D4 HISTOIRE
Eglise, sur le sujet du même saint, tout ce que disent et la nôtre et les historiens dont jai parlé.
Voici, en abrégé, le récit que fait Perrin de la fondation de l’abbaye et du bourg de Montauriol :
& « L'an 760, un Pépin, second fils de Charles-Martel, qui estoit roi d'Aquitaine... attira dans le Quercy les moines de saint Benoist, pour seconder saint Ambroise, évêque de Cahors, par leurs exemples et leurs enseignemens, dans laffermissement des vrais chrétiens et dans la conversion des infidèles. Il leur fit bastir (remarque de La Croix) deux couvens célèbres, savoir, Figeac et Marcillac (*) et les y dota ; ce qui oc-
(*) Si nous devons ajouter foi aux nombreux témoignages qui attribuent la fondation de l'Abbaye de Montauriol aux ancêtres de saint Théodard , il faut en conclure que cette Abbaye est plus ancienne que celles de Figeac et de Marcillac , qui furent fondées, non par Pépin-le-Bref, mais par Pépin 1, roi d'Aquitaine, son arrière-petit-fils. Dom Vaissette pense conséquemment que la charte, datée de Figeac le 8.e de novembre de l’an 755, a été interpolée, puisque Pépin-le-Bref, bien loin de se trouver en Quercy en 755, demeura toute cette année en Italie. Le savant bénédictin remarque, en outre, qu'à cette époque , le fils de Charles-Martel ne possédait encore rien en Aquitaine; qu'il n’en dépouilla Waifre qu'après l'an 760, et qu'il revint promptement en France, au mois de juin 768, lorsqu'il eut achevé la conquête de la province. — La supposition des bulles d'Étienne Il, 755, et de Pascal I, 822, n’est pas non plus douteuse. — Il est dit, dans la charte attribuée à Pépin-le-Bref, que ce prince établit Anastase pour premier abbé de l’abbaye de Figeac. Or, nous voyons,
d'une part, un abbé de Conques, portant ce nom d'Anastase, en 825, sous
DE MONTAUBAN. 29 casiona plusieurs des grands de la Guyenne à faire de pareils édifices, et principalement les parens de saint Théodard, selon un mémoire qu'on lit dans les archives de la cathédrale de Montauban. Car, attirés par la piété de ce prince, ils furent si zélés pour la religion, que Guidon, évèque de Lodève, dans la vie qu'il a escrite de saint Théodard , témoigne qu'ils firent bastir un couvent sous le nom de saint Martin de Tours, tout près du Tescou, dans leur propre fond. Si Robert, roi de France, en attribue la fondation à Pépin, dans des lettres patentes qu'il adresse à Géraud, un de nos abbés, en‘cela il ne contrarie en rien, à ce que dit Guidon, lequel, donnant la bastisse aux parens de saint Théodard, met sous silence les religieux et leur abbé pour laisser la gloire de leur établissement au roi qui fonda l'Abbaye, ce que l'acte de sécularisation de la cathédrale porte en ces termes : Tempore regis Pipini et fundatione ipsius fuit constructum monasterium. B. Martini, Turon. Epi., in solio parentum beatissimi Theodardi, aucthoritate apostolicä. »
Pépin I, roi d'Aquitaine; et de l’autre, nous savons que ces deux monastères furent unis et gouvernés par un même abbé, jusqu'au pontificat d'Urbain IF, qui les sépara. — Voy. pour de plus amples développemens les notes de l’Histoire du Languedoc, nouv. édit., not. xiV, pag. 453, et les additions et remarques de M. Du Mège, n.0 5.
« L'an 790, la mort du roi Pépin [fremarquez que le Pépin, dont parle notre auteur, mourut en 768) ayant donné l'entrée de rechef aux ennemis de la vraie foy, dans la Guyenne, et à leur désir de perdre la religion du vray Christia- nisme, par la destruction et dégat des églises et monastères, Charles-le-Grand, son fils, laffermit... C’est pourquoi, il est croyable qu'après tant d’oppressions souflertes, et dans le temps de calme, les abbés et leurs moines, remis dans leurs monastères, rendirent leurs déserts habitables, attirant le peuple du voisynage pour sy establir, dans l’espérance de se mieux garanur de la fureur des ennemis... C’est ainsi que Abbaye de Montauriol, après avoir esté établie, et avoir long-temps vécu dans étroite règle de saint Benoist, sur un mont solitaire, se trouva, dans la suite, au milieu d’une ville, qui en prit le nom et les armes, soit en signe de dépendance ou par marque de respect; elle en dépendait, en effet, tant pour le temporel que pour le spirituel, les abbés en étant prieurs et seigneurs. La dotation de leur paroisse fut vraysemblablement faite, non par Pépin, leur fondateur, mais par les autheurs de l'édifice, en tout ou en partie. Dieu les en récompensa, en leur donnant un fils qui fut l’ornement de leur maison, pendant sa vie, et du monastère, à sa mort. »
Pag, 5 du manusc. in-4°.
DE MONTAUBAN. d1
L'église de Montauriol fut fondée, comme je l'ai dit, sous l’invocation de saint Martin , archevèque de Tours, que ses miracles avaient rendu si célèbre par toute la France, qu'outre que le jour de sa mort était solennisé avec beaucoup de dévotion , il servit d'époque pendant plusieurs siècles pour régler les calendriers et pour la passation des baux à ferme par toute la France; ce qui se pratique encore en divers lieux des environs de Paris, et même dans les Parlemens qui font leurs entrées le lendemain de [a Saint- Martin. Mais, après la mort de saint Théodard, elle fut appelée du nom de l’un et de l’autre indifféremment, et plus universellement toutefois le Moustier, à Monasterio. Quoiqu'il n’en reste pas aujourd’hui la moindre trace, je puis néanmoins en faire une description assez juste, tant par le moyen d’un procès-verbal des réparations que l’on y fit en 1552, dix ans avant sa destrucüon, que par celui d’un plan fort régulier de la ville de Montauban et de toutes ses églises, fait avant l'introduction du Calvinisme, et par le registre d’un bourgeois de Montauban , nommé Ruel. Il avait été catholique et l'avait vue une infinité de fois; de sorte qu'il en parle comme savant dans ce registre, où, par ordre des consuls de 1580, il fait l'examen des comptes des calvinistes qui, avant été chargés des ornemens,
cuivre, métal, et autres meubles de cette église, lorsqu'elle fut pillée, en avaient soustrait une partie : car, quelque grand que fût le zèle de leur réforme, ils ne laissaient pas, après avoir pillé les catholiques comme 1dolâtres , de se piller entre eux, quoique bons amis.
Cette église avait trente à trente-deux cannes de long sur douze de large ; elle était un peu plus à l'Orient qu'au Nord; elle avait trois portes, dont la plus grande, qui n'était pas la plus riche, était au fond de l’église vers le Couchant d'hiver, et ne s'ouvrait que rarement, parce qu'elle était sur le rampant qui descend au ruisseau du Tescou; la seconde, qui allait au cloître, était à droite d’une croisée ouverte entre le chœur et la nef; et la troisième, qui était à gauche, faisait face sur la grande rue qui conduisait à la ville. Celle-ci était d'autant plus magnifique, qu'outre que son comble était orné de deux hautes et larges tours qui servaient de clochers, ses deux côtés étaient enrichis de colonnes de marbre jaspé.
La reine Catherine de Médicis, passant par Montauban, en 4564, et ayant eu la curiosité de voir les belles et pitoyables ruines de cette église, fit emporter à Paris trois de ces colonnes qui étaient demeurées entières ; je me souviens même
DE MONTAUBAN. 59 de les avoir vues dans la salle des antiques du Louvre, et je crois qu'on les a employées au nouveau bâtiment. — Il y avait neuf cloches dans les . deux tours : la plus grosse se nommait saint Martin, avait quatorze pans de bouche, pesait douze mille livres, et ne servait, à ce que dit Ruel, qu'à l'horloge, à cloquer aux processions, et appeler le peuple au sermon; la seconde s'appelait Marie, avait dix pans de bouche et pesait huit mille livres; enfin, la plus petite des sept autres pesait quinze cents livres, et le tout formait cinquante-cinq mille livres de métal, qui fut inventorié et porté, comme tout le-reste de ce qne l'on y prit, dans l’hôtel-de-ville, par ordre des consuls. — I y avait au-devant du chœur un grand chandelier de cuivre en forme de pyramide, appelé le chandelier des ténèbres ou des funérailles des évêques ; 1l pesait deux mille Hivres, «tant il était massif, gros et épais de pied, de jambe et de soubassement » , comme parle Ruel. Il y en avait un autre de même métal dans le chœur , qui de ses branches entourait le grand autel et servait à mettre quantité de cierges aux Jours solennels.
Le pupitre de l'Évangile était aussi de cuivre, et représentait un griffon sous lequel était un lon reposant sur un large soubassement ; auprès de
celui-ci était le tombeau de Jean Després, tout en cuivre mêlé de fonte. — Le siége de l'évêque, qui était au bout des stalles des chanoines , avait un grand Ange de cuivre qui soutenait son dais; chaque porte du chœur avait aussi le sien qui en ornait le dessus; la clôture du chœur était de fer avec une frise qui soutenait les armes de Jean d’'Oriole, entremèlées de fleurs-de-lys , et bordant tout le tour du chœur, de trois en trois pieds. [l y avait une grande chapelle derrière le chœur, où les enfans de musique et leur maître étaient obligés de chanter une messe haute toutes les semaines. Huit autres chapelles dans la nef, quatre de chaque coté, étaient fermées , les unes de cuivre, et les autres de fer ouvragé; trois autres étaient dans le cloître, entre l’église et le jardin que l’on nomme aujourd'hui l’'Héritage. D’après quelques mémoires, ce jardin aurait appartenu à l'évêché , mais on a si bien caché les preuves, qu'on n'a pu rien découvrir encore.— Le logis de l’évêque était sur le côté du cloître qui regardait le Tescou, et, à considérer la place de cette maison, elle devait être fort peu de chose, Aussi l’évêque Bertrand Robert, soit par cette considération, soit par celle de son éloignement de la ville, y en achetatil une qu'il donna à ses successeurs, l'an 1396, et que Charlés VIT, qui y logea, en 1442, ano-
DE MONTAUBAN. A blit, le 19 janvier de cette année, par ses patentes datées de la même ville (5). — Cette église, au reste, était dans une situation si avantageuse , que ses masures, après sa destruction, servirent tantôt de fort et tantôt de batterie pendant les différens siéges de Montauban. De là vint que ce lieu, le plus beau du monde, étant devenu le plus affreux, personne ne le regardait que comme un cloaque, où l'on jetait, en effet, toutes les immondices de la ville. Mais Pierre de Bertier, sous les heureux auspices duquel J'écris ceci, et que Dieu a suscité pour la réparation des ruines lamentables tant de l'église que de la ville de Montauban, a changé la face hideuse de ce lieu, et y a fait un jardin admirable dont je ferai un chapitre à part. Jachèverai celui-ci en disant quelques mots des autres changemens qui sont survenus, pour le spirituel, dans cette église, laquelle fut Abbatiale jusques en l’année 1317, époque où le Pape Jean XXI, natif de Cahors, l'érigea en évèché par sa bulle donnée à Avignon, le 7.° des calendes de juillet, la première année de son pontificat.
Elle était, comme je l'ai dit, sujette à l'abbaye de la Chaise-Dieu ; mais, par son érection en Cathédrale, elle fut affranchie de Cahors, dans le diocèse duquel elle était. Tout le reste du