‹ Histoire de Montauban (volume 2)Chapitre 1 sur 28 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

2% ous Voici arrivés à l’époque de ces fi Sguerres religieuses, qui attirèrent

trées, et y amoncelèrent des ruines, dont les traces sont visibles encore. Une scène nouvelle va s'ouvrir à nos regards.

Autant nous avons éprouvé de plaisir, mêlé de noble orgueil, à décrire la période de lHlistoire de Montauban , qui s'étend depuis sa fondation jusqu’à la fin des terribles luttes de la France et de l'Angleterre, — autant nous gémissons d’avoir à commencer le récit de la funeste période, dont le sombre déroulement embrasse la seconde partie de nos annales. — Puissent, ces sanglans épisodes, ces souvenirs lugubres, cffrayer les hommes d'aujourd'hui , et leur inspirer une profonde horreur des divisions qui armèrent nos aïeux Îles uns contre les autres!

Car, à présent, l'épée Montalbanaise n’a plus affaire au soldat d'Outre-Loire , qui ne parlait pas notre langue , à l’archer d’Albion, ennemie implacable des rois qui recueillirent le magnifique héritage des comtes de Toulouse. La guerre qui va hurler autour de nos remparts, qui va désoler nos campagnes, renverser nos monurmens, abolir nos franchises, cette guerre est la plus impie, la plus affreuse de toutes celles qui peuvent ensanglanter des mains d'homme, c'est la guerre civile, que les païens appelaient «un forfait», et dont la religion, qui en fut le prétexte, aurait dû préserver pour toujours les nations chrétiennes. Disons en peu de mots d'où provinrent ces grands malheurs.

Ce fut, d’après l'opinion ordinaire , l’année 1517 qui en vit éclore le principe. Martin Luther, religieux Augustin, professeur de luniversité de Wittemberg, énonça d'abord des propositions hardies en matière de foi. Puis, emporté par son génie impétueux, aveuglé par les ovations que lui procurait son éloquence facétieuse et populaire, 1l attaqua l’un après l’autre les divers points du symbole catholique, et bientôt il se trouva assez puissant pour braver les foudres de Rome, et élever autel contre autel.

Charles-Quint se déclara vainement contre la réforme ; elle fut accueillie par les princes d'Allemagne , auxquels «leurs embarras financiers persuadaient d'avance toute doctrine qui mettait à leur disposition les trésors du clergé. L'Europe présentait alors un phénomène remarquable, la disproportion des besoins et des ressources, résultat de l'élévation récente d’un pouvoir eentral dans chaque état. L'Eglise paya lefdéhititii, #01. Les princes du nord de l'Allemagne, menacés dans leur indépendance par le maître du Mexique et du Pérou, trouvèrent leurs Indes dans la sécularisation des biens ecclésiastiques (‘).» Le pillage s’organisa dès lors sur une vaste échelle.

{") Michelet.

Ce que les grands faisaient en haut, le peuple voulut le faire en bas : une nouvelle Jacquerie menaça l’Europe. Des mulliers de paysans et de mineurs déclarèrent une guerre à mort à la propriété , à la science, à toute espèce d’ordre. Luther fut impuissant à calmer les terribles passions qu'il avait soulevées. Les nobles dûürent prendre les armes, et répondre à grands coups d'épée aux demandes que leur adressaient

les manans, au nom des PHOcInEs de Martin et du texte des Ecritures.

Les mêmes circonstances qui avaient favorisé le luthéranisme en Allemagne, le favorisèrent en Danemarck, en Norwège, en Islande, en Suède. Bientôt, mais sous une autre forme, la révolution religieuse bouleversa la France, les Pays-Bas, l’Angleterre et l’Ecosse.

Jean Calvin s’érigea en apôtre d’une nouvelle doctrine, qui devait tenir le milieu « ehtre le paganisme de Zwingle et le papisme de Luther ().» À son tour, l’Occident fut ébranlé. De Genève où le nouveau réformateur faisait brüler Servet, en réclamant la tolérance des princes catholiques , la réforme gagna la France. Les prenmiè-

{”) Michelet.

DE MONTAUBAN. 5 res assemblées des protestans se tinrent secrètement à Paris, vers 1550. «Non moins intolérans que leurs persécuteurs, ils voulurent bientôt exterminer ce qu'ils appelaient L'inoarre. () Ils commencèrent à renverser les autels, à brüler

(") On trouve dans les Mss. de Bethune une foule de lettres écrites à la cour par les envoyés du roi et les gouverneurs des provinces ;- appelant à grands cris des mesures « contre les excès auxquels se livrent partout les calvinistes et les fauteurs d’hérésie. » Le parlement de Bordeaux les dénonçait comme démolisseurs d’églises et d'images. Le bailli de Blois écrivait à Catherine de Médicis : « Madame, j'ai différé vous avertir de deux scandales arrivés en cette ville le 3e et 11e de ce présent mois, tant de brisemens de croix, romptures d'images que forcements d’églises..…. Et depuis, qui fut la nuict de jeudi dernier 19e du mois, est arrivé beaucoup pis au monastère de la Guysche, qui est assis deux lieues près de cette ville, en laquelle, nonobstant les édits de sa majesté, l’on est entré de nuict avec armes et bastons à feu dedans ladite abbaye, de laquelle on a ravi et enlevé treize des plus jeunes religieuses d'icelle, lesquelles ont été depuis dévestues de leurs habits réguliers et menées en divers lieux........ Tanty a, Madame, que les choses ne doivent demeurer impunies si l’on n’en veut revoir de pires. »

En se livrant à ces excès , le calvinisme ne voulait pas seulement se faire tolérer au milieu de la société catholique, il voulait la supplanter; ses chefs ne dissimulaient pas leur idée de «domination souveraine ». Calvin exhortait les puissans du parti à se débarrasser vite des hommes qui gênaient les progrès de ses doctrines. «Surtout, écrivait-il à M. du Poët, grand chambellan de Navarre et gouverneur de Montélimart, ne faites faute de défaire le pays de ces zélés faquins....... Pareils monstres doivent estre estouffés, comme fis ici en l'exécution de Michel Servet espagnol. » — V, Capeñigue, Hist. de la Réforme , tom. ur.

« L'on parloit du roy nostre Sire comme d'un petit compagnon. Voire, l'insolence de ces gens mutinés alla si avant qu'ils se vantaient de donner des verges de mestier au jeune prince, pour luy apprendre à gagner sa vie. » Perrin, Liv. 1v, chap. ni.

Charles IX disait un jour au prince de Condé : « Il n’y a pas long-temps que vous vous contentiez d’être soufferts par les catholiques; maintenant

vous demandez à être égaux ; bientôt vous voudrez être seuls et nous chasser du royaume. » — Ibid , pag. 417.

les tableaux, à démolir les églises. Dès 1561, ils sommèrent le roi de France d’abattre les images de J.-C. et des Saints (. » $

La scandaleuse conduite de l’évèque Jean de Lettes ouvrit au calvinisme les portes de Montauban. François Calvet, official du prélat, était devenu le confident de sa criminelle passion pour Armande de Durfort. Bien loin de l'en détourner , il l'y entretint, lui proposant Luther, Carlostad , Zwingle et Calvin comme des exemples à imiter, leurs opinions comme des croyances à suivre, leurs mariages comme des autorités de celui qu'il projetait avec son amante. Il ne fallut point user de plus de rhétorique pour l’engager à quitter la religion qui opposait de si puissans obstacles à son dessein. IL professa donc, sans plus marchander, l'opinion nouvelle, mais seulement parmi les gens de sa maison, du nombre desquels était Hugues Calvet, frère de Jean, conseiller au sénéchal. La crainte qu'il avait d’encourir la colère du roi et de perdre ses bénéfices, lui imposait cette dissimulation. Il ne se maria pas ensuite avec plus de bruit; toutefois la chose se sut, et Jean de Lettes se hâta, avant qu’elle ne füt

(‘) Michelet. — Ylémoires de Condé, liv. ur.

DE MONTAUBAN. 7 plus divulguée, de résigner l'évêché de Montauban à Jacques Desprez, son neveu, et l’abbaye de Moissac au cardinal de Guise. Muni des grosses sommes quil retira de cette dernière cession et de la vente de ses biens, il se retira, comme il a été dit, en 1556, entre Berne et Genève (*). Jean Calvet, abandonné de son pro-

{‘) Tous nos historiens font peser sur Jean de Lettes une responsabilité terrible : celle d’avoir été cause par sa négligence , par ses scandaleux exemples, de l'introduction de lhérésie à Montauban, et des malheurs qu'elle entraîna à sa suite. Aux détails que Le Bret a donnés déjà, tom. 1, pag. 220 et 221, nous pouvons ajouter les suivans que Perrin nous a conservés.

Le chanoine , qui ne trouve pas d'expressions assez énergiques pour fléitrir l’indigne conduite de l’évêque apostat , nous raconte que, poursuivi par la clameur publique, Jean de Lettes, après avoir fait construire le château de Beauvais, cacha ses coupables amours , tantôt dans une maison de Villebrumier , qui dépendait de la seigneurie de Verlhac, tantôt dans une propriété qu’il avait près de la forêt d’Escatalens , et qu’on appelait la Bordo blanquo. I portait à son doigt, au lieu d’anneau pastoral, une bague sur laquelle était gravé ce vers de Virgile :

Omnia vincit amor , et nos cedamus amori.

Le Bret laisserait croire que Jean de Lettes ne manifesta sa passion pour Armande de Durfort, de la maison des marquis de la Boissière , qu'après son retour de Paris, où il avait été député pour faire casser l'arrêt du parlement de Toulouse contre les ecclésiastiques de Montauban. D’après Perrin , il paraïîtrait, au contraire, que le livre du premier président Jean de Mensencal , qui donna lieu à l'arrêt de la cour souveraine, fut provoqué par la conduite licencieuse du clergé, qu'avait gâté déjà l'exemple pernicieux de l’évêque. Ce qui explique beaucoup mieux pourquoi celui-ci «se démena si bien » à la cour, qu'il fit rapporter l'arrêt du parlement.

Le même historien nous a conservé quelques vers dans lesquels Roques , avocat de Montauban, flétrit à sa manière l’apostasie de Jean de Lettes. Nous. les rapportons, sans nous rendre responsables de la valeur prosodique de cette poésie latine,

tecteur et destitué de son officialat par le nouvel évêque, simula le repentir, et se retira à Montalzat, dont il avait obtenu la cure. Les espérances de tranquillité qu'avait fait naître leur départ, ne furent pas réalisées. Le séjour trop ordinaire de Desprez à Montpezat et à Piquecos l’empèchant de donner à sa ville

Omnibus opprobrio est, nusquäm sibi tuta trisulcum Mens timet ultoris fulmen ubique Dei.

Qu fugiet ? Cœli facies et ubique locorum Sunt eadem mundi lumina, crimen idem.

Incutit horrorem Veneris pudor , attamen ipsum Implicat illecebris propudiola Venus.

Tunc erat infectæ hœreseos patriarcha Genevæ Calvinus, furcé raptus , et igne fugax.

Illùuc, Romulides velut ad tutamen asili Ibant quù scelerum grande prœæmebat onus ; Colliqit argenti magnum Letteus et auri Pondus, et acceptà clam volat ille pup.

Applaudit patriarcha viro, ridente sed ore Increpat uxori postposuisse mitram.

Perrin, d'accord avec Le Bret touchant l'acquisition de la seigneurie d'Eaubonne par Jean de Lettes , s'accorde avec les auteurs du Gallia Christiana, pour le faire mourir dans la pauyreté, contrairement à l'opinion du prévôt.

« Ce misérable, dit-il, après avoir dissipé son de qnoY pour paroisire , se vit enfin réduit sur la paille. En quel état Antoine Melet, chanoine du Chapitre cathédral , avait fait souvent cognoistre l'avoir trouvé, l’estant allé voir dans Genève, pour le porter à resipiscence , et luy tesmoigner la recognoissance qu'il avoit des biens qu’il avoit reçus de luy, dans le temps de son administration. Il luy parla , à son rapport, et en fut escouté, non pourtant sans larmes , mais qui ne luy furent pas profitables , ne destrempant que le seul souvenir du trop bon estre du passé ; etle pria, dans la crainte qu'il avoit qu’on ne le maltraictât , de se retirer. Ce qu'il fit, après Favoir exhorté à se recognoistre, et luy avoir fait présent d'une partie de

épiscopale les soins assidus qu’elle réclamait de sa vigilance , dans d’aussi dangereuses conjonctures , l'erreur s’y introduisit et y poussa des racines si profondes, que le mal était sans remède, quand l’évèque le connut.

L’amiral de Coligni, zélé protestant, «animé de l'instinct démocratique du calvinisme » , cherchait toujours à accréditer et à étendre sa secte. Associé aux Anglais, conjointement avec les Bourbons, Antoine, roi de Navarre , et Louis, prince de Condé, il chercha à s'emparer des principales villes, parmi lesquelles Montauban ne fut pas des dernières. La nouvelle de l’apostasie de Jean de Lettes et des divisions de son

son argent. On n'est pas asseuré s’il mourut dans la repentance; mais bien sçait-on qu'il finit ses jours dans une meschante hutte et sur la paille. » Chap. 18, pag. 181.

Quoi qu’il en soit de la vérité du récit de Perrin, il faut convenir qu'il offre au peintre et au poète le sujet d’un tableau bien touchant. Ce fier gentilhomme de l’illustre maison de Montpezat , couché sur la paille, dans un pauvre réduit , sur la terre étrangère, regrettant les splendeurs de sa vie d'évêque , sa puissance de seigneur de Montauban , son autorité de lieutenant du roi dans tout le Languedoc, — à présent que l’âge est venu, que le sang s’est refroidi , €t que les enivrantes illusions de l’amour sont tombées une à une , comme les fleurs au souffle des vents glacés ; — ce bon chanoine, qui se souvient que l’apostat fut son bienfaiteur , qui court, — voyage bien long alors, — de Montauban à Genève, pour lui témoigner sa vieille reconnaissance, pour lui dire de se repentir ; qui pleure avec lui, et lui laisse, en l’embrassant , la moitié de sa bourse : — il nous semble que la toile reproduit souvent des scènes moins intéressantes, que la poésie ne trame pas toujours ses couleurs dans un caneyas aussi dramatique. .

successeur avec les Montalbanais, lui fit croire que le moment était venu d'implanter la réforme dans leur ville. Il y envoya , en 1560 , deux minisires , Crescent et Vignaux, qui y furent reçus par Hugues Calvet (). Son frère ne manqua pas de venir de Montalzat, pour conférer avec eux. Il leur donna bientôt un gage de son union, en apostasiant et en se mariant. On le vit, dès lors, aller et venir de Montalzat à Montauban, pour assister aux assemblées des calvinistes , qui se tenaient dans les caves de la maison de son frère , et y amener les prosélytes qu'il faisait dans les campagnes. Des courses aussi fréquentes attirèrent l'attention de lévèque, qui apprit avec douleur les progrès du calvinisme dans la ville, et le scandale que les protestans y avaient donné, en faisant enterrer, sans les cérémonies de l'Eglise, un coutelier nommé ’inemine. H vint à Montauban, monta

(”) Perrin (Livre 4, chap. 1, pag. 185.) signale un certain Bernard Coulon ; comme le premier prédicateur du calvinisme dans Montauban. « Ce Coulon, dit-il, était natif de notre ville ; de retour de Paris, où il s'estait corrompu , il attira à luy Pierre du Perrier , Jean Constans, Pierre Cabas et Jean Montanier; il leur persuada d’abjurer la religion catholique et d’embrasser celle de Genève. Ils le firent , et résolurent de s'assembler dans quelque lieu particulier pour y chanter les psaumes ; ce qu'ils exéeutèrent bientôt dans le faubourg du Moustier. Pour grossir leur assemblée , ils semèrent secrètement leur hérésie, et avec un tel progrès de l’un et de l’autre sexe, qu'ils recherchaient non-seulement les caves les plus cachées, mais encore les nuicts les plus obscures, pour estre à couvert de la justice, »

en chaire dans l'Eglise S-Jacques , et parla avec tant de force et d'entrainement, que le peuple jura de rester fidèle. Il manda ensuite les Consuls, et, en présence de Terride, les réprimanda vivement sur leur négligence à veiller au maintien de la religion et à l'exécution des ordres du roi dans la ville. Les Consuls promirent de mieux remplir leur devoir ; et le prélat fit encore la faute de se retirer au château de Piquecos. Quatre jours après , les calvinistes recommencèrent de plus belle.

L’évèque voyant son autorité hautement méconnue, porta sa plainte au parlement de Toulouse , qui, le 30 novembre, envoya sur les lieux trois conseillers et lavocat-général , pour informer de l'affaire. Calvet comprit que sa tête était en jeu, et s’avisa d’une ruse qui lui réussit parfaitement. Il fit répandre dans le public que le parlement profiterait de cette occasion pour se venger de l’affront que les Montalbanais lui avaient fait, quelques années auparavant, dans la personne du président de Lorme, qui, sur leurs plaintes , avait été convaincu de concussion , dégradé et relégué à Saint-Malo. Il ajoutait que si les commissaires entraient une fois dans la ville, aucun habitant ne pouvait se promettre d’y être en sûreté. Le conseil-

49 HISTOIRE général, assemblé à la suite de ces bruits, délibéra de récuser les envoyés du parlement ; et comme ils arrivaient accompagnés d’une vingtaine d'hommes à cheval, Calvet et Arbussi, qui étaient chargés de leur signifier l'acte de récusation , leur firent fermer les portes de la ville. Les commissaires se retirèrent à l'évêché, au bout du faubourg du Moustier, dont l'accès était libre, et, après y avoir dressé leur procèsverbal, reprirent le chemin de Toulouse, laissant ainsi Montauban à la discrétion des calvinistes, qui ne se déguisèrent plus.

L'année suivante, 1561 , le parlement fit tenir au roi le procès-verbal de rébellion, dressé par ses commissaires. La cour, préoccupée des graves circonstances où se trouvait le royaume à l'avènement de Charles IX, ne donna que peu d'attention aux troubles naissans de notre ville. Mais, comme il fallait pourtant avoir l'air d'y songer, on envoya Vaillac, baron de Génouillac, sénéchal du Quercy et gouverneur du Château-Trompette de Bordeaux , avec un ordre assez peu précis de voir l’état des choses ().

(*) Vaillac était porteur d’une lettre de Charles IX, que nous trouvons mentionnée dans nos Matériaux, comme faisant partie de la liasse 95, et que Perrin, Liv. second , pag. 186 , rapporte en ces termes :

« À nos chers et amés les Consuls et autres officiers, manans et habitans de nostre ville de Montauban.

Vaillac fut reçu à Montauban avec toutes les apparences du respect qui était dû à sa charge et aux ordres du roi. Ne voyant rien dans la ville qui annonçât la révolte, il se retira, emportant la promesse d’une inviolable fidélité.

L’insouciance ou la modération de Vaillac porta bientôt ses fruits ; à peine se fut-il retiré, que les calvinistes tinrent une grande assemblée dans le fossé des Cordeliers, du côté du ruis-

seau de Lagarrigue , où les Consuls avaient fait

» De par le roy. Chers et bien amés , ayant esté par cy-devant advertis d'une grande assemblée de peuple qui se faisoit en nostre ville de Montauban , pour ouyr un sermon que faisoit un ministre et prédicant de Genève, nous vous escrivons pour ce faire cesser, et donner ordre qu’à l’advenir telle chose ne se fasse plus à nostre ville. Mais , au lieu de les avoir empeschés, à ce que nous avons entendu , ils les continuent, tous les jours en plus grand nombre, et , qui pis est, en sont favorisés de vous au lieu de les réprimer, de façon que par là nous pouvons aisément juger comme vous et nos autres sujets faites peu de compte de nos commandemens, et pource que c’est chose que nous ne voulons ny ne pouvons endurer, pour le trouble que telle licence apporte à nostre service et au repos et tranquillité de tous nos sujets, nous vous mandors , “ordonnons et expressément enjoignons que vous ayez à faire cesser lesdits prédicans et assemblées , sous peine de nous en prendre à vousmesmes, ets’il se trouve de nos sujets si fols et si téméraires de ne nous vouloir encore obéir , les faire si bien chastier qu’ils soient un exemple à tous les autres : et là vous en feriez difficulté, ou ils refusassent de vous obéir, nous mandons à nostre amé et féal le sieur de Burie, chancelier de nostre ordre , et nostre lieutenant-général en Guyenne, en l'absence de nostre cher et bien aymé oncle, le roy de Navarre , de s’y en aller avec si bonnes forces qu'il puisse chastier vigoureusement les désobéissans, dont vous ne manquerez incontinent de nous advertir, ensemble de l’ordre que vous y aurez donné. N'y faites faute, d'autant que vous craignez à nous desplaire. Donné à Fontainebleau, ce 11e d'avril 1561. Signé CHARLES. »

transporter une chaire et des bancs, et où le prèche se fit publiquement. (") Ceux de Cahors « belistres ou gens de mestier » , dit Perrin, chassés par les catholiques, vinrent à Montauban, où le parti ne garda plus aucune mesure. Violant par une interprétation arbitraire l’édit rendu dans le mois de juillet, les religionnaires semparèrent de l'Eglise de S.‘-Louis, où le ministre Crescent prêcha, le 13 du même mois. Ils chassèrent ensuite à main armée le curé et les prêtres de la paroisse S.'-Jacques , et firent de cet édifice leur principal temple. Les émissaires des ministres forcèrent le peuple à se rendre au prèche à coups de bâton et de nerf de bœuf; ce qu'il ne fallut faire qu'une fois; car le peuple, qui n’est pas doué d’un grand esprit de discernement, entendant Vignaux et Crescent, auxquels étaient venus se joindre les ministres Tachard et Duperrié, prononcer le nom du Christ, déclamer contre les institutions gènantes du catholicisme, promettre l’exemption des taulles et de la dime, se laissa prendre à ces grossières adresses, tout autant qu'à la crainte des mauvais traitemens qu'avaient à souffrir ceux qui persévéraient dans la foi de leurs pères.

(*) « J'ay lu, dans un compte de Ja ville : tant pour nettoyer le fossé de Campagnes , afin d'y prescher ; et, dans une autre article : tant pour réparer les siéges de ce fossé, qui avaient esté renversés. » Matériaux pour servir à l’His. de Montauban.

L’insolence des calvinistes s’accrut avec l’impunité. Le 21 octobre , ils jetèrent dans les prisons tous ceux des Montalbanais qui déclarèrent vouloir rester catholiques (‘), et, ne pouvant vaincre leur constance, 1ls les chassèrent de la ville, pillèrent leurs maisons, et firent fouetter publiquement une pauvre femme, nommée Fenou!, parce que, disait-on , elle avait médit des ministres. Ceux-ci, conduits par les Consuls, « et un certain Portus, advocat, avec sa robe et son bonnet carré en teste, la rondache d’une main et l’espée nue de l’autre» (”), se mirent en possession de toutes les églises et de tous les monastères, dont ils chassèrent les religieux et les religieuses. Les églises de S.'-Jacques, de S.'-Louis, et de S.‘-Vincent furent les premières à ressentir leurs violences ; puis vint le tour de celles de S.- Etienne, de S.'‘-Orens, des Carmes, des Cordehers, de S.'-Antoine, et des Augustins, qui étaient, pour la plupart, des chefs-d’œuvre d’architecture. Le couvent des Cordeliers fut transformé en prison ; quelques ecclésiastiques , enlevés la

(") La liste en avait été dressée précédemment par Jean Trusier, notaire, et par Jean Rigoulac , hôte, habitant du faubourg de Fossat (Villenouvelle). « Hs avaient parcouru la ville , inscrivant en rôle ceux qui voulaient vivre selon l'Eglise romaine, » Trusier et Rigoulac furent les premiers mis en prison, sur l’ordre du sieur Dejean , Consul. — Matériaux pour servir à l’His. de Montauban , tom. 2, pag. 555.

(**) Perrin.

nuit dans leurs maisons, y furent conduits et si cruellement maltraités, qu'ils en moururent, sans que les magistrats, protestans eux-mêmes ou saisis par la peur, osassent s'opposer à ces froides atrocités. Grâce à la longueur du faubourg qui la séparait de la ville, à sa forte assiette, et à la vigilance de ses gardiens, l’église Cathédrale, l’une des plus magnifiques du royaume, fut préservée pour quelques jours de la fureur des

sectaires, qui la forcèrent enfin, le 20 décembre, la pillèrent et y mirent le feu. La tour qui servait de clocher , échappa cependant à l'incendie, et resta debout quelque temps encore.

Ce fut surtout contre les religieuses Clairistes qu'éclata la brutalité des partisans de la réforme. Après avoir pillé et brülé leur couvent, ils exposèrent ces pauvres filles, demi-nues, aux risées et aux insultes de la populace. Quand on les crut assez intimidées par ces indignes traitements , on leur proposa l’apostasie et le mariage. Sur leur refus constant, elles furent enfermées chez divers particuliers, d’où on les menait, tous les jours , chargées d’une hotte, revêtues de haïllons et ne recevant pour toute nourriture qu'un peu de pain et d'eau, travailler aux fortifications. Vaincus par leur fermeté, les ministres les chassèrent enfin de la ville. L’évèque, Jacques Des-

prez, les reçut hors des portes, et les conduisit à Montech, où les habitans leur assurèrent un asile. C'est sous la rubrique de cette époque , que Bousquet, dans son Histoire des troubles de Toulouse, raconte un horrible attentat commis sur la personne du curé ou vicaire de Bressols, «duquel, dit-il, les calvinistes mirent les entrailles en vente, après l'avoir éventré. » (*) — Mais nos anciens mémoires se taisent sur ce fait. On y trouve seulement qu'ayant surpris, un jour, cet ecclésiastique célébrant la messe, ils s’emparèrent de lui, et, sans le dépouiller de ses ornemens , le placèrent sur un âne, le visage tourné vers la queue, et le .conduisirent ainsi à Montauban, où , après l'avoir promené dans les rues, ils le battirent de verges et le mirent en prison. Le parlement de Toulouse, instruit de ces excès, voulut y mettre un terme. Il fit instruire un procès contre ceux qui y avaient joué le premier rôle, condamna à être pendus et fit exécuter en efligie sur la place du Salin, Jean Paulet, lieutenant principal, Jean Brassard, lieutenant particulier, Pégorier, premier Consul, Jean Masson et Vignaux, ministres, Amiel, \

(*) «Le ministre Tachard, dit Perrin, monta en chaire, le soir même du jour où fut commis ce crime atroce, et en réprimanda fortement les exécuteurs. = — Cette inhumanité , ajoute-t-il, causa tant d'horreur à Bèze , qu'il tasche de la couvrir dans son Histoire. »

greffier, Lanes, marchand, Bonencontre et Portus, avocats (‘). Cet acte de haute justice ne produisit aucun effet: les protestans continuèrent leurs coupables entreprises. À Marmande, ils massacrèrent , en une nuit, tous les religieux Cordeliers. À Fumel, ils égorgèrent leur seigneur, lui arrachèrent le cœur , et le clouèrent à un mur où ils tiraient au blanc, parce quil leur avait demandé ses rentes, et n'avait pas pu . leur faire voir dans la Bible qu'elles lui fussent dues. Les catholiques exaspérés usaient de représailles. Montluc, qui commandait en Guyenne et ne pouvait s'accommoder de la lâche politique de la cour, menait durement les calvinistes.

Toujours en quête des fauteurs de désordre, il faisait pendre tous ceux qui lui tombaient sous la main. « On pouvoit cognoistre par où il estoit passé , car par les arbres sur les chemins on en trouvoit les enseignes. » (7) En même temps, le protestant des Adrets précipitait ses prisonniers du haut d’une tour sur la pointe des piques.

(*) Perrin , pag. 188, prétend qu'ils furent poursuivis et condamnés pour avoir voulu procéder à l'élection des Consuls , sans la présence du sénéchal François Séguier. L'erreur de cet historien est notoire, puisque les Consuls pouvant seuls élire leurs successeurs , pouvaient seuls également être coupables de la violation des ordonnances, à laquelle il attribue leur condamnation. Or, sur les neuf individus que frappa la sentence du parlement, nous ne trouvons que Pégorier qui fût Consul.

(7) Montluc , tom. xx.

DE MONTAUBAN. .° 49 Les exécutions militaires de Montluc furent blâmées. La cour envoya Compain, conseiller au srand Conseil , et Girard , lieutenant du grand Prévôt, pour procéder juridiquement contre les coupables , et porter ainsi remède au déplorable état des choses dans le pays. Les commissaires, calvinistes déguisés sans doute, ne sévirent que contre les catholiques. Ils en firent pendre quinze à Cahors, fouetter et bannir plusieurs autres , à raison de ce qui s'était passé lors du premier prèche dans cette ville. On voulut les engager à aller faire justice des attentats commis à Marmande et à Fumel; ils s’y refusèrent. Le grand archidiacre de Cahors eüût été leur victime , ainsi que l’évêque de Montauban, contre lequel ils avaient commencé une procédure à la requête des protestans de Puylaroque, qui accusaient ce prélat d’avoir maltraité un ministre nommé Tiphaneau , parce qu'il faisait le prèche dans une chapelle , qui, disaient-ils, n'était point consacrée. Montluc, instruit de la fàcheuse position où se trouvaient l'évêque et l’archidiacre, accourut à leur secours, déchira les procédures sous les yeux des commissaires, les chassa euxmêmes, et les aurait plus sévèrement châtiés, s'ils ne s'étaient pas mis à l'abri de sa colère par la fuite.

Cependant la reine Catherine de. Médicis,

effrayée du pouvoir dont le duc de Guise s'emparait, comme chef de parti, se tourna du côté des calvinistes. Elle rendit en leur faveur lédit de janvier 1562, qui leur permettait l'exercice public de leur religion dans tout le royaume, excepté dans les villes closes, et admettait leurs docteurs à une discussion solennelle dans le colloque de Poissy. En mème temps, les religionnaires se soulevaient à Nismes , et Vassi voyait les gens du duc de Guise massacrer les huguenots. La guerre civile commença avec ses longues et terribles luttes. Les deux partis appelèrent l'étranger ; « qui ouvrait les yeux et frétillait pour entrer en France (*) ». Tandis que les Guises traitaient avec le roi d'Espagne , Philippe H, les protestans demandaient du secours aux luthériens d'Allemagne , et livraient le Hâvre aux Anglais. Orléans tomba au pouvoir des sectaires; les principales villes du royaume se soulevèrent.

Fier de sa situation et de la force de son assiette, Montauban se hâta d'augmenter ses forülications. Duras, qui armait en Guyénne pour les calvinistes, et Crussol qui en faisait autant dans le Dauphiné, lui promirent un secours considérable, et lui annoncèrent que Dandelot

{”} Lanoue , tom, xxxiv.

allait venir dans ses murs (*). Encouragés par ces nouvelles, les Montalbanais mirent tous leurs soins à amasser de grandes provisions de bouche. À cet effet, ils S'emparèrent de tous les grains qui appartenaient aux Chapitres cathédral et collégial , toutefois après en avoir fait dresser un inventaire, pour les rendre ou en payer le prix , si jamais la ville y était obligée. Car ils n'étaient pas entièrement rassurés sur les suites de leurs violences, et la mesure hardie de Montluc, qui avait placé une sorte de garnison dans les masures de l’église cathédrale , sous les ordres de Saint-Salvy, frère de Terride, de la maison de Lomagne, leur inspirait de sérieuses craintes (”). Saint-Salvy empêchait effectivement que personne ne sortit de la ville de ce côté, et qu'on n'y éleväat aucune fortification. À la faveur de ces troupes, l’évèque voulut un moment rétablir son clergé dans la cathédrale , dont

(”) « Et ha-on voulu dire que le cardinal de Chastillon , qui s'est faict maintenant homme de guerre, et le seigneur de Crussol seroient voulu venir au secours de Montaulban, avecq les gens qu’ilz avoient assemblés en Langucdoc... Cecy ne se peult encoires sçavoir pour estre au bout du royaulme, et les passaiges très dangereulx et difficilles. » JMémoires de Condé, tom.Y, pag. 122.

(**) I paraît que Montluc avait eu un autre projet que celui de jeter des trou. pes dans les masures de l’église cathédrale; il voulait s'emparer de Montauban, et il espérait réussir. L’ambassadeur du roi d'Espagne écrivait à son gouvernement : «Le Sr de Montluc, qui a les premiez milez espaignols en sa compagnie, est devant Montauban; et a escript à la Royne que, en peu de jours, il rendroiït ce cousté-là paisible. » Mémoires de Condé, tom. 2, pag. 62.

les toitures seulement avaient été dévorées par incendie. Mais jugeant par la contenance et les préparatifs des habitans que c'était une ville perdue, Jacques Desprez, sur l'avis de Saint- Salvy, qui ne se croyait pas lui-même en sûreté dans le Moustier , renonça à son projet. Au mois de mars, 1l rendit une ordonnance, par laquelle il transférait le Chapitre cathédral à Villemur, et le collégial à Montech. Par arrêt du 18 septembre 1563, le parlement de Toulouse transféra aussi le sénéchal à Moissac, où la justice füt exercée par les sieurs d’Espania, juge ordinaire de Castelsarrasin, en qualité de lieutenant principal; de Redon, juge ordinaire de Moissac, en qualité de lieutenant particulier, et Dumas, juge ordinaire de Montauban, qui avait été banni, et'avait eu ses biens confisqués , à cause de son attachement à la foi catholique

L’évèque leva alors des troupes, soit pour la sûreté de sa personne dans les fréquentes visites par lesquelles il tàchait de fortifier les bons catholiques, soit pour les défendre, comme ses vassaux , contre les ravages journaliers des calvinistes. Il forma et entretint à ses dépens une forte compagnie de cavalerie, qui le suivait toujours. Les Montalbanais n’eurent pas d’ennemi plus redoutable; non content de mettre à l'abri

DE MONTAUBAN. 25 de leurs entreprises les petites villes des environs, il les battit fréquemment eux-mêmes, et les poussa jusque sous leurs murailles.

Montluc, averti des préparatifs que les calvinistes faisaient dans Montauban, et des secours qui leur étaient promis par leurs co-religionnaires de la Provence, du Vivarais et du Dauphiné, travailla , de son côté, à se mettre en état de résister à cette coalition, et de s'assurer de notre ville, à la possession de laquelle les deux partis attachaient une extrème importance; la regardant comme la clé du Languedoc et de la Guyenne. Les Montalbanais , sans attendre l'arrivée des secours promis, se disposèrent activement à une vigoureuse résistance; le séjour de Saint-Salvy dans un poste si voisin de leurs murailles, les obligeait d’ailleurs à prendre les plus grandes précautions pour se mettre à l'abri d’une surprise. Ils convoquèrent une assemblée générale le 8 mars, où les chefs se distribuèrent les. soins divers qu'exigeait la défense de la ville. Les uns furent chargés de la réparation des anciennes fortifications et d'en construire de nouvelles ; les autres de pourvoir aux munitions de guerre et de bouche, à la fabrication de la poudre, à la discipline des troupes, à la fonte des canons; le métal qu'ils retirèrent des nom-

breuses cloches qu'ils avaient enlevées dans la ville ‘et les lieux voisins, leur donna bientôt une artillerie formidable (")}. Les membres de la

{‘) Nous avons cru qu’il ne serait pas sans intérêt de rapporter ici l'inventaire des objets quiétaient gardés dans l'arsenal de Montauban, en 1542. Cette pièce, extraite du Livre des Sermens , fol. 158, fait connaître quels étaient, à cette époque, les moyens de défense de notre ville. |

« Vingt-deux arbalestes , garnies de guyndals, cordes et noix, horsmis une qui n’a point de noix.

Autres vingt-huict arbalestes , garnies de cordes et noix, sans polichons ni arpes. |

Cinq estutz d’arbalestes garnies de blouques , lesquels sont de petite valeur.

Troys hallebardes qui ne valent guyères.

Une picque aussi qu'est de petite valeur.

Troys bregnantines ( haubergeons, cottes de mailles ) fort anciennes , aussi de petite valeur.

Deux sallades ( sorte de casque ) aussi de petite valeur , pour mestre sur la teste.

Ung ferrement , lequel, comme l'on dit, sert à lever un pont-levis.

Deux pièces de fer forcues pour deux pièces d’artilherie.

Quatres barres de fer plates.

Deux sercles de fer pour unc sémal.

Ung long baston rond pour nectoyer par dedans les grosses de artilherie.

Dix-neuf pièces de artilherie moyenne tant de fonde que de fer , et tant garnies de boys que sens boys, à crorset et autrement.

Quatre grandes (plaques ? ) de laton avec l’escusson des armes de la ville, gravé par dessus avecques le burin.

Certains fardelets de traictz d'arbaleste, garnis de fer.

Ung cric de fer pour une arbaleste.

Une chaîne de fer moyenne d’icelles qui souloient estre par les rues pour ( les fermer ?)

Uue quantité de bouletes de fer rondes pour jeter avecques l’artilherie , dans ung petit cofre fort ancien.

Ung mouille de fer pour faire les boytes de l’artilherie grosse.

Certaines pièces de clarvoises de plom, faysant la couverture de l'oratoire de la grand place comune.

Ung sac de (cuir?) dans lequel y a certaine quantité de pouldre d’artilherie.

communauté , investis de ces diflérens emplois, devaient rendre compte, deux fois la semaine, à un conseil établi pour cet objet, sous la di-

Une manducienne sens foureau, de petite valeur.

Deux ciercles avecques petites chaynes de fer que se ferment à la clef... pour mestre au lieu de la sentence, pour la seurance des personnes. Une polilhe de boys grande, avecques grosses cordes pour bailler la geyne aux prévenuz.

Une gauge de fer pour le vin.

Ungs longs tenalhets de fer avecques les quels la femme qui tua son mary, de Fonnebe, feust tenalhée.

Ung grand couteau de mazel avecques lequel ont été déscapitez et despecsés certains prévenuz et condamnetz par justice.

Item, dans ung petit cabas ya ungs petits tenalhetz de fer, pour mestre et tirer hors de la bouche la langue d’ung condamné par justice, et certains autres ferremens.

Tout ce dessus dans la salle haulte du chasteau, fermée à deux clefs, des qu’elles le segond Consul en tient une, et le cinquiesme Consul l'autre.

A la basse court du dit chasteau : ;

Dix pièces grosses d’artilherie de fer à charriot conpris une pièce dite ung mourtier.

Une autre pièce d’artilherie moyenne garnie en boys sens charriot.

Une autre pièce grosse nomée mourtier mise sur deux roues.

Deux autres pièces d’artilherie nomées mourtiers , en boys sens charriot, des quelles l’une est rompue et crevée.

Oultre ce, autres quatre grosses pièces d'’artilherie de fer, montées de charryots , qui sont à la tour de la court de Tholoze (tour de Lizié), où ont coustume estre tenues.

Une leytière de boys que feust faicte pour porter feu Bonnifassi, dû Fau, à Tholoze, laquelle leytière a accoustumée estre tenue sur la muralhe de l’estable du bestail du dit chasteau.

Ung petit charryot avec ung petit tombarel.

Et une longue eschelle..….. pour monter ceulx-là qui s'en vont estre exéquiez au pilloyre ou potences de la place.

Deplus y ont esté mys une espée sens fourreau.

Une manducienne .

Une rondelle {petit bouclier rond) qui........,..........,

Une aultre dague avec son fourreau.

26 HISTOIRE | rection des Consuls, qui, en temps de paix comme en temps de guerre, soit qu'il y eût ou non un gouverneur dans la ville, s'étaient réservés une autorité souveraine. Ces arransemens font assez voir que les Montalbanais empruntaient à Genève la forme de son gouvernement politique, comme ses idées religieuses. Toutes choses ainsi disposées, ils songèrent à prendre une part active aux mouvemens du dehors.

Le calvinisme avait trouvé quelques partisans parmi les professeurs et les étudiants de l’université de Toulouse. Le parti y devint bientôt si puissant, que, suivant toutes les apparences, celui des catholiques devait succomber et entraîner avec lui la perte de cette grande ville. Comptant sur les secours des Montalbanais, qui entretenaient avec eux des correspondances suivies, les calvinistes résolurent de s'en emparer. L'apostat Calvet leur servait d’intermédiairé, allant d’une ville à l’autre, et cachant ses menées sous son habit de prêtre, dont il se servait au besoin. Montauban devait fournir un secours de cinq cents hommes. Mais, la veille même de son exécution, le complot fut découvert par l'infatigable Montluc. Après plusieurs combats opiniâtres, qui ensanglantèrent les rues

de Toulouse, les calvinistes, batius sur tous les points, prirent la fuite. Arpajou, qui commandait les cinq cents Montalbanais, s'était porté jusqu'à Fronton ; de là, talonné par la compagnie de Montluc, il se replia sur Rabastens, où il recueillit six cents fuyards Toulousains, qu'il éscorta jusqu’à Montauban. On fournit à leur premiers besoins, et on les logea dans une partie de la gâche de Montmirat, qui depuis lors fut appelée {a Cour de Toulouse.

Après la défaite des calvinistes , Calvet se cacha dans la maison que son frère avait à Toulouse. IL y fut découvert par Dumas, juge de Montauban, condamné à être pendu, et exécuté, le 27 juin, sur la place S.“Etienne.

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