mir la fâle» BloQgeigoeur constaUi le suceès qu'il avait oblesu en lui disapi : « Ne soyez pas trop orgueilleux. » . Le mardi 17, le prélat préside à la touobante céri* iponie d'une prise d'habit au couvent de la Providence et aux professions des nouvelles religieuses. H prit trois fois la parole et nous émut jusqu'aux larmes ea nous parlant de la sainteté de la vie religieuse et du inérite de ces saintes filles, qui se dévouent h l'éducation de la jeunesse et au soin des ma)ades« Cette oom* munautéf dgnt la ferveur a toujours été admirable, est la plus nombreuse et la plus importante du diocèsa ; elle est aussi la seule qui soit née obéit nous» elle npus appartient en propreXeur nom primitif n'est paa sans gloire t les Filki d^ Ca(frt berceau d#4a oommu* nauté, furent d'abojrd connues sous 1^ nom de Sflpurs de la Doeirm chrétUnn^f L'abbé Duvitiçr, leur fondateur, leur donna leurs premières règles l'année même où mourut Bossuet, et qui vit s'éteindre ea odeur de sainteté la vénérable arehidiaore Rnidon i U s<«ur de M, Duvivier Ait l^r premier* svpérît«ire.

De la ville sainte et savante, Moasai(near passa la lendemain dans la cité reine d« l'industrie dana ia département de TËure* et qui est assest peu nonaaade paur étva enthousiasta. Tout Louviers était sur piad pour fêter la bienvenue de son nouvel évèque. La clergé de rarrondisseaMmt s'était réuni k son archi* peèAraat s*avaii«alt sar daax raaga, rovètu de aarpUs

blancs el dé tiéhèê élolès. Les autorités oivflés, \t imrqnet, le tribunal dvil et le tribunal de commerce Marchaient de concert. Rien n'atait été négligé pour i|ii6 la réception fût brillante. Les Innombrables ehe*^ minées des tMdnes ne Vomissaient aucune fumée dans les «1rs, et le bruit de leurs puissantes macMnes était rentré dans le silence : leurs cheb, par un élan géné« reui, payaient aux ourriers libres leur }oumée de sa* Mre cdnune s'ils eussent travaillé. Une foule considéfable s'était portéo an bas de la côte Saint->Hil8ire,iel le détachement des grenadiers de la garde nationale fOMVttil à peine la contenir. Vous pouvez croire à la vérité de notre récit, c'est le /ouriio{ de VEure qui l'aianiie(ho 101, 1841.)

Comment Monseigneur n'aurait4l pas été touché d'un pareil accueil ? Il s^avança au milieu de ce bon peuple, bien plus en père et en ami qu'en évéque ; il le regarda avec des yeux qui voulaient dire : Je vous aime tous. Et le peuple, qui juge avec ses sens et avec ses bons instincts, comprit ce muet langage, et depuis lors il appartint ccsur et Ame il son nouvel évé-' que, et de toutes les villes du diocèse, la ville de Louviers Unt la première place dans le cœur du prélat. n ne l'appelait jamais autrement que sa bonne mlk^ sans lui donner d'autre nom. Elle était assez désignée pour tous ceux qui connaissaient son affection pour eOe. La marche fut longue et pénible Jusqu'à Notre- Dame t H y avait tant de bénédictions à donner à la {s«le agenouillée sur le passage du prélat, tant de petits enfknts, auxquels 11 touchait le front avec un signe de croix, dans les bras de leurs mères, tant d'o»' vriws qui! appelait en passant ses enfants et ses anlis^ tant de vieillards aux cheveux blancs sur la tèle des»

<|uel8 il faésilait à lever la main en les nommant ses pères Ht Cette profusion de soi-même au milieu du peuple, cela n'est peut-être pas de la dignité comme Tentend une certaine morgue aristocratique; mais cela vaut beaucoup mieux, c'est de la paternité, c'est de la charité évangélique, c'est ainsi que lésus marchait au milieu des siens* sous l'œil des Pharisiens, qui lui reprochaient de $éduire le peuple. En chaire, la bouche du prélat exprima à la multitude tout ce que sa physionomie, son air et ses gestes lui avaient déjà fait comprendre. Le Journal de VEure dit de cette première allocution ^«l'eUe fut moUu remm^ quable par la pemée que par une amibsse infinir à eareeeer iouteê leê influencée. Est-ce que M. Olivier se préoccupait jamais dans la chaire clnrétienne d'être orateur? Son auditoire était le livre oili il lisait tous ses discours. Il voyait ce qu'il fallait dire, et il le disait. Plus élevé ou plus profond, il eût échappé aux esprits qui l'écoutaient, et par dessus tout, avant tout, il voulait être compris. Il ne cherdiait pas bien loin la matière de son discours : son auditoire pensait pour lui, et il ne prenait d'autre peine que d'exprimer la p«roée de tous. Selon la hardie expression du poète, s'il eût parlé à des forête, il n'eût pas parlé à des sourds, elles auraient répondu à sa pensée :

Non loquimur eurdie; reepondent omnia e^fhm.

Voilà le secret de son art, ou, si vous voulez, de cMe adreeêe infinie qui suspendait à ses lèvres, dès le premier jour, toute la population de Louviers. Aussi la foule ne voulait plus le quitter; elle l'avait accon* pagné à l'église, elle le suivit à l'hoqi^ice et au presbytère, tant elle était avide de le voir, de l'entendre surtout. Monseigneur lui avait parlé à l'église, au

preftbytère en la coBgédiant; il lui parta encore à rbo8|Mee, diMut elle avait eDYahi la chapelle, L'aprte midi, il se sépara d'elle à grand peine pour s'entretenir seul à seul avec ses prêtres.

C'est alors surtout que sa parole devint plus élo« quente et plus solennelle; il leur ouvrit tout son cœur afin qu'ils le connussent bien» afin qu'ils fussent bien assurés qu'Us j occupaient une bien grande place, ou plutôt qu'il était à eux tout entier. Devant tout le elei^é de l'arrondissement de Louviers, il laissa tomber une parole bien grave, qui révélait un grand projet, qui engageait son avenir, qui excitera des regrets étemels lorsque l'on saura que les obstacles seuls l'ont empêché de la réaliser : il dit aux pauvres desservants de campagne , ces ouvriers de la première heure qui supportent le poids de la chaleur et du jour, qu'il les considérait comme curés, qu'il les autoriserait à en reprendre le titre, et qu'à ses yeux ils seraient inamovible$. Quelques jours i^rès, fl répéta ce même engagement devant tout le dergé de l'arrondissement de Bemay, devant plus de cent prêtres. Cette parole a très certainement été dite ; elle appartient à l'histoire. Avec quelle jde, avec quelle espérance elle fut accueillie I Si vous demandez pourquoi il ne l'a pas suivie, je demanderai à mon tour pourquoi l'on fit de l'inamovibilité une arme contre lui ? 11 voyait l'exécution de sa pro-* messe possible, puisqu'il la faisait : qui a créé l'impossibilité? S'il ne pouvait pas ou s'il ne devait pas exé-* euAer cette promesse, il ne devait pas la faire. Sans aueoB doute. Mais ce n'est pas sa sincérité qui doit ici être mise en discussion t c'est sa prévoyance qu} est ea dèfant^fteoueiUoM toutefois prétieueemenl cette

l^rvle t Aujourd'hui à LouYierB« comme qiieh|tiet |9im t>h]s tard à Barnay, eUe a JaiUi d*ua élaa géflér«ux de seo cœuré

Les fatigues de cette journée ai bien remplie à Lou-^ Tiers, n'empêchèrent pas Monseigneur de se rendre à Notre-Dame-du-Vaudreuil sur les sept heures du soir : il était accompagné de M. TalloU» arcbiprèlM de LouTiers , de M. Tabbé Guibert, son arehidîacre, et de M. l'abbé Coquereau. Il adressa aux fidèles une courte mais touchante allocution, dans laquelle H se plut à donner quelques éloges bien mérités au cUré de la paroisse^ M. l'abbé Goncedieu.

L'illustre fille du maréehal Sébastiani^ M» la du* otaesse de Ghotseul-Praslin, entourée de sa nombreuse Camille, était 4iu pied de sa chaire. Noble femme qui paraissait dans le monde àyea toutes les qualités et les grâces qui font reniement des cours , le charme des sociétés , et dont la vie chrétienne était encore plus précieuse devant Dieul Elle a^ait Tesprit trop élevé pour ne pas s'attacher à la vérilable gldre qui ne se trouve que dans la vertu. Du haut de U chaire « Monseigneur lui rendit un touchant hommage en la proposant comme modèle à toutes les mères de fti« mille. Que notre bon évèque fût bien Inspiré , dana cette soirée, de verser la joie et le baïune de ses pa« rôles dans on coeur qui souffrait en silence d'inénar^ râbles douleurs I Vous rèviei tous pour elle, pautren qui la bénissiez , bons habitants du Vaudreuil , des joies, des Mtes, des jMnfifuri el dia irMÉ^kait main

les anges qui veiUaieol sur elle firémimiaieni en aper*ceraat, dans an ayenir trop rapproché, une nuit 8om« lire et terrible! En ornant sa tète de leurs vertus cé« lestes. Us ne faisaient, hélas I que parer une yictime pour un sanglant sacrifice 1 Ce sont eux sans doute qui , par une compensation anticipée , mettaient de dignes louanges dans la bouche de Torateur sacré qui ne parlait Jamais que dMtispiration.

An commencement de la nuit, Monseigneur était de retour à Louriers. Si, pour se reposer d'un si rude labeur, 11 oubliait quelque peu, le soir, sa dignité épis-» copale pour redevenir tout simplement un homme très gai, très expansif et très aimable, si les mois trop spiHtuels volaient sur ses lèvres, il fallait avoir un peu d'indulgence, et n*en pas foire un si grand criminel parce quMl lui suffisait de s'abandonner à son naturel pour devenir le charme des salons» Amers critiques, vous ne voulez pas admettre qu^un saint soit aimant et aimable I Quelle sorte de sainteté est donc la vôtre? Décochez donc aussi vos traits, si vous osez, contre le Mtiire qui a dit : JVe S9yez pas ttitml Le Sage disait que chaque chose avait son temps, qu^il y avait un temps pour pleurer et un temps pour rire. La lyre la ptUB harmonieuse ne résonne pas toujours, et un mat*> ire habile sait en détendre les cordes pour s'en servir encore le lendemain. Au temps des fables , lorque le sage dieu des vents soufflait en Eolie, il retenait quel quefois son haleine pour Jouir chaque Jour de Thar* monie de ses harpes qu'il réveillait avec les brises du matto.

• Ut haitltaMitle Looviert m réteiHateiit k ptin« le

matin, tout pleins encore des émotions de la veille, que déjà la voiture de Monseigneur franchissait la lon-> gue cAte de la route qui conduit aux Andelys, à travers les plaines de l'antique Madrie. Ce fut dans cette ville la même affluence et le même enthousiasme. A Gisors, où Monseigneur se rendit ensuite, le prélat paraissait heureux de se trouver au miUeu de ses diocésains, qu'il aimait comme un père aime ses enfants* Souvent il parut ému jusqu'à répandre des larmes.

Le 24 août, nous le retrouvons à l'école des Frères au milieu des enfants de la ville d'Evreux auxquels il décernait de beaux prix, et disait encore de meilleures paroles.

Le jour suivant, les postillons, qu'il payait largement , fouettaient pour Vemeuil. Ce n'était pas ce-' pendant la ville que Monseigneur allait visiter, c'étaient les religieuses Bénédictines de l'abbaye. U devait célébrer la messe à la Madeleine, administrer le sacrement de Confirmation aux élèves du pensionnat, et leur distribuer ensuite des couronnes.

Vemeuil, néanmoins, voulait imiter ses sœurs de Louviers^ des Andelys et de Gisors et iaisaii de tous c6tés des préparatib de fête. Les sonneurs étaient au guet au sommet dt la grande tour, et, plongeant ao loin sur la route de Breteuil un regard avide, ib attendaient avec impatience l'apparition de sa calèche pour mettre toutes les clodies en branle et appela toute la population sur son passage.

Vers deux heures et demie, un nuage de poussière s'élève sur la route, et les roues d'une voiture rapide laissant échapper des éclairs à travers le nuage. Plus de doute : c'est Monseigneur I Les cloches, à grande volée, mettent aussilét la population en ^aoi. Les en-

têXkto ont des pieds agiles ppur courir au devant de toutes les fêtes; ils précèdent la voiture signalée en criant de tous leurs poumons : Le voilai le voilà! La foule se prosterne pour recevoir la bénédiction. Mais l'équipage, au lieu de prendre la direction de Téglise, tourne dans la cour de Vhôtel SainUMartin. Mais, ô stupéfaction! les portières s'ouvrent, et laissent apparaître un personnage qui avait de fortes moustaches et savourait un dgarre. Aux génuflexions de la foule, il comprend que c'est lui qui est l'évèque, « Et de 803 doigts saintement allongés « Bénit tons les passants en deux files rangés. C'était le marquis de Dauvet, cet impitoyable destructeur àvL i^àteau et des merveilles de Navarre! En bon prince, après avoir bien ri de l'aventure, il appelle les sonneurs, emplit leurs poches d'argent en les remerciant de l'honneur qu'ils lui avaient attiré. L'église cependant était encombrée, et les loueuses de chaises, profitant de l'aubaine, doublaient leur prix. Monseigneur n'arriva que trois quarts d'heure après cette méprise.

Le 90, il recevait , dans la ville de Bemay, le plus brillant accueil, vnitait le coDége, les écoles, les Ursulines et l'hospice, et il évangélisait une foule innombrable dans l'église de Sainte-Croix. DaiM l'aprèsmidi, il animait une partie des prêtres de l'arrondissement qu'il avait fait convoquer de tout le feu de son zèle et de toute l'ardeur de sa charité. Il consolait les pauvres desservants de leurs chagrins et de leurs terreurs passés en leur donnant l'assurance qu'ils pouvaient remplir en paix, au milieu de leur troupeau, la mission divUie, faire le bien sans rien craindre des persécutions que le zèle attire; qu'ils n'avaient pas à

rèd«oi6r d'être vtolemmeiBl arrachés à léttrs odaNIes; qne s'ils n'étaient pas encore inamoribles de droit, ils le seraient de fiait sons son gouvernement paternel. Cette promesse fut aceueillie, comme à Lontiers, avec nne satistoction universelle.

Le mercredi 1«' septembre, Ut ville de Brknme fai^ sait à Mgr Olivier un accueil non moiiM brilhuit que celui de Bernay.Les prêtres de quatre cantons, les autorités civiles et la garde nationale dlèrent le recevoir, sous le dais, au bas de la côte du Bois-David. En chaire, il adressa auK fidèles une allocutâon sur le re»« pect dû à la maison de Dieu. Après la cérémonie, il parcourut la ville, et port» l'aménité jusqu'à entrer dans plusieurs maisons pour en saluer et en bénir les heureux habitants. « Il partit à cinq heures du soir« écrit un témoin oculaire (Courrùr de VE%irtt n« 86 1841), « en se dirigeant vers Pont-Audemer, avec le « regret de tous les habitants de ne pouvoir le conii server plus longtemps. Tout est édifiant chet lui : « sa charité et son humilité ont rempli de joie toui a. les.oceurs. »

A sep^ hêtres du soir, Monseigneur traversait la ville de Pont-Audemer, et les cloches de Saint-Oue» et de Saint-Germain signalèrent son passage par leura jojeux carillons. Il se rendait à Tourville, charmattt nllage situé entre de fraîches collines et arrosé par cinq petits cours d^eau et distant seulement du cheflieu de trois kilomètres* M. Letendre de Tourville avait ofiért au prélat une gracieuse hospitalité.

Le lendemain, % septembre, à onxe heures, llonsei«»

gAeur Si soo entrée solennello daog la ville, et fu( reçu à rentrée de la rue Saint-Germain par le clergé des deux paci^isses et plus de (piatre-viogts curés de Tarrondisseinent. M» le sous-préfet le coBoplJiBenta à rentrée de Saint-Ouen. Là s^étaient aussi rendus le parquet, le tribunal, Tordre des avocats et le conseU municipal. Ayant de célébrer la messe» Monseigneur parut en cbaire, et, selon sa constante habitude de rordfs, a attendit que le bruit de la fouie, qui cher-* cbait à se placer, eût cessé. Il comment d'une voix un peu fiiible et fatiguée, et il exprima toute la joie qu'il éprouvait de se voir entouré de ceu au bonb^uit deiquels il venait consacrer tous ses efforts» si vie entier Sa vm peu h peu prit de Téclat, et loi fburnii à la fia 4e puissants aecents pçur peindre le benbeur que V<m trouve dans la pratique de la religion et dans r«iveice de la charité, A quatre heures du soir, il viiîtA r^gUN Siint^erroain, où depuis plusteurs an*nées M. Tabbé Beaucousin signalait son zèle par phimwm élakUfeeptteats qw «on ingéoîeuiHi ebirité était parveaœ h oréev, non sans quelques difficultés oonaiis t««iQim« Td» mt p«r un sejcitiment «inaxpUeafob» ou ptaîftt |r»p évideit, déelamait contre toutes ses bon^ nas Mivw»f rt principalement coiitvi m maison d^er-f pbelini»t jusqu'à indigner les honnête» gens, aft pmeinaît povr une injure personnelle tout oa qui était fait i« fevour des établissements du bon curé» Or, Mgr Ôli^ vjar, m sostenant M. Tabbé BeauoMsifi dans la» eferts da son lèiê, en le combbMii de kntaages bien méritée», aliaK, sans s'en douter, d'un ami très obaud,* saeréar, dans l'ayanir, mi ennemi très violent.

Ce ^r là il eut la joie, car c'était pour lui une giMdejMi de voir de ses yaux le bien (m était (aitt

de béoir la maisoQ que M. Tabbé Beaucousin venait de faire construire pour rétablissement d'une école dirigée par les Frères de Saint-Joseph. En répondant au discours de M. le curé de Saint-Germain, il traça le tableau des bienfaits que produit Tinstruction primaire par les connaissances utiles et morales qu'elle répand dans toute la société, il combla le digne pasteur de remerciements pour les sacrifices immenses qu'il arait faits pour cette école» et pour les autres bonnes œuvres de sa paroisse, et en particulier celle des orphelines. Plus tard il le fit chanoine honoraire de la cathédrale.

Puis le prélat se rendit dans Téglise Saint-Germain» où par des paroles pleines d'une grande bonté de cœur, d'un grand amour pour la reUgion, il rappela le respect dû au saint lieu et le silence qui doit y régner. Il visita ensuite l'établissement des sœurs de la Providence, que M. le curé de Sahit-Germain avait aussi fondé»

De là. Monseigneur se rendit au couvent des dames Carmélites. Mais la porte refusa de s'ouvrir.Lia Supérieure prétendait que n'ayant pas été prèveniie de celte vikte, elle ne pouvait recevoir le prttat. Elle n'avait donc pas «atendn les cloches sonner» <hi se croyail--elle encore au temps où l'abus des exemptions de la juridiction épiscopale existait encore? Too* jours est-il que le prélat dut attendre plus de dot minutes en présence de la fottle ébahie. Enfin, la porte s'ouvrit, mais si étroite, que Monseigneur et M. l'abbé Guibert purent à peine passer, et que plusieurs personnes qui les accompagnaient furent repoussées, puis elle se referma si vite, que le chapelain luinnèHie faiiyt être pris dans ses ais. M. l'abbé Thofel rit 4e

sa mésavenlare aux éclats et la foule fit de même.

Monseigneur fut bon prélat, et ne réclama point le privilège de sa première TÎsile, qui fait exception à la loi de clôture. Il aimait le Carmel, et il avait écrit à la Supérieure, le 11 juin précédent, que le Carmel atait été le berceau de ion éducation cléricale.

Monseigneur ne quitta que le soir la ville pour retourner à Tourville, où il dit la messe le lendemain. Il admira les sites de cette délicieuse petite vallée et ses cinq ruisseaux. Au bas 4vi Mont-Désert, il visita Tancien château des seigneurs de Tourville; mais il ne vit plus que quelques restes de marailles, quel^qnes vestiges de motte et un tertre destiné à défendre le fort du c6té de la colline. Le vieux roauoir avec ses fossés, ses ponts-levis et ses meurtrières , ses tours crénelées avait disparu depuis longtemps. Ne pleurons pas sur ces ruines qui nVnt tombé que devant Taffiranchissement des peuples.

Le prélat quitta ses hôtes le même jour, et descendit à dix heures et demie du soir au palais de Tarchevéché de Rouen, où il venait rendre ses hommages à son métropolitain. Il en repartit le lendemain à midi pour Erreux.

Le jeudi 9 septembre, Monseigneur, accompagné d# M. l'abbé Jouen et de plusieurs autres ecclésiastiques, descendit, à une heure après-midi, la côte de Fleuryrar-Andetle, au pied de laquelle Fattendait M. Le* eerf, maire, le juge de paix, les autorités ei la garde Batioiiale. Ce chef-lieu de canton, qui avait une jus*

tice de poix ei une gendarmerie et une population de quinze cent» habitants, n'avait pas d'église et dépendait encore de la paroisse de Radepont. Un intérêt puissant attirait donc Monseigneur à Fleury-sur-Aade41e« U fut reçu par les habitants avec enthousiasrae, et il se rendit à pied, suivi de la population entière^ suc remplacement projeté d'une église paroissiale. Là, le prélat, étant monté sur un siège qui lui avait été préparé, harangua, en plein vent, les fidèles in« nombrables qui renvironnaient, en les remerciant d V bord de raecoett gracieux qu'il venait d'en recevoir. U dit ensuite qu'il verrait avec la plus grande joie un nouveau temple s'élever au Seigneur dans cette belle et riche vallée de rAndeile, où l'admiration se parte-* geait entre les merveilles que la nature y étalait avec tant de profusion, et les merveilles de l'industrie ; qu'il se proposait de yenir à leur secours par une souscription personnelle, qu'il tenait à honneur de poser luimême k première pierre de l'édifice sacré, et qu'il compterait parmi les plus beaux jours de son épisco* pat eeltti où il viendrait consacrer la nouvelle église aa miUeu de la joîe des anges et des hommes, « Les « anges , dit-il , vénèrent déjà ce lieu prédestiné à « une si grande sainteté où le Très-Haut viendra fixer « son séjour. » Et il rappela la vision de Jacob , qui voyait les anges du Seigneur monter et descendre sur une échelle d'or dont le pied touchait à la terre et dont le sommet se perdait dans le ciel , descendant de Dieu aux hommes et remontant des hommes à Dieu^ venant vers la terre, les mains pleines de ses dons, ei reièurttant au oiel chargés de ses vœux et de ses dé* wkn* 11 eDotitti en disant, que ai Ton préparaîfc à Dîeu uae demeure terrestre, il (allait avant tout eommeoeer

par TalUrer en soi par une y\e pure ei salBidi Ce dis* cours fui couvert des aGoIamatioDs de la foule ravie» C'est Je maire luinnême qui avait commeDcé par crier : Vive Monseigneur! Mais non , dit le prélat, ce n'est pas ainsi. Disons plutôt : Vive le roil Et chacun de crier : Vive le roi ! M. LfCcerf avait eu l'attention délicate de faire préparer à la mairie des rafraîchisse^ inents qui furent acceptés. De là , Monseigneur se rendit a la magnifique résidence des châtelains de Ra* depont, dont il futaccoeillt avec joie et qu'il laissa enchantés de sa visite.

Lie lendemain 10 septembre^ sur les bords de la Smne, la petite ville de Vernon^ qui est si fiére de se mirer dans les eaux du grand flenve, et si favorisée de la nature dans son admirable site , était , elle aussi à son tour« pleine de mouvement et de bruit< Que si vous demandez, comme le Journal àt VEure : Est<-oe le roi qu'elle attendait? Je répondrai qu'elle est habl^ tuée à le voir. Bsi^ee un grand homme ? Elle se soucie; bien des grands hommes, elle qui a des princes pouf Mtes. Eêt'ce un poète? Elle a Casimir Delavlgne à ses perte§« Casimir Delavlgne né au Havre mais conçu k Vemon, saehez^le bien, ingrats contemporains qnn vous êtes, et qui allez laisser vendre à votre poète se fraîche résidence de la Madeleine qu'il pleure déjà en seerei I Ea-ce Béramger, eM-ee Duponi de VBure ? Elle s'aine pas les ennemis de son roi et n'a rien à gagner am féveluUowu II (allait on spectade oodveatt peut qi«e cette petite ville eoquette, mais capHcteuse, cotf* ieatità se revêtir de ses habits de fête et à verser wê pevple léger et frivole dans ses rues naguère si dé* •ertes< Elle s'était parée, elle qui n'a jamais rfetf à lahre pour étrà belle I Elle a u» are de triom^ | l'ex**

trémiié de son pont, aux arches douteuses, vraiment I Que vient faire là, au sein d'un magnifique paysage , entre cette fbrèt, ces collines majestueuses et ces bel-i les roches, un arc de (riomphe? Vernon, en sa qualité de muse priutanière , comme l'indique le nom qui lui fut donné alors qu'on parlait un peu de français nouveau et beaucoup de vieux latin, est une ville de goAt et qui sait les convenances de Fart : il fallait bien opposer un arc de triomphe aux charmantes tourelles de la rive opposée. Cet arc de triomphe , pavoisé des couleurs nationales, est destiné à recevoir Mgr Olivier qu'elle attend du côté de Vernonnet; car elle sait qu'il est en tournée pastorale dans le Vexin. Le clergé de la viUe, des paroisses environnantes, les curés ducanton, la garde nationale et le train des équipages s'échelonnent sur deux lignes parallèles au pont, et Monseigneur, qui ne fait jamais faute d'arriver ponctuellement à l'heure indiquée, prend place sous un riche dais, salue les autorités civiles et l'état-major du train qui sont venus à sa rencontre, et se dirige vers l'église de Notre-Dame en traversant une foule compacte et serrée qui reçoit ses bénédictions avec le plus profond respect. Arrivé à l'église, Monseigneur pro-* nonce une allocution qui est écoutée avec le plus religieux silence, et célèbre ensuite la sainie messe au mMieu des symphonies de la musique de la garde na liooale. L'ordre le plus parfait, le saint recueUleneni qui régnent pendant toute la cérémiMiie, montrent aux yeux satisfaits du prélat, que le spectacJe de l'ordre ravissait toujours, qu'il y a là un bon curé qni tait être pasteur et qui exerce un grand ascendant sur se^ouaiUes. Monseigneur est ensuite reconduit au presbytère AU diant du 3e Deum, et la c^tooue

terminée, il remercie les autorités, la garde nationale et la population de Vemon toute entière de Taceueil qui lui a été fait. L'après-midi, le prélat visite le collège, les écoles et les hospices de la ville et quitte Vemon à six heures du soir.

vn.

Un mois juste s*est écoulé depuis que Mgr Olivier a pris possession de son siège, et il a déjà parcouru en tous sens son vaste diocèse. Toutes les principales villes Pont entendu ; il s'est mis en relation avec tous ses curés, et les principaux habitants. De tous côtés, il s'est trouvé une telle afOuence de populations sur son passage qu'il est peu d'habitants de l'Eure qui ne le connaissent déjà de figure, et qui n'aient été ravis de l'entendre. Aux champs et dans les villes, sous la chaumière comme dans les salons, il n'est question que de lui : le nom de M. Olivier est dans toutes les bouches, tant il a su s'emparer fortement de l'attention. Les cœurs étaient à lui; les difficultés sont venues depuis, les oppositions ont dressé leurs résistances, les injures, les calomnies, les diatribes ont coulé à flots; rien n'y a fait : cette première impression n'a jamais été effacée, et les cœurs lui sont demeurés fidèles 1 Témoin de cet enthousiasme universel, le Journal de VEure en était réduit à se lamenter, et, dans l'amertume de son dépit, il écrivait ces étonnantes paroles : « La ville s'est rendue à lui 111 Le dépar- € tement de l'Eure lui est donné 111 (n® 97).

Mgr Olivier avait fait un coup de mattre en se montrant immédiatement partout, et payant de. sa per-

loinid au mltiau des attaques furibondes dont il était l'objet, il n'avait eu qu*à paraître pour faire tomber les préjugés et les préventions. Heureux s'il ne prend fMtt trop de confiance dans sa force 1 Seigneur lion ne doit mépriser aucun ennemi si petit qu*ll soit à ses yeux, pas même le plus vil moucheron dont la persévérante colère peut mettre à bout son fier courage. Mgr Olivier était rentré dans son palais épiscopal rempli de l'enthousiasme de son beau diocèse. La saison ou il le vi^tait le lui avait montré dam 9a plus riche parure de moissoos doreei, de luxuriante verdure, de prairies émailléea de fleurs et de collines boisées. Quand il avait remonté l'Andelle, il t'était écrié que c'était la plus belle de toutes les vallées du départe* ment; mais en parcourant la Carentonne, il ne trouvait rien de plus frais qu'elle, rien de plus charmant non plus que le cours de la Rille qu'il appelait un ileuve en arrivant à Pont-Audemer, rien de plus graveleux que certains aspects de l'Iton et de l'Eure. La description des délices de la vallée de Tempe lui sem^ blait froide, après ce qu'il avait vu de ravissant dans la multitude de nos cours d'eau. Il avait été frappé des nu>uvements du terrain, dont les ondulations ressemblent aux vagues tranquilles que la pleine mer épand en liberté dans l'Océan. Et que dire des majestueuses forêts de Conobes, de Breteuil et de Beaumont, des riches cultures du Vexin , des campagnes du Neubourg et de Saint-André, du pays d'Ouche, du Roumois et du Lieuvin? Les vastes plahies ne s'étaient présentées à lui que couvertes de troupeaux et d'infatigables travailleurs ; les usines, en pleine activité, que peuplées d'intelligents travailleurs. En traversant le dimanche un village, le peuple accourut autour de sa voiture. En

voyant ces fraîches toilettes de nos fermières, ces rubans, ces dentelles qui paraient toutes les tètes, ce drap qui remplaçait la Uoi^se, partout la propreté et un air d'aisance, le. prélat s'était écrié : « Et où sont « donc les paysans? Je croyais trouver des paysans « dans la campagne?»

Aussi quand il regardait le département de TEure sur la carte, frappé de sa forme un peu rétrécie vers le milieu, épanouie aux deux côtés, il l'appelait son beau papillon aux ailes diaprées d'or, d'émeraude et d'azur.

Page 1