XXIV AVERTISSEMENT
Charlemagne et la fanatique ambition de Grégoire VI. — Nous reconnaissons, avec notre savant compatriote, M Mary-Lafon , que nos historiens d'autrefois ne se sont pas abreuvés aux véritables sources , que tous leurs livres sont à refaire, que la science des faits sociaux, inmensément agrandie par les explorations modernes , impose à quiconque se mêle de les écrire, d'immenses et graves travaux. Certes, nous ne sommes pas assez étrangers à ce grand mouvement des études actuelles , pour ignorer ce que doit être, aujourd'hui, une histoire même locale ; et c’est ce qui nous a fait croire que nous devions nous expliquer sur l'œuvre de Le Bret , sur ce livre que quelques-uns à peine connaissaient , et que nous avons réveillé de son sommeil de près de deux siècles, pour le faire jouir de la faveur inespérée d’une
publication nouvelle.
À la suite de ses remarques, si pleines de sens et de savoir , M. Mary-Lafon aurait pu juger sévèrement la composition de Le Pret; il y avait pour lui ample matière à un légitime procès. S'il s’en est abstenu , c'est que, sans doute , la considération de l’époque où l'Histoire de Montauban fut écrite, de l'oubli profond où étaient tombés alors les documens originaux, et plus encore, de l'erreur générale qui tenait pour remplie la mission de l'historien, quand il avait enregis-
tré à la file une série plus ou moins longue de faits,
AVERTISSEMENT . ce : à a retenu sa plume. IL est bien vrai que la part de cette considération doit être grande, dans l'appréciation des œuvres historiques antérieures à notre temps, et qu'il serait souverainement injuste de refuser à Le Bret, l'indulgence que nous devons à tous ceux qui ont vu et raconté le passé comme il l’a fait lui-même. Cependant , comme l’auteur de l'introduction se trouve placé dans une position différente de la nôtre, et qu'il est parfaitement libre de la responsabilité que nous avons assumée, sans être moins justes que lui, nous pouvons nous dispenser d'une partie de sa réserve. Ainsi, nous l’avouons, — et ceci est tout à la fois une obligation et une décharge de conscience, — l’Aistoire de Montauban ; par Le Bret , est loin , bien loin de satisfaire aux conditions présentement exigées des travaux historiques. Entachée des vices généraux qui déparent toutes les productions du même genre et de la même époque, presque constamment nulle sous le rapport de la critique, vide des évènemens qui devraient y dominer , elle est encore très incomplète dans le récit de ceux qu'elle rapporte. Dès l'ouverture du livre, le lecteur le moins judicieux remarquera l'absence de toute recherche relative aux temps primitifs de l'Abbaye, du Bourg et de la Cité. Les mœurs, les coutumes, les formes de la justice locale, — toutes ces choses de caractère et de physionomie, sans lesquelles il est impos-
sible d'apprécier justement une population, —y sont peu