‹ Histoire de Montauban (volume 2)Chapitre 9 sur 28 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

la première nouvelle de la mort tP de Henri IL, Fhéminss sénéchal

Il re Sr EN troupes, et réuni avec les protestans , surtout avec ceux de Montauban, qui avaient déjà pris l’écharpe blanche, il agit avec tant de fermeté et de prudence, que, dans fort peu de temps, il ne resta plus, à la Ligue, dans le pays, d’autres villes considéra-

bles que Cahors et Moissac. Jamais les calvinistes n'avaient conçu de si hautes espérancés, ni formé de si vastes projets. Leurs ministres se flattaient d’occuper désormais la place des ecelésiastiques catholiques. Les plus riches bénéfices devinrent l’objet de leurs ambitions. On accuse mème Michel Berauld, ministre de Montauban, moine Augustin défroqué, et quelques autres, d'avoir eu dessein d'écrire en faveur de létablissement des dimes () ».

Le roi, qui connaissait et redoutait les protestans , fut d’abord extrêmement embarrassé des prétentions de leurs ministres. Pour ne pas éveiller leur fougue, il dissimula , et les laissa espérer, songeant avant tout à se débarrasser de la Ligue. Il se rallia d’abord les catholiques modérés, en leur promettant de se faire instruire, et, fortifié de leurs secours, il vainquit les Ligueurs à Arques et à Ivry. Cependant Paris résistait toujours, et de profondes inquiétudes agitaient les esprits dans les provinces. Le roi travailla à les calmer en donnant deux déclarations , dont l’une confirmait les édits de pacification , en même temps quelle révoquait ceux portés contre les calvinistes ; et dont Pautre as-

(”) Hist. du Quercy, tom. 2, pag. 64.

DE MONTAUBAN. 91 surait le maintien de la religion catholique dans tous ses droits et priviléges.

Les Montalbanais , sous la conduite de Thémines, s'opposèrent vigoureusement aux efforts de la Ligue , toute puissante dans Toulouse , et soutenue dans le Quercy par les armes de nombreux gentilshommes. Le Sénéchal avait fait de Montauban une espèce de place d'armes qui couvrait tout le pays, et levait des contributions jusqu'aux portes de Toulouse, au moyen de Villemur, qui était aussi royaliste. Les Toulousains engagèrent le duc de Joyeuse , qui commandait dans leur ville pour la Ligue, à .faire le siége de Villemur, Joyeuse se mit en campagne àvec une armée d'environ cinq mille hommes, français et espagnols, bien pourvue d'artillerie et de munitions, dont les magasins étaient à Castelsarrasin età Rabastens. Après avoir pris les châteaux de Montbartier, de Montbéqui, de Montbeton, et avoir fait quelques dégâts dans la campagne autour de Montauban , il vint camper devant Villemur que commandait le baron de Reyniès.

À peine avait-il placé ses postes qu'il reçut la nouvelle de la prise de Moissac par la duc d’Epernon, et qu'il abandonna le siége, pour marcher à la rencontre de ce général, dont il ne put joindre que l’arrière-garde à la Cour-Saint-

Pierre. Il batut les deux régimens qui la composaient , et peu s'en fallut qu'il n’enlevät deux canons qui appartenaient aux Montalbanais. Il revint aussitôt vers Villemur , où Thémines, profitant de son absence, avait jeté un secours d’une centaine d'hommes, commandés par Chambret, Meauzac et Gimibral. Dès le lendemain l'artillerie des Ligueurs, composée de huit canons et de deux coulevrines, joua contre les murailles, ety pratiqua, au bout de cinq jours, une brèche assez considérable pour permettre l’assaut. Pendant la nuit quile précéda , Thémines s'introduisit dans la place avec trois cents cuirassiers de Montauban. L’assaut fut donné dès le matin, mais si vaillamment soutenu, que Joyeuse, après avoir perdu beaucoup de monde, dut faire sonner la retraite. Thémines le poursuivit jusque dans ses retranchemens, tailla en pièces un régiment de Toulousains , et rentra triomphant dans la place. Le siége traîna dès lors en longueur, malgré les renforts que les Ligueurs du “Rouergue et de lAlbigeois envoyèrent à Joyeuse. Celui-ci, tout en gardant ses postes, alla au devant d’un secours que le maréchal de Montmorency , gouverneur du £anguedoc pour le roi, envoyait aux assiégés. Il l’attaqua, le battit , mais avec une si grande perte, qu'il rentra en désordre dans son camp. Montauban,

DE MONTAUBAN. 95 pressé par l'infatigable Sénéchal, qui savait Villemur dépourvu de vivres, hâta ses derniers efforts en faveur de la place assiégée. Les capi- .taines venus du Languedoc, Lecques , Chambaut et Messilac sortirent de nos murs, dans la nuit du 18 au 19 octobre 1592, arrivèrent près du camp à la pointe du jour et l’attaquèrent par trois endroits. Joyeuse, qui avait été averti de leur marche, les attendait et les recut bravement; le combat dura plus d’une heure , sans avantage de part ni d'autre. Enfin, Thémines fit une sortie qui fixa la fortune. L’artillerie des Ligueurs allait tomber en son pouvoir, lorsque Joyeuse accourut la défendre. Ses soldats prirent ce mouvement pour une fuite. Ils se débandèrent et gagnèrent au pas de course la rive du Tarn, comptant se sauver à la faveur d’un pont de bateaux qu'on y avait construit, Joyeuse, entrainé dans la déroute, suivit les fuyards et s’engagea sur le pont qui se rompit sous leur poids. Presque tous se noyerent avec Joyeuse (). Le reste fut pris ou égorgé. Les vainqueurs revin rent à Montauban avec toute l'artillerie et vingtdeux drapeaux.

Cet avantage et beaucoup d’autres qu'obtin-

(*) « Son corps fut trouvé quatre jours après, et enseveli dans l’église de Villemur , au pâtus d’ycelle. Dans le mois de janvier suivant, il fut apporté à Toulouse, dans le couvent des Minismes. » Perrin, pag. 251.

rent les armes du roi, affaiblirent considé rablement la Ligue, dont l'audace diminua de jour en jour avec l'influence. Henri, qui, pour ne pas déplaire aux protestans, différait sa conversion, comprit enfin que le salut de l'état en dépendait, et résolut de se faire instruire. Une conférence eut lieu en présence du prince, entre le cardinal du Perron et les ministres Rotan et Morlas. Ceux-ci, battus sur tous les points, appelèrent à leur secours le ministre Berauld , de Montauban, qui fut aussi mal mené que ses confrères. «Cette conférence seule suffit; les aveux des ministres levèrent tous les doutes du roi. Les conférences qui suivirent en public ne furent que pour la forme (). |

Berauld, ne sachant plus comment se tirer d'affaire, allégua le synode national, qui devait se tenir à Montauban, partit tout confus, et revint dans cette ville. Il communiqua sa confusion à l'assemblée , qui se sépara sans avoir rien conclu, et en indiqua une plus nombreuse à S For.

L’abjuration du roi, faite solennellement dans le mois de juillet 15953 , enleva son dernier pré-

() Hist. du Quercy, tom. 2, pag. 77.

texte à la Ligue. À l'exemple de Paris, les villes les plus considérables du royaume ouvrirent leurs portes au monarque. Ses bontés ramenèrent presque tous les seigneurs qui avaient porté les armes contre lui. Toulouse fut une des dernières cités qui se soumirent. Le parlement voulait reconnaître Henri IV; Joyeuse, frère de celui qui s'était noyé à Villemur, l'en empècha par ses menaces. Plusieurs conseillers se retirèrent, d’abord à Montech, petite ville toute dévouée à la Ligue, et qui les reçut fort mal; et ensuite à Castelsarrasin qui leur fit le plus honorable accueil. Ils y restèrent jusqu'au mois d'avril de l’année 1596. Cetteannée-là, les ducs de Mayenne et de Joyeuse firent leur soumission. Un article du traité conclu avec le premier, confirma la nomination d'Anne de Murviel que Mayenne avait appelé à l'évêché de Montauban.

Pendant que le roi rachetait ainsi la France pièce à pièce, les Montalbanais, excités par les déterminations prises dans l'assemblée de S.t-Foi, faisaient mine de recommencer la guerre civile. On les voit, en l’ammée 1595, réparer leurs arsenaux et remettre en état l’église de S.'-Louis, où ils placèrent une partie de leur grosse artllerie, qui avait souffert du mauvais temps , exposée sur la place publique. Les me-

sures de police qu'ils prirent en même temps, «annonçoient le dessein qu'ils avoient de convertir leur ville en république (). » L'annonce

(*) Perrin, pag. 258.

A propos de ces tendances républicaines, on pourrait disserter longuement sur la monnaie que firent frapper, dit-on, les Montalbanais devenus calvinistes. S'il fallait s’en rapporter aux assertions, l'existence de cette monnaie ne serait pas douteuse, Il ne s'est pas écrit de si petit livre sur l’histoire de notre ville, qui n’en fasse mention. Le fait est cependant qu'on n’a jamais pu en découvrir un seul exemplaire, et que toutes les recherches des numismates ont été sans résultat. « Ce qui n’est pas une raison, comme disait Le Blanc, pour qu’elle n'ait pas existé. » On conserverait, peut-être, à l’unanimité des témoignages la valeur qui lui revient de droit , en admettant, avec M. le Barôn de Crazannes, que la monnaie Montalbanaise était tout simplement « une médaille , un jeton; ce qui expliquerait suffisamment son extrême rareté , ou, pour mieux dire, sa disparition totale. » Il est vrai qu’on demanderait alors , si lemot Monepo a pu être employé pour signifier autre chose qu’une monnaie destinée à avoir cours dans le commerce. |

Nous ne saurions', du reste , partager l'opinion de ceux qui trouvent dans la légende de la monnaie, « MONEDO NOVELA DE LA REPUBLIQUO DE MONTALBA », une raison suffisante de nier son existence. Ce mot République a effarouché les savans ; ils ont voulu le donner comme synonyme de cité, de communauté; et lui enlever ainsi le sens radical dans lequel il a été employé par tous nos annalistes. Voici comment s'exprime Cathala-Coture , plus explicite dans son grand Mémoire sur la Généralité de Montauban , qu’à la page 94 du tom. 2 , de son Histoire du Quercy.

«Il n’est pas inutile de faire remarquer que l’audace qu’eurent les habitans de Montauban de soutenir le siége de 1621, n’étoit qu’une suite de l'espérance dont ils s’étoient flattés de pouvoir se gouverner en forme de république , à l'exemple de ceux de Genève, où il y a un conseil souverain et indépendant , qui règle toutes les affaires. Mais ce projet chimérique , qui ne pouvoit subsister ni réussir dans une ville qui est située dans le cœur du royaume , avorta bientôt après... Ce qui prouve, toutefois , que les calvinistes avoient projeté d’ériger Montauban en république, c’est qu’ils firent fabriquer une monnoie avec cette inscription » ( Celle donnée ci-dessus ).-

Le projet des Montalbanais pouvait paraître chimérique à Cathala-Coture, habitué , comme nous le sommes, à considérer la France dans la puissante

des succès du roi les refroidit. Leur ardente activité, détournée un moment des hasards de la guerre, se porta sur des projets plus louables :

unité qui fut l’œuvre de Richelieu et de Louis XIV, Il l'était certainement moins dans la seconde moitié du xvie siècle. La faiblesse du pouvoir central, à cette époque ; les désordres profonds qui suivirent l'introduction du calvinisme dans le royaume ; l'importance toujours croissante que les guerres civiles donnèrent à notre ville ; l'exemple de Genève ; les velléités bien connues de la Rochelle, — expliqueraient assez l'intention d’arracher Montauban à la souveraineté royale, et de le constituer en état indépendant. S'il n'existe aucun fait historique particulier, qui vienne à l'appui de cette opinion, on peut dire qu'elle trouve une sorte de confirmation historique générale, et dans la turbulence naturelle à la population Montalbanaise , et dans la logique des idées qui la travaillèrent si profondément, quand elle eut abjuré la foi catholique. Après s'être jeté aussi loin que possible de l'autorité , le protestantisme dut. arréter sa course, et s'imposer lui-même la règle, sur la négation de laquelle il s'était établi. Mais la théorie fondamentale subsistait toujours, en dépit des contradictions forcées de la pratique ; el les esprits, appelés au nom dela souveraineté de tous, se familiarisaient , quoi qu'on fit, avec ces idées d’indépendance , dont l'application civile était la république , ou l’intronisation du -peuple, « seule puissance, disait Jurieu, qui n’a pas besoin d’avoir raison pour valider ses actes. »

Au surplus, si la difficulté ne roule ici que sur le mot république, nous proposerons la version de Perrin, qui donne à notre monnaie une légende où ce mot ne se trouve point. « L'insolence de ces gens mutinés, ditil, alla si avant, qu'ils faisoient déjà les maistres etles royÿs, faisant la mon-

noye dont l'inscription estoit : MONETA NOVÆ ECCLESIÆ MONTALBANENSIS. »

L'historien que nous venons de citer, nous a mis sur la voie d’un témoignage, qu'on n’a jamais invoqué, à notre connaissance , et qui nous paraît trancher la question. Nous avons lu dans son Histoire de Montauban ( 2e part. chap. x1, pag. 501 ): « Berauld, nostre ministre, remarque dans son Estfat de Montauban, qu'après la prise de la Ville-Dieu (21 septembre 1628), l’on commença à battre la monnoye dans la ville, et que Valada et son frère du Jau et Bourguet y furent commis. D'où l’on peut inférer leur fierté et leur arrogance, et le mespris qu’ils faisoient de l’authorité de leur prince, tant par la hardie entreprise de faire de la monnoye, que par le roulement du canon.»

Effectivement, il est dit dans l’Estat de Montauban, pag. 147 : « C’est en

ils s’occupèrent sérieusement de fonder, dans leurs murs, ce collége, qui devait se rendre célèbre sous le nom d’Académie. Jean de Lettes avait eu la première idée de cet établissement, qu'il proposa aux Consuls, dans sa maison d’Escatalens, où il les avait convoqués à ce sujet. Les troubles qui survinrent les empêchèrent de songer à son exécution. En 1578, profitant de la paix, 1ls reprirent le projet, et obtinrent le consentement de l’évèque Jacques Desprez, sous l'approbation du roi, et à cette condition que le collége servirait pour tout le diocèse, et que lui et ses successeurs en nommeraient les régens. L'année suivante, 1579, 1ls demandèrent et obtinrent les lettres patentes nécessaires. Les états de Quercy, tenus depuis peu à Moissac, imposèrent, pour son entretien, la somme de 800 livres, que le roi de Navarre augmenta de 200, et Terride de 50, à prendre sur leurs domaines (‘). À cette somme, les Consuls avaient voulu joindre le revenu de deux prébendes, que l’évêque et les deux Chapitres leur refusèce temps qu’on commença à battre la monnoye. Valada et son frère du Jau et Bourguet en ont la commission. » — Ceci est le rapport d’un témoin oculaire , d'un homme parfaitement instruit des moindres détails de notre histoire, à cette époque; d'un ministre, qui habitait Montauban, et qui prit, comme il le dit lui-même, une part très active « aux plus importans conseils et aux plus périlleuses exécutions. » En présence de ce témoignage, il n'yaplus, ce nous

semble , qu’à changer le millésime de la monnaie.

(*) Perrin, pag. 219.

TA

rent, à cause de leurs mauvaises dispositions. Enfin , cette année 1596, le bâtiment fut commencé, sur le fonds de l’hôpital de Parias, dont ils s’emparèrent. Les travaux s’exécutèrent sous la surveillance des Consuls et d’un conseil spécial composé de douze notables (3).

L’édit de Nantes, donné dans le mois d'avril 1598, et la paix de Vervins, signée un mois plus tard, terminèrent les troubles intérieurs et la guerre étrangère. Dès ce moment, les Montalbanais n'ayant plus à guerroyer au dehors, se querellèrent entre eux. Une tentative sans exemple contre leurs priviléges, donna lieu à de violentes descussions intérieures. Les Consuls de 1598, Jean Daliés , avocat du roi au sénéchal , Bernard Lauzat, Gabriel Tenans, Vachier, procureur, Faget, marchand, et James Birac, paysan, voulurent nommer leurs successeurs, sans le concours du peuple, qui sy opposa, et demanda, avec le rappel aux réglemens, la liberté des suffrages (4). Les Consuls, habitués à l'autorité sans bornes que les circonstances de la guerre avaient fait conférer au chaperon , passèrent outre, et se pourvurent à la chambre mi-partie de l’'Edit, établie à Castres , pour y faire approuver la nomination qu'ils avaient faite. Le peuple, représenté par François Mirabet, bourgeois, se pour

vut au parlement de Toulouse , qui, en sa qualité de juge naturel de la police des villes, et conformément à l’article 52 de l’'Edit, cassa ce qu'avaient fait les Consuls, et commit de Laporte, un de ses conseillers, pour farre procéder à une nouvelle élection, qui eut lieu le 16 juillet 1599 ().

Le clergé de Montauban fut le seul à ne pas jouir des avantages de la paix de Vervins. Anne de Murviel, ayant reçu ses Bulles, réclama l'exécution de l’'Edit, et voulut réinstaller les deux Chapitres dans sa ville épiscopale. Les habitans s’y opposèrent, prétendant que les églises cathédrale et collégiale avaient été de tout temps hors la ville, et que les Chapitres ne pouvaient exiger d’être rétablis que dans les lieux où avaient été leurs églises. De son côté, le clergé faisait valoir , pour être rétabli dans la ville , que les

(*) Daliés procéda seul à la nomination des nouveaux Consuls. Lauzat, Vachier, Faget, Tenans et Birac refusèrent de s’y prêter, persistant à regarder comme légitime l'élection qu'ils avaient faite de MM. Guillaume de Benoit, docteur et avocat, Etienne de Brassard, licencié, François Mirabet, qui refusa la charge et se mit à la tête des opposans, Gauside, marchand, Guillaume Coffinhal, apothicaire , et Bernard Gaillard, dit Bécardel, paysan. Ceux-ci se démirent volontairement de leurs charges, à l'exception de Me de Benoît, qui fut réélu.et garda son rang de premier Consul. Il partagea le chaperon avec Pierre de Manas, docteur et avocat, Antoine Malpartit, Pierre Hugla, Guillaume Lamothe, chaussetier, et Pierre Montméja, dit Saboye, paysan. Registre du chaperon consulaire , ad, ann. 1599, liasse 59.

Montalbanais lui devaient une indemnité pour les églises démolies ; que le Chapitre cathédral, conjointement avec l’évêque, possédait la seigneurie temporelle de Montauban ; que ce même Chapitre était prieur, et le collégial, curé des églises S.'-Jacques et S.'-Louis, qui étaient dans l'enceinte des murs. Le roi, sur les plaintes de Vévèque, envoya deux commissaires mi-partis , Fondriat et Dubourg-Clermont , qui, n’osant rien statuer à cause de la fermentation des esprits, renvoyèrent la cause au conseil, après avoir ordonné que les Chapitres feraient l'office par provision dans l’église de S.‘-Louis. Cette église manquait de clocher , l’évêque essaya d'y en faire construire un ; mais les maçons, attaqués à coups de pierre, furent obligés d'abandonner louvrage (”).

Tandis que l'affaire était pendante devant le conseil, le peuple et les écoliers, qui étaient déjà fort nombreux à Montauban, se soulevèrent à linstigation des ministres ; une violente sédition éclata ; et lorsque les ecclésiastiques se présentèrent pour prendre possession de l’église de S.'-Louis, ils furent indignement maltraités et chassés de la ville, Anne de Murviel, outré de

(”) Perrin, pag. 241.

ces attentats, se pourvut au parlement. La cour souveraine rendit un arrêt favorable aux catholiques; mais la chambre mi-parüie de Castres cassa la procédure. Le conseil du roi, pour éviter les suites de ce conflit, nomma deux commissaires , qui se transportèrent sur les lieux et qui, ne pouvant s'accorder, renvoyèrent encore une fois l'affaire au conseil, où, enfin, il fut ordonné, par arrêt du 21 novembre 1600, que les deux églises de S.‘-Louis et de S.'-Jacques seraient rendues au clergé, avec cette clause que les calvinistes pourraient se servir du clocher de la dernière pour faire le guet. Cet arrêt ne fut pas plus fidèlement exécuté que les autres. On menaça mème l’évèque et les ecclésiastiques de les chasser à tout jamais de la ville; de sorte qu'ils durent se contenter de la restitution de l'église S.'-Louis, d’où les Consuls firent enlever l'artillerie. Il leur fut ordonné de ne faire l'office qu'a voix basse, et de ne pas pousser leurs processions plus loin que le com de la Faurie, ce qui formait un espace de cent pas au plus (). L'église de S.'-Jacques n’était pas

(") Perrin indique plus longuement les limites imposées à l'exercice public du culte catholique : « De l’église de St-Louis, prenant à main droite, au Darnage, et de là, passant par la rüe dite des Soubirous-Bas , à celle de Saligna ( la recepte des ordures du voisinage ), à la grande rüe, pour se remettre en l'église. » Pag. 244. «Pourtant, ajoute-t-ii , le jour de la feste des Rameaux , deux des Consuls commis pour empescher le désordre , rencontrèrent les Cha-

en état de servir : 1l n’y restait que les murailles; une partie était remplie de terre , et servait de cavalier sur lequel on avait rangé des coulevrines. Le reste était affecté à la composittion du salpètre. ,

À toutes ces restrictions, les ministres en ajoutèrent d’autres de leur chef. Ils défendirent expressément aux Montalbanais d’affermer les dimes des ecclésiastiques. Un nommé Pierre Aymerac, ayant, en 1606, pris en ferme celles du Chapitre cathédral, fut privé de la'cène , et obligé , pour éviter quelque chose de pis, de résilier son bail. Chaque jour le clergé était en butte à de nouvelles injures. À l’occasion d’une fête nationale , l'évèque avait fait dresser un bücher devant l’église de S.'-Jacques; à la tête de son clergé, 1l allait y mettre le feu , et chanter le Te Deum, lorsque les calvinistes accoururent furieux , et le repoussèrent jusque dans l'église de S.'-Louis. Le prélat souffrit avec une patience admirable les outrages sans nombre qu'on faisait à sa personne et à sa dignité. Sa

pitres suivis de leur évesque, faisant la procession , ils leur permirent de la poursuivre tout le long de la rüe des Soubirous, jusqu'à celle de La porte des Cordeliers. » IL est vrai qu'Anne de Murviel ayait.précédemment ordonné , « en faveur des calvinistes , » qu’on ne sonnerait point la cloche de St-Louis, pendant la nuit, hors la veille de Noël. Ibid. pag. 242.

modération l’exposa bientôt à de nouvelles violences. Une pauvre femme de Sapiac, nommée Jornaille , qui était restée catholique, malgré son mari et les désordres du temps, tomba malade dans le mois d'août 1607. Se voyant près de sa fin, elle gagna le plus jeune de ses enfans , qui alla lui chercher un prêtre, auquel elle se confessa secrètement. Elle mourut peu de jours après. Celui de ses fils qui avait respecté le dernier vœu de sa conscience , voulut la faire inhumer selon le rit de l’église ; l'aîné s’y opposa , et avertit le consistoire, qui envoya un ministre avec une troupe d'archers à cheval. On enleva de force le cadavre , et on l’enterra dans les formes protestantes. Au premier bruit de la collision, l’évêque était accouru , accompagné de son Chapitre, espérant que sa présence calmerait les esprits. Il s'était trompé, les cris les injures, les coups de pierre l’accueillirent. Les archers portèrent l’insolence jusqu’à pousser leurs chevaux dans le cortége du prélat, qui trouva les portes fermées, quand il voulut rentrer dans la ville. On ne lui ouvrit celle du Moustier qu’à la chute du jour, après l'avoir laissé exposé , durant plusieurs heures, aux insultes de la populace, qui lui jeta constamment des pierres et de la boue, et l’accompagna ainsi jusqu'à l’église de S.'-Louis. La plupart des ec-

clésiastiques furent blessés ; l’évêque lui-même le fut dangereusement au visage. Sur l’ordre du parlement , le juge de Castelsarrasin vint informer; mais l'attentat resta impuni. La ville ne reconnaissait que de nom l'autorité du roi; les Consuls et les ministres y gouvernaient en maftres. Il eût été parfaitement inutile de prononcer un arrêt qui n'aurait pas été exécuté. L'évêque et le clergé durent se taire devant les menaces d’exil et même de mort, que leur jetait un peuple forcené.

Pendant que les Montalbanais méconnaissaient ainsi les droits accordés par les édits aux ecclésiastiques , Henri IV travaillait sans relâche à étouffer les conspirations, et à faire disparaître les déplorables traces des guerres civiles. Bientôt la France monta au plus haut point de prospérité. Comme le reste du royaume, le Quercy jouissait d’une tranquillité profonde , dont le clergé de Montauban était seul exclu. En 1609, il dut voir démolir la maison que Bertrand Robert avait achetée dans la ville, et bâtir à sa place le temple appelé le Vieux. L’évèque, qui habitait Montech, réclama vainement. Peutêtre eût-1l enfin obtenu justice de tous ces attentats , si le couteau de Ravaillac n'avait pas tranché les jours du roi, le vendredi 44 mai 1640.

106 HISTOIRE | Le même jour, le parlement de Paris décerna la régence à la reine Marie de Médicis.

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