‹ Histoire de Montauban (volume 2)Chapitre 6 sur 28 · D4 = HISTOIRE · texte numérisé non relu

D4 = HISTOIRE

défiance, et elle en rapporta un immense butin. Mais quelques métairies qui appartenaient aux calvinistes ayant été pillées, on cria au dedans comme au dehors contre Montbartier, qui fut destitué.

Dans la crainte qu’inspirait Montluc, toujours menaçant , le commandement fut donné à Philibert de Rapin, sous lautorité toutefois des Consuls , qui s’attribuèrent un pouvoir absolu. Le nouveau gouverneur se hâta de réparer les fortifications de la ville, de la pourvoir de munitions de guerre et de bouche, et d’augmenter la garnison , prenant, pour subvenir à ces dépenses , la taille , la dîime, imposant des taxes exorbitantes sur les catholiques, dont il fit ‘abattre les maisons pouren vendre les matériaux. La robe mème de Tondut, Consul catholique, qui s'était éloigné de la ville, fut vendue publiquement.

Dès que ces ressources furent épuisées, et qu'il voulut faire contribuer les calvinistes, on cria contre lui, on l’accusa d’avarice ; il se mon-

nombre 'd’habitans furent tués, mais plusieurs ennemis y périrent. Ceux-ci

en furent tellement aigris que, dans leur retraite forcée , ils mirent le feu aux

portes de là ville, et s’en prirent, en enragés, aux masures mesmes. » (Extrait des Mémo. de Lauriac, Julia, et Pogeti, p. 177.)

DE MONTAUBAN. 55 tra ferme, et maintnt la discipline avec sévérité; on suscita contre lui plusieurs émeutes, qui mirent sa vie en danger ; enfin l’irritation monta à son comble lorsqu'on vit qu'il s’entourait d’une compagnie de gardes, et qu'il se disposait à faire lever avec rigueur l'impôt de 9500 livres, qué devait payer Montauban sur la somme de 150 mille livres qui devait servir à solder les troupes Allemandes que les calvinistes appelaient à leur secours. Les vicomtes de Bruniquel et de Montclar, éraignant qu’à la faveur de ces dissensions, l’évêque , qui avait repris les armes (°), ne se rendit maître de la ville, s’y transportèrent en diligence; et après avoir vainement tenté de calmer les esprits, ils en firent sortir adroitement Rapin, sous prétexte de l'emmener avec eux à une entreprise importante. Le vicomte de Montclar , resté à Montauban pour tacher d'y rétablir l’ordre, fit prêter aux habitans un nouveau serment de fidélité au roi de Navarre

(") « Jacques Desprez parcouroit en effet la campagne avec de-bonnes troupes, et s’employoit vigoureusement à se venger de la rage et cruauté de nos libertins. Il se portoit à tout moment aux portes dela ville, l’épée à la main, et ils n’osoient pas paroistre devant lui, parce qu’il ne faisoit pas de quartier à ceux qu’il rencontroit. Un grand nombre d’habitans dela Gascogne , de l’Armagnac et d’autres quartiers avoient formé le dessein de se rendre à Montauban, pour y grossir le nombre des voleurs ; mais ils furent surpris au passage de la Garonne par notre prélat et par Lavalette , suivis de bonnes troupes , qui les chargèrent si vivement et les battirent si fort qu’ils restèrent tous, sur place , tués ou noyés. » ( Perr. p. 477.)

et au prince de Condé; mais 1l ne put établir aucune discipline au milieu de ces hommes impatiens de tout frein, et, les abandonnant à euxmêmes, 1l se retira. |

Sur ces entrefaites, Montgomméry, qui se rendait en Béarn, passa dans notre ville , et sentit combien il était à craindre qu'au milieu de ce désordre, elle n'échappât au parti calviniste. II y établit lés compagnies de Meauzac, de Rabastens, de Caseneuve , et y appela Rapin, à qui de: nouveau fut donné le commandement des armes. Celui-ci, se voyant appuyé par les commissairés que le roi de Navarre avait envoyés pour percevoir la taxe de 9500 livres, se mon: tra (plus sévère que jamais, et provoqua de nouveaux troubles, devant lesquels il fut encore obligé de céder. Le roi de Navarre l’appela auprès de Ini, et envoya, pour commander à Montauban, le comte de Méharon , qui bientôt calma les esprits, acheva les fortifications, munit la place d'hommes et de vivres, fit plusieurs courses à la campagne pour reconnaître le pays, et se préparait à soutenir vigoureusement la suerre., lorsque la nouvelle de la paix vint, à la fin de mars 1568, suspendre ses projets. Les Montalbanais , qui, sous les ordres du capitaine Mouvans, s'étaient joints aux vicomites de Bru-

DE MONTAUBAN. sy niquel et, de Montclar, contribuèrent à la conclusion de cette paix, en rendant plus redoutable l’armée de l'amiral, qui faisait le siége de Chartres et menaçait Paris. Ils furent aussi des pre-

miers à l’enfreindre, et ce n’est pas sans raison . qu’on l’appela boiteuse où mal assise (‘). Is avaient trop contracté l'habitude du pillage et de la violence pour se tenir long-temps dans le repos, dans l’ordre, qu'ils appelaient oisiveté.

Il était du reste patent que de chaque côté on se disposait à la guerre. Le prince et l'amiral refusèrent de rendre Montauban (”), Castres; Sancerre et Millau; les Rochelais élevèrent la prétention audacieuse d’être dispensés de se sou: mettre à un traité qui avait été conclu sans leur participation ; enfin, au moment où les chefs calvinistes méditaient leurs projets en Bourgogne , la cour essaya de s'en emparer ; mais ils furent prévenus à temps et se sauvèrent à la Rochelle. Dès ce moment chaque parti se tint

(”} Rapin fut chargé de porter l’édit de cette paix au parlement de Toulouse, qui non-seulement refusa de le recevoir , mais encore lui fit trancher la tête, quoiqu'il fut envoyé par le roi. Le cardinal de Lorraine avait écrit à l'avance qu’on n’eût aucun égard aux lettres du roi, si l'on n’y trouvait une certaine mar que qu’il indiquait.

("*) Le roi fit proposer aux Montalbanais de recevoir garnison ; mais loir d'écouter le commissaire , ils en firent un objet de risée,. et le renvoyéront avec confusion. ( Journal de Pogeti. }

sous les armes, et la guerre civile éclata pour la troisième fois.

La reine d'Angleterre et le duc de Deux-Ponts envoyèrent des troupes aux calvinistes ; mais on n'avait pas de quoi les payer. Il fut résolu dans un conseil tenu à Niort, et auquel la reime de Navarre assista, qu'on vendrait le domaine du roi et les biens ecclésiastiques dans toutes les provinces où le parti dominait. Des commissaires furent envoyés dans ce but à Montauban, dans le mois de février 1569, et tous les biens du clergé furent mis à l'enchère, à la requête de Daliés (). En même temps les Montalbanais approvisionnaient leur ville, au moyen du butin quils faisaient dans les environs. Ils assiégèrent Montech, mais «ce fut à leur confusion, dit Perrin, puisqu'ils furent repoussés.» Ils attaquèrent le château des Barthes, et, après avoir promis aux habitans la vie sauve, ils exercèrent sur eux d'horribles cruautés ; ils les firent mettre en chemise, et puis les firent périr les uns dans le Tarn, les autres dans le feu.

Il semble que les défaites de Jarnac et

de Moncontour devaient mettre fin à la guerre

(‘) Bernard Arquier, ministre, acquit ainsi un jardin, qui appartenait au chapelain de la chapelle des Neufs chœurs des anges.

DE MONTAUBAN. 59 civile; mais Coligny, d’un esprit plein de ressources, ranima les courages abattus, réunit tout ce qui lui restait de troupes, mit à leur tête le Jeune roi de Navarre et le fils du prince de Condé, au nom desquels il exerçait le commandement , et se rendit , à travers l’armée catholique (), dans la Guyenne, pour rejoindre Montgomméry qui s’y rendait en triomphe, vainqueur de Terride, et maître du Béarn. L'amiral et les deux princes, auxquels s'étaient joints plusieurs grands seigneurs, entre autres le prince d'Orange , passèrent par Montauban, où ils furent reçus ayec enthousiasme. Ils y séjournèrent quelque temps, et après s'être emparés de tout l'argent qui provenait du pillage des catholiques , ils voulurent mettre sur la communauté un impôt de 20,000 écus; mais ayant entendu

(). « Je me suts cent et cént fois estonné comme tant de grands et sages capitaines qui estaient près de Monsieur, prindrent ce mauvais parti, d’assiéger des places, au lieu de suivre lesdits princes qui étaient en déroute et tellement réduits en extrémité qu’il n’y avoit nul moyen de se mettre sus. On dit que nous-mêmes, qui portons les armes, entretenons la guerre, et voulons allonger la courroye , comme on fait au palais les procès ; le diable emportera tout , si n’ay-je jamais eu cette intention, pouvant dire avec la vérité, qu'il n’y a lieutenant du roy en France qui ait fait passer plus d’huguenots par le couteau ou par la corde que moy. Ce n’estoit pas vouloir entretenir la guerre. » ( Comm. de Montluc, liv. vi.)

« Les princes séjournaient à Montauban et ès environs de là, en ayant bon besoirg, car ils n’avoient cheval qui pust mettre l’un pied devant l’autre, ayant “été contraints d'en abandonner par les chemins plus de 400, n'ayant aucun moyen des les faire ferrer. » { Ibid.)

quelques murmures des habitans , ils réduisirent cette somme à la moitié , qui fut payée avec une sorte d’exaltation dans l’espace de trois jours.

Après s'être réunis à Montgomméry, ils furent camper sur la rive gauche de la Garonne, aux environs de Toulouse, où ils exercèrent les plus affreux ravages. Ils faisaient plus particulièrement. tomber leur fureur sur les maisons et les métairies qui appartenaient aux officiers du parlement, et sur les ruines 1ls écrivaient partout avec du charbon : vengeance de Rapin.

Grace à [a mésintelligence qui régnait entre les chefs catholiques, ils parvinrent avec une armée, grossissant à chaque pas, jusque dans la Bourgogne, d’où ils faisaient craindre à Paris des dévastations semblables à celles de Toulousé. Pour les prévenir, le roi, malgré sa mère, malgré les Guise et l'ambassadeur d’Espagne, conclut, le 45 août 1570 , la paix de S.'‘-Germain, dont la principale disposition accordait aux calvinistes, comme places de sûreté, la Rochelle, Montauban, Cognac et la Charité.

Cette paix fut publiée à Montauban le 27 août, mais on n'eut garde de l’exécuter. Dès le lendemain, au moment Où partout on se croyait en sûreté, le comte de Méharon sortit de la ville

avec une partie de la garnison, et se jetant à limproviste sur Piquecos, il emmena plusieurs prisonniers , et tout le bétail, sous prétexte d’une contribution qu'il disait lui être due ().

Les catholiques se plaignirent amèrement, et intéressèrent à leurs maux le duc d'Anjou, à qui le roi venait de donner le Quercy en apanage (”). Ils obiinrent, par son intermédiaire, que le roi envoyät en qualité de commissaires pour rétablir l’ordre et la paix, Charon, son valet de chambre, et le comte de Caylus. Ceuxci se rendirent à Montauban, le 27 mai 1572, accompagnés de Jean Prévost, lieutenant principal, de Nicolas Dumas, juge ordinaire du Quercy, de B. Toussains, procureur du roi, de Jean Lacroix, conseiller au sénéchal, et de. quel:

(”) Le château de la Gravière, qui est situé sur les bords de l'Aveyron, avait spécialement souffert de ces courses. François Séguin, sénéchal du Quercy, qui en était propriétaire, obtint , le 15 janvier 1571, des lettres patentes du roi qui l’autorisait à reconstruire, à fortifier ce château, et lui accordait une entière juridiction sur tout ce fief.

(**) Déjà ils avaient obtenu, au mois de février 1571, par un arrêt, le rétablissement à Montauban du sénéchal, qui avait été transféré à Moissac. Le 4 juillet de la même année, plusieurs habitans des plus notables furent députés pour saluer au nom de la communauté le marquis de Villars , qui était depuis quelques jours à Piquecos. Il passa dans la ville, en allant à Toulouse ; avec Montpezat, Joyeuse et plusieurs autres grands seigneurs, ainsi qu’à son retour, et se montra fort satisfait de la soumission des habitans et dela réception qu’on lui fit avec 20 pièces d'artillerie, qu’on avait placées en divers lieux de la cité. (Liv. de Police, fo 219 à 221. ) |

ques autres catholiques. Ils convoquèrent une assemblée des plus notables habitans dans la salle d'audience du sénéchal; et, après leur avoir montré les ordres du roi, Charron les entretint d’abord de la mission qu'ils avaient reçue de faire sortir les garnisons calvinistes des villes qui n'avaient été cédées que pendant deux ans, comme places de sûreté. Les habitans répondirent () que depuis long-temps 1ls exécutaient l'édit ponctuellement, qu'ils avaient cessé tous actes d'hostilité, et qu'ils avaient prévenu la demande des commissaires, en renvoyant la garnison , qui en effet n'était plus dans la ville. Charron insista sur la liberté de l'exercice de la religion catholique et sur la restitution des églises; l'assemblée promit solennellement lun et l’autre en levant les mains, et jura une entière obéissance aux ordres du roi.

Cependant les catholiques ne pénétraient dans la ville qu'avec méfiance, et y séjournaient le moins possible. Non-seulement ils ne pouvaient s’y livrer à l'exercice de leur religion, mais

(”) D’après Perrin, qui s'appuie sur le cabier de Ruelle, les Montalbanais avaient d’abord pris la résolution de ne rien répondre, avant qu'ils ne sussent ce que faisaient les habitans de la Rochelle ; mais, ajoute-t-il, à l’arrivée des commissaires , tous se soumirent , et protestérent de s’entre-aimer. ( Perr. P. 151.)

souvent ils étaient vexés pour les choses les plus simples. Le temps aurait sans doute, en multipliant les relations, émoussé les haines qui divisaient les deux partis, mais les déplorables massacres de la S.'-Barthélemy vinrent attiser les feux de la discorde et replongèrent toute la France dans les horreurs de la guerre civile.

Laissons tomber un voile sur les évènemens tragiques de cette nuit de sang (”).

(‘) Deux épisodes de la S.t-Barthélemy se rattachent à notre Histoire. C'est d'abord la conservation inespérée du jeune Caumont de la Force, que nous verrons bientôt à la tête des combattans qui repoussèrent les armées de Louis XIII; puis le duel chevaleresque de Vezins contre le brave Reyniès. L'auteur de la Henriade raconte en vers pathétiques, d’après Mézerai, comment le jeune Jacques-Nompar de Laforce échappa au massacre de la St-Barthélemy; mais ce récit est sans fondement, ainsi que le reconnut Voltaire lui-même, en consultant les mémoires de ce général, qui furent publiés au mois de novembre 1763, par le Mercure de France. Voici comment les faits se passèrent : Caumont , instruit du massacre par un maquignon, allait sortir de sa chambre avec ses deux enfans, lorsqu'un nommé Martin s’y précipite, accompagné de ses satellites. Caumont cherche à l’attendrir et lui promet 2,000 écus ; Martin consent à les sauver, et les conduit dans sa propre maison ; mais le comte de Coconas parvient à les découvrir, et les fait traîner sur le lieu des exécutions; Caumont père et son fils aîné succombent sous les coups meurtriers; le jeune Nompar, âgé de 12 ans, baigné de leur sang, tombe aussi en s'écriant : Je suis mort ! Peu de temps après, un malheureux qui était venu pour le dépouiller de ses habits, ayant reconnu qu'il vivait encore, fut touché de compassion, etl’emmena chez lui. Durant la nuit, l'enfant, habillé en gueux, se fit conduire chez son parent, le maréchal de Biron, où il resta caché dans la chambre des filles, jusqu’à ce que, sur le bruit que la cour le faisait chercher , on le fit sauver sous le nom de Beaupuy.

Le seigneur de Vezins , catholique , avait une affaire d'honneur avec le sei-

Montauban, d’ailleurs, fut préservé (), par la fermeté de ses Consuls, de la réaction qu’on pouvait craindre, surtout après les massacres de Toulouse. Le petit nombre de catholiques qui s'y trouvaient se hâtèrent de prendre la fuite ; et ce fut une occasion pour quelques hommes passionnés de proposer la confiscation des biens du clérgé; mais les Consuls rendirent une or: donnance, le 6 septembre, qui défendait de leur méfaire ny médire; ils firent même dire à Dumas et à Prévost qu'ils pouvaient rentrer dans la ville et continuer d’y remplir leurs charges. Ces deux magistrats se décidèrent enfin à se rendre à leur poste; mais le peuple, ameuté parles

gneur de Reyniès; prévenu des massacres , il se rend chez son ennemi, lui fait connaître le danger qu'il court, et l’entraîne avec Jui. jusqu’auprès ‘de Montauban, où ils vidèrent leur querelle. Ce fut ce Reyniès qui , plusieurs fois, guida les Montalbanais au combat, et «fut des premiers aux coups, ayant deux nappes pour estrivières, à cause de la goutte qui le travailloit fort, et se signala, l'épée à la main, bien qu'avancé dans l’âge. »

( Hist. du Lang. par P. Act. )

(”) Les villes de Montauban et de Nismés se tenaient sur leurs gardes. « Voici arriver les nouvelles du massacre, quiles mettent en merveilleux soaci, car ils estoient des plus haïs. Toutefois, persévérant en leur constance accoutumée , nonobstant les lettres que le roy et autres près et loin leur escrivirent , se résolurent de n’ouvrir leurs portes à ceux qui les voudroient esgorger et-escorcher, de par le roy; ains se défendre jusques au bout. » ( Estat de Nismes et de Montauban, 1572.) Dans cette disposition des habitans , il fut décidé qu’on s’armerait contre les ruses et les violences du conseil. Nismes et Montauban étaient alors flanquées de bonnes murailles ; de hautes tours crènelées , et les calvinistes se promettaient de faire forte résistance au cas d’une attaque catholique. (Capefigue, Æist, de la Réforme, tom."5; pag. 275. )

ministres , leur ferma les portes. Ce fut le signal d’une nouvelle guerre ; l'audace des calvinistes , que la perte de leurs chefs avait plongés dans une espèce de stupeur, se réveilla tout-à-coup. Ceux de Montauban aidèrent Reyniès à s’emparer de Villemur, où il exerça contre les catholhiques de cruelles représailles ; sous les ordres du vicomte de Gourdon (), ils battirent près de Castelsarrasin quelques troupes de Montluc, beaucoup plus nombreuses que les leurs; et fournirent des secours aux vicomtes de Paulin et de Panat, qui se rendirent maîtres de Bioule et de Caussade. |

Soutenus par ces succès, les plus violens s’emportèrent dans les conseils de la communauté, et, le 6 octobre, firent nommer pour gouverneur Verlhac, et pour capitaines Portus, Petit, Bariton et Ravaille. Ceux-ci, après avoir prêté serment entre les mains des Consuls, dont l’autorité était souveraine, mirent tous leurs soins à fortifier la place. Le fort des Jacobins qui avait beaucoup souffert durant le dernier siége, et qu'il était fort difficile de réparer, pouvait ètre surpris aisément; Verlhac fit construire,

("). D. Vaissette attribue le commandement des Montalbanais à Reyniès, et affirme, de la manière la plus positive, ce fait d'armes, sur lequel Le Bret laisse planer quelques doutes.

pour le commander, une plate-forme dans un angle voisin, appelé le Darnage. Il remplit ensuite les magasins de tout le blé qui se trouva dans la ville et dans les environs ; il fit aussi prendre dans les villages voisins tout le vin, les meubles et le bétail qu'on put saisir.

Les calvinistes, qui s'étaient signalés dans quelque entreprise contre les catholiques, veriaient de toutes parts se réfugier à Montauban , dont les forces étaient ainsi augmentées, en même temps que l'humeur guerrière. Ainsi fit le capitaine Sérignac, frère de Terride , qui était mort de chagrin à la suite de sa défaite devant Orthez. Après sêtre emparé par surprise du château de Terride sur ses neveux (), 1l pénétra dans le couvent de Belleperche, à l’aide des valets qui lui en ouvrirent les portes. Persuadé que les moines avaient caché les ornemens de leur église, et les trésors qu'il leur supposait, il les fit gehenner avec des cruautés inouïes , pour les forcer à les lui découvrir, et puis les précipita dans la Garonne. Le prieur seul, Laurens Aubin, se sauva à la nage, et se réfugia à Castelsarrasin, emportant une ;riche croix d'argent, ornée de turquoises, de topazes et

(}. D. Vaissette ne parle que d'une nièce de Géraud .de Lomagne, seigneur de Sérignac , qui prétendaif avoir des droits sur le château de Terride,

DE MONTAUBAN. 67 d'éméraudes. Sérignac exerça sa fureur contre les bätimens, qui étaient comptés parmi les plus beaux de la province; il fit abattre l’église et une grande partie des cloîtres et des dortoirs. Après cette expédition il se rendit à Montauban, d’où il fut bientôt surprendre Buzet, et s’'avança jusqu'à Rabastens, dont il se serait emparé, si ses échelles n’eussent été trop courtes.

Cependant l’amiral de Villars, lieutenant du roi en Guyenne, s’avançait vers Montauban après avoir pris quelques petites places de Gascogne, ët spécialement le château de Malauze ét puis celui de Terride, dont il fit pendre les soldats qui refusèrent de se faire catholiques. Il fut étonné de l'état redoutable de défense dans lequel les Montalbanais avaient mis leur ville, et, sans s’y arrèter , 1l alla mettre le siége devant Caussade. Lamotte-Pujol, qui commandait dans cette place, la défendit si bien, que Villars y perdit, avec une grande partie de ses troupes ; beaucoup de temps , et qu'il fut enfin obligé de se retirer, disant, pour sauver son honneur, qu'il était appelé par le duc d'Anjou devant La Rochelle (”}. Mais ce prince ; tout préoccupé de

! () En s'éloignant de Caussade, Villars S'empara du château de St-Geniès qui était dans les environs. fl se présenta ensuite devant Verfeib;/mais 1e capr-

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