XXVI AVERTISSEMENT
ou point indiquées. Que sait-on de l’organisation mu-nicipale Montalbanaise, quand on a lu Le Bret? La guerre des Albigeois éclate; tout le midi est en feu ; Montauban déploie sa bannière à côté de celle de Toulouse; ses habitans, assemblés pour entendre lecture des conditions imposées à Raymond par le légat de Rome, s'écrient d'une voix unanime, « qu'avant d'y consentir, ils mangeront plutôt leurs enfans, » — « que pus leou que fassen aquo , lors enfans plutèz manjarian; » (*) — et vous verrez ce que dit Le Bret de ce terrible drame, où nos aïeux durent si bien jouer leur rôle. Nous avons nommé la corporation industrielle comme un des principaux élémens de la Commune au moyen-âge, et il semble que Le Bret ignorait jusqu’à l'existence des statuts des corporations établies à Montauban, statuts qui se trouvent, parfaitement conservés, dans nos archives communales. Vous pensez ce que devaient être, à la fin du xu° siècle, au milieu de la turbulente rudesse de l’époque féodale , les bourgeois « hagards et remuans de ceste ville qui a toujours esté insolente. » (‘*) Quelles scènes animées durent signaler leur résistance aux Abbés de Mont-Au-
riol, quand ceux-ci, réveillant les prétentions d’une sei-
(") Xistoire de la guerre des Albigeois , dans l'idiome du Bas-Languedoc. Dom Vaissette, tom. 1171. Preuves, pag. 32.
(”) Discours particulier du siége de Montauban ; bibliothèque royale , cabinet des estampes.
AVERTISSEMENT. XX VIS gneurie à moitié perdue, suscitaient ces ardentes querelles où le Pape était obligé d'intervenir avec sa grande voix ! Et Ze Bret n’y consacre pas une ligne; son imagination ne fait pas un effort pour ressaisir ce passé tout plein de luttes orageuses. Dans la première partie de son livre, il n’est, le plus souvent, que l’historiographe du Chapitre cathédral; il trace avec une complaisance visible la liste chronologique des abbés , des évêques, et même des prévôts. Mais il oublie complétement que les vassaux de l'Abbaye sont devenus des bourgeois, qui ont leurs franchises et leurs privilèges ; qu'une forte Commune s’est constituée , dont les affaires effacent grandement, si elles ne les absorbent pas en entier, les intérêts du pouvoir ecclésiastique; en un mot, si, dans le travail de Ze Bret , l'histoire civile de la cité Montalbanaise est toute sacrifiée à son histoire religieuse, celle-ci encore est loin d’être traitée comme elle aurait dû l'être. Nous en avons acquis la preuve en feuilletant, à la bibliothèque royale, la partie de l’immense collection du président Poat, où sont conservés les documens relatifs à cette face de nos annales. — Voilà bien des lacunes, bien des vices capitaux signalés dans l’œuvre de Ze Bret ; la liste en deviendrait plus longue, si nous voulions maintenant tenir compte des inexactitudes de détail, des anachronismes de costume, de la pâleur du récit, des incor-
rections du style, du peu de logique qui préside à la