‹ Histoire de Montauban (volume 2)Chapitre 24 sur 28 · À EU ES · texte numérisé non relu

À EU ES

OUR à Te | Ve PRE

on | ; 1 al LR x 1 Ge MUR Je te ah

Lu NA Le

Let MAR NE

Yen 0

Nos anciens Mémoires signalent la nuit du 26 août 1561, comme ayant vu commencer les persécutions dont eurent à souffrir, de la part des Calvinistes, les Jacobins, ou Frères- Prêcheurs , ou Dominicains. Tout porte à croire que la populace se rua alors sur leur couvent , et y commit de graves excès. Nous manquons de détails sur cette nuit de désordre; mais nous en possédons quelques-uns sur les évènemens particuliers qui la suivirent , et qui se rattachent au fond même de notre histoire. En voici un résumé , d’après les originaux.

Le mardi, 26 août, sur les onze heures du soir, les Consuls étant avertis que l’on sonnait le tocsin au couvent des Frères-Prêcheurs, y envoyèrent deux des leurs (sire Jean Petit, bourgeois, et sire Pierre Cruzels, marchand), accompagnés de Pojeti, notaire et secrétaire de V’Hôtel-de-Ville (Rôle de 1561, fol. vr.). « Ceux-ci trouvèrent le désordre qui venoit d’estre faict, sur quoy ils dressèrent procès-verbal. » Pendant que Pojeti verbalisait , deux autres Consuls, Pierre Delbreil, bourgeois, et Guillaume Toulouze, chirurgien, firent une enquête particulière sur la nature et l’étendue des dégâts commis, interrogeant cinq religieux, « dont la déposition forma sept feuillets de minute. »

« Le 29e du mesme mois, fut ouy par Pégorier, syndic, le nommé Nicolas Barrié , dit Bitarel, qui avoit esté trouvé, dans le clocher des Jacobins, sonnant les cloches à volée, pendant la nuict qu’on brusla les images , etc. etc. »

Le 31, le désordre recommença, et, comme d'ordinaire, les Consuls arrivèrent , non pour l'empêcher, mais pour l'écrire. Bientôt même, ils prirent sur eux de consommer la ruine du couvent, et de chasser les religieux, « qu'ils regardoient comme le plus grand obstacle au changement général de la religion qu’on voulait opérer dans la ville et dans la campagne.» En conséquence, dès les premiers jours de septembre, cils mirent une garde dans le couvent, se saisirent de toute l’argenterie qu'ils trouvèrent dans léglise, et la mirent en dépôt chez noble Mariet d’Assalit, avec deffence de ne la point rendre aux religieux, sans leur consentement. » Les Jacobins lui avaient déjà confié une partie du trésor de leur sacristie, dont l’inventaire existe encore dans nos archives. Les Consuls en furent instruits, et firent signifier à d’Assalit qu’il eût, sous peine d'emprisonnement, à remettre « lesdits ornemens et reli-

quaires, pour estre portés en la sacristie de l’église S.t-

Jacques , dont compte seroit rendu , quand Sa Majesté le roy le commanderoit. » D’Assalit protesta énergiquement, et dut , à la fin, opérer la remise, en présence de -Géraud Lachez, licencié, Raymond Bardon, marchand , Jean Frayssinet, sergent, et Pojeti, qui en dressa l’acte. « Cela faict , dit le P. Revel, nous feumes forcéz de nous en aller. » D’après le rôle, pag. 21, on retint prisonnier le P. Jean Sicard, «non pas pour luy faire du mal, mais pour sçavoir où l’on avoit mis les instrumens, linges et autres meubles, qui avoient esté réfugiez, pendant une nuict obscure , chez divers notables bourgeois. »

Lorsque les Jacobins furent partis, le conseil, voyant que le côté le plus faible de la ville était celui qui regardait leur couvent, fit ajouter quelques ouvrages à l’église, dont l’enceinte fut comblée à moitié. On rangea des coulevrines sur la voûte de la nef, et une batterie de canons sur les voûtes des chapelles, après en avoir élevé les murailles. Les dortoirs furent aussi fortifiés. Il y en avait trois, sans compter « les hospices pour les hostes, qui formoient quatre corps de logis. » On pratiqua des logemens pour les soldats dans le grand cloître.

« Le 21e may 1562, les Consuls firent démolir le beau balcon qui estoit devant les hospices des Jacobins , près de la fontaine dont se servent présentement les blanchisseuses , laquelle est au pied de la muraille de l’ancienne église, du costé droit du pourtail , allant de la ville au couvent. » ÿ |

« Par délibération du 10 février 1563, on transporta dans un appartement du couvent les escholes de la Grande-

Boucherie, à cause que ceste boucherie feut mise à la poissonnerie, près de l’église de S.t-Jacques, à l'endroit où est présentement la place dite de las Oulos ; et que l’on avoyt résolu bastir le temple neuf sur l'emplacement de

la Grande-Boucherie. »

Cette même année, Peyrusse, juge-mage du Quercy, voulant faire exécuter les articles de la paix, représenta aux Consuls que, suivant l’article 17, ils devaient restituer les églises S.t-Jacques , S.t-Louis et celle des Dominicains ; demandée par Jacques Desprès, pour lui servir de cathédrale. « De laquelle ils ne se dessaisirent point par l’adresse frauduleuse du sieur Escorbiac, Consul. »

La magnifique église fut enfin détruite en 1565, « pour le motif de faire de l’argent de ses matériaux, afin de pourvoir aux affaires de la ville. » On rasa jusqu’au fondement la partie du midi, sur laquelle était un beau clocher.

S'il faut en croire le P. Revel, la plupart des ravelins, redoutes , éperons , plate-formes, élevés au nord de la ville; la muraille qui était sur le ruisseau Lagarrigue, depuis le petit pont jusqu’au boulevart du Griffoul ; la salle du château consulaire , ou consistoire; les écoles, la tour du Griffoul , celle de Lizié, la porte du pont du Tarn, la maison de Dariat (ancienne trésorerie, maison Poursillié), furent construits ou réparés avec les matériaux du couvent des Jacobins. « Je me suis ennuyé, dit-il, à compter le nombre des habitans qui achetèrent de la brique et charpente. »

« Tout l’enclos (*) fut estrangement ravagé par une nouvelle rue qu’on y pratiqua, par des corps-de-gardes, de grands fossés à fond de cuve, qu’on y fit. Selon l’arpentement dressé par les commissaires, les bastions, depuis le pied du couvent jusqu’à la pointe de Villenouvelle , avoient

(") Un acte de 1654 en indique les limites de la manière suivante : « Depuis le fossé de la ville, le long du ruisseau Lagarrigue, et chemin de Nègrepelisse , venant au faubourg de Villenouvelle et en la seconde rue d’iceluy, la place de l’autre rue par laquelle est conduite la fontaine du Griffoul , demeurant dans ledit enclos, jusqu’à l'extrémité des jardins , du présent occupés par les sieurs Ollivier et Guimonet.»

NOTES. . 369 660 toises de longueur, et on jugeoit qu'il y avoit plus de 240,000 briques des Jacobins. »

Nous avons parlé (tom. 4, pag. 162, à la note) du rétablissement du couvent des Frères-Prêcheurs, en 1663. Nos Mémoires ajoutent qu’on releva alors le pont du ruisseau Lagarrigue. « Et l'on n'y à pas remis la petite tour et le pont-levis qui étoient à l’entrée ; mais on y a substitué, à chaque bout, un grand portail. Sur le frontispice de l'un est cette inscription : MATER DEI, ORA PRO NOBIS ; et sur l’autre est écrite la devise des Dominicains : LAU- DARE , BENEDICERE ET PROEDICARE. — En 1748 , les portes de la ville ayant été abattues, on en remit les diverses inscriptions à l’Académie de Montauban, qui promit d’en faire, « quelque jour , une dissertation savante. » Si la dissertation fut faite, elle a subi le sort des inscriptions, dont les marbres ont disparu.

En 1685, le chapitre provincial des Jacobins s’assembla à Montauban. Le prieur dut se donner beaucoup de peine pour approprier la maison, « qui était encore bien imparfaite. » — Tous les habitans de la ville, catholiques et protestans, « se firent un plaisir de prêter toutes sortes de meubles, pour le dortoir , le réfectoire, la cuisine et l’église , qui fut entièrement tapissée. »

Peu de temps après, le P. Constantin, prieur , entreprit de faire bâtir un moulin, « dans l’enclos du couvent, sur le ruisseau Lagarrigue, sous une large voûte, qui formoit un pont construit par les calvinistes, pour aller de la ville au fort. I fit élever en même temps une paroi de terre, que l’on appelle en ce pays pailebart, depuis le moulin jusqu'au Marché des cochons. Cette paroi formoit Venclos, et répondoit au chemin que l’on y avoit pratiqué, joignant le jardin des Jésuites, et par lequel on devoit porter le blé au moulin. Il y avoit un autre chemin, du costé du pont qui conduit du couvent à la porte

sy NOTES.

du Griffoul, entre le ruisseau et la muraille de l’ancienne église. — Le moulin , entièrement achevé , coûta deux cents pistoles. Il était également beau et commode pour le public, et réussissoit à souhait. On l’avoit construit en canelle et à rouet, et mouloit fort vite avec très peu d’eau, à cause de sa chute , qui étoit de plus de vingt pans de hauteur. Dans la suite, ce moulin auroit produit encore davantage, parce que l’on auroit pu y faire couler la source très féconde du grand puits à roue, qui est dans le grand jardin du couvent. De manière qu’on auroit pu ajouter une troisième meule , sous le pont du couvent qui communique à la ville, que l’eau du grand bassin, qui étoit dans le pré, auroit fait moudre , après avoir servi aux deux premières meules. »

Le 5 janvier 1705 , une crue extraordinaire du ruisseau emporta le moulin. — Ce fut à cette époque que les Jésuites bâtirent le mur qui soutient, de ce côté, la cour plantée du collége.

Comme il a été dit, la fontaine de l’Oulette était enclavée dans le jardin des Jacobins , qui se déssaisirent de toute prétention sur ses eaux , par acte du 9 novembre 1660.

Il ne reste de l’ancienne église des Jacobins qu'un bénitier d’une forme très simple, mais d’un caractère élégant, qui est placé dans une des salles du couvent actuel ; et une gargouille mutilée, déposée aujourd’hui dans la cour d'entrée de la maison de madame veuve Laurens. On assure que les dernières réparations faites à la fontaine de l’Oulette, amenèrent la découverte d’une pierre tombale , ornée d’une figure d’évêque, et d'inscriptions en creux. Les ouvriers hésitaient, dit-on, à l’enfouir de nouveau, lorsqu'une insouciante ignorance vint ordonner de le faire.

NOTES. 5 (NOTE 2.) Entrée du roi Charles neufoièsme à Montauban.

« L’an mil cinq cent soixante cinq, et le vingtièsme jour du mois de mars, environ trois heures après midy, Charles neufvièsme de ce nom, par la grace de Dieu roi de France, . feist son entrée en la présent ville de Montauban, accompaigné de madame Catherine de Médicis sa mère, de mosieur le duc d'Anjou son fraire, madame Margarite sa seur , de Henry de Borbon, prince du sang, roi de Navarre, Cardinal de Borbon son uncle, mosieur maistre Michel de J’Houspital, chancelier de France , mosieur de Bordillon, mareschal de France, le seigneur de Montluc, lieutenant de sa Majesté en Guyenne, et plusieurs autres grands et notables seigneurs de France ; en laquelle, avec ce tems, estoient Consuls de la présent ville, Maistres Hugues Bonnencontre, Estienne Gonstans, licencié ez droits , Jean Cauzat, bourgeois, Pierre Briende, notaire royal, Jean Solinhac, tincturier , et Jean Malroux, paisan de la paroisse de Gasseras, jurisdiction de la dicte ville ; en laquelle entrée feust tenu l’ordre qui s’ensuict :

Premièrement, trois jours avant l’arrivée de sa Majesté, entrèrent dans la dicte ville les dicts seigneurs de Bordillon, mareschal, et Montluc , lieutenant, accompaignés du président de Beaune, maistre des requestes de l’houstel du roy. Au devant desquels, les dicts Consuls, accompaignés d’un grand nombre de bourgeois et autres habitans de la dicte ville, allèrent à cheval les accuillir et offrir les services et biens de la dicte ville en général et en particulier; et s’estant lougés les dicts seigneurs de Bordillon et de Beaune à la maison de mosieur Jean Martel, bourgeois de la dicte ville, et le dict seigneur de Montluc à la maison de mosieur de la Guépie; et après ce dict jour, vingtièsme de mars, sur l'heure de neuf heures du matin, feist son entrée le dict seigneur prince de Navarre, lequel les officiers du Séneschal

—{ pm

et juge ordinaire de la dicte ville, avec grande compaignie de bourgeois et autres habitans d'icelle, allèrent trouver et recepvoir aux limites de la dicte ville, lèz Bressols; et les dicts Consuls l’attendirent à la première porte du bout du pont plus près de la dicte ville, vestus de leurs robes et chapairons consulaires, et illec lui présentèrent ung poille court et entourné de damas violet, dessous lequel le dict seigneur prince ce mist, et estant porté le dict poille par les dicts Consuls, trois de chasque cousté, avec six bordons et bastons, feust par eulx conduict et admené, despuis la dicte porte du pont, passant par la grande rue et à la porte du Griffol, à la maison des héritiers de maistre Jean Paulet, lieutenant principal du Séneschal de Quercy, siége du dict Montaulban, où il feust lougé. Et après, sur l’heure de trois heures, le dict seigneur roy feist son entrée en la dicte ville, au devant duquel allèrent tous les dicts seigneurs, prince de Navarre et Bordillon et Montluc, et grand nombre de habitans de la dicte ville de tous estats, à cheval, tous marchant par ordre. Premièrement, messieurs maistre : Séguier, Séneschal du dict Quercy, Morlas Dumas, juge ordinaire de la dicte ville, suyvis des officiers, advocats et greffiers de leurs courts et jurisdiction; après venoient les bourgeois et merchants de la dicte ville; et après, les autres habitans suivant leurs qualités. Et au bout du faubourg Tolozenc, y avoit douze jeunes petits enfants, vestus de taffetas violet, à cheval, lesquels saluèrent le roy, et luy prononcèrent des vers françoys à sa louange; et estant le dict seigneur roy arrivé près de la porte du pont joignant au Chasteau, ny trouva illec les dicts six Consuls, vestus de leurs robes et chapairons consulaires , lesquels l’attendoient pour le recepvoir avec un poille qu'ils avoient faict faire, court et entourné de velours bleu, semé de fleurs de Iys d'or avec une crespine alentour de soye blanche, bleue et incarnade ; auquel baïllèrent les clefs communes et ordi-

naires de la dicte ville en signe de recognoissance et d'obeyssance; et oultre ce, deux clefs d'argent attachées à ung courdon de soye des dictes couleurs; et en ce mesme lieu, luy feust faicte une harangue par ia bouche du dict Bonencontre, estant tous les dicts Consuls teste nude et agenouls devant sa Majesté ; de la quelle harangue la teneur s’ensuit :

« Sire, à n’est pas possible de dire le plaisir que vos très-humbles et très obéissans subjects de vostre ville de Montauban reçoivent ce jourd'hui de vostre venue et ouie, considérant que c'est ung honneur bien grand et félicité incomparable à tous fideiles et affectionnés subjects, de voir la face de leur prince, et plus grand encore d’estre veus et ouïs de luy, d'autant qu'icelle leur representant comme la majesté de Dieu visible, ne se peust faire qu'ils n'en soyent grandement esmus pour considérer le debvoir d'obeyssance et de subjection qu'ils lui doibvent. L'empereur Trajan fust grandement loué de semblables clémence et humanité, ayant faict arrester tout son exercite ( armée ), et lui-mesme descendu de cheval pour entendre les plainctes de ses souldats. Les Parthes, nation fort soigneuse en l'observation de l'antiquité, ont désiré ceste affabilité et doceur en leurs rois. Comme Homère, très ancien poëte grec, escript, la manière de vivre des Perses a esté réprouvce et condampnée de ce qu'ils faisoient tenir leurs rois enclos et cachés dans leurs palais sans soy manifester au peuple que une fois ou deux l’année. L'empereur Antoine feust surnommé le pitoyable, pour ce qu'il estoit acoustable et gracieux à tous. Quand donc ; Sire, nous n'aurions jamais receu autre bien et n'en recepvrions pas cy après ceste vostre faveur, si est ce que le reste du cours de nos ans ne pourrait satisfaire pour souffisamment en remercier nostre Dieu, et rendre grâces condignes à vostre Majesté: car ceste heureuse journée, Sire , non-seulement nous faict ouverture, mais aussi nous convie, et par manière de dire, d'une façon tant benigne , tant gracieuse et tant convenable à vostre royale débonnaïreté, nous contrainct à tesmoigner et déclarer tout d’un

accord les très humbles services et très affectionnee dévotion que nous vous portions et donnons ; ayant ung singulier regret de ce que n’avons eu le pouvoir et la commodité de plus évidemment le vous faire cognoïstre par appareil digne de vostre Majesté. Mais comme le bon naturel des hautes et illustres personnes ne regarde pas tant l'excellence du don qui luy est présente, comme l'affection et bon vouloir d’icelluy qui le présente , nous nous consolons de ce que l'excellence d’ung roi et monarque tel que vous, Sire, aura plustost esqard à la volonté que à l’effect non correspondant à vostre grandeur, mais tel que la publique calamité, dont vous voyez encore les ruines devant vos yeulx, etnostre particulière èmpuissance l'a peu permettre; vous suppliant très-humblement, Sire, recebvoir ce que naturellement vous appartient, nos personnes, nos biens et nos vyes, avec perpétuelle fidellité et obeyssance ; éspérant , Sire, que ainsi que nous vous révérons comme nostre roi, vous nous défendrez de toute injure comme vos subjects , et ainsi que nous VOUS croyons comme nostre souverain et naturel seigneur, vous nous traitiez comme vos loyaulx serviteurs, nous maintenant et nous conservant aux priviléges, franchises et prerogatives à nous par vostre Majesté et celles de vos ancétresret très illustres majeurs octroyés , et nous permettant de vivre en l’honneste et chrestienne liberté promise par vos ecdits , l’observation desquels nous désirons et nous requérons très-humblement ; ce faisant, non-seulement sous les vostre règne et gouvernement nous serons en seureté et repos, mais aussi, Dieu qui vous a estably sur ce trosne royal, continuera et accroistra l’heureuse félicité dont à a jusques ici couronné toutes vos actions , non moings louables et heureuses, dignes d’estre célébrées et quasi immortalisées de siècle en siècle, que celles de ces grands , illustres, saiges, diligens, preux, vaillans , forts, magnanimes et tant renommes anciens, Hercule, Hector, Annibal, Alexandre, Scipion, Pyrrhus , Nestor, Jules César, et maints autres empereurs, roys et monarques, qui ont acquis par leurs faits glorieulx et héroïiques le nom d'immortalité après eulx : lesquelles graces et vertus reluisent

par une singulière faveur céleste en vostre redouptable Majesté , nous avons juste argument de louer Dieu, voire avec joye et le prier qu'il lui plaise d’icelle accroistre, avec vostre aage en toute prospérité, et fournir vostre règne en toute piété et justice, à ceste fin que nous puissions veoir retourner soubs vostre règne et qouvernement le bon vieulx temps de Saturne et heureux siècle d'or, et dire de vous ce qu'on disait de Septimus Severus, empereur romain, qui gouverna si bien l'empire et le sénat, qu'on a dict de luy qu’il ne debvoit mourir jamais. »

Après laquelle harangue prononcée, le dict Seigneur roy dict aux dicts Consuls qu’il les tenoit et recognoissoit ensemble tous les habitans de la dicte ville pour ses bons, fidelles, et loyaulx subjects et leur confirmoit et continuoit leurs priviléges, franchises et libertés à eulx octroiées par les feus roys de France ses prédecesseurs , et vouloit et entendoit qu'ils jouissent de la liberté de la religion à eulx octroyée par les edicts. -

Et ce faict, les dicts Consuls se levèrent et prindrent le dict poille, trois de chascun cousté diceluy , soubs lequel le dict seigneur roy entra et 1eust conduict tout le long des grandes rues de la dicte ville, passant au devant du chasteau Royal, et temple sainct-Jacques, canton dict de la Faurie, . jusques à la maison de Jean Dariat, bourgois de la dicte ville, qui lui avoitesté préparée; et, pour plus honorer ladicte entrée, les dicts Consuls auroient faictfaireet dresser aux despens de la dicte ville, au dehors du dict pourtal du pont, un pourtal de bois ave un chassis garni de toille, couvrant tout le dehors du dict pourtal, auquel estoit paincte l’histoire du roy Salomon, quand feust eslu et nommé roy par David son père, escripte au premier chapitre du libre des Roys; et ung autre pourtal avec autre chassis de toille, sur le dict canton de la Faurie , auquel estoit paincte l’histoire du roy Josias et du sacrificateur Helias, quand treuva le libre de la loy, escripte au vipgt-deuxièsme chapitre du libre de Samuel; et sur le

pourtal de la maison du dict Dariat, y avoit ung autre pourtal de boys sur deux colompnes , où estoit paincte la devise du roy, Pictate et Justitié. Le devant des maisons des rues où il passa feurent tapissées, et de vingt en vingt pas les armoiries de France, painctes en toille, attachées à ung rond de cercle. Le pavé du pont et des rues, couvert de sable; et, en signe de liesse et réjouyssance, le peuple de la dicte ville crioit à haute voix, partout où sa dicte Majesté passoit : vive le roy!

Et ie lendemain matin , avant le départ de sa Majesté, les seigneurs Consuls lui firent présent, au nom de la ville, d’une coppe et dragcoir d'argent sur-doré, fort exquise , dans laquelle y avoit engravé les quatre élémens, que sa dicte majesté receust fort agréablement; et au dict seigneur prince de Navarre feust faict présent d’ung cheval jusques à deux cents escus, lequel il accepta, mais ne lui feust lors baïllé n’ayant la dicte ville commodité de le lui bailler pour ceste heure. Et après avoir desjeuné le dict seigneur roy et toute sa court deslougèrent de la dicte ville, et allèrent coucher à Moissac. Et après, les painctures des dicts pourtaulx et partie des armories feurent pourtées au chasteau consulaire de la présent ville, où sont encore apresent, pour mémorial de la dicte entrée. En foi de quoi nous dict Bonnencontre nous sommes ici soubssignés — Bonnencontre, Consul,»

Page 1