‹ Histoire de Montauban (volume 2)Chapitre 8 sur 28 · CHAPITRE EY · texte numérisé non relu

CHAPITRE EY

a paix de la Rochelle ne suspendit les hostihités ; elle ne fut, en effet, cprofitable qu'aux Rochelais qui resté- #x rent maitres de leur ville. Partout ailleurs, les calvimistes prétendirent qu'elle avait été faite sans le consentement général des Eglises, et qu'elle n'engageait que ceux qui y avait pris part. C'était leur jeu ordimaire. Ils restèrent donc armés.

La conduite de Ia reine mère augmenta le

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mécontentement. Atteñndant la mort du roi qu'on regardait comme prochaine, et voulant S asSurer la régence, elle s’unit plus étroitement avec les Guise , et dépouilla son fils, le duc d’Alencon , de la lieutenance-générale du royaume, pour la donner au duc de Lorraine. Le prince, vivement irrité, ouvrit facilement l'oreille aux séductions des calvinistes ; de concert avec le roi de Navarre et le prince de Condé, il con- sentit à se mettre à leur tête. Il fallait d’abord qu'il parvint à s'échapper de la cour. Thoré, frère du maréchal d’Anville, le vicomte de Turenne et Lanoue s'approchèrent, avec cinq ou:six cents chevaux, de S'-Germain où il était, pour l’encourager à faire le saut. Le projet fut éventé. Coconas, Lamole et les autres confidens du duc d'Alençon portèrent leur tête sur l'échafaud; les princes furent arrêtés. Quelque temps après, Condé s'évada, gagna Strasbourg, et puis la Suisse.

*Ceux du parti comptaient si fort sur le succès de l’entreprise, qu'ils avaient recommencé les hostilités dans les provinces. Pendant que la guerre se rallumait partout, le roi Charles IX, qui ne faisait que languir depuis dix-huit mois, mourut, àgé de vingt-quatre ans , et ne laissant aucun enfant mâle (13574. ), Henri Hlrevint de

Pologne pour succéder à son frère. Les combats continuèrent, surtout aux environs de Montauban. Les religionnaires de cette ville vendirent les maisons des catholiques, s’emparèrent de leurs métairies, les démolirent, coupèrent les arbres de leurs champs, et consacrèrent les sommes qu'ils en retirèrent à la réparation de leurs murailles. Ils firent relever, entre autres, celle qui joignait les portes du Moustier et des Cordeliers. On rebâtit aussi la courtine qui s’étendait depuis la porte du Griffoul jusqu'à la tour de Lizié, et qui avait beaucoup. souffért pendant le dernier siége de Terride. La tour.du pont, du côté de la ville, fut. également répa,. rée. Montauban présentait ainsi partout un front redoutable; mais c'était presque en: cela seul que consistait sa force : 1] manquait. de subsistances , n'avait pas un bon chef pour commander ses soldats, et était serré de fort près par les garnisons voisines.

« Cette absence d’un homme de commandement était une suite du goût que les Montalbanais conservaient pour le gouvernement démocratique. Ils ne pouvaient souffrir la noblesse ; les gentilhommes n'étaient admis, pendant la paix, à aucune charge ni emploi qui donnût quelque autorité. On en vit qui, pour! pouvoir

la partager, firent à dessein des actes de roture, dont leur descendans furent obligés de se faire réhabiliter, Ce peuple était toujours dans Ja crainte d’être sacrifié à l'ambition ou au désir de faire un accommodement avantageux. De là les grandes précautions que prenaient les Mon: talbanais avec leurs chefs de guerre ou gouverneurs , pour que leur autorité füt subordonnée à celle des Consuls. Leur pouvoir et leurs fonctions cessaient absolument dès que la paix était faite ; politique qui pouvait bien leur devenir funeste dans un cas imprévu, mais qui fit leur sûreté jusqu’à la fin des troubles (). »

Jacques Desprez , instruit de la situation de sa ville épiscopale qu'il ne perdait jamais de vue, faisait des courses jusqu’à ses portes , et s'empara de tous les environs. Il força Cayrac , que les Montalbanais avaient enlevé précédemment, et d’où ils avaient chassé le chapitre, qui s'était réfugié à l’'Albenque. Maître des forts qui bordaient l'Aveyron, il tenait la ville presque inves ue; s'étant uni ensuite avec les garnisons de ceux qui étaient au-delà du Tarn, il en forma le blocus. Lanoue, qui, tout en négociant pour la paix, ne perdait pas de vue les intérêts du

() Hist. du Quercy, tom. 2, pag. 15.

DE MONTAUBAN. ° 35 calvinisme , vit le danger que courait. Montauban, et le conserva au parti, grace à l’activité de ses mesures. Il demanda de prompts secours au vicomte de Turenne, qui était encore catho- lique, et qui n'apostasia plus tard que pour conserver son influence, quoiqu'il eût dit sou: vent «quil aimerait mieux être chien que huguenot». En attendant son arrivée, Lanoue fit partir quelques compagnies sous les ordres du capitaine Choupes. Celui-ci éloigna d’abord. les catholiques et les tint en échec jusqu’au mo: ment où le vicomte fit son entrée dans Montauban, suivi de trois mille cinq cents hommes, le 1% mai 1575.

Turenne , déclaré gouverneur de la ville et chef des protestans du haut Languedoc et de la haute Guyenne, arrêta bientôt les courses de l'évêque. Pour mettre le territoire de Montauban à l'abri de nouvelles attaques, il résolut de semparer des châteaux d’alentour. Puygaillard fut sa première conquête. IL prit ensuite Meauzac, qui était défendu par un double fossé et quatre bastions de terre. De là, passant l'Aveyron , il attaqua Cayrac, dont la garnison peu nombreuse se rendit après quelques volées de canon ; il rasa enuèrement le fort; et, pour ouvrir la communication avec Caussade , il assiégea Réalville , le 25

mai. Cette place se défendit vigoureusement, et pendant quatre jours supporta le feu de l'artillerie calviniste. Elle capitula le 28, voyant ses murailles démantelées , et ne comptant plus sur les secours de l'évêque, qui n'avait avec lui que trois ou quatre cents hommes, y compris les gens de sa maison. Le vicomte y laissa une garnison; commandée par le capitaine Valada. Ainsi tout le pays entre le Tarn et l'Aveyron, à l’excep: ton pourtant de quelques châteaux sur les bords de cette dernière rivière, resta au pouvoir des Montalbanais , jusqu'à Caussade , Bruniquel et Villemur. Pendant ce temps, Lavalette ; qui commandait avec Cossé dans le Languedoc, avait formé le blocus du Mas-Grenier. Turenne. ayant appris que cette petite place était dans une extrème disette, et manquait de monde pour se défendre , y accourut en diligence, la ravi: tailla, et forca Lavalette de se retirer.

Après avoir dégagé ainsi Montauban, Turenne quitta cette ville, et alla joindre le duc d’Alençon , qui était parvenu à s'échapper de la cour, au moment où le prince de Condé s’apprêtait à envahir le territoire français à la tête d’une armée d'Allemands. La reine alarmée signa avec son fils une trève de six mois, dont le Quercy ne retira aucun avantage. La guerre y continua

DE MONTAUBAN. 7 sans relâche. Valada sortait souvent de Réalville, et infestait tout le pays, ne faisant quartier qu'à ceux dont il espérait tirer une grosse rancon. L’évêque de Montauban, irrité de ces brigandages, ému de compassion sur le sort des populations catholiques, se mit en mesure de surprendre Valada. Il se servit de deux braves soldats de sa compagnie, que le capitaine calviniste avait voulu embaucher aprè la prise de Réalville où ils s'étaient trouvés, et qu'il avait à la fin renvoyés sans rançon, sur leur refus constant d'abandonner le parti catholique. Ces deux hommes, feignant d'être mécontens de l'évêque, se rendirent auprès. de Valada, lui demandèrent d’être incorporés dans sa troupe, et lui proposèrent une entreprise sur la personne du prélat. Le piége était grossier, et pourtant Valada y donna en plein. Au jour assigné , 6 janvier 1576, il se trouva au rendezvous. L'évèque y était déjà, mais mieux accompagné. Le combat ne fut pas long. Valada se défendit en brave, et dut céder au nombre.

On le conduisit au château de Montpezat. Les barons de Cornusson et de Loubejac se hâtèrent de traiter pour sa rancon; ils offrirent quatre prisonniers catholiqués, et s’engagèrent à dédommager un gentilhomme nommé Escalhabel,:

dont Valada avait fait brûler la maison: Trois:

des prisonniers catholiques furent amenés à Montpezat par des gens qui observèrent d’abord la place, et qui, pendant qu'on attendait le quatrième , et qu'on réglait les intérêts du gentilhomme incendié, tentèrent , avec l’aide d’autres gens apostés , de la surprendre. On les repoussa vivement, et l'évêque, indigné de cette perfidie, ne voulut plus entendre parler de l'échange de Valada, qu'il fit étroitement enfermer dans une tour du château. Une des nuits suivantes, Valada se mit à couper par bandes les draps de son lit, noua les bandes les unes aux autres, les attacha par un bout aux barreaux de fer de la fenêtre, et se laissa olisser doucement. Mais la tour était haute, et le prisonnier avait dû couper les bandes fort minces pour atteindre les rochers d’où sortaient les fondemens du vieux château. La corde, trop précipitamment façonnée, se rompit; le malheureux capitaine tomba sur les rochers, et se brisa les deux cuisses. Quelques soldats accoururent au bruit de sa chute, et le rapportèrent dans sa prison, où il expira, après quelques heures de souffrance.

Les calvinistes de Caussade projetèrent de se donner une revanche éclatante , par un coup de main sur Cahors. Vernède, baron de Lou-

bejac, et Sandrail, bourgeois de Montpezat, s'étaient ménagés quelques intelligences dans cette ville. Tous les protestans du pays étaient de la partie; ceux de Montauban, qui avaient d’abord hésité, y entrèrent, pressés par le seigneur de Loubéjac. Presqu'au moment de l’exécution , l’entreprise échoua, déjouée par le zèle infatigable de l’évèque Desprez , qui avait l'œil au guet, et qui, suspectant les allées et venues de Sandrail, le fit arrêter ; on surprit également Loubejac sur un faux avis que Sandrail fut forcé de lui donner. Ils furent conduits à Cahors, où le couperet du bourreau et la potence en firent justice, le 5 avril.

Le 10 mai suivant, la paix fut enfin signée, et suivie du cinquième édit de pacification, le plus favorable que les religionnaires eussent jusqu'alors obtenu. Il leur accordait la hberté du culte dans tout le royaume, excepté Paris, des cimetières distincts, une chambre mi-partie dans chaque parlement, la faculté d’être admis à toutes les charges , et plusieurs'villes de sûreté, où ils devaient tenir des garnisons payées par le roi. Ce traité détermina la formation de la Ligue, sans apaisér les mécontentemens du roi de Navarre. Ce prince se présenta devant Bordeaux, qui lui ferma ses portes; de Bordeaux, 11 se

78 HISTOIRE rendit à Agen qu'il fortifia, s’empara ensuite de Villeneuve , et s’assura de Montauban. Les calvinistes demandaient à grands cris la convocation des Etats. Ils furent assemblés à Blois, sans que pour cela les hostilités cessassent de ravager nos contrées. Les protestans s'introduisirent ; la nuit du 25 décembre; dans les murs de Figeae, dont quelques habitans leur ouvrirent les portes. Tous les catholiques furent impitoyablement massacrés. Le pillage dura plusieurs jours, et finit par un incendie qui consuma presque en entier la malheureuse ville: Les chefs calvinistes la remirent en état de défense, et y bâtirent une citadelle. Elle resta en leur pouvoir jusqu'à la fin des guerres religieuses.

Henri IE, pressé par les Guise, révoquale dernier édit, après la seconde séance des Etats, qui fut tenue le 17 janvier 1577. Les protestans formèrent une contre-Ligue , dont le prince de Condé se déclara le lieutenant sous l'autorité du roi de Navarre. Un nouveau traité de paix, conclu à Bergerac, vers la fin de septembre, amena encore un édit, celui de Poitiers, qui remit les choses à peu près dans le même état.

Get édit eut le sort de tous les autres; 1l ne fut pas exécuté. La faiblesse du roi, l'animosité des

DE MONTAUBAN. 19 partis, étaient autant d'obstacles à la durée de la paix. Dans les derniers jours de l’année 1578, la reine mère fit un voyage dans le Midi, pour conférer avec le roi de Navarre, et travailler . avec lui au débrouillement des affaires. A cet “effet une assemblée eut lieu à Montauban.

Catherine ne put obtenir qu'une suspension d'armes, quoiqu’elle eût gagné quelques députés, au moyen des femmes qu'elle trainait.toujours à sa suite. Marguerite, reine de Navarre, manœuvra plus habilement, et fit signer à Nérac, le 29 février 1579, un traité plus favorable aux calvinistes, et qui fut bientôt rompu. Une lettre écrite par Henri IE au roi de Navarre, et dans laquelle il accusait Marguerite de vivre scandaleusement avec le vicomte de Turenne, ralluma la guerre.

Le roi de Navarre et le prince de Condé se rendirent à Montauban, et y tinrent, avec les plus considérables du parti, une grande assemblée, dans laquelle 1l fut résolu qu’on ne rendrait aucune des places, dont la restitution devait se faire, suivant les termes du dernier traité ; dans les mois d'août et de septembre. Cette résolution devait être maintenue jusqu’à ce que le roi de Navarre et le prince de Condé seraient en paisible possession , l’un de son gouverne-

ment de Guyenne, lautre de celui de Picardie. On convint de reprendre les armes, mais avant de rien tenter , le prince de Condé voulut connaître les dispositions des autres provinces. En conséquence , une troisième assemblée fut convoquée à Montauban, pour le 153 juillet. IL sy trouva des députés de toutes les églises calvinistes de France. Une indisposition empècha le roi de Navarre d’y venir , et le prince de Condé présida à sa place, assisté des seigneurs de Turenne, de Châtillon, de Guitré et de Lusignan. Dans les premières séances, on approuva tout cè qui avait été délibéré dans la précédente assemblée. Les suivantes furent si nombreuses, par l’arrivée de nouveaux députés et de ministres, qu'on fut obligé de les tenir dans la salle du Sénéchal. On travailla ensuite au cahier des charges, et on délibéra, 1° de donner au roi de Navarre six conseillers, qui serviraient par tour auprès de sa personne , deux pendant quatre mois , et recevraient trois cent trente-trois écus d’appointement ; 2° de tenir un agent à la cour, avec trois mille livres de pension, moyennant l'agrément du roi de Navarre. Ces diverses sommes formèrent un département de trois mille écus, pour lesquels on imposa les provinces.

Les députés s’occupèrent aussi des calvinistes du pays Messin qui refusaient , comme étrangers,

DE MONTAUBAN. 81 de contribuer aux charges de leurs frères de France, et il fut convenu que les deux princes leur écriraient à ce sujet. Ceci donna lieu à une foule de plaintes particulières ; les uns se récrièrent sur l'énormité des taxes qui leur étaient imposées, les autres demandèrent le remboursement de leurs avances pour le compte du parti; d’autres enfin réclamèrent le paiement de leurs gages. Le prince de Condé insista particulièrement sur la passation des emplois qu'il avait faits de la bourse commune. Les pièces justificatives qu'il présentait pour motiver la rentrée de ses avances, ne parurent pas satisfaisantes à tout le monde. Néanmoins, « les députés nestant d’advis d'entrer en plus grande preuve» , on-le pria de $e contenter de la somme de vingtdeux mille écus, dont l'assemblée lui passa une obligation portant intérêt sur tous les calvinistes du royaume, qu'ils divisèrent en huit généralités. Après avoir arrêté qu'on ne ferait aucun traité avec le roi sans l'approbation et le consentement de toutes les églises, la grande assemblée fut close le 27 juillet.

La Rochelle napprouva pas la reprise des armes , et la plupart des provinces restèrent dans A Ce refroidissement étonna le roi de Navarre, à qui le prince de Condé avait

82 HISTOIRE | fait espérer de plus grands résultats: de l'assemblée de Montauban. Il balança long-temps sur le parti qu'il lui convenait de prendre, et se rendit enfin dans cette dernière ville, d’oùil se détermina à marcher sur Cahors. Les Cadurciens avaient encouru la haine de tous les calvinistes par leur profond attachement à la foi catholique; et, en particulier , celle du roi de Navarre, par leur refus constant de reconnaître son autorité , quoique leur ville lui appartint du chef de sa femme, à qui elle avait été donnée en dot avec le Quercy et l’Agenais (). Il partit secrètement de Montauban , et arriva, la nuit du 29 mai 4580, devant Cahors que commandait le brave de Vezins, lieutenant du gouvernement du Quercy: La première attaque fut dirigée contre une des portes du Pont-Neuf; lexplosion d’un pétard la renversa. Les calvinistes se précipitèrent sur le pont, Jetèrent dans le Lot une partie de la garde , et appliquèrent un autre pétard à la seconde porte, qui sauta pareillement et leur ouvrit l'entrée de la ville. Les habitans étaient sous les armes; la résistance fut terrible ; Vezins à Ja tête de deux mille soldats disputa le terrain pied à pied. Le roi de Navarre courut les plus grands, périls, et ne fut maître de la place

() Hists du Queney} tom. 2, chap! +.

qu'après quatre Jours de combatsacharnés. Vezins couvert de blessures, put s'échapper par le Pont- Vieux. Un horrible carnage suivit le triomphe des calvinistes , rien ne fut épargné; femmes, enfans, vieillards tombèrent pêle-mêle. Le pillage dura plusieurs jours, accompagné de la ‘profanation des églises.

Après avoir rétabli un certain ordre au milieu des ruines de Cahors , Henri de Navarre ylaissa une garnison, et revint à Montauban. Quelques jours de repos ayant suffisamment rafraîchi ses troupes, il rentra dans la Guyenne où 1l fut moins heureux. Le duc d'Anjou, avec l'agrément du roi, le joignit au château de Fleix en Périgord, où ils signèrent un traité confirmatif de celui de Nérac. La tranquillité se rétablit peu à peu par le soin du roi à faire exécuter fidèlement les édits, et à faire rendre bonne justice aux calvinistes. Le caractère ombrageux des religionnaires s’adoucit notablement, et peut-être la France aurait vu cesser enfin ces guerres impies qui la couvraient de deuilet de ruines, si la mort du duc d'Anjou, arrivée le 10 mai 1584, n'avait pas rallumé l'ambition des Guise, et obligé le roi de Navarre à parer les coups de la Ligue. Henri convoqua une nouvelle assemblée des églises protestantes à Montauban, et

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bientôt après une autre , à Guistres en Guyenne, où il fut arrêté qu'on reprendrait les armes, au premier mouvement des Ligueurs.

Ce mouvement ne se fit pas attendre. L’année suivante 1585, le duc de Guise força le timide monarque à signer le traité de Nemours et la révocation de tout ce qui avait été accordé précédemment aux calvinistes. C'était une dé-

claration de guerre, que les Ligueurs accompa- gnèrent d’une foule d’écrits dirigés contre les droits d'Henri de Navarre à la couronne (. Deux armées catholiques, l’une en Champagne, sous les ordres du duc de Guise , l’autre en Guyenne, commandée par le duc de Mayenne, furent chargées d'assurer l’exécution de l’édit de Nemours. Les Toulousains pressèrent vivement le duc de Mayenne d’assiéger Montauban. Maisle due, qui connaissait le bon état de la place, ne voulut

() I parut aussi une foule de manifestes en réponse à ceux de la Ligue. Pierre Belloy, natif de Montauban, se fitremarquer parmi les défenseurs des droits de la branche de Bourbon au trône de France. Il publia un écrit très remarquable, intitulé : Apologie catholique contre les libelles, avis et consultations faites, écrites et publiées par les Ligqués, perturbateurs du royaume. Get ouvrage fut traduit en latin, et répandu dans toute l'Europe. Pierre Belloy occupa , à vingt-un ans, une chaire à l'Université de Toulouse. Il suivit ensuite le barreau où il se distingua , et finit par entrer au Sénéchal. Dénoncé par la Ligue, il fut jeté dans les prisons de Paris, et y languit jusqu'en 1589. Henri IV le nomma avocat-général au parlement de Toulouse. Il mourut dans cette ville, en 1600. Hist. du Quercy, tom.2, pag, 44.

DE MONTAUBAN. Sd pas s’y hasarder. Il n’ignorait pas que Duplessis- Mornay, investi conjointement avec Terride du commandement de la ville, avait pris toutes les précautions nécessaires pour une vigoureuse défense. IL avait fait fortifier, d’après les plans du roi de Navarre, le faubourg de Tarn, qui fut dèslors appelé Vi/le-Bourbon, et celui de Saint- Antoine, qui prit le nom de Ville-Nouvelle.

Mayenne se contenta d’assiéger quelques petites places du Quercy, dont il vint facilement à bout. Ses tentatives de conquête dans la Guyenne échouèrent toujours, par suite de la mésintelligence qui régnait entre lui et le maréchal de Matignon. Cette circonstance fit manquer le coup de main que Cornusson, et les sieurs du Claux et de Bressols, neveux de Terride, avaient projeté sur Montauban. Les deux derniers, sous prétexte de visiter leur oncle, devaient introduire quelques soldats catholiques dans la ville; et, pour diminuer le nombre de ses défenseurs, engager les Montalbanais à les aider dans l'attaque de quelqu’autre place éloignce. Il était convenu que Cornusson agirait contre Montauban , immédiatement après leur départ, et que les soldats catholiques lui ouvriraient une des portes. Mayenne et Matignon avaient approuvé le plan; mais l'affaire traîna en longueur, et les Montalbanais en furent

avertis. Ils s'en prirent à Terride, qui l'ignorait probablement , et se défirent de lui, en Pengageant à aller visiter les autres places de son gouvernement. On fit le procès à ses neveux, qui bravèrent la sentence de mort der-

rière les murailles du Claux.

: Duplessis-Mornay resta seul gouverneur de Montauban, et profita de la conjoncture pour - obliger les habitans à augmenter leurs fortifications. Il fit arracher,‘ à cet effet, une grande quantité de briques des églises, surtout de celle des Jacobins et de la cathédrale, et en construisit le ravelin de la porte des Cordeliers, ainsi que la porte du Griffoul, à laquelle il ajouta un pont-levis et quelques casemates. Avec les matériaux qu'il tira du château , il fortifia également les portes et les ravelins du pont , du côté de Villebourbon. Ce travail coûta 4670 livres, qui furent prises sur le produit de la vente des biens des ecclésiastiques, et des autres catholiques, dont on acheva de démolir les maisons. Pendant l'exécution des {ravaux , Mornay ne cessa pas de courir autour de Montauban, portant partout le fer et la flamme. Lafrançaise, qui voulut résister, fut pris d'assaut et entièrement saccagé.

Cependant le roi, battu à la fois par les protestans et accusé par les catholiques, se vit

obligé de céder aux volontés du duc de Guise : il Lui livra un grand nombre de villes, le nomma généralissime des armées du royaume , et convoqua les États-Généraux à Blois. Le duc voulait plus encore , et finit, à force de prétentions, par arracher au roi la résolution de le faire assassiner. La Ligue, qu'on croyait atterrée par ce coup, se releva plus menaçante. Henri I n'eut d'autre ressource que de se jeter dans les bras du roi de Navarre. Les deux rois réconcilés vinrent assiéger Paris. Ils campaient à S.'-Cloud , lorsqu'un jeune moine Jacobin , nom-

mé Clément, assassina le dernier des Valois, le 4%.août 1589. |

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