‹ Histoire de MontaubanChapitre 33 sur 60 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

voiquE l’église de S.'-Théodard ait été \@exposée aux fureurs des Albigeois, 4 £des Anglais et des Calvinistes, qui, #9) après Près pillée et brülée en 1562, la démolirent entièrement quelques années après, j'ai néanmoins trouvé, dans ses archives, des mémoires et des actes qui appuient ce que la tradiion nous apprend de son fondateur et du temps de sa fondation. Il y en a du x.° siècle, et, entre autres, plusieurs donations de terres

et de rentes faites à l'église de S.'-Théodard; (") car elle fut appelée , au commencement , tantôt de Montauriol, à cause du lieu où elle était, et tantôt de saint Martin, sous l’invocation duquel elle avait été bâtie; on l’appela aussi de saint Théodard, depuis la mort de ce saint. Ces chartes sont datées des féries et mois où elles furent données, avant ou après Pâques, car il ny avait point en ce temps-là d'autre manière de compter. Elles sont même sans signature de notaires, qui ne furent établis que bien longtemps après ; mais seulement passées en présence de témoins, et intitulées du règne des rois qui vivaient alors, et entre autres de Lothaire

{") Les dons les plus importans que reçut l'Abbaye de Saint-Audart, lui furent faits par le comte du Rouergue , Raymond II, qui possédait par indivis avec le comte de Toulouse l’Albigeois et le Quercy. Dans un codiciile, daté de 961, ce prince donne à Saint-Audart , pour le remède de son âme, pour son père , pour sa mère et pour ses fidèles : 1.0 le tiers de l’alleu des Vertus ; 2.0 le quart de l’église de Saint-Cirice ; 3.0 l’alleu de Dieupantale ; 4.0 l’alleu de Montjoy. ( Le nom de ce hameau, qui existait encore au 14.e siècle sur les hauteurs de Saint-Martial , atteste le culte que les Romains rendaient jadis dans ce lieu au maître des Dieux.) 5.0 l’église de Ricard ; 6.0 l’alleu de Campoguidano ; 7.0 le château de Tolviou, qui était situé entre la Paillole et le Tarn. Ce château fut cédé, en fief, par les moines au comte de Toulouse , qui devait, en redevance, tenir l'étrier une fois à chaque abbé de Saint-Audart ; 8.0 l’alleu et l’église d'Atbefeuille ; 9.0 l’alleu et l’église de Galleras ou Gasseras ; 10.0 l’alleu et l'église de Verlhac.

Ce même testament contient des legs en faveur de plus de 80 abbayes ou églises, parmi lesquelles on distingue celles de Moissac, de Saint-Antonin , de Saint-Marcel, de Cayrac , de Saint-Nauphary , de Lafrançaise et,de Sainte- Rafine. (Voy. Mabil. dipt., pag. 572.

DE MONTAUBAN. 29} qui succéda, en 954, à Louis d'Outremer, et sous lequel Hugues était abbé de Montauriol. J'en ai remarqué une, entre les autres, qui me semble d'autant plus singulière que celui qui la fait, donne quidquid acquisivit justè vel injustè. C'était un homme de guerre, qui sans doute paria ainsi, pour ne pas entrer en discussion, ni s'exposer au risque que l'ignorance d’un casuiste peut faire courir à une personne qui se voit au moment d'aller rendre compte à Dieu du bien d'autrui. Enfin, les mémoires et la tradition, qui vont fort loin au-delà de ces donations, portent que cette église commencée dans le fond de laïeul de saint Théodard, à Montauriol, fut achevée par Pépin, après la défaite de Waifre, duc d’Acquitaine , et qu'ayant sonffert quelques ruines pendant la guerre d'Unald, fils ou frère du même Waifre, elle fut réparée par Charlemagne : la tradition en reste là jusques à Lothaire. Depuis ce roi et l'abbé Hugues, ces mêmes archives contiennent les noms de tous les autres abbés ses successeurs , jusques en 1315, époque où les évêques, par l'érection de l'Abbaye en évèché, leur succédèrent. Ceci est conforme aux anciens titres et d'accord avec les histoires de Guyenne et de Languedoe, telles que le vieux manuscrit de saint Étienne de Toulouse, la bulle d’érection de cette église en évêché, le manuscrit de Guidonis, Bertrandi et

Nouguies, quisont venus après, ainsi que Catel dans ses Mémoires du Languedoc et son histoire des comtes de Toulouse. A quoi je puis ajouter les observations de Ménard sur le martyrologe Bénédictin, ouvrage moderne, mais d’ailleurs précieux pour la grande antiquité des mémoires d’où il a été tiré. Je dirai toutefois, en passant, que Je ne suis pas de son avis au sujet de saint Théodard qu'il fait moine de saint Benoît, quoique les vieux manuscrits de saint Étienne et Guidonis n’en parlent que comme d’un ecclésiastique élevé auprès de l’évêque de Toulouse, et voici à propos de quoi ils en font mention.

La ville de Toulouse ayant été autrelois assiégée par les Sarrasins , les juifs qui y demeuraïent en grand nombre, tramèrent une conspiration pour la livrer aux infidèles; mais ayant été découverts (et c’est sur quoi Catel dit que le siége fut levé), les chefs de la conspiration furent punis, et les autres condamnés à payer de grosses amendes, et à présenter trois fois l’année un des leurs, qui était obligé de souffrir qu'un homme robuste le souffletät devant la porte d’une église. De sorte que cette servitude les fàchant, ils s’adressèrent au roi Carloman qui les renvoya à Sigebod, archevèque de Narbonne, et à Richard, duc d'Aquitaine, par-devant qui les Juifs ayant

DE MONTAUBAN. 51 fait appeler le clergé, la cause fut plaidée, mais si mal soutenue par ces misérables, et si éloquemment défendue par Théodard , qu'ils perdirent leur procès (4). Sigebod, cependant, ravi des belles qualités de Théodard, lemmena à Narbonne, et le fit archiprètre de son église dont, après sa mort, il fut archevèque. Après une infinité de grandes et saintes actions, étant tombé malade, il se fit transporter à l'Abbaye de Montauriol, y mourut en odeur de sainteté, et y fut enterré dans un sépulcre de pierre, au côté gauche du grand autel, d’où ses reliques, à cause de plusieurs miracles, furent, quelque temps après, retirées et mises dans une châsse d'argent, ainsi que le portent les anciens statuts du chapitre (”). J’ai même trouvé

(*) Le légendaire de l’église de Montauban dit que, long-temps après, les ossemens de saint Théodard furent mis dans un lieu plus convenable, mais non traités encore avec tout l'honneur qu’ils méritaient. Enfin, l’évêque Jean d'Oriolle (1492-1516) les plaça dans cette châsse de pur argent, pesant trente marcs , dont parle Le Bret, et sur laquelle était représentée l'image du Saint, tenant dans sa main la double croix ou bâton archiépiscopal. Cette châsse , qui était exposée à la vénération des fidèles le jour de la fête de saint Théodard , fut déposée dans le trésor de la sacristie de l’église cathédrale, ainsi que Jean d'Oriolle en avait exprimé la volonté dans son testament : «volo et ordino quèd capsa sive reliquiarium per me factum de puro argento , in quo reliquiario fuit repositum corpus B. Theodardi, mei patroni, perpetud remaneat ad usum dicti sancti, et in sacristià ecclesiæ meæ, et in armario ad hoc deputato.» L'inventaire des richesses de l’église de Montauban, dressé par le même Jean d'Oriolle, porte également : « capsa S. Theodardi ex argento facta et desuper deaurata , cum imagine ejusdem sancti. »

« Dans le pillage et destruction des églises, en l’an 1561 , —dit Perrin, pag. 5, — les ossemens et le reliquaire furent enlevés. Quelques-uns en veu-

dans les informations faites du pillage des églises en 1562, que cette châässe fut pillée comme le reste. L'on ajoute que les reliques furent jetées dans un pré où un pauvre ecclésiastique, caché dans les ruines de l’église, les alla ramasser la nuit, et les cacha dans l’ég\se de Villebrumier, où elles furent retrouvées plus tard, et où elles sont demeurées depuis lors en grande vénération.

Ainsi, saint Théodard ne peut avoir été moine de saint Benoît, car on n'aurait pas fait d'un régulier un archiprêtre. Il est vrai qu'en ce temps-là toutes les personnes de qualité faisaient élever leurs enfans dans des abbayes, et c’est peut-être ce qu'a voulu dire Ménard; mais comme ce n'était que pour y faire leurs études, il n'aurait pas dû confondre un enfant, qui était simple pensionnaire dans une abbaye, avec ceux qui en portaient lhabit et en professaient la règle ; d’ailleurs,

lent attribuer l'enlèvement à Jean de Lettes, qui, d’évêque de Montauban, s’apostasia ; mais , c’est mal à propos (Jean de Lettes partit pour Genève en 1556.) ; elles le furent quelques années après cette apostasie. C'est pourquoi je l’attribue , avec plus de raison, aux libertins qui le suivirent malheureusement dans le calvinisme , lesquels se contentant du seul argent de Ia châsse..…. eurent à mépris les ossemens. La tradition nous assure que, depuis ce temps , ils sont conservés dans l’église champêtre de Villebrumier, en un chétif cercueil..….. De quoi la province de Narbonne a esté dans le deuil, et. a travaillé autrefois à s’acquérir ce trésor, pour en orner sa maîtresse-église, ce que Jean

Sudre, jadis curé de Villebrumier, a certifié à plusieurs personnes dignes de foi. »

DE MONTAUBAN. 39 quand 1l n'aurait pas été ecclésiastique séculier, il ne pouvait être moine de saint Benoît, mais seulement chanoine régulier de saint Augustin, puisque le clergé de S.“Etienne de Toulouse était de cet ordre; et Théodard, comme le remarquent ces historiens , étant nourri près de l'évèque de Toulouse, celui-ci ne leût pas fait vivre autre part que parmi les clercs de son église. La Croix fait une grande faute contre la chronologie, lorsque, dans la vie de saint Bernard, évêque de Cahors, qui mourut lan 990 (*}, 1l donne à peu près la même date au décès de saint Théodard; quoique ce dernier, qui était ecclésiastique sous le règne de Carloman, en 880, et qui ne vécut pas plus de cinquante ans, fût mort sur la fin du règne d'Eudes, en 898, c'est-à-dire 90 ans plus tôt que ne le dit La Croix.

L'église de Narbonne garde précieusement un buste d'évèque, qui est d'argent doré, et qui aau milieu de l'estomac un cristal à travers lequel on voit une relique de saint Théodard. Elle fut vérifiée dans la visite faite en l'an 1602 par l'archevêque de ce temps-là; j'en ai vu le procèsverbal, et Jai appris de la tradition de cette

(*) D'après Cathala-Coture, saint Bernard fut élevé au siége de Cahors envi-

ron l’an 990 , et mourut vers 1027.

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