DE
catholiques () se tinrent éloignés tant que dura le fléau, et parmi les ecclésiastiques , les capucins furent les premiers à entrer dans la ville, dès qu’elle fut délivrée de la peste. Déjà l'année
("} Une ordonnance du 15 mars 1631 , rendue par de Verthamon, intendaut de justice en Guienne , nous donne quelques détails sur les contesta-, tions qui furent soulevées entre les catholiques ét les protestans , qui en paroles se soumettaient aux édits, mais en réalité ne faisaient qu’à leur tête, selon l’expression de Perrin.
« Les catholiques ont conclu à ce que l’exercice de la religion catholique, apostolique et romaine , soit entièrement rétabli dans la ville, ainsi qu'il y estoit avant les premiers troubles de l’année 1562 ; ce faisant qu'il soit libre aux ecclésiastiques de faire tous les actes de ladite religion, les processions ordinaires en tous temps et licux, sans aucune limitation, comme aussi celles du Saint-Sacrement, es quelles lesdits de la religion prétendue réformée , seront tenus de souffrir qu’il soit tapissé et paré devant leurs maisons; et lorsque le Saint-Sacrement passera es dites processions, ou pour le porter aux malades, ils seront tenus y rendre le même respect externe que les catholiques, ou se retirer ; à ce que les recteurs ou vicaires des paroisses puissent administrer les sacremens aux malades catholiques, même dans les maisons de ceux de la R. P. R. et à leurs serviteurs catholiques, avec défense aux maîtres de l'empêcher ; que les fêtes, indites par l’église catholique , seront gardées et observées, les portes demeurant fermées, le guichet ouvert seulement. »
« Par ceux de la R. P. R. a été dit que l'exercice de la religion catholique, apostolique et romaine est entièrement rétabli, que néantmoins, quant au fait des processions , celles se faisant ancienae ment aux environs des églises , ont été, depuis , limitées à certains endroits par des ordonnances auxquelles on se doit tenir; que l'honneur et vénération aux exercices de la religion catholique est contraire à la liberté de conscience ; et néantmoins consentent la liberté d’administrer les sacremens aux malades, même aux domestiques en donnant préalablement avis aux maîtres; que l’édit ne défend pas de travailler , les jours de fêtes, mais seulement d'éviter le scandale et il y sera pourvu, comme il a été fait jusqu'ici, at contentement des uns et des autres, »
L'intendant fait entièrement droit à la demande des catholiques.
« Les catholiques demandent que toute sorte de personnes professant la religion catholique, soient, reçues à habiter en la ville, en faisant apparoir de
DE MONTAUBAN. 329 précédente ils étaient venus prêcher une mission; et, pour encourager leur zèle, le roi leur avait cédé un vaste terrain à l'extrémité du faubourg Montmirat, où ils bâtirent leur couvent, ‘au moyen d'une somme de six mille livres que leur donna le duc d’Epernon , et des aumônes qu'ils recueillirent de la charité publique.
leurs bonnes vie et mœurs, sans qu’on puisse exiger d'eux aucune somme pour droit d'entrée, ainsi qu'on l'a fait pour le passé, afin de les empêcher d'entrer. » |
Les calvinistes prétendaient n'avoir jamais rien exigé ; mais l’ordonnance de l’intendant suppose le contraire, puisqu'il le prohibe pour l’avenir.
« Les catholiques demandent que défenses soient faites aux Consuls de plus continuer l'imposition des quatres deniers pour livre de chair qui se vend dans la ville, tant à cause que cette imposition se fait sans’ permission de Sa Majesté, qu'à cause aussi que les sommes qui en proviennent sont employées à l’entretènement des ministres. »
Les Protestans ne firent aucune objection.
« L'intendant décharge les catholiques des dettes contractées par les calvinistes depuis les guerres de l’an 1621 ; et de contribuer en quelque sorte que ce soit à l’entretènement des ministres, et autres dépenses de la R. P.R., desquelles sommes la taxe se fera par-devant le lieutenant-général de la sénéchaussée. Et pour l'imposition de quatre deniers pour livre de chair, il en sera donné avis à Sa Majesté; et cependant sur les sommes en pro: venant , il sera donné au syndic des catholiques sept mille livres par an, pour être employées à tel usage que bon semblera auxdits catholiques. »
Ce qui contrariait le plus , à ce qu’il paraît, les protestans, ce fut l’obligation, qui leur fut imposée, d'enlever des églises les décombres et immondices qui s’y étaient accumulés durant les troubles. Mais l'ordonnance porte : « Avons condamné et condamnons les Consuls à faire ôter , à leurs dépens , dans six mois, pour tout délai, les décombres qui sont à présent dans les églises. »
Nous rapporitons à la note 5, les contestations relatives au collége. Les réclamations des divers ordres religieux, et les difficultés qu’on faisait pour restituer leurs biens, pleins d'intérêt à cette époque , le sont peu
Le vénérable évêque, Anne de Murviel, réunit bientôt son clergé (). Dans le but de ramener au bercail ses brebis égarées, il appela, dès 1631, dans Montauban, les religieuses de S.*-Claire , les Augustins et les Cordeliers ; Pannée suivante, les Jacobins et les Carmes y furent aussi établis. D'un autre côté, le cardinal de Richelieu s'efforçait d'y attirer des familles catholiques en organisant diverses administrations, telles que la sénéchaussée qui y repritses fonctions en 1651 ; le présidial, qui y fut créé en 1652, malgré l'opposition de celui de Cahors ; et l'élection de Moissac , qui y fut transférée en
Les calvinistes cependant se regardaient comme seuls maîtres de la ville, et toujours ils avaient soin d’exclure les catholiques du Consulat; mais, en 1632, Rabaudi, conseiller au parlement de Toulouse , et Escorbiac, conseiller à la chambre de l’édit de Castres, furent envoyés en qualité de commissaires extraordinaires du roi, pour
aujourd'hui.
(Matériaux pour servir à l’Hist. de Montauban , tom. 2. in fine.
(*) La première discussion qui s’éleva entre le clergé et les calvinistes, fut soulevée à l’occasion de la fonte de la grande cloche , « qui fut rompue dit Perrin, le jour de l'entrée du cardinal, par la malice du ministre Bérauld. » L'usage même de la petite cloche , dont on se sevit pour appeler aux offices, déplut beaucoup aux protestans , et les porta à faire du bruit. ( Perrin , pag. 224.)
DE MONTAUBAN. 334 mi-pariir le consulat (). Ils cassent lélection qui avait été faite, et, en leur présence, font procéder à une nouvelle, d'après laquelle le premier , le troisième et le cinquième rang furent occupés par les catholiques, tandis que le second, le quatrième et le sixième étaient réservés aux calvinistes. Ceux-ci furent profondément affectés de la position qu’on leur faisait; mais ils cachèrent leurs ressentiments, et même, peu de temps après, ils donnèrent un éclatant témoignage de leur amour pour l’ordre et la paix.
Malgré les promesses séduisantes que leur fit le duc de Montmorency, pour les‘éntraîner dans sa révolte , qui lui fut si funeste et lui fit perdre la tête sur l’échafaud de Toulouse, ils refusèrent constamment de rien entreprendre qui püt déplaire à leur souverain. Le roi les loua affectueusement de cette conduite, dans une lettre qu'il leur adressa , le 26 juillet (”), et
(”) Quarante-cinq membres du eonseil général furent aussi interdits , sous « peine de la vie » et remplacés par autant de catholiques, ainsi que l’un des syndies. (v. Perrin, pag. 226.)
(**) « Chers et bien amés , nous avons receu la lettre que vous nous ayez escritte du quatorzième de ce mois, et veu par icelle les assurances que vous nous donnez de votre fidellité et affection au bien de notre service comme aussy la ferme résolution que vous avez prise de vous conserver soubs nostre obéissance sans prendre part en aucune façon aux desseings de ceux quy soubs le nom de nostre très cher et très amé frère le duc d'Orléans s'efforcent de troubler le repos et la tranquillité de nos estats. Ce que
voulant leur en témoigner sa satisfaction autrement que par des paroles , il leur fit remise de tous les arrérages de cens, lods et ventes qui lui étaient dus; ïl désira même venir visiter notre ville, où il fit son entrée (‘) le 1‘ novem-
nous avons eu à plaisir d’aprendre, vous ayant bien voleu faire cognoistre par ceste cy le bon gré que nous vous en savons, et vous exhorter de persévérer en ce bon debvoir pour nous en rendre les preuves que nous en debvons attendre.
Asseurés en ce faisant que nous avons ung soing particulier de vous despartir nostre honorable protection , et vous tesmoigner par les effects de nostre bienveillance , combien nous ayons en recommandation les choses qui conservent le bien et advantage de nostre ville de Montauban et n'ayant rien a vous dire icy de plus sur ce subject nous ne la vous ferons plus longue.
Donné à Monterreux , le xxvime julhet 1632.
({ Livre Jaune, fo 90 Ro.)
(*) Lan mil six cens trente deux et le premier jour du mois de novembre , en la ville de Montauban, environ l'heure de midy, nous Consuls..…..... Estant deuement advertis que nostre souverain et très chrestien prince Louys le juste, treitziesme du nom, par la grace de Dieu roy de France et de Navarre revenant de son voyage de Languedoc, estant party de sa ville de Toulouze et s’en retournant à Paris , voulant faire son entrée dans sa ville de Montauban, ayant au préalable faict sçavoir à nos depputez en la ville de Narbonxe qu'il vouloict soulager son peuble des fraix à cause des calamités passées de peste , guerre et famine, et deffandict qu’il ne luy feut faicte aulcune entrée , serions montés à cheval par l’advis, vouloir et consentement de tous les habitans estant vestus de nos robes et livrées consulaires suivant l’ordre de monseigneur d'Espernon, duc et pair de France, gouverneur et lieutenant-général pour le roy en Guyenne, et nous serions acheminés à la compaignie du dict seigneur duc, de messire Charles de Latour, de Gouvernet , sénéchal du Valentinois et Diogs, marquis de Cénébrières , et autres, grand nombre , tant de noblesse, tant de ceste province que des habitans dudit Montauban, jusques près le lieu de Bressols et à ung petit chemin quy sépare les juridictions de Montauban et de Bressols; auquel lieu nous estant arrestés avec lesdicts habitans, ledict seigneur duc et toute la noblesse
DE MONTAUBAN. 599 bre à son retour de Toulouse ; il ne descendit de carrosse qu’à la porte de l’église, où l’évèque le reçut sous le dais; et, aprèsie Te Deum, il fut loger chez d’Aliés. Le lendemain 1l se promena
ayant passé oultre; environ quelques heures après Sa Majesté qui estoit dans son carrosse, en laquelle il avait faict entrer ledict seigneur, duc d'Espernon, seroit arrivée près ledict petit chemin , suivye des régimens de ses gardes tant de cheval que de pied, et d’une grande multitude de noblesse, et nous dicts Consuls estant à la veue du roy, ledict seigneur duc auroict dict a Sa Majesté : Sire , voicy les Consuls de Montauban quy vous viennent randre leurs debvoirs, et a l'instant nous dicts Consuls assistés des dicts habitans, nous estans approchés de plus près de Sa Majesté, ayant mis les genoux à terre, ledict sieur de Subreville, premier Consul, portant la parole auroict dict : Sire, etc.
Ici manque l’arangue dudict sieur de Subreville, premier Consul, quy n'a vouleu bailher icelle.
A quoy le roy nous auroict gratieuzement respondeü : Messieurs, Je vous remercie , scervez moy comme vous avez faict à ceste dernière action, et je vous tesmoigneray mon affection. :
Ce faict, avec tous les assistans, nous aurions avec une grande et joyeuse acclamation faict retantir le cry de vive le roy, et à l'instant, nous dicts Consuls et partie desdicts habitans , estans veneus en diligence vers ladicte ville , du costé du pont de Tarn, nous nous serions arrestés à la porte basse, faisant l'entrée de la ville, pour luy présenter les clefs de ladicte ville, et le poille que nous avions laissé en garde à ladicte porte à MM. de Brassard , docteur et advocat, Trabuc, Gineste et Comairas, quatre des bourgeois d’icelle ville, et sa dicte majesté estant arrivée près de ladicte porte , environ les quatre heures après midy , nous susdicts Consuls par la main dudict sieur de Subreville, premier Consul, avec toute defférance d'honneur et de genoux, luy aurions présantées lesdictes clefs dans une bource de velours rouge-cramoysin , lesquelles furent agréablement receues par Sa Majesté, les ayant de sa main bailhées au seigneur de Sainct-Simon, ung de ses plus faboris ; et à mesme temps , nous dicts Cousuls luy ayant présanté le poille garny de satin bleu avec clinquant d'argent, Sa Majesté nous auroict commandé de le porter et marcher devant, ce qu'ayant faict jusques près l'église de Sainct-Jacques de ladicte ville, Sa Majesté estant dessandue de carrosse , se seroict mise soubs le poille porté par nous dicts Consuls,
sur le quai de Montmurat , et puis 1l fut entendre la messe aux capucins, dont le couvent était déjà en construction. Il ne repartit que le 5, et fut accompagné jusqu'à Loubejac par le
jusques a l'huis de la porte de l'église où messire Anne de Murviel , évesque dudict Montaubun, luy auroict faicte son arangue ; laquelle finie, Sadicte Majesté seroict entrée dans ladicte esglise suivye de grand nombre de personnes, et peu de temps après la prière faicte , le roy estant sorty de l'esglise, Sadicte Majesté se seroict remise soubs ledict poille que nous aurions continué de porter jusques audict carrosse, et de là Sadicte Majesté seroict allée prendre son logement à la maison du sieur d’Aliès près la porte de Montmirat, ayant esté dressés sur le chemin plusieurs arcs triomphaux, ayec les armoiries du roy audessus et celles de la ville audessoubs ; et pendant son chemin le peuple, les rues et fenestres des maisons en estant plaines avec difficulté de pouvoir passer à cause de la multitude , criant avec grande allégresse et d'ung cœur plain de joye et de contentement a quy mieux mieux: vive le roy ; le devant de toutes les maisons estant tapissé , et estant Sa Majesté descendu de carrosse, ilse seroict encore mis soubs ledict poille, jusques au fondz de la basse cour dudict logis, où il nous auroict dict : Messieurs , je vous mercie. Ge faict, ses valets de pied auroient prins ledict poille; et le landemain bon matin, nous dicts Consuls vestus de nos dictes robes et livrées consulaires , nous estant apostés dans le logis du roy, nous estant mis à genoux, aurions donné le bonjour à Sa Majesté , laquelle estant sortie à pied , l’aurions accompaignée à l'esglise des capuchins qui est au dehors de la ville, du costé de ladicte porte de Montmirat, et sa dévotion faicte , l’aurions encore accompaignée dans son logis, et les rues et pont dudict Montmirat estant couvers des habitans tant jeunes que vieux, hommes que femmes et de tous ordres, ils auroient tousjours pendant le chemin crie: vive le roy, en priant Dieu pour la santéet prospérité d'iceluy ; et peu après le disner Sa Majesté seroit partye de ceste ville ayant au préalable donné grace à plusieurs prisonniers, quy estoient dans les prisons dudict Montauban , lesquelles graces contenoient entre aultres choses qu'elles estoient concédées en considération de la joyeuse entrée que Sadicte Majesté avoict faicte audict Montauban, et prins le chemin de Cahours où nous dict avec nos dictes librées et robes consulaires accompaignés de plusieurs habitans ,° l'aurions suivy peu de temps après son départ et parce que le chemin estoit tout remply, y ayant grande difficulté de passer , estant rencontré que ledict
DE MONTAUBAN. 535 premier Consul en robe, Lugandi, avec lequel il eut de longs entretiens, qui lui donna, de la manière la plus espressive, l'assurance de la fidélité de Montauban, et qui en recut les
sieur Lugandy , Consul, Larr plus advancé que les autres, comme il feust environ demy chemin de ceste ville à Loubejac, Sa Majesté luy auroict dict : Où allez vous? Icelluy auroict dict : Sire, nous allons accompaigner vostre sacrée Majesté. Ce qu'enthendu par icelle auroict dict aux seigneurs quy estoient dans son carrosse : Ils vont jusques aux limites de la juridiction , n’estil pas vray ? À quoy ledict sieur Lugandy auroict respondu : Il est très vray Sire. Sadicte Majesté auroict aussy dict audict sieur Consul : Me servirez vous fidellement? A quoy fust respondu : Sire, il n’y a ny mort ny vie, ny aulcune chose créée quy nous puisse distraire de la fidellité, obéissance et service que nous debvons à vostre Majesté. Le roy répliqua : le ferez-vous de bon cœur? Responce : pleust à Dieu , Sire, qu'il vous fist Voir nos cœurs, car vous ne verriez en iceux que des caractères inneffassables d’obéissance. Ledict seigneur de Sainct-Simon dict : Sire voilà de bonnes parolles. Sur quoy le roy auroict dict: Je leur ay pardonné de bon cœur tout le passé, et le seigneur de Liancourt luy dict aussy: Sire, les huguenots et les ministres l’ont bien recogneu , vous ayant fidellement servy à ceste dernière action ; à quoi le roy dict : Il est vray , ilest vray. Et après plusieurs autres propos, Sa Majesté estant arrivée au port dudict Loubejac et entrée dans ung batteau pour passer la rivière d'Avayron, ledict sieur Lugandy, Consul, et quelques ungs desdicts habitans estant entrés dans ledict batteau se seroient mis encore de genoux, et ledict sieur Lugandy auroict dict au roy, en l’absance des autres sieurs Consuls ses collègues, qui n’auroient peu marcher sy promptement à cause de l'embarras des personnes quy estoient dans les chemins : Sire, vous voicy par la grâce du Dieu arrivé aux bornes de la juridiction de vostre ville de Montauban, mais non pas à celle de nos cœurs , lesquels n’ont point de limittes pour vostre service. C'est, Sire, ee que nous vous protestons du plus profond de nos cœurs avec toute sorte d'humillité et revérance en qualitté de vos très humbles , très fidelles et très obeyssans subjects et serviteurs, quy prierons Dieu tous les jours de nos vies qu'il luy plaise estendre ses plus haultes bénédictions sur vostre personne, sur vos estats, sur vostre couronne ; qu'il vous donne belle et glorieuse postérité , laquelle croisse et s'aumante de père en fils et de génération en gémération, et soict de pareille durée que le soleil dans le firma-
236 . HISTOIRE témoignages les plus flatteurs de bienveillance et d'intérêt.
De toutes parts alors, les catholiques vinrent s'établir dans la ville, qui bientôt recouvra son ancienne prospérité, grâces surtout au cardinal de Richelieu, qui ne négligeait aucun moyen d'y rendre les familles catholiques nombreuses et influentes. Il y créa, en 1655 , une intendance, qui comprenait dans son ressort onze élections, depuis le Rouergue et le haut Quercy, jusqu'aux Pyrénées; et nomma pour premier intendant Lamarguerie , homme plein de sagesse et de piété ; il établit un bureau des finances , à la tête duquel furent placés Lagné et Lespinette, maitres des comptes de Paris (). Le bon évêque,
mant; Sire, ce sont nos vœux , nos désirs , nos souhaits. Le roy respondit : Je vous remercie, continuez à me servir tousjours et je vous aymeray toute ma vie ; et prins ledict sieur Lugandy par le bras droict et luy diet qu'il se relevast. Ce qu'ayant faict et estant sorty dudict batieau et remonté à cheval, après que le roy eust passé ladicte rivière, les dicts sieurs de Subrexille, Fornes et Audemont , Consuls, avec plusieurs aultres habitans quy seroient alhors arrivés audict lieu tous ensamble , nous en serions retournés en nostre ville. » ( Livre Jaune , fo 90, ve. )
(*) Ce n'était pas à cette epoque un passeport très sûr qu'un titre de commis au bureau des finances.
« J'oubliais, dit Perrin , un accident malheureux dans lequel tombèrent les deux Messieurs de la chambre des comptes, commis par le roi à cet établissement. Dès qu'ils furent arrivés à Moissac, le peuple se souleva contre eux , les croyant commissaires pour la gabelle. Les juges et les Consuls de la ville firent tout ce qu'ils purent pour l'apaiser; mais sans les pères réco lets qui sortirent, de nuit, en procession pour aller au devant de cette populace
DE MONTAUBAN. 337 Anne de Murviel, contribua puissamment, par la simplicité de ses mœurs, la douceur, laffabilité de son caractère, à calmer les haines qui divisaient les partis ; 1l sut particulièrement s’attirer laffection et le respect des calvinistes, qui consentirent, en 1634, à ce que les Carmélites vinssent, ainsi que les Jésuites, s'établir dans la ville. Les premiers ne reçurent d’autres dons que ceux que leur légua la dame Cantarel, de Beaumont. Les Jésuites, après'diverses tentatives infructueuses, parvinrent à s'établir d’une manière fixe, en 1635, par la concession que leur firent les calvinistes, de la moitié de leur collége (). Ils durent en grande partie ce succès à l’habileté du père Vital Théron, dont l'esprit insinuant ne contribua pas moins que son talent pour la chaire, à la prospérité de l’établissement, dont il fut le premier Recteur.
Iexistaitentre les catholiques et les calvinistes ,
une cause de querelles, que l'esprit conciliant
enragée, et pour la ramener à soy, on perdoit ces Messieurs. Le sieur de Vicose et autres de Montauban, qui étaient venus pour les prendre, ne furent pas sans peur, voyant les attaques qu’on leur donnoiït de si près, que l’un d’iceux , réduit dans un grenier au haut de la maison, pour se sauver, y fut attaqué, et il falloit qu'il y mourûüt, si d’un coup de pistolet il n’eût tué un de ces mutins. Pourtant, dans le peu de calme qu'’obtinrent les bons religieux, les Consuls les rendirent à la Valade, d’où Vicose les amena à Montauban. (Perrin, pag. 229.)
(") Voyez la note 5 à la fin du volume.
(Se)
< ô me.
d'Anne deMurviel, avait long-temps calmées, mais qui éclatèrent lorsque ce vieillard eutété contraint de céder l'administration du diocèse au coadjuteur qu'on lui imposa, Pierre de Berthier. D’après le traité de Nismes , et les conditions particulières de la soumission de Montauban, le clergé devait rentrer dans toutes ses anciennes possessions. Ces prescriptions s’exécutèrent sans trop de difficultés , excepté pour ce qui avait rapport au temple vieux qui avait été bâti sur l’emplacement de la maison que l’évêque Bertrand avait léguée à ses successeurs ; 1l fallut, un arrêt du parlement, en 1655, et même un autre du conseil, pour reconnaître le droit de l’évèque. Celui-ci même n’osa pas en poursuivre l'exécution dans la crainte de l'opposition qu'il éprouverait. Les ministres, dès quils connurent le caractère ferme du coadjuteur, prévirent qu'ils allaient être forcés à restituer la maison; et ils firent partager leurs craintes à la populace, qui se souleva, sur le faux bruit qu’on avait répandu, que l'intendant Foulé, avait reçu, en 1638, l'ordre exprès de faire démolir le temple. La foule exaltée assiége la maison de l’intendant et celle de l’évêque (); celui-ci y perdit un domes-
(*) « Pour lui faire perdre courage et l'espouvanter, ils s'armèrent et establirent divers corps-de-garde autour de sa maison, munirent leur temple de gens de guerre, et députèrent des plus qualifiés de la ville d'entre eux pour
DE MONTAUBAN. 339 tique , qui fut tué; celui-là en fut quitte pour la peur; mais il fut contraint d'aller à la Maison-Commune, protester en pleine assemblée, qu'il n'avait aucun ordre relatif à la restitution de cette maison. L’évèque fut aussi forcé de passer une transaction ; mais elle n’eut aucune suite, à cause des nullités dont elle était entachée.
En 1641, de nouveaux troubles vinrent avertir l’autorité, que l'esprit d'opposition et de violence n'était pas encore mort à Montauban. Les besoins de l’état avaient fait rendre un édit qui imposait une subvention d’un sol par livre, sur le prix des marchandises. Les Montalbanais crient à l’exaction, à la violation de leurs priviléges ; le peuple s'ameute , et tous, catholiques et calvinistes, se portent en masse contre les chefs de lautorité, qu'ils rendent responsables d’un acte qui les blesse. La maison de lintendant du Bousquet est d’abord forcée et pillée ; son carrosse est conduit sur la place et mis en pièces, puis jeté au feu. À peine eut-1l le temps de se sauver () lui-même chez d’Aliès,
lui donner de temps en temps de la peur, lui faisant connoître tout leur pre: cédé. Qui n’eût craint dans telle rencontre? » ( Perrin, pag. 229.)
(*) « Ayant entendu ce tumulte, l’intendant s'arrêta, et saisi de crainte ne sayoit que devenir, Se voyant dans cette extrémité, il écouta deux demoi-
d'où il s'enfuit à Toulouse. Le vieil évêque, que son âge et son caractere, si plein de charité, auraient dû mettre à l'abri des fureurs populaires, fut assiégé dans sa maison pendant une nuit toute entière; le coadjuteur () futchercher un asile chez le seigneur de Villemade. Cependant, après que les premiers mouvemens de l’exaspération furent calmés, les hommes sensés firent comprendre au peuple la faute qu'il avait commise, et lui firent craindre la punition qui leur serait
selles qui se trouvèrent auprès de lui, se travestit d’un simple habit, et prit leur conduite parmi la foule même. Elles le garantirent de la sorte @e sa fureur, et le rendirent entre les mains de Lachèze, conseiller au présidial, pour le mettre en sûreté. Ce bon vieillard l’engagea à gagner un toit, où ils restèrent environ deux heures, et ce n'’étoit pas sans peur ; car ils trembloient, et l’intendant n’en pouvoit plus, même il croyoit mourir, et le conseiller, son conducteur , ne pouvoit lui persuader le contraire, » ( Perrin, pag. 251.)
(*) « Ne trouvant pas l'intendant dans sa maison , on se persuada qu'il s'étoit retiré chez l'évêque d'Utique; c’est pourquoi ces insolens en furie y accoururent, demandant d'y entrer, et, dans le refus, de briser les pertes. Le prélat se craignoit de sa personne , néantmoins, les voyant opiniâtrés il les aborda, après s'être mis en bon état dans la peur de mourir, et s’estant informé d'eux, ce qu’ils demandoient , un pendard lui porta la pointe de son épée jusqu'au ventre, et tous ensemble l'obligèrent de crier avec eux : Vive le roi sans Gabelle! Cependant le tumulte augmentoit dedans et dehors. Les paysans entendant cette alarme venoient en foule dans la ville ; les portes restèrent ouvertes toute la nuit, et ce populaire enragé se porta aux extrémités de tout désordre. À quoi les Consuls voulant remédier , ils se présentèrent vestus de leurs livrées et chaperons, accompagnés d’une bonne troupe des plus nobles bourgeois; mais les mutins au lieu de leur rendre l'honneur et révérence , dégaignèrent leurs épées, et, avec des pierres , bàtons, flambeaux et ce que la rage leur pouvoit suggérer, les forcèrent à se retirer, au danger de leur vie. » { Perrin, pag. 232.)
DE MONTAUBAN. 541 sans doute infligée. Chacun se hâta de rentrer chez soi; on députa vers l'intendant, pour lui faire des excuses. Touché de cet acte de soumission, du Bousquet se montra plein de bonté, et ne demanda pour toute satisfaction que létablissement du droit, et un léger dédommagement pour son carrosse et pour ses meubles.
L'élection consulaire donna lieu, l’année suivante, 1642, à quelques désordres qui furent facilement réprimés. Le maréchal de Schombergs qui commandait en Guienne, pour le duc d’Epernon , avait attaqué le cœur mème des anciennes franchises de la cité, en rendant une ordonnance qui intimait des ordres aux électeurs. Ceux-ci refusèrent de s'y soumettre, et portèrent plainte au conseil d'état ; mais Richelieu avait déjà posé la maxime gouvernementale : Pautorité ne doit jamais avoir tort; et Faflaire fut renvoyée à la décission du maréchal, qui fit exécuter rigoureusement son ordonnance. Il fit procéder à la nomination de nouveaux Consuls, à la place de ceux qu'avait élus la ville, qui furent cassés. Toutefois l’année suivante ces derniers furent rétablis dans leur charge par l'intendant Charton de la Terrière, sur la recommandation du comte d'Harcourt.
La mort du cardinal de Richelieu, arrivée au
mois de décembre 4642, laissa d'autant plus de regrets, qu’on avait espéré que, par son zèle et sa haute influence, il parviendrait à opérer la réunion des calvinistes aux catholiques. Toutes choses étaient déjà si bien disposées, qu'on devait, dit-on, tenir une grande assemblée, dans laquelle les ministres auraient reconnu la vérité de bonne foi. En effet, Garrissoles et Delon, ministres de Montauban, et fort 1influents dans le parti, en avaient fait la promesse au cardinal, qui leur donnait à cause de cela une pension considérable, tous les ans ().
Après la mort du roi, en 1643, le duc d'Epernon fut rétabli dans son gouvernement de Guienne, par la reine régente ; mais il ne fit son entrée à Montauban, qu'au mois de novembre 1645. Afin de s'attirer ses faveurs, on ne négligea rien pour flatter sa vanité, et toute la ville fut durant plusieurs jours en mouvement pour lui rendre tous les honneurs. Les années suivantes ne furent signalées que par un épouvantable ouragan qui, le 2 février 1648, dévasta tout le pays, enleva le toit d’un grand
(”) Nous avons cherché à vérifier l'exactitude de cette assertion ; et nous en avons trouvé beaucoup de semblables dans les écrivains de l’époque; mais on comprend combien il serait difficile d'en fournir aujourd'hui des preuves matérielles.
DE MONTAUBAN. 345 nombre de maisons, et déracina tous les arbres, jusqu'aux plus gros chènes.
Les guerres de la Fronde eurent un grand retentissement dans la Guienne, qu’avait indignée la hauteur du duc d’Epernon. Bordeaux prit d’abord les armes et envoya dans toute la province des émissaires, pour exciter les autres villes à suivre son exemple, Les rebelles avaient beaucoup compté sur Montauban; mais toutes les tentatives qu’on fit pour ébranler leur fidélité furent sans succès ; les calvinistes ne rejetèrent pas avec moins de fermeté que les catholiques les propositions qui leur furent adressées ; et dès qu’on apprit que le roi s'était rendu à Bourg, pour assister au siége de Bordeaux, les Montalbanais lui envoyèrent une grande députation. Elle était conduite par le premier Consul Benac, homme de qualité, formé aux habitudes guerrières, qui, après avoir offert au roi son cœur et son bras, le pria d'entendre le reste de leurs protestations d’obéissance et de fidélité par la bouche de son collègue Lavergne , avocat. Ces manières pleines de franchise plurent beaucoup à toute la cour. Flatté de ce) succès , le premier Consul présenta bientôt après deux cents hommes de pied de Montauban, parfaitement équipés, au jeune monarque qui sen montra telle-
ment satisfait qu'il donna ordre à Benac d'en lever encore trois cents, et d’en faire un régiment de dix compagnies, dont il le nomma maître-de-camp. Cette troupe, qui reçut le nom de régiment de Montauban, parce que la ville avait pourvu à son armement, se distingua durant toute cette guerre, qui fut assoupie par l'entrée du roi dans Bordeaux. Mais le prince de Condé appela bientôt aux armes une foule de gentilshommes qui faisaient un dernier effort pour reprendre le pouvoir, dont les avait à jamais dépouillés la politique de Richelieu. Il s'était retiré à Bordeaux et pressait vivement les Montalbanais de se joindre à son parti; mais ils lui résistèrent avec fermeté (). Bien plus,
(*) La lettre que le prince de Condé adressa, le 25 septembre 1631, aux Consuis de notre ville, caractérise bien l'esprit de cette époque. « Messieurs les Consuls, dit-il, les fortes cabales que les créatures du cardinal Mazarin ont establies dans le ministère, le jour même de la majorité, au préjudice des dernières déclarations , contre les advis de son Altesse Royale et sans ma participation, faisant pour me perdre, afin de remettre avec plus de facilité ce pernicieux ministre dans le gouvernement de l'état, et de lui faire exercer, sous le nom du roi, de cruelles vengeances contre les plus fidèles sujets de Sa Majesté, desquels le courage l'avoit chassé hors du royaume, comme une peste publique, m'ayant obligé de me retirer à mon gouvernement, pour aviser aux moyens de le conserver et garantir cette grande province de la violente oppression dont elle est menacée. Messieurs du parlement , pleins de zèle et de fidélité au service du roy et d'affection pour les
euples', ont jugé les raisons de ma retraite autant justes que les sujets d’appréhension, qu'ils ont pour le général et particulier de toute la Guyenne, sont légitimes , et ont donné, le 23 dece mois, arrêt d'union entre eux et
moi, et résolu d'envoyer leurs commissaires pour vous faire entrer dans
DE MONTAUBAN. 545 sous les inspirations de Rabastens, juge-mage, et de quelques autres hommes tout dévoués au roi, 1l fut décidé dans un conseil-général que la ville serait mise en état de défense, pour
cette union. A quoi ne doutant nullement que yous ne satisfassiez avec joye , puisqu'il sagit de leur sûreté , de celle de Bordeaux , de la vostre et de la mienne, qui d'hors en avant dépendront les unes des autres, croyant que vous seconderez le dessein que j'ai pris de conserver l'autorité royale, et de m'opposer fortement aux injustes eutreprises de ces perturbateurs publics , qui s'en sont emparés , qui se sont rendus maîtres de la personne du roy, j'ai bien voulu vous faire ces lignes pour vous dire que vous ayez à defférer toutes choses à toutce qui vous sera mandé par mes dits sieurs du parlement, et à m'envoyer incontinent vos députés, après la présente reçue, afin que , connaissant par eux ves intérêts publics et particuliers, je puisse vous donner des marques de mon affection, apportant tous mes soins pour y pourvoir : et cependant, comme il a plu au roy me commettre au gouvernement de celte province, que vous n'ayez à obéir qu'aux ordres de Sa Majesté, qui vous seront envoyés par moi seul, sans que vous puissiez en recevoir d'autre personne quelle qu’elle soit, sous quelque prétexte, charge et emploi que ce puisse être, Et comme j'ai reçu avis cerlain qu’on devoit envoyer dans peu de temps, des gens de guerre dans votre ville, et aux environs , que vous ayez à leur refuser les portes, et faire armer, s'il est besoin , les communes pour leur courir sus, s'ils n'avaient un ordre exprès de este , ou un ordre particulier de moi; vous assurant du surplus qu’en toutes occasions vous recevrez des témoignages de ma. protection et de mon amitié, étant votre affectionné Louis de Bourbon. »
Il est curieux de savoir que le lendemain du jour où le prince de Condé adressait de Bordeaux aux Montalbanais ses provocations et ses doléances, le roi lui-même leur écrivait de Paris , le 26 septembre , pour les engager à se maintenir dans la fidélité qu’ils lui devaient. ES
« Chers et bien amés, encore que nous ne doublions pas de votre fidélité, et que vous ne nous en donniez pas des preuves dans toutes les occasions qui s’en pourront présenter, ainsi que vous l’avez fait pendant les derniers mouvements qui ont eu lieu en nostre province de Gueynne, néantmoins comme, dans les occurrences présentes , nous ayons subject d'appréhender que quelques personnes mal intentionnées à nostre service , fassent en vos
résister au moins à un coup de main. On nomma aussitôt vingt capitaines et un major (); on fit fondre des canons ; on chargea le vieux Dujeau
quartiers des pratiques et menées secrètes pour troubler le repos de nos subjects et pour tascher de les desbaucher de leur debvoir, nous vous avons voulu faire ceste lettre pour vous exhorter à vous maintenir et conserver en notre obéissance , et à nous donner des marques de vostre affection pour nostre service dans toutes les rencontres qui s'en pourront présenter, vous assurant que faisant en cela tout bon debvoir, nous en conserverons la mémoire, pour vous en recognoistre par les effets de nostre bienveillance , en tout ce qui concernera vostre bien et avantage. Donné à Paris, le 26 septembre 1651. Signé , LOUIS. ( Livre Jaune, fos 55, 56.)
() Ces mesures furent prises, sur les ordres du marquis de St-Luc, lieutenant-général du roi dans la province de Guienne , qui faisait principalement son séjour à Montauban, où il exerçait une grande influence. « Sur l’advis certain que nous avons reçu qu'il se faisoit plusieurs levées de gens de guerre dans la province, sans l'autorité du roi, au mépris de laquelle on fait des cabales pour esmouvoir les subjects de Sa Majesté, sur de faux prétextes, contre son service ; à quoi voulant obvier, prévenir les pratiques des mal intentionnés, et pourvoir à la conservation de cette ville de Montauban, attendu l'importance qu’il y a de la maintenir dans son obéissance accoutumée et la mettre à couvert des entreprises de ceux qui s’en pourroient saisir facilement, nous ordonnons aux Consuls d’establir la garde bourgéoise aussi exacte qu'elle se pourra, et pour cet effet créer vingt capitaines, et avoir nombre d'officiers de qualité qu'ils trouygront à propos ; de fermer les advenues et ouvertures , réparer les ponts, portes et bresches tant de ladite ville que celle de Vilenouvelle et Villebourbon, dont les frais et dépenses à ces fins nécessaires , seront pris sur les tailles de ladite ville. Fait à Montauban, le 2 octobre 1651. »
Quelques jours après, il ajoutait dans une nouvelle ordonnance : « Nous enjoignons aux Consuls et habitans de ladite ville de se pourvoir d'armes et de munitions de guerfe, nécessaires pour leur défense, et de faire bonne garde aux portes de la ville; leur ordonnant de réparer, fortifier et bastionner les quartiers de Villenouvelle et Villebourbon et encore où besoin sera ; et à le faire travailler incessamment. » ( Livre Jaune , fos 56, 58. )
Plus tard, et sur la demande expresse des Consuls , il permit la fonte de quelques pièces d'artillerie , dont la ville était entièrement dépourvue. ( Livre Jaune, f059.) '
et Fraissinet, très entendus aux fortifications, de tracer quatorze bastions qu’on se pressa d’élever. Non contens de mettre leur ville en sûreté, ils lèvent de nouvelles troupes pour tenir la campagne. Ayant appris que Moissac (”) était disposé à embrasser le parti du prince, ils s’en emparent et y mettent garnison, puis, sous les ordres de France, Colom, Richard, Causse, Constans , Palayret et Langlade, ils envoient trois cents hommes de pied occuper Auvillars, qui commande tout le cours de la Garonne.
Ce fut en grande partie à la conservation de ce port important que fut dû le succès rapide des armes du roi dans toute la- province.
Aussitôt après cette guerre, Louis XIV loua
(”) Moissac avait été livré par la trahison des Consuls , de quelques catholiques et du sénéchal du Quercy, au général Marius, qui lui-même avait déserté l'armée royale pour embrasser le parti du prince. ( Perrin, pag. 239.)
La lettre suivante du marquis de St-Luc, donne des renseignemens précis sur ce fait d'armes.
« Messieurs les Consuls , je n'ai pas youlu tarder plus long-temps à vous faire savoir la prise de Moissac, où tous vos habitans ont donné des preuves de leur zèle pour le service du roi. Je n’avais point d’autres troupes d’infanterie , de sorte qu'une bonne partie de cette action est due au bon debvoir qu'ils ont rendu. J’ai pris six vingts prisonniers, et tiens le gouverneur assiégé dans une tour, avec autant qui ne me peuvent eschapper. IL n’y a qu’un ou deux de vos habitans légèrement blessés des mousquetades. Vous m'obligerez de faire part de ceste bonne nouvelle à toute vostre ville, et de croire que je suis , Messieurs les Consuls, votre très affectionné, Saint-Luc. » (Livre Jaune , fo 59.)
948 HISTOIRE ù
les Montalbanais de leur belle conduite, dans des lettres-patentes pleines d'éloges, qu'il leur adressa au mois d'octobre ()}. Ceux-ci, encouragés par cette marque de la bienveillance du souverain, lui demandèrent une indemnité pour les dépenses considérables qu'ils avaient faites, soit en reconstruisant leurs fortifications, soit
pour l'entretien des troupes qu’ils avaient levées pour le service de Sa Majesté (”). Le roi reçut
(”) « Chers et bien amés, les preuves que vous nous avez rendues de vostre affection à nostre service , en plusieurs occasions, et particulièrement pendant les derniers mouvemens de nostre province de Guienne , nous donnent assez subject de ne pas doubter de vostre fidélité; néantmoins sur les occurences présentes nous avons eu bien agréable d'apprendre par les dépêches du sieur de St-Luc, nostre lieutenant-général en ladite province , la bonne conduite que vous ayez tenue sur l'ordonnance que nostre cousin , le prince de Condé, vous à envoyée avec la lettre qu'il vous a faicte , le 25 du mois dernier, et la délibération que vous avez prise le 29 , insinuant de vivre et mourir pour nostre service , d'obéir ponctuellement à nos ordres, et à ceux que ledit sieur de St-Luc vous prescrira de nostre part, de quoi ayant toute la satisfaction possible , nous vous avons voulu faire cesie lettre pour vous le faire cognoistre, ainsi que fera encore plus particulièrement ledit sieur de St-Luc, auquel vous adjousterez toute créance à ce qu'il vous fera entendre estre de nos intentions pour vostre conservation en nostre obéissance, etc. » (Livre Jaune, fo 57.)
("”) Cette requête énumère tout ce qu’avaient fait les Montalbanais pour le service du roi: «remontrent les habitans de Montauban ‘qu'après s’estre conservés dans l’obéissance qu'ils doibvent à Sa Majesté , et lui avoir donné des preuves de leur fidélité, depuis son avènement à la couronne, ils les ont redoublées à l’occasion des mouvemens dont le royaume est affligé , et ont tesmoigné toute sorte d'affection au bien de son estat; même se sont opposés avec beaucoup de soin et de chaleur aux progrès que pouvoient faire ceux du parti contraire , de sorte qu'ils ont absolument rompu leurs mesures et contenu , à leur exemple, toute la haute Guienne ; la ville ayant non-seulement servi de retraite assurée an sieur de St-Luc, mais ses forces lui ont
DE MONTAUBAN. 349 avec faveur cette requête, et, par un arrêt du 22% août 1692, 1l fut ordonné aux trésoriers de la généralité de Montauban de faire estimer les travaux qui avaient été exécutés autour de la ville, et de payer par provision aux Consuls la somme de cinquante mille livres (). Ce secours vint à propos pour réparer en partie les désastres occasionés par le débordement du Tarn, qui, dans la nuit du 24 au 25 juillet, sortit de ses rives, submergea toute la campagne, emporta tous les moulins et la plus grande parue du faubourg Villebourbon, l’église de S.‘-Orens et celle de Gasseras (”). Les eaux croissaient toujours et la désolation était à son comble, lorsque le coadjuteur de Berthier portant le Saint- Sacrement, se rendit avec tout le clergé, processionnellement , à Villebourbon ; à peine fut-il
été si utiles en plusieurs occasions , qu'avec les seuls habitans de ceste ville, animés par leur fidélité, il a toujours entrepris et remporté de grands ayantages sur les garnisons voisines , réduit la ville de Moissac et plusieurs au-tres. Comme lors du siège de Miradoux, lesdits habitans assurèrent le passage de la Garonne à M. le comte d'Harcourt, et lui donnèrent moyen de secourir les assiégés dans le temps que la perte de cette place estoit jugée inévitable ; que la ville ayant été le refuge des lieux voisins, les a retenus et confirmés dans le debvoir ; qu’ils avoient fortifié la ville sur les ordres du roi, et s’estoient épuisés en despenses pour son service, etc. » ( Livre Jaune , fo 107.)
(*) Livre Jaune, fos 101 et suiv.
(**) L'église de St-Orens, annexe de la paroïise de Gasseras, était près du pont, en amont de la rivière. Celle qui existe aujourd’hui fut construite plus tard à et érigée en cure. Celle de Gasseras, rebâtie sur les ruines de l'ancienne, fut desservie par un vicaire.
arrivé sur la place du faubourg, et eut:l fait les prières d'usage, en présence d’une foule immense toute prosternée, autant les calvinistes que les catholiques, que l’eau commença visiblement à décroître. Ce miracle fit une grande sensation sur tous les esprits, et ramena plusieurs calvinistes. Mais quelques autres en furent vivement irrités et en concurent une nouvelle haine contre les ecclésiastiques.
La vue des fortifications qui grandissaient rapidement et les troubles qui désolaient en ce moment la France, firent revivre dans leur esprit des souvenirs encore récents, qui flattaient singulièrement leur amour-propre. Quelques catholiques furent insultés aux portes de la ville; on craignit du désordre, et il fut fait un rapport au roi qui ordonna de suspendre les travaux.
Mais on ne se soumit pas sans murmures; le juge-mage convoqua le conseil général pour lui faire connaître les ordres du gouvernement ; plusieurs membres se plaignirent, quelques-uns mème demandèrent qu'on passät aux voix; mais ce magistrat répondit avec fermeté qu'il suffisait que les intentions du roi leur fussent connues, et qu'il n’y avait pas lieu à délibérer ; là dessus il leva la séance, et prit des mesures pour faire cesser les travaux.
DE MONTAUBAN. 5ù1
De nouveaux malheurs vinrent bientôt afiliger notre ville. La peste exerça, durant l’année 1653, les plus grands ravages dans tout le Quercy, mais surtout à Montauban, où elle emporta plus de huit mille habitans. L'année suivante , les horreurs de la famine portèrent le désespoir dans la plupart des familles , dont les terres étaient restées sans culture. L’évèque de Berthier, l’intendant de la Terrière et le jugemage Rabastens se couvrirent de gloire, autant par leur charité, qu'ils étendirent sur tous les malheureux , sans distinction de culte, que par la prudente vigilance avec laquelle ils surent maintenir le bon ordre au milieu des calamités, qui sont souvent le prétexte du trouble et du
brigandage.
À peine se trouvait-on à l'abri de ces terribles fléaux , qu'une violente sédition vint, aù mois de juin 1656, ranimer les anciennes divisions que le temps n'avait pas encore suffisamment éteintes. Une femme du peuple, Jeanne Moysset, avait renié la religion catholique, afin d’épouser celui qui l'avait séduite ; mais, trois mois après, étant tombée malade, elle fit abjuration, reçut les sacremens et demanda d’être enterrée au cimetière des catholiques. Mais au moment où les ecclésiastiques allaient procéder
à son inhumation, les artisans calvinistes prirent les armes, fermèrent leurs boutiques , et, s'étant joints aux écoliers (), remplirent la ville de tumulte. Ils firent au clergé cent outrages, surtout au vicaire-général Agan, qui courut de grands dangers ; ils enlevèrent le cadavre ; ils insultèrent même les Consuls catholiques et le juge-mage, qui firent de vains efforts pour faire reconnaître leur autorité. A la suite d’une information, qui eut lieu devant la chambre de lédit de Paris, il fut ordonné d’exhumer le cadavre et de le rendre aux catholiques. Par le même arrêt, les coupables étaient condamnés à des peines sévères, mais l'évêque sollicita pour eux auprès du roi, et obtint leur grâce.
(*) Ces étudians avaient été excités à l'emeute par le fanatique Labadie, autrefois jésuite, puis carme , ensuite illuminé, enfin ministre à Genève , d’où il fut envoyé à Montauban. Son élocution facile et son extérieur sévère séduisaient le peuple et les jeunes imaginations. Des idées extravagantes et un orgueil sans frein le portèrent à former parmi les calvinistes une secte qui a pris son nom. Il eut pour principal disciple et pour successeur Pierre Yvon , né à Montauban d'une famille honnête, dont le caractère mélancolique et les goûts austères furent séduits par l'air composé du nouveau sectaire. Après avoir suivi son maître en Hollande et dans le Holstein, Yvon fut déclaré chef des Labadistes en 1672, recueillit une bonne partie du troupeau, et se retira, avec là fameuse demoiselle Schuman, dans la Frise. Devenu seigneur du villige de Wiewert, par le mariage qu'il contracta, il se livra tout entier à l'étude et composa plusieurs ouvrages, parmi lesquels on distingue une réfutation de Spinosa. II faliait certes du courage pour s'attaquer à ur si rude joûteur. Lorsque notre ville {voudra , mère pieuse , recueillir toutes les gloires de ses enfants, elle ne devra pas dédaigner les travaux de l'enthousiaste Yvon.
DE MONTAUBAN. 999 Mais ni la douceur ni la générosité ne put désarmer la haine de la populace contre le clergé. C'étaient sans cesse de nouvelles émeutes, dans lesquelles les honnêtes gens couraient les plus grands dangers ; tantôt c'était à l’occasion de l'enquête que fut chargé de faire Caumels, conseiller au parlement, contre la publication d'une libelle diffamatoire ; tantôt sous le prétexte que l'évêque avait fait appeler chez lui deux religieux qui auraient désiré, disait-on, embrasser le calvinisme. Sous les yeux même du prince de Conti, une troupe fanatisée enleva le fils du ministre Daubus , en haine de ce qu'il s'était converti. Pour empècher un autre jeune homme d’entrer dans l'Eglise catholique, quelques forcenés brisèrent un jour les portes de l'évêché, frappèrent plusieurs domestiques , et prirent le prélat lui-même à Îa gorge. Plus tard on le pendit en effigie à la porte d’une grange (‘); les maisons religieuses furent souvent l'objet de leurs attaques et de leurs outrages ; les Jésuites (”) principalement et leurs écoliers (”; On avait écrit à côté ces vers :
L'an mil siex cent cinquante naou Lous papistos nous bolen mal Et menassou de nous penja.
Mais nous qual nous aous coummença
Per Peire de Bertier, avesqué de Montalba.
(Perrin , pag 252.) (*) Voyez à la note 5 des détails sur les contestations des Jésuites avec les ministres.
PR
étaient en butte aux injures et aux menaces, qui allèrent parfois jusqu'aux coups d'épée et de baïonnette. Poursuivis dans toute la ville, les Consuls qui avaient voulu faire exécuter un arrêt favorable aux catholiques , furent contraints de chercher un refuge à l'évêché, où on les tint assiégés durant toute la nuit, et d’où ils ne s’évadèrent qu'en courant de graves dansers. L’intendant Fontanay voulut prendre des mesures sévères contre les auteurs defces désordres et fit incarcérer les plus coupables ; mais les séditieux se portèrent en masse contre la prison du sénéchal, en enlevèrent Îles toits, rompirent les portes, et en arrachèrent leurs complices ; puis ils se rendirent chez l’intendant qui faillit devenir victime de leur fureur. Insitruit de ces évènemens, le roi, dans lequel se montrait déjà un caractère ferme qui ne supportait pas la contradiction, résolut de prendre un parti décisif. Il ordonna, en 1660 , à S'-Luc de se rendre à Montauban avec cinq ou six mille hommes (); transféra le collége ou
(”) L'arrivée de St-Luc jeta l'épouvante parmi les calvinistes; il s’empara des clés des portes de la ville, établit des corps-de-garde sur tous les points , et logea tous ses soldats chez les protestans, auxquels il ordonna de remettre aux Consuls , dans les 24 heures , toutes les armes qu’ils possédaient. Le menu peuple effrayé se portait en foule à St Jacques demandant à faire abjuration ; mais le consistoire luttait encore avec énergie ; il chercha à
DE MONTAUBAN. 355 Académie des calvinistes à Puylaurens ; donna l’ordre de raser entièrement les fortifications , réduisit le conseil-général à quarante membres, dont dix seulement pouvaient être pris parmi les calvinistes ; il abolit le consulat mi-parti, et voulut que tous les Consuls fussent exclusivement catholiques.
On fit immédiatement le procès aux chefs de l'émeute; lun d’eux fut pendu et brûlé sur la grande place ; un autre fut pendu à Villebourbon ; deux furent condamnés aux galères perpétuelles ; un autre fut fouetté; une trentaine, qui avaient pris la fuite, furent condamnés à mort et exécutés en effigie ; le ministre Gaillard, qui était le principal meneur de ces désordres, fut banni du royaume à perpétuité.
Les calvinistes ne négligèrent rien pour faire modifier les ordres du roi, les prières, les supplications, les promesses : tous les efforts furent inutiles ; le consistoire députa à Paris Vicose et Péchels, mais ils furent éconduits, et ils apportèrent eux-mêmes à l’intendant l’injonction de se conformer aux instructions qu'il avait re-
faire un emprunt pour subvenir aux besoins les plus pressans des religion< naires; il envoyait de porte en porte des émissaires pour soutenir le courage de ceux qui chancelaient , en leur faisant espérer le succès qu’ils attendaient d'une députation envoyée auprès du roi. ( Voir Perrin, pag. 260).
çues (‘). Les turbulens écoliers furent contraints d'aller consacrer leur temps à l'étude , dans une petite ville, qui ne pouvait fournir aucun aliment {à leur amour du bruit et du tumulte:
Ce qui restait encore des fortifications, quelques rayelins (”) et la tour de Lizié , tout fut abattu, rasé (”"}. Les calvinistes, dès-lors, ne voyant d’espoir que dans la justice du souverain, dont ils redoutaient la sévérité, se conformèrent strictement aux décrets qui réglaient leurs droits, et évitèrent avec soin tout ce qui pouvait compromettre leur sûreté.
Cependant Louis XIV, qui voulait partout commander en maître, forma le dessein de faire
(*} « Les sieurs de Vicose et de Péchels, croyant de porter l'ordre du deslogement des troupes, étoient entrés en triomphe dans la ville ; mais leur joye fut de courte durée , car St-Luc ayant lu les lettres du roi, ôta, le lendemain, le chaperon à leurs Consuls, priva les officiers de leurs charges , demanda les clefs des archives de leur Maison-Commune ; l'intendant fit donner les verges , après avoir fait connoistre au sieur de Vicose qu'il avait l’ordre de l’arrester. { Perrin, pag 260.)
(**) On ne put trouver , dans Montauban , des ouvriers qui voulussent se charger de ce travail de destruction ; on fut obligé d'en faire venir des environs. Les habitans de Montech s’y portèrent en foule, et pour narguer les calvinistes, qui en furent fort attristés, ils entraient chaque matin dans Villebourbon , munis de leurs bêches et pelles , deux à deux, rangés en bataille, tambour battant, conduits par des hommes de qualité leur servant de capitaines , et portant des lauriers à leur tête pour enseigne et marque de victoire. ( Perrin , pag. 268.)
(***) Ce fut à la même époque que l'évêque fit mettre une croix sur le clocher de St-Jacques , au lieu du croissant qu'on y avait placé.
DE MONTAUBAN. 307 bâtir à Montauban une citadelle ; mais l’évèque l'en détourna en lui faisant entendre qu'on parviendrait au but qu'il se proposait d'atteindre en augmentant le nombre des catholiques influens qui habitaient. la ville ; il proposa par conséquent de transférer dans notre ville la cour des aides de Cahors. Ce projet fut bien reçu à la cour, et un édit fut immédiatement rendu pour lexécuter (}, Les membres de cette compagnie eurent beau protester, envoyer à Paris une députation, à la tête de laquelle était le président Lefranc; on leur accorda une indemnité pécuniaire pour
(*) Les considérants de l’édit qui transfère la cour des aides ne sont pas sans intérêts « Louis , etc... Les entreprises et rébellions ouvertement survenues depuis quelque temps dans la ville de Montauban , contre nostre autorité et la tranquillité de nos subjects, y ayant esté toujours faites et exécutées par ceux de la R. P. R. à cause de la faiblesse des catholiqnes de ladite ville, nous auraient , non-seulement au commencement de l'année dernière 1660, obligés d’en retrancher le collége et académie desdits de la R. P. R. et de les mettre à Puylaurens, mais aussi de faire chastier les coupables et principaux auteurs de ces rébellions; et considérant combien il importe à nostre service d'augmenter en ladite ville le nombre des catholiques, et qu'entre tous les moyens qui ont été proposés et que la piété nous suggère, il n’y en a pas de plus assuré , et qui nous puisse estre plus avantageux que celui d’y transporter nostre cour des aides de Cahors ; nous avons trouvé d'autant plus avantageux de faire cet establissement en la ville de Montauban , qu’outre que cette compagnie est composée de plusieurs familles catholiques riches, ladite ville est de grand abord et de beaucoup de commerce, et située en lieu très avantageux et abondant , au milieu de douze eslections, qui composent la généralité de Montauban ; nosdits subjects qui ressortissent de ladite cour , y retrouveront plus de commodité qu'à Cahors. À ces causes et autres à ce nous mouvant , etc, » { Perrin , pag. 263.)
les dépenses que leur causait ce déplacement ; mais l’édit fut confirmé de plus fort , et il fallut s’y conformer (). On a dit qu'il n'avait tenu qu'aux députés envoyés alors auprès du roi, que les affaires civiles ne fussent réunies aux attributions que possédait la cour des aides ; et que notre ville aurait eu un parlement, s'ils n'avaient mieux aimé être indemnisés en argent. On ne saurait prouver une telle assertion ; mais les calvinistes en faisaient un objet de haine pour les catholiques. Il est très probable que
(*) Ce n'étaient pas seulement les protestans qui voyaient arriver avec peine dans Montauban la cour des aides : les officiers du présidial de cette ville, qui n’allaient plus se trouver au premier rang, s’opposérent de tout leur pouvoir à l'exécution de l'édit qui ordonnait cette translation. Perrin nous raconte une scène à laquelle donna lieu leur opposition. Au commencement de janvier 1659 , on obtint une lettre de cachet pour surseoir à l'installation de cette cour , et les membres, qui déjà s'étaient rendus à Montauban, s’en retournèrent à Cahors. « Les Messieurs du présidial furent tellement contens de ce contre-ordre que, pour faire paroître leur satisfaction, ils parurent en pleine rue , avec des lauriers en main, se félicitant les uns les autres en ces termes: frère, victoire ! et ce après avoir sollicité les plus mutins de la ville à faire du bruit et de fermer les boutiques. Les plus sensés se rirent de ce procédé ; et le sieur de Rabastens, juge-mage, qui estoit le principal auteur de ce désordre, fut relégué à Montpellier par un ordre du roi conçu en ces termes : Notre amé et féal, la conduite que vous avez tenue depuis quelque temps dans nostre ville de Montauban a été si mauvaise qu’outre le mécontentement qui nous en est resté , le désir d’y mettre entièrement le calme et de faire cesser les divisions que vostre personne y excite , nous oblige à vous faire ceste lettre pour vous mander et ordonner qu’'incontinent après lavoir reçue, vous ayez à partir pour Montpellier et y demeuriez jusques à nouveau ordre, sous peine de désobéissance , et à ce ne faites faute, » ( Perrin, pag 249.)
si les députés eussent fait une demande de cette nature, ils lauraient obtenue, à cause du vif désir qu'avaient les personnes du pouvoir , d'introduire à Montauban des famulles catholiques, nombreuses et puissantes.
En 1615, durant la paix, les calvinistes avaient bàti un temple sur le fonds de l'hopital et de la chapelle de Lautié, sans en obtenir la permission ni du roi, ni de l'évêque. Le clergé en avait, à diverses reprises , réclamé la restitution ; mais les calvinistes refusaient obstinément; c'était l’œuvre de leurs mains, le centre de leurs affections , le monument de leur prise de possession de la ville, le nœud de leur union. Lorsque les catholiques se virent les plus forts, après l’installation de la cour des aides, poussés par le désir de venger les outrages qu'ils avaient reçus, ils menaçaient de s'emparer, par la force, d’un bien qui leur avait été enlevé. Déjà les esprits s’échauffaient de part et d'autre, et une rixe violente semblait inévitable, si le président d’Aussonne et l’intendant Pellot n’avaient usé de la grande influence qu'ils possédaient auprès de chacun des deux partis, pour les décider les uns et les autres à faire vider cette question par un tribunal, dont la haute position garantissait limpartialité. L'affaire fut
par conséquent portée au conseil d'état, qui reconnut le droit des catholiques et ordonna la restitution du terrain sur lequel était bâti le temple neuf. Les calvinistes demandèrent comme une faveur et obtinrent que cet édifice serait démoli (}, pour quil ne restàt pas comme un irophée en possession de leurs adversaires. Ce fut le dernier coup porté à la puissance des calvinistes à Montauban. Désespérant de ressaisir le pouvoir qu'ils avaient possédé durant plusieurs années, ils se mirent entièrement à l'écart, et ne cherchèrent plus qu'à améliorer leur position par le commerce et l'industrie, qui, dans peu de temps, portèrent si haut la prospérité
(*) Il est bien regrettable pour l’art, pour la philosophie, pour la religion même, que ce temple n'ait pas été conservé. Les monumens élevés par les calvinistes sont d'une rareté qui les rend curieux, d’un simplisme , pour ne pas dire d'une mesquinerie , d’une grossièreté qui semblent dire anathème à tous les arts. Le temple neuf de Montauban faisait-il une exception ? On peut le supposer, d'après un écrivain qui l’avait vu, et qui, pour expliquer la douleur qu'éprouvèrent les protestans lorsqu'il fut ordonné de le démo- Br, se prend à nous dire qu’il estoit joly. Nous avons fait de longues, mais vaines recherches pour en trouver une description ; nous n'avons pu découvrir que cette expression naïve , il était 7oly. La vue de l'emplacement qu'il occupait — la place actuelle de l'Horloge — rend nos regrets moins améers. Que pouvait-on faire de grandiose, d’élégant, de monumental sur cet espace étroit, où se cache, avecla honte de ceux qui l'ont bâti, le Palais de justice? Les édifices publics, que depuis quelque temps on a élevés à Montauban , manquent entièrement de grandeur , de goût, d'art; ne pourrait-on pas en trouver la principale cause dans l'esprit protestant, esprit raisonneur, positif , recherchant exclusivement l'ufile?
DE MONTAUBAN. 361 générale. Les catholiques de leur côté , dès qu'ils n'eurent plus à craindre les rivalités, les luttes dont ils avaient tant souflert, se montrèrent plus tolérans et souvent pleins de prévenance (). Les chefs des administrations s’attachèrent avec succès à détourner les esprits des anciennes querelles, et leur fournirent un aliment plus utile, en s’occupant des embellissemens de la ville. L'évèque de Berthier donna le premier l'exemple, en faisant construire , sur les ruines de l’ancienne abbaye, son magnifique jardin, et en élevant le palais épiscopal sur l’emplacement du château des anciens comtes de Toulouse. L'intendant Pellot changea les fossés de la ville en belles promenades, et fit réparer le pont, qu , durant le siége, avait reçu de fortes atteintes et menaçait de s'écrouler.
(") La concorde, toutefois, ne put de long-temps s'établir dans la ville ; des luttes longues et vives s'élevèrent entre le Chapitre cathédral et celui de la Collégiale ; la cour des aides non-seulement était en opposition avec le pré- Sidial , mais la division s'était formée dans son sein, depuis le jour de sa translation , au grand détriment des justiciables. De temps à autre, le supplice de quelque relaps, les vols, les assassinats qui forcèrent les Consuls en 1666 à créer une compagnie de ballebardiers chargés de faire le guet durant la nuit, l'apparition d’une comète, et une éclipse de soleil, qu’on regardait comme l'annonce de grands malheurs , réveillèrent momentanément les vieilles animosités. (Voir Perrin, page 280.)
té,
GRO A Dre FLEX a
CNP AE
di na 367:
La
ins il