‹ Histoire de Monseigneur Olivier, évêque d'ÉvreuxChapitre 41 sur 47 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

T^stanieiit. — MmÊft et taiiér»tBe«.

Qui aurait pu soupçonner alors, à voir cette séré-^ nité du visage de Mgr Olivier, que les plus triâtes pensées assiégeaient son esprit, que les plus pénibles impressions étrelgnaient son cœur, jusqu^à ne plus terser dans ses veines qu'un sang qui se décomposait^ que les douleurs de la mort l'avaient environné?

La main du Seigneur s'appesantissait snr lui avec une telle rigueur, qu'il comprit que sa dernière heure approchait. La persécution dont il était l'objet lui causait une douleur cuisante, et cette douleur était d'être méconnu de ceux qu'il aimait et dont il voulait être aimé.

Monseigneur avait donc le pressentiment de sa mort, et d'une mort prochaine. Il se préparait en silence à ce redoutable passage de la vie du temps à la vie de Pétemité. Il était alors sur les rivages de l'Atlantique^ prêt à s'embarquer lui-même sur un autre océan qui n'a ni fond ni rive. Que ne disaient point à son ftme, et à une âme telle que la sienne, la vue de cette immensité des mers qui, aussi bien que le fir^marnent, racontent la gloire et la grandeur infinies de Dieul

Loin des hommes et de tout bruit, sur les solitudes

de Tocéan, élevé par le calme de sa cônscletice audessus de toutes les passions de la terre, recueilli dans les saintes pensées de la foi, il scrutait son &mé et soudait les profondeurs de son cœur. Sous l'œil de Dieu, auquel rien n'échappe, il ne découvrait dans soii ûme que des intentions droites, et ce cœur ne renfermait qu'un ardent amour du bien, un fond inépuisable de bonté, de charité, de mansuétude et de pardon. Alors, de cette main qui nous bénit tant de fois et qui nous montra si souvent le ciel, il écrivit son testament, digne d'un grand évoque, qui le peint mieux que tout ce que nous pourrions dire. Recueillons-nous III va nous dire des paroles qui ne nous seront révélées que lorsqu'il en aura reçu le prix dan^ rélernité. Elles nous viennent d'un autre monde. U n )us parle encore quand il n'est plus : Defunetus adhu& loquitur.

« Je meurs, comme fat eu U bonheur d'y vivre, dan$ « la foi catholique, apostolique et romaine; je soumetn <c tout mon enseignement, tout ce que f ai écrit ou fait « imprimer, toutes les décisions que f ai données comme « docteur, tous mes actes d'évique, au jugement du Saint « Siège apostolique, à qui j'ai toujours appartenu^ € comme pasteur et comme hrehis, par le fond de mes « entrailles.

« Je pardonne à ceux qui se sont faits mes ennemis. « Dieu m'a fait la grâce de n'avoir jamais gardé aucun ^sentiment de haine dans mon cœur contre aucun « d'eux.

« Je demande pardon à tous ceux que f aurais pu (c scandaliser ou offenser, à tous ceux qui auraient (c éprouvé de ma part, par ma faute ou involontaire" « menti quelque chagrin ou quelque dommage.

€ Si Dieu me fait miséricorde^ je n*ouhlierai pat <( dans le ciel les personnes qui m^ont honoré de leur af» « fection. Je les ai portées tous les jours à Vautel pen^ « dant la durée de mon sacerdoce. Je n*oublie aucune c des personnes qui m* ont consolé dans mes peines et qtit « m'ont édifié par leurs vertus.

« Je voudrais laisser un gage de mon affection à tous « les bons prêtres que f ai aimés, qui le savent bien^ et « qui m'ont témoigné tant de confiance et d'attache" « ment.,

« Je prie mon bon abbé Olivier de recevoir nus re- «c merciements de sa douce et persévérante amitié.

« Je recommande à mes deux neveux de se montrer « les dignes neveux Sun évêque, par leur bonne con^ m duite et leur religion éclairée. Je ne puis les faire rim ches, et cependant je leur recommande la charité en- « vers les bons pauvres, surtout envers les pauvres hon» « teux. Je sais, par laplus douce expérience, que rien « ne rend aussi heureux que l'aumône dont Dieu seul « a le secret.

« Je conjure tous les bons prêtres qui m'ont connu c particulièrement de déployer en toute occasion leur «( amour pour Notre Seigneur Jésus-Christ au sacrer- « ment de l'autel, leur dévotion envers sa sainte Mire, « par la décoration des temples , par Ventretien des «i églises et des chapelles, enfin par la majesté et la « pompe des cérémonies de notre sainte religion.

m Je délire que mon légataire universel et mon exé'^ «c cuteur testamentaire transmettent mes sentiments de n respect et de reconnaissance à la Famille Royale qui «( m'a comblé des preuves de sa confiance.

a Je fais deux parts de mes biens : l'une doit revenir ^ àma famille, c'est le patrimoine qui vient de mon

<f père ei de ma mère; Vautre, «auotV: 1,000 fr. de « rente sur VEtat, Vargent qui sera trouvé chez mot, « Vargent prêté à des personnes qui se feraient elles^ a mêmes connaître {car je neveux pas que les personnes « à qui f ai prêté et qui seraient gênées dans leurs af- « faires, se croient obligées à me rembourser], le pro^ <f duit de mon mobilier, tout cela sera distribué en « bonnes oRuvres, selon le tableau qui va suivre. De peur « d^oublier à la fin de ce testament une disposition tris n importante, je la pose ici. Au moment de ma mort, « la dette de la fabrique de la cathédrale, telle qu*elle « aura été reconnue par moi au dernier budget, sera « payée intégralement sur mes rentes sur VEtat, avant « toute autre opération.

ff Je demande à mes grands vicaires de faire en sorte c que mes obsèques ne coûtent rien à la fabrique de la « cathédrale, et que tout soit acquitté par ma succèsc «ton.

« Je désire, dans V examen qui sera fait de mM pa-- « piers, que Von détruise tout ce qui accuserait ou coti* « fondrait la malice de ceux qui se sont faits mes enne-- « mis»

« Fait à TrouviUe-sur-Mer, Te 3â juillet 1854.

« f Nicolas, évêque d'Evreux. »

Nous retrouvons dans ce testament cette profonde piété, cet amour du Saint-Siège apostolique, cette délicatesse exquise, ces beaux et nobles sentiments qui feront de celte pièce précieuse la confusion des uns, la consolation des autres, rédification de tous, un document de gloire pour notre église d'Evreux et un étemel honneur à tout Tépiscopat français.

Quand Monseigneur écrivait ce testament, il avait & côté de lui un ami fidèle, M. Tabbé Chrétien, doyen

d'Ecouig, ancien supérieur du petil séminaire Sainl- Aquilln, ancien premier vicaire de la cathédrale. Lui aussi avait été voué à Tanathème; il était coupable, comme d*autres, du crime irrémissible d'être Tami de son évêque. Mais qu'il se console. Il a pour l'honneur de toute sa vie ces paroles écrites dans le testament de Mgr Olivier :

ff /e veux que ma belle soupière en argent soit remise a à M. Uabbé Chrétien^ doyen (TEcouiSf que fai aimé <K comme un fils et qui m* a aimé comme un père. »

Son testament fait, Monseigneur entreprend son pèlerinage à Notre-Dame de Grâce pour lui demander le privilège d'une bonne mort, de le tirer des flots de la mer orageuse de ce monde, elle qui a conduit aux rivages désirés tant de malheureux qui ne l'avaient pas invoquée en vain I II gravit à pied la pieuse colline, il s*approcbe de la sainte chapelle avec la dévotion touchante d'un homme du peuple, il fait allumer un gros ciçrge devant sa statue, il veut qu'on lui récite l'évangile populaire sur la tète. Il n'est pas seul, car la dame du rivage n'avait pas été discrète. Plusieurs pieuses familles de son diocèse l'ont accompagné, et c'est unç graode consolation pour soa cœur, un soutien pour sa foi. Il célèbre les saints mystères, mais avec quelle ferveur! Il donne la communion à ceux de sa famille diocésaine qui l'ont accompagné. Il prie, mais avec quel recueillement I II répand devant la bonne Notre-Dame toutes les actions de grâces de son cœur reconnaissant. Quelle prière que celle qui est une préparation à la mort I II prévoit sa mort, et il l'accepte. La mort ne sera donc pas chose imprévue pour lui, ni l'une de ces épouvantables surprises qui faisaient, au milieu de la nuit, accourir

Bossuet de VersaUles à Saint-Cloud pour faire reten- Ur, comme un coup de tonnerre, le palais de ces lugubres paroles -.Madame se meurt ! Madame est morte I Non, ce n'est point un coup de foudre qui étendra notre prélat sur son lit funèbre ; la main du bon ange qui le prévient inclinera doucement sa tête sur Toreit- 1er du dernier sommeil.

Au départ de Trouville, Monseigneur apprend que son baigneur est père d'une nombreuse famille et quUI est pauvre : il glisse avec bonheur, dans sa main, plusieurs pièces d'or.

A la fête de l'Assomption, Mgr Olivier reparut dans sa cathédrale dans toute la pompe des cérémonies, où il figurait avec tant de grâce. C'était en même temps la fête de notre glorieux Empereur, et tous les hauts fonctionnaires de la ville, M. le préfet, M. le maire de la ville, la magistrature et le barreau, en grand costume, remplissaient le chœur de la cathédrale. Une foule compacte et contenue h grand'peine par les suisses, se pressait aux grilles. De son trône^ il glorifia le triomphe de la Reine des anges, il remercia les autorités du concours qu'elles prêtaient à la religion, insista sur ses bienfaits et sur sa douce influence sur les mœurs publiques. Il adressa au ciel les vœux les plus touchants pour le bonheur de la patrie et la prospérité de l'empire français* Tous ceux qui recueillirent ce discours plaignaient ceux qui n'avaient pu l'entendre : « Il y avait de quoi, disait-on, a convertir tout le monde. » Jamais sa parole n'avait été plus vive, plus onctueuse, plus pénétrante, plus ardente pour embraser les cœurs de l'amour de Jésus-Christ. Hélas ! on ne l'a plus entendu depuis : c'était le chant harmonieux du cygne avant sa mort.

Cependant Mgr Olivier n'était pas encore bien rétabli des fatigues de sa tournée épiscopale. Il songea à prendre quelque repos, et se mit en voyage pour visiter sa famille et quelques personnes amies. II ce* lébra la fête de la Nativité de la Sainte- Vierge dans un simple village de la Beauce, à Louville-la-Chénard, et évangélisa, comme toujours, le bon peuple, à Texemple de son Maître. Le lendemain, qui était un samedi, il fit une chute sur l'un de ces ferrements ronds qui se trouvent à l'entrée extérieure des salons bourgeois, et se releva avec une blessure à la jambe, qui n'offrait en apparence aucune gravité.

Le vendredi 15 septembre, jour de l'octave de la Nativité de la Sainte-Vierge, 11 rentra dans son palais épiscopal, et, des clous douloureux ayant envenimé la plaie, il se vit obligé de garder la chambre et l'immobilité du lit.

Singulière coïncidence! quand Mgr de Salmon Du Ch&tellier, de sainte et vénérable mémoire, se mit au lit, dans ce même palais, pour ne plus s'en relever, c'était aussi à la suite d'une blessure qu'il s'était faite à la jambe en visitant ses amis et sa famille. Mgr Olivier en fit lui-même la remarque, et prononça dès lors l'arrêt que les médecins confirmèrent un mois après. <c Ce tCest rien, disait-il à M. Dominique Olivier, et cependant j'en mourraû » Comme le bon abbé se récriait, il ajouta : <c Jl ne faut plus songer à vivre^ « mat» à bien mourir^ à mourir en Mquel »

On guérit bien à peu près les clous de la plaie de la jambe, mais une fièvre opiniâtre ne cessait de tour*

meoter le malade. Dans cet état, privé de la plus grande consolation de sa vie, le dimanche 1«' octobre, il voulut, malgré ses souflFirances» qu'on le portât dans sa chapelle pour y célébrer les saints mystères. L'assistance était nombreuse, et fut profondément émue de la ferveur dont elle le voyait animé, du profond respect qui le pénétrait pour Jésus-Christ.

Les paroles que le prélat prononçait à Tautel Témouvaient lui-même singulièrement. Quelles paroles, en effet, pour lui surtout qui pénétrait d'habitude si profondément les sens cachés de rEcrilure, et qui en faisait de si heureuses et si vives applications, que celles qu'il lisait en ce jour. Elles le pénétraient comme d'un glaive* Elles roulaient toutes sur la consommation et la perfection de la charité :

« Je vous aimerai, ô mon Dieu I vous êtes ma force, mon « soutien, mon refuge et mon libérateur.

« Dieu vient à mon aide, et j'espérerai en lui.

« Vous ne cessez jamais. Seigneur, de diriger ceux que « vous affermissez dans la solidité de votre amour...

« Le Seigneur garde ceux qu'il aime, et il confondra « tous les pécheurs.

« Nous savons que tout tourne à bien à ceux qui aiment « Dieul

« Ceux qui s'attachent au Seigneur pour l'honorer, je « les remplirai de joie dans la maison de Ut prière; leurs « holocaustes et leurs sacrifices me seront agréables sur « mon autel.

« Dieu est charité : celui qui demeure dans la charité» « il demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. »

Dans la circonstance présente, quelle prière que celle qu'il récita à la fin de la messe :

€ O Dieu, vous qui, pendant que nous sommes encore « posés sur la terre, nous faites déjà goûter, par l'efficacité

« cle vo^ YiviQanis remèdes, les choses célestes, tenez le € gouvernail de cette vie que nous respirons encore, de a manière à nous foire aborder à la lumière au sein de « lequélle vous êtes! 1 1 »

La ferveur de la piété du prélat augmentait encore sa faiblesse. Il fallut le soutenir tout chancelant, et le ramener, non sans peine, sur sa couche de douleur. Cette messe du xvn« dimanche après la Pentecôte avec mémoire de saint Rémi, apôtre de la France, était la dernière ! Un pontife sur la terre, un pied dans la tombe, Invoquait dans le ciel un autre pontife l

Le dimanche suivant, 8 octobre, le prélat voulut entendre la sainte messe. On dressa un autel dans le salon vert, où il était couché et qu*il ne quitta plus. Il suivit avec la plus grande attention l'office de saint Micaise, apôtre du Vexin, et de ses compagnons, martyrs, et reçut la communion avec les sentiments de la foi la plus vive. Cest le Adèle abbé Dubreuil, son secrétaire général, qui célébra cette messe, la dernière qu'il ait entendue.

Cependant un furoncle s'était manifesté au cou, et iiaisait endurer au patient des Aouleur» intolérables avec un redoublement de fièvre. Il souffrait, mais avec patience, mais arec résignation, mêk avec amour, olTrant ses douleurs, ses peines, ses chagrins, ses tribulations, ses croix, sa vie même à Jésus-Christ flagellé, outragé, meurtri, couvert d'opprobre, abreuvé de fiel et de vinaigre, et crucifié par les juifs. Les épreuves et les souffrances sont le partage des saints sur la terre, la source de leurs mérites et de leur gloire, le sceau des élus.

Ces souffrances, ces épreuves de la maladie que

Dieu ménage à ceux qui raimeni, durèrent tout un mois. La mort approchait, mais lentement. Sans doute les personnes qui Taimaient, n'écoutant que les désirs de leur cœur, se faisaient illusion. « Est-ce que Ton meurt d'un clou? x> disaient-elles. Lui seul ne s'en faisait aucune : la sécurité qu'il montrait à tous n'était rien autre chose que le reflet de sa résignation intérieure, et non l'effet d'espérances trompeuses. La placidité de son âme répandait sur les ombres croissantes de la mort une lumière si douce, qu'elle dérochait à ses amis la connaissance de la vérité.

Ce n'est que huit jours avant la catastrophe que les hommes de l'art prirent l'alarme. Les douleurs étaient vraiment excessives, intolérables. Leur persistance dénotait un profond désordre dans l'économie des forces vitales, et présageait une fin imminente. * Si prévue que soit une mort, son approche certaine a toujours quelque chose de redoutable, et ce n'est point sans quelque frisson qu'un mourant sent reluire sur son visage la première lueur de l'éternité. Que se passa-t-il en lui-même, quand il se vit placé entre les ombres d'une vie qui finit et d'une autre qui commence? Gomment lui apparurent et les joies de ce monde, et l'or, et les richesses, et l'éclat des talents, et les gloires de l'éloquence, et les grandeurs qu'il quittait, et les projets séduisants de l'avenir? Se sépare-t-on sans regrets, sans déchirements intérieurs, de ceux qui nous aiment et que l'on ahne? Pour les grands caractères, une existence qui est utile aux autres s'évanouit-elle sans amertume? Il est doux d'aller posséder Dieu dans le ciel? Mais a-t-on fait assez pour lui sur la terre? N'y avait-il pas encore des combats à livrer pour sa sainte cause? Au bout de la

carrière qui dispara!tsous les pas, n*y avait-il pas encore des palmes glorieuses à cueillir? En présence de ces généreuses ardeurs qui tombent avec les forces, en présence du sacrifice de la vie et du bon accueil à faire à la mort, le combat secret de la nature est chose trop naturelle* Plus le combat est douloureux, plus la résignation chrétienne est touchante. Avant les soumissions du Calvaire, il y a les défaillances du Jardin de Tagonie. Toujours est-il qu*il n'approcha pas ses lèvres du calice de la mort sans en ressentir toute Tamertume,

« Monseigneur, lui dit en Tabordant dans la journée du lundi 16 une personne très sainte et très grave, que de vœux nous faisons pour le rétablisse- « ment de votre précieuse santé! avec quelle ferveur « nous demandons à Dieu que vous soyez conservé à « votre diocèse I i»

« Faites plutôt dei vtmx, répondit le prélat, pour 0L queU ciel me soit ouvert, car ma mort est proche et « certaine. » Puis il s'entretint longuement de la mort avec la sainte et grave religieuse, insistant sur le bonheur de la soumission à la volonté divine et de la résignation chrétienne à un pareil moment* Puis il ajouta ces propres paroles : « Il m*esi égal que Dieu « me fasse vivre ou quHl me rappelle à lui. Grâce à « Dieu, je suis maintenant parfaitement indifférent. « Mais, ô ma fille l que de combats il m* a fallu pour € en venir làlll » Il la bénit ensuite. Elle fondait en larmes; elle admirait de si belles dispositions, elle était profondément touchée de Taveu de cette lutte intérieure avec lui-même.

Il dit ce jour là à un prêtre du diocèse de Versailles : « Il est bon que je meure; je me fais vieux; je ne

€ pourrai bientôt plu& autant travaiUdr. Or, à quoi « est bon, sinon à mourir, un éyèque qui ne fait plus « rien ? Il viendra à ma place un éyèque plus jeune, « plein d*ardeur; il achèvera tout le bien que je n'ai « pu faire. )> Puis il pensa à une personne qui lui était chère. « La pauvre personnel dit-il, elle iera bien m. déiolée de ma mort; elle me pleurera beaucoup. Di- « tes-lui bien que je ne Tai point oubliée, et que je m prierai pour elle dans le ciel. »

Dans la nuit du lundi au mardi, M. Gruvelhier accourut de Paris auprès du prélat, son ami intime. Après une consultation sérieuse, à laquelle prit part le docteur Baudry, son médecin ordinaire, il devint évident que la fièvre, dont la violence augmentait loin de diminuer, était déterminée par un anthrax, et qu'il restait peu d'espoir de sauver l'auguste malade. M. Gruvelhier se prononça pour une opération, derrière ressource de l'art. « Elle est inutile^ dit le prélat ; mais « pour ne pas me mettre en dehors des voies de la Pro- « vidence, fy consens. » Saint Martin, évèque de Tours, avait dit aussi, à cette heure suprême ^ « Seim gneur, si je suis encore nécessaire à votre peuple» « je ne refuse pas le travail; que votre volonté soit « faite I » M. Cruveilher ne voulut pas tenter luimême l'opération; il craignait que l'émotion n'ôt&t quelque chose à la sûreté ordinaire de sa main. U repartit immédiatement pour Paris, et se fit remplacer le lendemain par le célèbre docteur Velpeau.

C'est alors que MM* les vicaires généraux du diocèse adressèrent une circulaire à tous les fidèles, le mardi soir, 17 octobre 1854, pour leur demander leurs sufifirages et ordonner les prières des Quarante-Heures avec exposition du très saint Sacrement. C'e«t sur la

demande de Mgr Olivier loi-même que cette lettre fut écrite et rédigée par M. l'abbé Guibert. Il fixa en même temps lui-même le jour et l'heure où il voulait recevoir les sacrements de l'Eglise : il choisit le vendredi, qui était le dernier jour des Quarante-Heures, et qui lui rappellerait davantage les souffrances du Sauveur, et le déclin de l'après-midi, parce que c'était l'heure où Jésus, sur la croix, avait rendu son âme à Dieu. Il désirait même que l'on annonçât au diocèse et le jour et Theure, afin que le diocèse s'unît à loi à ce moment même. Mais serait<»ll encore vivant? aurait-il encore sa présence d'esprit à ce jour et à cette heure? Qui pouvait en répondre? Cette pensée ne permit pas à son grand archidiacre de se conformer à ce dernier désir. La lettre de MM. les vicaires généraux témoigne du profond et douloureux étonnement qu'ils éprouvaient de voir en danger la vie du premier pasteur, danger que personne n'avait soupçonné, excepté pourtant celui qui y était le plus intéressé et qui n'en avait pas douté un seul instant.

«r Qui eût pensé, en effet, disent-ils, que celui qui <c semblait braver la fatigue et défier la maladie pût « devenir victime d'un accident insignifiant en lui- <c même ? Et pourtant vous le verriez en tîe moment, « notre vénérable évêque, sur un lit de douleur, acca- « blé par la souffrance, mais calme et résigné, mettant « en pratique les vérités de la foi qu'il a tant pré- <x chées, demandant lui-même avec amour les sacrece ments de l'Eglise, et ne se plaignant que d'une « chose, de ne pouvoir, vaincu par le mal, prier au«> « tant que son cœur le désire, ni rouler entre ses « doigts les grains de son chapelet quotidien. G'«st « pour suppléer à son insuffisance qu'il nous charge

« de remplir un saint et pénible devoir, et de deman- « der au clergé et aux fidèles du diocèse des prières <f et des supplications ferventes.

« Prions donc avec confiance et avec ferveur, îmc plorons la clémence de notre Dieu, qui châtie et qui « sauve, qui conduit jusqu'au tombeau et qui en ra- « mène : Quoniain tu flagellas et salvas, dedueis ad in- « feroê et reducis. »

Le mercredi 18, au matin, le docteur Velpeau s'ap* procha du malade avec les appareils de son art, et commença une opération très douloureuse, malgré la légèreté si connue de sa main; le bistouri laboura douze fbis les inflammations charbonneuses du cou sans que la fermeté d'âme invincible du prélat se démenttt un instant. L'opération terminée, Mgr Olivier oublia complètement les souffrances qu'il endurait pour ne se souvenir que des devoirs de l'hospitalité. Comme si rien n'eût été, avec l'exquise amabilité de son caractère, il ne s'occupa que de M. Velpeau, s'informa de ses habitudes pour lui faire servir un déjeuner selon son goût. Ce fut là son premier mouvement. Puis il lui dit sur le ton le plus afi*ectueux : ^ Je me •r vois dans Vimpoêsibtlité de reconnaître votre dévoué" « ment. J'ignore si Dieu m'accorde bien des heures et « bien des jours à vivre; mais ce que je sais bien, c'est «c ce que je passerai le temps qui me reste à vivre à €trt « reconnaissant, » Cependant la nature du sang décomposé qui avait jailli avait déconcerté la science, et elle prononça son arrêt redoutable.

En même temps que cette triste nouvelle circule et vole de bouche en bouche jusqu'aux extrémités du diocèse, la stupeur se peint sur tous les visages, la coDStemalIoti pénètre dans tous les cœurs. Au son

iugubre des cloches qui appelle les fidèles à la prière» une foule nombreuse se presse dans les églises et implore le secours du ciel. A Evreux» près du palais épiscopal, la population entière remplit la cathédrale» et, grave et recueillie, elle prie avec une ferveur inaccoutumée. Les premiers citoyens de la ville sont confondus avec le peuple. M. le préfet de TEure est accouru des premiers. Tous recueillent avec une extrême anxiété chaque bulletin de la situation du prélat* Chaque famille se sent frappée au cœur.

Les prêtres qui veillaient autour de sa couche n^avaient eu à réclamer pour lui aucune des consolations de la religion. Le prélat avait prévenu lui-même leur piété filiale et si tendre. La veille, le mardi soir, de lui-même, de son propre mouvement, il avait déposé dans le sein de son confesseur sa dernière confession.

Le jeudi 19, le matin, M. le grand archidiacre d*Evreux avait une mission bien triste à remplir. Il s'était consulté avec le docteur Baudry, qui voyait et déclarait la fin du prélat imminente. C'était le vendredi, dans raprès-midi, que le prélat se préparait et s'attendait à recevoir les sacrements : il fallait avancer d'un jour le moment fixé et réglé, et procéder à Tauguste cérémonie ce matin même : car M. Baudry redoutait justement une crise d'abattement et de délire pour l'après-midL H. l'abbé Guibert vint donc l'avertir de se disposer à l'instant même pour recevoir les dernières consolations religieuses après lesquelles il soupirait. « Mais no», dit-il, c'est p<^r demain, à la fin «c deê Quaranie-Heurei. Nom $omme$ convenue que ce « eeraii à quatre heures — Monseigneur, c'est aujour*- « d'hui la fête de saint Aquilin, yoUe prédécesseur t

« C'est le jour, c'est l'heure où il tous convient de « TOUS préparer à prendre votre place, à ses c6tés» «c dans le chœur vénérable des pontifes. — Soiiy maU « pas ce matin : c'est à quatre heures. — Non, ce matin « même I... » Voyant cette insistance de son archidiacre. Monseigneur arrêta ses regards sur lui, et lut jusqu'au fond de son âme. Puis il s'écria avec un accent profond : « Cest donc fini! »

A l'instant il parut se transfigurer et devenir un tout autre homme. Il surmontait et sa faiblesse, et les angoisses de la douleur, et les appréhensions pusillanimes de la mort. U touchait aux portes de l'éternité. Il entrevoyait le bonheur des saints et n'aspirait qu'à rendre son élection et sa vocation certaines. Mais au momentde recevoir dans l'Eucharistie le Dieu qui donne la force aux mourants, un scrupule l'arrête un instant : € Jene puis pas tout de suite^ dit-il, j'ai eu cette nuit « une scène d'intérieur qui a mis le trouble en mon « âme. » Alors il se reprocha d'avoir eu un mouvement d'impatience contre une des religieuses qui veillaient auprès de lui, et il l'avait fait remplacer par une autre. C'était là une de ces contrariétés ordinaires et insignifiantes dans un malade. « Je lui aurai fait de c la peine, dit-il; /auraî contristé cette bonne et sainte « fille. » U fallut, pour le calmer et le rassurer, envoyer chercher son confesseur. Telle était la délicatesse et la pureté de sa conscience.

Alors il ne songea plus qu'à ouvrir son ftme et son cœur au Dieu dont il attendait la visite. Dans cette triste circonstance, qui arrachait des larmes à tous ceux qui l'environnaient, sa foi et sa piété brillaient d'une manière éclatante.

Selon les habitudes constantes de toute sa vie sa*

cerdotale, il ordonne lui-même les détails de Taugaste cérémonie^ et préside, sur son lit de douleur, à la préparation de Tautel, afin de rendre aussi digne que possible la réception de celui dont il attendait le courage et la consolation. Les officiers de la cathédrale et les enfants de chœur se répandent par la Tille et convoquent tous les prêtres et les fidèles. Le gros bourdon de la Tour de pierre élève sa grande voix sur la cité. Les communautés religieuses, les élèves des deux séminaires, les prêtres de la ville, les professeurs et les directeurs du séminaire Saint-Aquilin et du grand séminaire, les membres du chapitre, et parmi eux un des curés d'Evreux, M. Tarchiprêtre de Notre-Dame, les vicaires généraux, remplissent le palais épiscopal, M. le maire d'Evreux, M. le préfet de TEure et Madame de Sainte-Croix, des magistrats, la foule des fidèles, se joignent à la pieuse cérémonie. Heureux moment ! heureux pasteur I il va recevoir son Dieu, il va mourir au milieu des siens I Le troupeau chéri est à ses côtés.

•Que faisait cependant le vénérable et cher évêque ? Il s'entretenait doucement, avec quelques prêtres restés près de lui, du bonheur qui Tattendait. Quoique dévoré par la fièvre et épuisé par les soufiRrances, il trouve encore assez d'énergie pour réciter, pendant une heure, les prières les plus ferrentes afin de s*approcher dignement de la sainte Eucharistie.

Mais les moments pressent, la foule se serre dans les saloiis et autour de son lit. Usent déplus en plus que les forces le trahissent et qu'il faut se presser. Trois fois, en dix minutes, il fait dire à son grand archidiacre, M. l'abbé Guibert, de se hâter.

Comme on Tinvitaît au repos : c J'ai benotn, disait-

« il, de toute la ferveur des saints pour recevoir le Dieu « qui a fait toule ma force pendant mon épiscopat et « dont la foi m'a soutenu dans mes fatigues. »

EnÛD M. le grand archidiacre, traversant la foule émue, s'avança près de son lit portant le saint viati^ que. Aussitôt que Monseigneur aperçut le très saint sacrement, il se leva presque debout, par un élan spontané, tète nue, dans le saisissement du plus profond respect, Â ce moment auguste et suprême, malgré répuisement de ses forces, il possédait encore toute la lucidité de son esprit et toute la vigueur de son génie. C'est avec une énergie inexprimable, avec un accent surhumain, qu'il récita la profession de foi du Symbole, et, élevant la voix à ces mots : Ecclesiam catholicam^ il ajouta :

« Je crois fermement^ non-Hulement le Symbole^ mais « encore Vinkrprétation qu'en donne VEglise ei toutes ses « décisions, Tavais besoin de cette leçon. Je n'avais pw « assez bien compris que toute la vie du chrétien consiste à € apprendre à mourir. J'avais confiance dans mes forces^ fi et je croyais à mon âge rendre encore des services àVE- « glkepenéantdescmnies. Comme un général, f avais àUvrer m ks combats du Seigneur. Je me sentais invulnéràbU avec « k easfue isk^ foi. •

Il allait continuer. M. Tabbé Guibert, craignant qu'il ne fût .pris de faiblesse ou de délire,, crut devoir Pinterrompre en le priant respectueusement de se ménager. Le prélat répondit : « Vous avez raison^ « mon excellent archidiacre, fai assez parlé dans ma « vie. »

Il reçut alors le saint viatique avec un recueillement et une ferveur inexprimables. Pendant que, dans le silence, il adorait Dieu présent dans son cœ\ir, la foule

dont rémotioD redoublait, partageait avec lui ce re- Qoeillement profond. Puis il répondit d*une Yoix ferme et assurée aux prières qui accompagnent les cérémonies de Fextrëme-onction, offrant lui-même ses membres aux onctions sacrées de Thuile sainte, Tisiblement heureux de se présenter à son souTcrain Juge inondé du sang de sa croix, marqué des signes de sa miséricorde et du salut. ,

Quand Monseigneur eut répondu Amtnk la dernière oraison, M. Tabbé Chartier, archidiacre de Pont-Audemer, s^approcha de lui et lui demanda sa bénédiction pour tous les assistants et pour tout le diocèse. 11 parut se ranimer. Dans un effort suprême, il retrouva toute la grâce infinie, toute Tamabilité et toute Taisance qu'on lui a connues dans la chaire. Apercevant dans Tassistance M. le préfet de TEure et Mme la marquise de Sainte-Croix son épouse, M. le maire d'Evreux, des magistrats, plusieurs notabilités de la ville, il les bénit tous en leur adressant de touchantes paroles, nommant expressément « Texcellent magls- « trat qui administre le département, sa digne com*- « pagne et ses enfants, le maire de la ville et sa fa* € mille, les administrateurs qui le secondent dans son m amour pour le bien public, les magistrats si distin- « gués qui rendent la justice» les fonctionnaires pu- « blics qui s'acquittent avec tant de zèle des devoirs « de leur charge, toutes les autorités de la ville, les « notables citoyens qui s'y distinguent non-seulement € par le rang que la considération publique leur assi- « gne et la naissance, mais etfcore par leurs bons «( exemples et par leurs vertus, les grands et les pe- « Uts, les riches et les pauvres, tous ceux qui souf* «t frent, les habitants des autres villes, et les bons

« laboureurs qui fécondent les champs de leurs tra- « vaux, les chefs d'atelier et les ouvriers dont le la« « heur est si pénible mais si nécessaire, les bons Frè- € res des Ecoles chrétiennes, les professeurs du col- « lége, les religieuses qui se déyouent à Tinstruction « des enfants ou aux soins des malades, les mères et « les petits enfants, le clergé et les fidèles ; recom* « mandant à tous de s'aimer et de rester unis par les « entrailles de la charité. ^ Sa délicatesse, inspirée comme aux beaux jours de sa vigueur, n'oublia personne. Il n'oublia pas surtout les jeunes clercs qui renvironoaient, les conjurant d'être un jour les soutiens des peuples par les bons exemples de leur vie et leurs lumières, par leur attachement aux saines doctrines, fortifiées en eux par de bonnes et constantes éludes. Puis il ajouta :

« Ouiy je la doime, ma hénédietion^ à tous ceux qui sont M ici, à leur famille et à leurs peUU enfants, Je la donne à « tout le clergé. Je saisis cette occasion pour ouvrir mon « c(Bur à ceux qui m^ont fermé le leur. Qu'ils sachent bien c qu'ils se sont trompés ! On m'a malconnu^ et ceux qui ont « été contre moi ont été trompés. Je leur pardonne et fouc hlie tout, A Vheure de la mort, à ee moment suprême où 9 il ne reste plus rien que la vérité. Je vois la vérité, € Qu'ils se rappellent donc que, dans ces temps de « violence et d'emportement , la gloire de Dieu et le bien « de VégUse ne se font que par Vamour de Jésus-Christ « Notre Seigneur. Je les bénis comme les autres, du plus « profond de mon cœur. Je vous conjure tous dêtre tou- « Jours fidèles à la religion, dévoués à VEglise, dociles à « sa voix. Aimes Dieu et honorez-le par Notre Seigneur c Jésus-Christ, et non par toutes ces nouveautés inconnues m à la tradition, »

Ces belles paroles (paroles rapportées textuelle-

ment), avaient remué profondément tous les assis- ^ts, et M. l'abbé Guibert en était ému jusqu'au fond de rame quand, avec quelques paroles bien senties» et répondant aux pensées exprimées par le prélat, il le remercia de Tédification qu'il avait donnée au diocèse.

Puis les séminaires et la foule des assistants sont entrés^ silencieusement, et ont défilé devant Monseigneur, après s'être agenouillés pour baiser son anneau épiscopal. M. le préfet de l'Eure attacha un grand prix à remplir ce pieux devoir, et les larmes qui coulèrent de ses yeux honorent autant la noblesse du caractère de ce magistrat qu'elles honoraient la mémoire de révèque qui fut son ami.

Aucune expression ne saurait donner une idée du touchant spectacle que chacun avait sous les yeux. Le digne prélat, entre autres paroles qu'il a dites encore, avait demandé pardon à ceux qu'il aurait pu avoir offensés, en pardonnant lui-même à ceux qui lui avaient causé quelque peine.

Puis l'auguste malade tomba dans l'épuisement et dans un délire qui eut quelques intermittences. Ce délire continua toute la nuit jusqu'au lendemain vendredi. De dix heures à midi, il eut quelques lueurs de connaissance. Il était environné de plusieurs membres de sa famille, de ce bon abbé Dominique Olivier, coomie il l'appelait; d'amis dévoués, de MH. l'abbé Duhreuil» chanoine, secrétaire général ; Jouen, chanoine, vicaire général.

Cette grande lumière de l'Eglise, avant de s'éteindre, laissait encore percer quelques traits de cet esprit puissant qui, aux prises avec la mort, semblait vouloir lutter contre elle et échapper à ses atteintes. ^ Avant de renier dans le silence, cette voix éloquente

faisait encore entendre comme les dernières manifestations d'un cœur resté jusqu'à la fin tel que l'avaient connu ceux qui ayaient été assez heureux pour le comprendre.

Et alors il était beau et déchirant tout à la fois de voh*sa grande âme, sûre de la mort qui l'attendait, regarder le ciel avec confiance, miir son sacrifice à celui de son Maître crucifié, dont il baisait l'image avec une efiTusion d'amour.

Quand les religieuses lui présentaient le breuvage, il Tacceptait par obéissance, mais avec indifférence. « CestinutiUpaurla^, disait-il, eare*est fini, fên «( iui$ certain. Mais si cela vous fait plaisir, tout ce a que vous voudrez, o

Comme la fièvre le dominait : « Si vous vouliez me « hisser sortir! » disait-il. — Monseigneur, lui dit à cette occasion un prêtre, Dieu veut que vous restiez avec lui sur sa croix; il n'est pas selon sa volonté que vous sortiez. Il répondit : « Que sa volonté soit faiut ce que son nom soit béni! N'en parlons plus! »

Un lui demande alors sa bénédiction pour une partie de sa famille chérie, pour les vénérables religieuses de Vemeuil : « De bon casur, » dit-il, et sa main défaillante traça le signe de la croix sur les assistants agenouillés.

Apercevant son confesseur, il déclare que c'est avec grand plaisir qu'il recevra l'indulgence plénière de la bonne mort. Alors il prie les prêtres présents de faire trois fois le signe de la croix sur lui ; puis à son tour, le prélat mourant trace lui-même trois signes de croix sur les assistants fondant en larmes.

Un moment après, il saisit son crucifix, et un éclair de ee brillant génie qui l'animait autrefois dans la

chaire sacrée brille dans ses yeux. U élève la croix audessus de son lit et s'écrie :

« Quand donc le genre Surnom aura-i-il le $ens eom- « munt .... La grande charte du genre humain, c'est la « Croix!

a Oui ! oui! oh! oui, ripétex partout et toujoun : Dieu « et JéiuS'Christ ! ! ! Il y a pourtant des nUsérahles qui a n'aimentpas Jésus-Christ. Aimez-le bien, vous autres! et « dites avec moi : Jésus-Christ ! / / »

Dans Taprès-midi, Mgr de Séez arriva. Ce digne prélat accourait auprès de notre évèque mourant avec on empressement qui lui fait honneur. Il se rend aussitôt auprès de lui. Mgr Olivier ne pariait plus! M. Guibert lui dit : « C'est Mgr de Séez qui vous vi- « site, votre ami d'autrefois, votre ami inséparable ce lorsque vous étiez ensemble à Saint-Sulpice. » Il parut comprendre à peine ce que lui disait son archidiacre. Néanmoins il joignit les mains pour recevoir la bénédiction de Mgr de Séez. Puis il retomba aussitôt dans une espèce de délire.

Cependant la grosse cloche appelait les fidèles aux prières des Quarante-Heures ; elle avait une voix qui Tibrait dans les cœurs à la place de celui qui n'en avait plus* La ville d'Evreux savait son évèque à l'agonie; elle se porta tout entière à la cathédrale, comme aux jours des grandes solennités. Tous les rangs, toutes les classes s'y trouvaient confondus : M. le préfet, M. le maire de la ville, toutes les notabilités de la ville. Mgr l'évèque de Séez officiait. Il faut avoir TU le silence, le recueillement, la tristesse de cette grande foule, pour savoir jusqu'à quel point la ville d'Evreux aimait son évèque, comme elle voulait l'aimer longtemps encore, comme elle se faisait peu à

ridée de le perdre. Il remplissait cette ville de son action, de sa présence. Il en était Tftme, et vous eussiez dit que c'était la ville elle-même qui était à Tagonie. Pourquoi était-il donc tant aimé? D aimait.

Tout espoir était perdu. A cinq heures du soir, le malade s'agitait encore, étendait les mains et poussait quelques gémissements. Nous l'avons vu à cette heure même prendre encore son crucifix et le presser contre son cœur. Cette dernière action termina son dernier mouvement prononcé. Vers dix heures toute agitation avait cessé. Puis on Tentendit dire encore : Mes pauvres prêtres !ll Et enfin très distinctement : In le, Domine, speravi; non confandar in ceternum. « Sei- « gneur, j'ai espéré en vous; je ne serai point éter- « nellement confondu. » Alors ce ne fut plus qu'une douce agonie, paisible comme le sommeil des anges, jusqu'à ce que, sans efiort, au milieu de ses prêtres éplorés, MM. Dominique Olivier, Jouen, Dubreuil, des religieuses, de ses fidèles domestiques et de quelques autres assistants agenouillés, et au moment précis où tous répondaient Amen à la dernière oraison des prières de l'agonie que récitait M. l'abbé Jouen, à six heures dix minutes du matin, le samedi 21 octobre, jour consacré à la sainte Vierge, pour laquelle il professait une dévotion si tendre, il rendit son ftme à Dieu et s'endormit dans le sein du Seigneur.

n était ftgé de 56 ans, cinq mois et vingt-trois jours.

Pendant que Mgr Olivier expirait, M. l'abbé Chartier, archidiacre de Pont-Audemer, était allé prévenir Mgr l*évêque de Séez, qui en arrivant n'eut plus à remplir que le triste devoir de lui fermer les yeux d'une main amie et sacrée.

Ainsi s^est éteint le flambeau ardent qui luisait au milieu de nous, Tun des plus grands orateurs qui aient illustré la chaire sacrée, un apAtre dont le zèle n*a connu aucune fatigue.

Mgr Oliyier a passé au milieu de nous, comme son Maître, en faisant le bien : Transiit benefaciendo.

Pendant plus de treize ans Mgr Olivier, a été, au milieu de nous, notre lumière. Cette vive et perma* nente lumière a lui constamment dans nos cœurs, elle les a embrasés de l'amour de Jésus-Christ. Elle a laissé en nous des traces inelSaçables. Elle n'est plus, et elle nous éclaire encore. Elle ne périra jamais lant qu'Ëvreux sera un siège épiscopal. Car tel est le ca* ractère divin de la vérité, que son enseignement transmis d'évèques en évèques, sans interruption, dure et durera jusqu'à la un des temps. Pour avoir fermé les yeux, saint Taurin, saint Gaud, saint Eteme, saint L^udulphe, saint Aquilin, saint Gervold, les bienheureux Jean, les Gilbert, les Grosparmi, tant d'illustres pontifes qui ont illustré le siège d'Evreux, les Gabrielle- Veneur, les de Sainctes, les du Perron, les Bourlier et les Ou Chàtellier sont-ils morts parmi nous? Leur mémoire a-t-elle disparu? Qui oserait le dire? La mémoire du juste est éternelle. Mgr Olivier, qui a continué d*une manière si éclatante cette suite glorieuse de nos pontifes, quoiqu'il dorme à cèté d*eux le sonmieil de son éternité, nous parle encore après qu'il n'est plus. Ses exemples, ses enseignements nous restent. Nous portons en nos ftmes la divine semence de sa parole si féconde. Nous la transmettrons à ceux qui viendront après nous. Defunctus adhue loquitur. Ce qui nous reste de lui, sa foi, son ardente charité, son immense amour pour Jésus-Cbrist, c'est

loi-mênoe tout eniier. Voilà notre consolation! Voilà pourquoi nos larmes sur lui ne coulent pas sans douceur ! Voilà ce qui adoucit Tamertume de nos regrets ! Voilà ce qui tempère notre douleur I

Ces larmes, comme elles coulèrent 1 Cette douleur, ces regrets, comme ils éclatèrent, quand Evreux, en se réveillant le matin du 21 octobre, apprit que Mgr Olivier n'était plusl Quelle famille ne fut pas dans le deuil, comme »i elle avait perdu un de ses membres les plus chers? Qui n'a vu de ses propres yeux la douleur de la cité tout entière 1 L'expression de cette douleurpublique, universelle, était sur tous les visages; ces larmes dans tous les yeux, l'éloge de la bonté du prélat, de sa piété, de son grand cœur et de ses rares qualités dans toutes les bouches. Le coup qui séparait le pasteur chéri de son troupeau était d'autant plus douloureux qu'il était moins attendu.

Monseigneur avait expiré dans le salon de l'évêché, qui se trouve immédiatement après la grande salle à manger. On le revêtit de ses habits épiscopaux, et il fut exposé toute la journée sur un lit de parade. Des amis, des prêtres, des lévites du séminaire, veillaient à i'entour, et récitaient lentement et gravement l'office des morts. Pendant toute cette journée de sa* medi, les habitants des campagnes, accourus à Evreux, vinrent contempler une dernière fois leur évèque sur son lit de mort.

Le lendemain dimanche, le corps du vénérable prélat fut embaumé et exposé dans sa chapelle particulière, qui fait partie des constructions de la cathédrale.

et qui était tendue de noir. Il était revêtu de ses habits pontificaux, portant au doigt l'anneau épiscopal, et couché sur un lit blanc entouré de cierges, et tenait dans ses mains un crucifix, symbole étemel de cette religion qui lui avait donné le courage et la résignation à rheure suprême, après l'avoir soutenu pendant sa vie. A cêté était placée la crosse, voilée d'un crêpe noir. Deux membres de la société de Saint-Vincentde-Paule et des élèves du séminaire récitaient les prières des morts, comme la veille.

C'est à peine si la mort avait altéré sa physionomie si noble et si sympathique. Tous ceux qui l'avaient aimé retrouvaient encore ce front intelligent où se développaient les sublimes pensées de l'orateur, et sur ses lèvres entr'ouvertes semblait encore errer ce sourire fin et bienveillant, signe extérieur si populaire et si bien connu d'un puissant esprit et d'une bonté inépuisable.

Nous étions trop près des larmes et d'une tombe encore ouverte pour pouvoir juger l'illustre prélat qu'une mort prématurée enlevait au diocèse d'Evreux* Nous ignorions si, pour la gloire de la religion et pour l'honneur de nôtre clergé dont il a été le glorieux chef, une oraison funèbre lui paierait le tribut d'hommage, de reconnaissance et de regrets qui lui sont dus; mais ce que nous savions bien, ce que nous recueillions de toutes les bouches, c'est qu'à défaut d'un orateur, l'opinion publique élevait sa grande voix pour honorer sa mémoire, c'est que personne ne s'abordait à Evreux sans se dire un mot que nous avons entendu répéter mille fois : La mort de Mgr Olivier est une calamité pour la ville, un malheur pour le dùh cèse. Les bénédictions qui remontaient vers lui, les

larmes qui se répandaient en sa présence, les regrets publics qui éclataient de toutes parts étaient un fait public que nous étions beureux de constater, et qui est désormais acquis à l'bistoire ; elle dira : Il mourut regretté du peuple.

La journée du dimancbe fut une journée bien triste à passer. Ce gémissement lugubre qui de minute en minute s'écbappait, ayec le glas funèbre, des tours de Notre-Dame, semblait la plainte de Téglise veuye, et trouvait un écbo sympathique dans les cœurs.

Les fidèles se portèrent en foule aux offices de la cathédrale. Ils aimaient tout ce qui leur rappelait et son souvenir et Tordre et la pompe auguste des cérémonies qu'il avait instituées. Des larmes abondantes coulaient de tous les yeux à la vue de cet autel, où ils Tavaient vu paraître tant de fois dans toutes les splendeurs du culte catholique, et où il ne monterait plus; à la vue de ce trône voilé de deuil où ils ne le verraient plus, à la vue de ce siège vide du banc d'œuvre où il ne viendrait plus s'asseoir» et surtout de cette chaire où ne retentirait plus le son de sa voix bien aimée, d'où jaillissaient tant de lumières, tant de mots heureux et de ces traits d'éloquence qu'on emportait dans son cœur, de cette chaire d'où il promenait sur l'assemblée ce regard qu'on n'oubliera jamais. L'autel, la chaire, voilà la patrie où il avait vécu.

Le deuil était général, et se manifestait par cet élan spontané des cœurs, qui est là plus belle ovation décernée aux vertus de l'homme, aux vertus du prêtre, aux vertus de l'évèque, aux nobles qualités de son cœur. Puis tous venaient dans cette chapelle épis* copale que le prélat remplissait encore de setf souvê*

nirs, rayiver à Taspect de seg dépouilles mortelles les regrets qu'il laissait après lui. Chacun après avoir jeté Teau béuite sur le corps, lui faisait toucher des médailles, des chapelets. Il semblait que ces objets dussent emprunter au contact de ses dépouilles mortelles quelques-unes des vertus qui avaient signalé la noble carrière du prélat.

Nous connaissons un trait trop honorable pour Tun des habitants d'Evreux pour le passer ici sous silence. Le noble baron de Sepmanville vint veiller la nuit et prier auprès du lit funèbre de Mgr Olivier. Il témoignait à révèque mort la reconnaissance de son cœur pour l'assistance que le prélat vivant avait donnée à sa mère mourante I

Les trois jours suivants la grosse cloche de la cathédrale sonna le glas funèbre des morts. On apprit en même temps avec reconnaissance que, sur Tinvitation du chapitre, Mgr Blanquart de Bailleul, primat de Normandie, archevêque de Rouen, viendrait présider aux obsèques du prélat et rendre, par sa présence, un dernier et éclatant hommage à sa mémoire.

On se préoccupait beaucoup de l'état de l'atmosphère. La tristesse du temps répondait à la nôtre, et pendant toute la journée du mercredi le glas funèbre monta aux nuages à travers une pluie continuelle. Et le bon peuple se chagrinait, dans la crainte que la mémoire de Monseigneur ne fût pas assez honorée, sentiment qui était universel; il voulait l'honorer à sa maDière; il voulait répondre lui-même à ceux qui lui auraient reproché un jour de ne pas l'avoir assez aimé; il voulait que le jour de ses obsèques fût pour lui un vrai jour de triomphe. Evreux priait donc, Evr^ux demandait au bon Dieu, pour le lendemain.

quelques rayons ie son beau soleil qu'il ne sait point refuser à ceux qui le lui demandent bien.

La nuit avait été sombre et grise. Mais le jeudi matin, le vent chassant tous ces nuages, nous montra l'azur du ciel, et le soleil se leva radieux et superbe.

A huit heures du matin, un mouvement extraordinaire se remarqua dans la ville. Elle était pleine du bruit de toutes les cloches et du roulement des calèches sur le pavé. Les boutiques se fermaient, la circulation était interrompue dans les rues. La ville d'Evreux tout entière, par un élan spontané, admirable, faisait sa grande manifestation. Les maisons des rues par où le cortège allait défiler, la rue du Pont-Notre- Dame, la rue de la Préfecture, le carrefour de la Courd'Assises, la rue Joséphine, la place de la Vierge- Saint-Thomas, la rue aux Febvres, la rue Grande, la rue de THorloge, le parvis Notre-Dame, se tendaient de blanc dans toute leur longueur, sans la moindre interruption, se parsemaient d'emblèmes de deuil, de voiles noirs, de larmes funéraires et de crêpes. Chaque habitation se distinguait à sa croix noire. La grille de la Préfecture était magnifiquement tendue, et ofiVait sur un fond noir les armoiries du prélat dessinées, avec des larmes d'argent.

Avec un empressement inusité parmi nos populations, on se portait en foule aux abords de l'Evéché, dont les salons étaient déjà envahis par toutes les notabilités de la ville et du département, par toute la noblesse des environs et par toutes les personnes conviées à ce funèbre rendez-vous.

Au signal donné par la volée de toutes les cloches, parmi lesquelles domine, comme toujours, la voix royale du gros bourdon, le cortège organisé avec beau-

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coup d'ordre et d'entente par M. FaUié Jouen, malade la veille, mais debout et à son poste, se met en marche, précédé par un peloton de gendarmerie. Puis se déroulaient au loin, dans un ordre régulier, la confrérie de Notre-Dame de Liesse, les Écoles des Frères» l'école muluelle, les élèves des pensions, ceux du collège, les pensions de demoiselles, la confrérie du Scapulaire, bannière en tète ; une brillante escorte de pompiers avec le corps d'officiers ; les élèves du petit séminaire Saint-Aquilin, les abbés du grand séminaire Saint-Taurin, les membres de la société de Saint- Vincent-de-Paul, les vicaires, les curés du diocèse, en nombre considérable; presque tous les doyens, les chanoines honoraires, les quatre archiprètres, les deux archidiacres, les membres du chapitre de la cathédrale, les vicaires généraux capitulaires. Sur deux files, de chaque cèté, un détachement de la garnison, dont les officiers faisaient partie du cortège, escortait la procession. De temps en temps le sourd roulement des tambours, voilés d'un crêpe, alternait tristement avec le chant des morts. Aux fenêtres de tous les étages, des groupes nombreux; une foule compacte à tous les débouchés de rue; partout un silence admirable, un recueillement profond, un indicible sentiment de respect.

Au milieu de cette foule, pénétrée de douleur, s'avançait, la mitre blanche sur la tète et précédé de ses officiers et de sa croix archiépiscopale, Mgr Blanquart de Bailleul, primat de Normandie. Sa présence était d'aulant plus remarquée, que depuis des siècles on n'avait jamais vu notre métropolitain officier à Evreux. 11 marchait grave et pensif; il voyait, il jugeait de ses propres yeux la douleur publique, ce profond regret

de la population entière pour les restes mortels de révéque défunt, lii manifestations uniyerselles de regrets et de sympathie. Son émotion était profonde. Quelle différence entre Mgr Olivier tel qu'il le voyait dans le cœur de son peuple et tel qu'on avait pu le lui dépeindre 1 Sou émotion ne paraissait pas étrangère à cette comparaison vivante et palpitante sous ses yeux.

L'impression qu'il recevait a été telle, en effet, que l'on nous a afûrmé, sur le témoignage d'une personne très digne de loi, qu'il a dit depuis : « Le prélat qui « emporte de si profonds regrets, ne pouvait être le a prélat qu'on m'avait dépeint. Je regrette beaucoup « de l'avoir méconnu pendant sa vie. »

Le primat de Normandie précédait le lit funèbre, tendu de blanc, sur lequel reposait, revêtu de ses habits pontificaux, à visage découvert, tenant toujours dans ses mains un crucifix, Mgr Olivier. Des jeunes élèves portaient sa crosse et son flambeau épiscopal, voilés de crêpes, et sur des coussins les insignes de sa dignité, ses croix, sa mitre blanche, son anneau pastoral. Les firères de la Charité d'Evreux et les élèves du séminaire, au nombre de seize, alternés entre eux, portaient, à la hauteur des mains, le lit funèbre posé sur une longue civière. Les cordons étaient tenus par M. le préfet de l'Eure, M. le général commandant le département, M. le maire d'Evreux, M. le président du tribunal de première instance, M. i'abbé Eglée, du chapitre de Notre-Dame de Paris, vicaire général de Mgr Sibour , H. l'abbé Coquereau, du chapitre impérial de Saint-Denis, aumênier en chef de la flotte, tous deux intimes amis du défunt.

M. le général Walsin d'Esterhazy» qui tenait les

cordons, espérait, en Tenant à Evrenx, retrouver celui qui l'avait préparé au premier acte sérieux du chrétien, et tenait personnellement à lui donner un témoignage de reconnaîssance][après sa mort; M. Demorson, du chapitre de Notre-Dame de Paris, ancien vicaire de H. Olivier, à Saint-Etienne-du-Mont; M. Cayla, du chapitre de Paris; M. Roquette, curé des missions étrangères, ancien vicaire de M. Olivier, à Saint-Rooh; M. de RoUeau, curé de Notre-Dame-de-Lorette, ancien vicaire de H. Olivier, à SaintEtienne-du-Mont ; H. Legrand, curé de la paroisse impériale de Saint-< Germain-l'Auxerrois, ancien vicaire de M. Olivier, représentaient dignement le clergé tout entier de Paris, qui avait connu et apprécié M. Olivier si longtemps. Ces membres considérables, et les plus anciens du chapitre et du corps des curés de Paris, étaient venus exprès s'associer à la douleur du clergé d'Ëvreux, et accomplir un devoir sacré, en conduisant à sa dernière demeure celui qu'ils chérissaient comme ami, qu'ils vénéraient comme évèque.

Derrière le lit de parade suivaient les amis et la famille du prélat : M. Dominique Olivier, théologal de notre cathédrale ; MM. Théodore et Gustave Olivier, ses deux neveux; les sœurs de la Charité, les sœurs de la Providence, les hautes notabilités et les personnes considérables de la ville et du département, l'état» major de la place, le tribunal civil, le parquet, le tribunal de commerce, le conseil de préfecture, l'adminisiration municipale, les chefs de division et des bureaux de la préfecture, et les employés, les directeurs des contributions directes et indirectes à la tète de leurs bureaux, le directeur et les employés de la receito générale, l'ordre des avocats, lès deux justtees

de paix, les compagnies des avoués, des notaires et des huissiers, Tinaptcteur de racadémie, le principal et les professeurs du collège, Técole normale, etc. Tous étaient revêtus de leur costume officiel et en deuil, et marchaient dans Tordre prescrit par le décret de messidor an XIL

Parmi les hautes habilités qui ont voulu donner à la mémoire du prélat un témoignage public de re» grets et de sympathie, et qui répandaient par leur présence un si vif éclat sur la pompe funèbre^ on distinguait MM/leHuc et le marquis de Ciermont-Tonnerre, M. le baron de Sepmanville, M. le duc d'Albuféra, député ; M. le prince Albert de Broglie, M. le comte de Salvandy, portant le grand cordon de la Légion-d'Honneur; M. Legrand (de Guitry), MM. le comte de Saint-Hilaire, Levacher-d'Urclé, Guillaume Petit, Hochon, le marquis de Blosseville et le général Morin, membres du conseil général de TEure; M. Zédé, ancien préfet de TEure ; M. Demante, M. de Courval, M. le comte de Trébons, M. Anisson-Duperron, ancien sous-préfet; M. le sous-préfet de Louviers, et une foule d'autres personnages de distinction.

Partout la foule se pressait autour du cortège et se montrait avide de contempler une dernière fois les traits vénérés du prélat. La tète de la procession funèbre atteignait la tour de THorloge que la suite du cortège était encore engagée dans la rue de la Préfecture. Ainsi aucun œil n'a pu embrasser Tensemble. Comme spectacle, c'était vraiment superbe. «

Qui nous disait donc que la ville d'Evreux était froide, indifiérente, que rien ne peut l'émouvoir? Mais elle est là tout entière, silencieuse, recueillie et digne, belle de ses sympathies et de sa douleur. Elle se savait

aimée! Elle pleurait Tévèque qui PAinaii, elle pleurait un consolateur, un ami et un p^e I Quand le peuple veut des pompes et des ovations pour ceux qu'il honore, il s'en charge lui-même, il accourt en foule, il serre ses rangs, et il est le spectacle et le spectateur I Rien ne peut le suppléer quand il fait défaut ; aucune magnificence ne peut remplir le* vide que laisse son absence; mais aussi rien ne reste plus à désirer quand il se manifeste. Rien n'a donc manqué à la beauté, à la dignité, à l'imposante grandeur et à la solennité de ses funérailles. Elles ont été dignes de ftil-même, dignes de la ville épiscopale.

Le cortège ne pénétra dans la cathédrale qu'après 4ÎX heures, et les nefs ont été immédiatement envahies par une foule immense. Puis l'office des morts a immédiatement commencé par la grand'messe. Les vigiles avaient été chantées la veille. Toutes les autorités occupaient le chœur : le clergé avait été obligé de se placer dans la nef, toute tendue de noir, ainsi que le chœur. Les armoiries du prélat se détachaient sur le fond noir des tentures. Quant au corps du défunt, il était placé sur un catafalque élevé au milieu du chœur.

A la fin de l'évangile, H. l'archlprètre des Andelys donna lecture du mandement de MM. les vicaires généraux capitulaires. Cette lecture fut faite à quelque distance de l'évèque mort, en présence de l'évèque mort.

Après les cinq absoutes, le corps du prélat fut porté, au milieu d'une émotion inexprimable, à travers les rangs serrés de la foule, dans la chapelle de la Vierge, où le caveau qui devait le recevoir était ouvert. Là,

chacun lui donnpTIib dernier adieu, en répandant à ses pieds l'eau bénite» ^uis les grilles de la chapelle ont été voilées. Lorsqu'on eut changé les habits pontificaux qui le couvraient, le corps du vénérable prélat fut revêtu des ornements avec lesquels il célébrait ordinairement la messe, et déposé dans un triple cercueil de bois des tïet^ de plomb et de chêne. Sur le dernier, une plaque en cuivre porte son nom et ses armoiries. Mgr Olivier repose à cêté de Mgr Du Chàtellier, son prédécesseur, et occupe ainsi le milieu du caveau. CdÎMIe mur, à la tête du cercueil, sont inscrits son nom, ses armes, les dates, de sa naissance, de consécration comme évêque et celle de sa mort. A trois heures un quart tout était terminé, et la pierre a été posée en présence de MM. les médecins, les architectes, des abbés Coquereau et Eglée, de M. Tabbé Dubreuil, el d'autres ecclésiastiques.

Lorsque tout fut terminé, un ouvrier contemplait tristement la pierre qu'il venait de sceller, et dit naïvement : « Il est donc bien mort, le brave homme 1 — « Non, mon ami, repartit vivement l'abbé Coquereau, « il n'est pas mort ; il est tué III »

Une pluie légère vint alors seulement interrompre le beau temps qui avait duré sans interruption jusqu'à cette heure. C'.eu était fait pour la terre de cette belle intelligence que Dieu venait de rappeler à lui. Le sacrifice qu'un mourant fait à Dieu de sa vie est regardé, en religion, comme un des actes les plus méritoires. Mgr Olivier est mort après avoir accompli cet acte héroïque. Paix à sa tombe ! Bénédiction à sa mémoire I

Tout homme, et surtout un homme supérieur, un homme doué de qualités éminentes, est presque toujours mal jugé pendant sa vie; mais la mort le montre tel qu'il est, dans un jour sereiofet dégagé des nuages et des poussières de la terre. Le sage aTait raison de dire que la mort est utile à quelque chose, et qui fon jugement eêt bon. Quand un homme n*est plus, les clameurs de Fenvie se taisent, les UHPb aveugles deviennent honteuses et se cachent sous terre, la poussière élevée autour de lui retombe dans la fange où elle est née, les préjugés nuageux se dissipent et ne laissent plus de jour que pour la vérité; tant il est vrai qu'a faut juger un homme, non par ce qu'on en a dit, mais par ce qu*il a fait.

Celui que les scribes et les pharisiens appelaient autrefois un ami de la bonne chère et un buveur de vin, nous donnait lui-même cette règle, en disant qu'il fallait juger de l'arbre aux fruits qu'il porte.

Or, que reste-t-il maintenant de Mgr Olivier ? Ses actes I ses actes I Quelle vie fut mieux remplie que la sienne de bonnes œuvres! Celte vie d'évèque ne fut pas une vie somnolente, ce fut le sacrifice absolu de son repos, de sa santé, l'entière immolation de sa vie à son peuple, un dévouement de toutes les heures. A mesure que les passions s'éteignent avec le temps qui fuit derrière nous, sa mémoire grandit, et les actes de sa vie apparaissent dans leur vrai jour.

Ce qui se distinguait le plus dans le zèle et la piété profonde du prélat, c'était son immense amour pour Jésus-Christ, dernier nom qu'il a prononcé, et surtout

pour Jésus-Chriat^vantet présent dans reuobaristie. De là toutes les pgunpes dont il environnait le culte, de là son zèle pour la décoration des autels, et l'on sait comment, pendant son épiscopat, toutes les égli* ses du diocèse se sont métamorphosées I Sa foi était aussi vive qu'éclairée, et son gallicanisme, dont on a parlé, ne se traduisait, comme celui de Bossuet, que par le plus grand attachement au Saint-Siège apostolique. U voyait dans les grandes maximes de l'Eglise gallicane, qui ne sont pas les maximes des parlements, les restes puécieux, le cachet divin de la tradition. Une de cesmaximesestla plus parfaite soumission auSaint** Siège. Et quelle Eglise au monde en a donné plus de preuve à la chaire de Saint-Pierre ? Qui lui fut plus dévoué? Quel bras fit asseoir ses successeurs sur le trône temporel de Rome ? Et qui sont ceux qui veillent aujourd'hui à la garde de leur personne sacrée? La pureté de la doctrine enseignée par Mgr Olivier était égale à sa profonde science de la théologie. Qui n'a connu son ardeur à propager avec la foi les lumières de la civilisation, à dissiper les préjugés I Qui sut rendre, après saint François de Sales et Fénelon, la religion plus douce et plus aimable, et la piété, qu'il faisait consister principalement dans la pratique des vertus domestiques et chrétiennes, plus séduisante et plus accessible à tousl Qui savait mieux que lui marcher avec son siècle I Qui comprenait mieux que lui notre société! Qui jugeait mieux de la convenance et des exigences des diverses positions de la vie sociale ? Qui les mettait mieux en harmonie avec l'austérité de l'Evangile? Quel plus grand ennemi des pratiques superstitieuses, fruit de l'ignorance? Qui montra plus de zèle à démasquer la fausse

piété, en même temps qa*il encotèageait la véritablel Qaelle ardeur, et c*est là uns des plus grandes œuvres de son épiscopat, n*a-t-il pas inspiré à son clergé tout entier pour les bonnes et fortes études?

Dans ses rapports avec tous, grands ou petite, riches ou pauvres, qui fut plus accessible, plus rempli d'aménité? Sa porte, comme son cœur, était ouverte à tout le monde, sans distinction. Le pauvre curé de campagne se retirait toujours enchanté de la cordialité franche et ouverte avec laquelle il avait été accueilli. Quifut plus indulgent? Il le fut trop, peut-être I mais qui aurait aujourd'hui le courage de le bl&mer de l'immense besoin qu'il éprouvait toujours de pardonner? U ressemblsdt au Maître qu'il prêchait. Qui eut jamais plus de longanimité et de mansuétude? Il n'a jamais su ce que c'était que se venger d'une injure : elle ne l'atteignait même pas. Le soleil ne s'est jamais couché sur sa colère, selon le précepte de l'apêtre. U aimait à rappeler cette sentence de Sénèque : « Le remède aux grandes injures, c'est l'oubli. » Magnarum injuriarum remedium, oblivio. Aussi de quelle injure, si cruelle qu'elle fût, s'est-il vengé? On peut dire assurément de lui ce que saint Grégoire de Tours écrivait de saint Martin : « Injuriarwn fuit pan tientisHmuê adeo ut impune vel a mininUs clericU « lœdereiur. U souflirait les injures avec une si grande « patience, que les clers, même les plus infimes, pou- « valent impunément l'outrager. >»

U était encore dans toute la force de l'âge et dans toute la vigueur de son esprit mûri par l'expérience, plein de force et de santé. Il pouvait encore vivre de longues années parmi nous, nous pouvions jouir encore longtemps de son afifabilité, de son amabilité, de

sa bonté, des gràoes de son esprit, des diarmes de ta conversation, des douceurs de sa société, de l'édification de sa vie, des bienfaits de son zèle et de cette éloquence qui était notre joie et notre orgueil. Evreux pleurera longtemps le silence de cette voix! Ne plus l'entendre est la chose à laquelle on se résigne le moins.

Tous les organes de la presse nous sont revenus avec réloge de notre prélat. Il est vrai de dire aujourd'hui que la France entière a partagé notre deuil et senti avec nous la perte que nous avons faite. M. le préfet de l'Eure, suivant les belles inspirations de son cœur, écrivit à sa louange, aux sous-préfets et aux maires de l'Eure, une circulaire qui sera son éternel honneur (26 octobre 1854).

« Vous avez tous conservé, messieurs, le sou-

a venir du zèle infatigable avec lequel le digne évè- « que parcourait vos communes, y travaillait de tous « ses efforts à la gloire de Dieu, au salut de ses frères, à « la prospérité du culte, à l'enseignement religieux et « moral des populations, et y répandait l'exemple de « la plus ardente charité. »

« Le préfet de F Eure ^ « M*» de Sainte-Croix, j»

La famille du prélat reçut de toutes parts les plus vifs témoignages de sympathie et de douleur. Voici la lettre de l'un des premiers évoques de l'Eglise de France, par les vertus et par les talents :

« Je prends une vive part au diagrin que vous « éprouvez, et je déplore amèrement la perte que « nous venons de faire. C'est votre diocèse, c'est l'E- « glise de France tout entière qui doit Atre dans le

« denW, en voyani disparallre, si j^ane eneore, celui (c qui était la lumière du clergé, le modèle des évé- <f ques. Pour moi, je ii*oubliyai jamais sa foi si vive, a sa piété si tendre, sa science si sûre et si profonde. 0 Je perds en lui un de mes plus vieux et de mes plus « sincères amis...

« Le 27 octobre 1854... »

Dn haut personnage, qui a occupé dans TEtat les postes les plus éminenls, écrivait à son tour :

« Au moment même où j'ai reçu votre lettre, j'ap- (c prenais la perte irréparable que nous avons faite. « J'en suis pénétré de douleur et de regret. Je tieas à a honneur à le dire après sa mort, comme pendant sa « trop courte existence. Votre oncle était mon ami, « un ami cher et dont la mémoire me sera toujours ff sacrée. Nul ne savait mieux que moi ce qu'il était, « ce qu'il valait ; nul n*a pu mieux apprécier ses rares « qualités et mépriser plus profondément les noires cf calomnies qui ont peut-être abrégé son existence. Je « suis bien touché d'apprendre qu'il a pensé à moi m dans ses derniers moments. J'en étals digne par le « respect et l'affection que je lui portais, et je rece- «( vrai avec reconnaissance le moindre souvenir de son <c amitié* »

Un personnage de la Restauration écrivait en même temps ces belles paroles qui résument toutes nos larmes et tous nos regrets :

« Je n'ai pas asse2 de paroles pour vous exprimer a la douleur que je ressens du coup qui vous a frap- « pés, et nous après vous. Ce sont de ces pertes que « Ton ressent jusqu'au fond de l'àme, et que rien ne « peut adoucir que Tespérance offerte par notre

« divine religion. Le vénérable et cher évéque étA « un de ce» hommes rares, tels que Jésus-Christ seul « en sait former pour n^e consolation, notre exem* c pie et aussi pour sa gloire. Sa mémoire, ses élo- « quentes prédications et son inépuisable charité, si « douce, si persuasive, lui font encore produire des « fruits de sainteté après sa mort. »

Le jour de Noël, M, l'abbé Lebeurrier,archivisle du département, prononça du haut de la chaire de la cathédrale, en présence de tout le chapitre, ces belles et remarquables paroles :

« Mes Frères. — Avant 4'entrer dans l'exposition du mystère de ce jour, permettez-moi de vous communiquer un souvenir qui s'attache nécessairement à ma pensée. Il y a trois ans, à pareil jour, je montais pour la première fois de ma vie dans cette chaire, une main vénérée se levait pour bénir avec effusion les prémices de mon ministère au milieu de vous. Aujourd'hui, cette main a été glacée par la mort, le père manque à la famille, la ville d'Evreux a perdu un pasteur chéri qui faisait sa gloire. Je laisse à d'autres le soin de louer dignement la beauté de son génie, l'inmiensité de son zèle pour la gloire de Dieu, son éloquence inimitable et ce charme indicible que la vivacité de l'esprit unie à la bonté du cœur, répandaient sur toutes ses paroles et en toute sa personne. Pour moi, fidèles, de cette chaire encore toute pleine de son souvenir, j'éprouve le besoin de dire au milieu de vous et avec vous que notre bien-aimé père a quitté ses enfants marqué de deux signes que Dieu donne à ses élus. Le premier, ce sont les souffrances saintement supportées, les souffrances qui guérissent

10 infirmités de r&me comme elles en consacrent les grandeurs. Il semblait qu'au milieu des peines et des chagrins de sa vie, la dlvinQ^ovidesce, en lui donnant un corps d'une vigueur extrsordinaire, avail voulu lui épargner au moins les douleurs physiques, et voilà qu'aux derniers jours. Dieu complète la cou* ronne du pieux pontife, en mêlant aux peines et aux angoisses de l'àme, les plus cruelles souffrances du corps, afin que dans les unes comme dans les autres notre bien-aimé père pût donner à tous, pour me servir des paroles d'une bouche vénérée, à ceux qui étaient près, comme à ceux qui étaient loin, l'exemple de la plus chrétienne résignation.

«Le second signe dont la vie de l'illustre prélat a été marquée, c'est la charité. Parmi ses qualités brillantes que tous admiraient, du milieu même des actes de sa vie diversement appréciés, s'élevait, planant au-desstis de tous les jugements humains, une grande et incoatestable vertu, la charité. Dès qu'on l'approchait, avant même de le connaître, on se sentait près d'un cœur ouvert, limpide, où il n'y avait ni dissimulation» ni ressentiment, mais des trésors d'indulgence et de douce bonté, d'un cœur oiï régnait pleinement la charité, la charité qui vient de Dieu, la charité qui couvre tout, la charité qui couronne tout, la charité sans laquelle toutes les autres vertus, selon l'oracle de l'Esprit-Saint, ne servent à rien et ne sont qu'hypocrisie et mensonge ; la charité qui, par un secret dessein de Dieu, a fait resplendir la sainteté de la mort de notre bien aimé Père, du plus pur et du plus noble éclat; en sorte, fidèles, que si nous devons prier pour lui, nous pouvons aussi porter en nos cœurs le ferme espoir que, sanctifié par les souffrances, marqué da

sceau de la Croix et de la charité de Jésus-Christ, iflk pris possession au sein de Dieu d'une gloire et d'une couronne éternelU. »

Le 13 janyier 1835, M. de Chalenge, aussi noble de pom que de cœur, avocat éloquent, s'exprima en ces termes sur la tombe du regrettable M. Billard : « La mort , pendant le cours de ses dernières anci nées, a frappé parmi nous des coups tellement « imprévus et répétés, qu'on se demande, saisi de <c douleur et d'effiroi, si la main de Di^u ne s'est p^nt « appesantie sur notre malheureuse cité, et si la mesure de l'expiation ne sera pas enfin comblée. Naguère, de pauvres enfants, fleurs d'espérance et d'amour, que le même matin a vu naître et mourir; hier, un digne prélat, éminent par l'esprit, plus éminentpièle cœur, d'une active, d'une infatigable charité! Aujourd'hui, un père de famille, soudainement arraché à des êtres chéris, qui l'entouraient de leur amour, comme un rempart, hélas I trop impuissant!,.. »

Enfin, lorsque le nouveau prélat s'est présenté, le 31 mai 1855, à la porte de sa cathédrale pour prendre possession de son siège, la ville d'Evreux ellemême a élevé sa voix par l'organe de son premier nagistrat, l'honorable M. Deschamps, qui s'est admirablement, et aux applaudissements de tous, exprimé en ces termes :

« ....Vous venez. Monseigneur, ajouter votre nom « et votr» œuvre à cette chaîne sacrée de nos prélats « qui touche au ciel par saint Taurin, notre premier

évêque, et dont le dernier anneau fût Mgr Olivier.

L'un est assis à la droite de Dieu. La piété de nos

«^aïenx éleva un temple sous son InTocation à la place ff ùh fut son tombeau, et ses saintes reliques sont de- « puis bien des siècles Vo^i de % Ténération des « fidèles. L'autre, arraché si prématurément à nos <c respects et à notre amour, au milieu de sa brillante » carrière, dans tout Téc^t de sa grandeur et de sa « force, vit en nous par le souvenir de sa haute cha- « rite, de son savoir profond, de sa parole éloquente, « et par dessus tout de son ineffable bonté. Sadiant c rendre la religion ainMd>le,, il était Tévêque srios « notre cœur, et ceux qui ont sa le comprendre et

< Taimer, gardent pieusement sa méinotre et son

< image populaires. »

E8l-*ce assex de faits et de témoignagesY

SacquenvUle, 25 juiUet 1855.

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