‹ Histoire de MontaubanChapitre 43 sur 60 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

\de

> qu'en 1144, ne put prendre effectivement quelque forme de communauté que longtemps après la transaction de 1149, oùil n’est fait aucune mention de Consuls ni d'Hôtel-de-ville. Les anciens vassaux de l'Abbaye ne durent songer à bâtir que quand, par cette transaction, ils se crurentassurés contre l’appréhension qu'ilsavaient

toujours eue, qu'on les obligeñt de retourner à Montauriol. Depuis 1149 il leur fallut bien du temps pour se loger , et bâtir leurs murailles qui apparemment sont celles d'aujourd'hui. Car je n'ai point trouvé quelles aient été faites dans un autre temps.

Quand tout cela fut achevé, ils songèrent à avoir, comme les autres villes, des Consuls et un lieu pour traiter des affaires de leur communauté, et obtinrent tous les deux du comte de Toulouse, qui les leur accorda sans la participation de l'abbé. 3e fonde cela sur les deux actes dont je viens de parler, et sur ce que la démolition de cet hôtelde-ville et la suppression de ce consulat, étaient deux des principales demandes que l'abbé et les moines faisaient au Comte dans le procès qui fut terminé par la seconde transaction de 1231. En tout cas, quand cela eût été fait auparavant, on peut dire que ni le consulat ni l’hôtel-de-ville ne urent leur véritable origine que de cette transacon. Elle rend, en effet, les Consuls aussi dépendans de l'évêque qui a succédé à l'abbé, que du roi qui a succédé au Comte, puisque la seisneurie de Montauban leur appartient par moitié, ue la justice s’y doit rendre au nom de tous les deux, et que tous les nouveaux Consuls sont obligés, après leur élection, de jurer à lPévèque,

DE MONTAUBAN. ST comme au roi, de défendre et garder ses droits et ceux de son église. Ce serment n'est fait que pour tenir lieu de celui qu'était obligé de faire à Vabbé et aux moines chaque habitant en particuher, comme le porte cette même transaction. Il est dit dans le même acte que l'hôtel-de-ville était sur la place publique, dans un coin, où l'on en voit encore le bâtiment qui est fort chétif, n'ayant qu'environ quatre cannes en carré; le logement d'en haut ne sert présentement qu’à quelque maître d'école , et le dessous qu'à tenir les mesures

du blé (.

En l’année 1476, les Consuls, prétendant avoir acheté du Chapitre cathédral une maison dans la rue de l’Aiïguille, appelée depuis du Vieil Évêché, en firent leur hôtel-de-ville : il est composé d’une salle d'audience, d’un greffe, d’une chambre d’archives, d’une chapelle dans le bas et de quelques autres logemens avec des prisons dans le haut. On

(*) Un arrêt du conseil d’État ayant adjugé cette maison au domaine de la couronne , Charles IV en fit don aux Consuls , en 1323.

« Nos verd , ad supplicationem Consulum dictæ villæ , eisdem Consulibus et futuris et universitati dictæ villæ prædictam domum, — in quà Consules negotia communia consueverant pertractare , — cum suis pertinencis omnibus, exceptis duntaxat macellis et edificiis.…… damus et concedimus in perpetuüm. » Liv. Armé, fol. 4.

Get acte est daté de Montauban , datum apud Montem-Albanum : est-ce une raison suffisante de croire que Charles-le-Bel vint dans le Midi, à l’occa-

sion des empiétemens des commandans Anglais sur les terres de France ?

CD

y entre par deux avenues qui aboutissent à une cour médiocrement grande, etsur le devant de laquelle, entre ces deux passages, les Consuls firent ajouter une grande salle qui servit d'école publique (‘) jusqu'en 1609, où les calvinistes en

(*} Voici sur les écoles de Montauban un réglement curieux.

Ensegon ce los statuts e ordonansas faitas per los honorables mossignors los Cossols de la presen ciutat de Mountalba, ensemble los regloments et taxa de las escolas, faits en conseilh e deliberatio dels habitans de la dicha villa, l’an 1497; protestan los dits mossignors que no pusco creisser ho diminuar los salaris dels enfans de la dicha villa e la juridictio d'aquela.

Premieroment , seran tengquts los magisters que regiran las ditas escolas de Mountalba, ben, e dequdamen, e en grand deligensa instruire e ensenhar ho faire’ ensenhar tots los escoloriers que vendran a las ditas escolas.

Item, que no compellaran ne faran compellar, citar ne adjornar degun habitan de la dita villa e juridiction d’aquela, per lo salary que'-lor sera degut a causa de las ditas escolas, davan dequn juge se no que sia a las corts de Mountalba, ce a la cort de mossignor lo Senechal, juge ordinari de Quarcy, davan mossignor official, e les mossignors Cossols de Mountalba; ne faran donacio ne transport a dequn autre per que los habitans sian fatigats ne vexats. E aisso en pena de 25 liv. al rey et a la villa, et de pardecio de lor salary.

Que no levaran de los habitans de la dita villa, honor e quridictio d'aquela , per lor salary, se no que en la forma et maniera que sen sec :

1.0 Levaran los dits magisters, de los en/ans, aprenens la carta, set salmos, matinas, se els an magister particular, per so que las escolas no lor costan res, levaran 2 sols; e, seels no an pas de magister particular , levaran 4 deniés.

2.0 Dels enfans que aprendran las parts reilhas e autors , levaran d'en cascun, se els an magister particular, 7 sols, e, se no an punt magister particular, 8 deniés.

3.0 Dels enfans que aprendran doctrinias e la grammera, se els an magister particular, levaran 8 sols, e se no an magister particular, 10 deniés,

DE MONTAUBAN. 59 firent leur temple. Ce fut dans cette maison que Charles VII logea, en 1442, et qu'il anoblit, à la prière de Bernard de la Roche de Fontenilles, l'un des successeurs de Bertrand, qui lavait “achetée en 1396.

Le nombre des Consuls était, au commencement , de seize (); mais par l’article 13 des lettres de confirmation et augmentation des priviléges de la ville, du mois d'avril 1528, Philippe de Valois les réduisit à dix, qui, en 1449, furent encore réduits à six. L'élection s’en faisait autrefois dans l'église S.“-Jacques, devant tout le peuple, le quatorzième jour de mai. Depuis, elle se fit dans l’hôtel-de-ville, par un certain nombre de bourgeois; et, enfin, par sentence du sénéchal, en exécution de l’édit de 1588, il fut ordonné qu'elle se ferait à l'avenir le premier jour de

3.0 D'aquels que ausiran la logica, philosophia, 'Tully, Virgili, Terenci, lo Bocci e autres poetas , levaran 15 sols.

5.0 Que no prendran res dels religios dels couvens de Hountalba; mas les laissaran aprendre a las escolas per amor de Dio.

6.0 Que no permetran que dequn estolar porta espasas , dagas ne autras armas per villa ne a las escolas; e se avian escolars que no se volgusso regir, ne governar, ne tenre las reglas de la escola, seran tenguts los dits magisters ho dire et notifiar als dits mossignors Cossols, afy de y metre tala provisio que sia exemple als autres. (Liv. Armé, fol. ult.)

(”) Voir la note 10 à la fin du volume.

janvier : ce qui commença d'être exécuté en

Cette réduction de seize Consuls à dix, avait été la suite d’une entière suppression du consulat, faite par arrêt du parlement de Paris, du 23 janvier 1524, obtenu par Mathieu de Courjemel , juge du Quercy, à Montauban. Sur la plainte des habitans des lieux circonvoisins, qui devaient contribuer au bâtiment du pont, et sur lesquels les Consuls, sous ce prétexte, faisaient de grandes exactions, Courjemel les dénonça au roi qui renvoya l'affaire au parlement, où ils furent convaincus d'une infinité de malversations, et condamnés en 8,000 livres d'amende envers le roi, mille envers Courjemel, et le consulat fut supprimé (”).

{"} I ya erreur dans l’une des dates indiquées ici par Le Bret. L'édit par lequei Henri HE ordonna que l'élection des Consuls se ferait le premier jour de janvier, à partir de 1587, est du mois de mars 1586. Ce ne fut, comme dit notre auteur, qu'en 1589 que l’édit fut exécuté, par suite de la sentence du sénéchal Guion de Clermont, (Livre Noir, fol. 56).

{**) Perrin donne à entendre (liv. 2, chap. 5) que la suppression du consulat fut la suite de l’inconstance des habitans de Montauban , passant tour à tour du parti de l'Anglais à celui du roi de France , et «se permettant toute sorte de maléfices à la faveur des désordres de la guerre.» « Pour se couvrir, ajoute notre historien, les Montaibanais voulurent rendre criminel Courjemel, leur juge, qu'ils avaient pris en haine, parce qu'il déclarait la vérité de leurs excès, et l’accusérent de malversations dans sa charge, devant le parlement de Paris, » — Le parlement donna raison au juge, comme en 1255, Aiphonse

de Poitiers avait donné raison à son sénéchal contre les habitans de Toulouse ,

Le conseil de ville avait été toujours de quaire-

dont on pillait les priviléges, comme ont fait tous les pouvoirs à toutes les époques. Observez bien que la suppression du consulat, n'est qu’une partie, un accessoire de la peine : Paris veut, avant tout, de l'argent, — vieille habitude qu'il garde encore. Le fisc devait sourire d’aise à l'annonce de ces mutineries de province, qui remplissaient ses coffres ; 8,000 liv., 20,000, selon Perrin, c'était payer cher , énormément cher pour le temps. — Un jour, les habitans de Cahors, s’imaginant que leurs Consuls ouvraient trop facilement la bourse de la ville, à Philippe-le-Hardi, se mutinèrent , entrèrent de force dans la Maison-Commune , rompirent les coffres où étaient les chartes des priviléges , les jetèrent au feu, et contraignirent les Consuls à prendre la fuite. « De quoy le roi Philippe estant adverti, envoya ses commissaires de par deça; et, ayant été bien informé, condamna tous les habitans en 12,000 liv., et quelques particuliers en 4,000 » (Hist. MS. du Quercy, par M. Dominici, tom. 2, liv. 3, chap. 9). — Il n’y a rien de nouveau sous le soleil.

Pour payer la lourde amende, Montauban fut obligé de vendre deux moulins, « l’un desquels estoit du costé de Toulouse, sur le Tarn, non loin du pont et tout près de l’église Saint-Orens, et l’autre du costé du Quercy, joignant presque le chasteau du Comte, sur le ruisseau appelé de la Pissotte {de Lagarrigue) ». . (Perrin , 2bid. )

Le Pape Jean XXII, — nous recommandons sa mémoire à la reconnaissance de nos concitoyens , — intercéda en faveur de Montauban qu'il avait déjà décoré du titre de Cité ; il pressa le roi de France de Jui rendre ses Consuls et ses priviléges ; il lui écrivit les lettres « les plus humbles » (Perrin. ibid) pour l’engager à user de clémence. Charles IV se laissa flechir par les prières du Pape ; au mois de janvier 1522, il rétablit le consulat de Montauban.

« Karles, per la gracia de Dio , rey dels Franks, a la liberal obtinencia (clémence) de la real majestat.... Conoscan los universis presens e engalhamens los avenidors, nos aver autrejat als homes e als habitadors de la vila nostra de Montalba , en aquela meteicha vila ho en sa borgesia ara estans e de mays estadors, tam per razo de las predichas cauzas , tam ichament (comme aussi) aguda consideratio de las pregarias e de las lettras del Sobiran Payre , so es dire, del Papa sobiran avesque..…. las sotz escritas e las ensequens gracias , libertatz e franquezas. Premieiramens... ajon cossolat , juxta tenor e la forma aychi dejot e trestot {immédiatement, de suite) declaratz, etc., etc.» (Liv. des Sermens, fol. 57; Liv.

Armé, fol. 4 et 5.)

vingt-seize personnes (°); mais, par le réglement de 1661, il fut réduit à quarante, le vicairegénéral de l’évèque y étant le quarante-unième. Il se nomme conseil-général pour le distinguer du conseil de police, qui est composé de seize personnes outre les Consuls qui y ont voix délibérauve; dans le conseil-général, ils n'ont que la faculté de faire les propositions ; le juge-mage y préside et opine.

Lorsqu'il s’agit d’élire les nouveaux Consuls, les anciens s’assemblent et choisissent vingt-quatre conseillers parmi les quarante qui composent le conseil-général ; au nombre de ceux-c1 sont de droit le grand-vicaire de l’évêque et les deux députés des Chapitres cathédral et collégial. On les convoque pour le premier de janvier, dans l’hôtel-de-ville; 1ls s'y rangent, suivant l’ordre des gàches ou quartiers de ville, qui sont au nombre de cinq : du Moustier, de Campagne, de Fossat, de Montmirat et de Tarn, chacun s'as-

(*) Nous ignorons d'après quels titres Le Bret a prétendu que le conseil de la ville se composait de quatre-vingt-seize merñbres. Nos vieux registres prouvent à chaque page que le Capitulum, lo Capitol, le concilium proborum Rominum (prud'hommes) , lo cosselh dels melhors homes de la vila, lo general cosselh, — car on l’appelait indifféremment de tous ces noms, — n’en compta jamais plus de soixante. Voir, entre autres , le Livre Rouge, fol. 112, où sont consignés les noms des membres du conseil général, qui approuvérent les comptes relatifs à la construction du pont.

seyant dans sa gâche, selon sa dignité et sa profession. Après cela, les vingt-quatre se réduisent à douze au scrutin, c'est-à-dire que des vingtquatre conseillers choisis entre les quarante, il n'en reste que neuf, qui, avec les trois qui sont fixes, font le nombre de douze, lesquels avec les anciens Consuls et le juge-mage, nomment les nouveaux, en présence des gens du roi.

® « Des six Consuls qui restent, cinq seulement gouvernent la ville ou les cinq gasches (*) d'icelle, le sixième n'estant qu'un paysan et n'agissant ques fait des chemins etautres menues choses... Il n'est guère qu'honoraire et suivi de quelque petite et peu considérée occupation, privé de la gasche, ne s’en trouvant que cinq dans la division nommée en cette forme :

La gasche de Fossat,

(”) Gàche, gacha ou gachia. Gachare, gachiare , signifiait proprement faire le quet, excubias agere. (Carpentier, supplément.) « Qui stabant suprä cloquerium pro gachiando die ac nocte. » — « Item, quèd homines debent gachare dictam villam. » Les hommes de garde étaient eux-mêmes désignés sous le nom de gâche : «ef gacha illius turris debet exitare et revelhare gachas dictæ villæ. » (Regist. Belloquardæ et Nemausi, ann. 1517.) — Du mot gâche, morceau de fer sous lequel passe le pêne de la serrure , et qui tient la porte fermée : « gacha , qudd sera custodis vices agat.» —Les quartiers ou sections de la ville étaient donc appelés gàches, pour faire entendre que les Consuls devaient soigneusement veiller à leur garde. Les quartiers de Toulouse portaient le nom de partilæ : «eèrat autem Tolosa in 12 partitas divisa. » (Chart. de Philippe HE, 1285. )

94 HISTOIRE La gasche de Campagnes, La gasche du Moustier , La gasche de Tarn et Tescou. La gasche de Montmirac.

L'estendue de ces gasches n’est pas bornée par l'enceinte des murailles, mais elle s’estend encore dans toutes les dépendances de la ville.

Du premier consulat ou qasche de Fossat. —- Cette gasche s’estend jusqu'à l'Aveyron; les quarüers des Gascons, Bonnefont, Gatille, la Pousaque ; Falguières, la Gravière, Loubejac , Ardus, Escudié et Fustié, se trouvent avec Villenouvelle sous le gouvernail de son Consul, au moyen des verteils (quatre en nombre) qui l’establissent. (Il faut noter que ce mot verteil, ainsi dit en langage du pays, vient du gérondif vertendo, à raison des rues ou ruelles, chemins ou sentiers, qui entourent les maisons, tant de la ville que des champs qui le composent).

La rue du Château consulaire , jadis de la Guillerie grande et de PAvescat viel, outre qu'elle marque le verfeil qui la contient, le sépare aussi des trois autres, marqués et séparés encore par les rues qu'on nommait anciennement de la Batterie grosse, de la Güillerie petite et Garriera

DE MONTAUBAN. 95 majour , maintenant d'Auriol, de Brandelanote et des Couteliers, — dont la dernière prend le quatrième verteil jusques au coin ou ruelle du Pressoir de P Évêque ou de Vivian, qui le prend aussi jusques aux Darnages, et fait la séparation de cette gasche d'avec celle de Campagnes, de ce costé là. — Le premier et le dernier de ces verteils sont plus considérables que le second et le troisième; le premier, pour contenir la maison des Consuls, le bureau des trésoriers-généraux de la généralité de Montauban et un des temples des Huguenots, qu'on nomme le vieux temple; et le dernier, pour avoir dans ses dépendances Villenouvelle, autrefois faubourg de Fossat, et aussi de St.- Antoine, les religieux du T s’y estant placés.

Du second consulat ou gasche de Campagnes. — Cette gasche est ainsi appelée parce qu’elle jouissait (selon que la tradition nous enseigne) plus de champs que l’autre. L'aspect d’icelle se terminait sur la forest du Ramier et isles /sic) circonvoisines. Elle à la conduite de cinq verteils suivis de leurs dépendances, et est comptée la seconde, quoyque régie par le troisième Consul, depuis le partage des chaperons, en l’année 1632. L'antr quité nous apprend que son quartier est le second dans la bastisse de la ville; et, outre cela, les vieux et modernes registres de la maison des Con-

suls la mettent au second rang, lui soumettant les paroisses de St.-Michel , de Leojac, jusqu'au ruisseau de l’Angle, de $.'-Martial et de Fonneuve.

La rue des Couteliers, jadis Carriera majour , marque deux verteils, séparés entre eux par leurs détours dans les rues anciennement appelées Carriera Fresqua, de la Bararie et del Poux des Frais Menours, maintenant deS."-Ursule ; au coin du Foin, des Cordeliers, au coin des Gâteaux et de la Cour des Aydes, au coin du Greffe, elle les sépare encore de deux autres qu’elle marque de l’autre costé, et qui sont entre eux séparés par leurs détours dans les rues du s.° Vivian, de la Grande-Boucherie et des Frères Mineurs, qui se terminent toutes à la rue des Soubirous-Bas , laquelle marque le cinquième verteil, et le sépare des troisième et quatrième. Dans l’un de ces verteils se trouve la chapelle des Mères Ursulines ; dans l’autre, la Grande-Boucherie qui estait auparavant l'arsenal de la ville. Les trois autres sont néantmoins fort considérables; le dernier, pour avoir dans ses dépendances le faubourg Lacapelle ou de Campagnes et les paroisses sus-mentionnées ; le second , pour joindre la rue du Grefle ; et le premier, pour respondre sur la grande place, de laquelle il est séparé par la rue qui va du coin du Foin à celui des Gâteaux, et pour avoir contenu la viguerie de l’évêque.

DE MONTAUBAN. 97 Du troisième consulat ou gasche du Moustier.— Ceite gasche prend son nom du Moustier de S.‘-Théodard, tant pour le contenir que pour marquer le meilleur de ce qu'elle contient. Elleest couchée , la troisième, dans les vieux et modernes cadastres de la Maison-Commune, quoyque le cinquième des Consuls l'ait maintenant sous son gouvernement. Elle est de fort grande estendue, pour comprendre beaucoup de pays, et néantmoins quatre verteils l'establissent, dans lesquels sont les paroisses de S.'-Estienne , du Fau, de S.'- Laurens , annexe de S.'-Nauphary, avec le Moustier qui donne son nom à nostre gasche , bien qu'il ne soit plus sur pied.

La rue quon disait jadis Carriera majour, et qu'on dit présentement des Couteliers, allant du coin du puits des Frères Mineurs à la porte du Moustier, marque les quatre verteils et les sépare d’entre eux-mesmes par ses détours, de cette facon : du coin des vieilles murailles ou masure de l’officialité, dans toute la rue des Soubirous- Hauts, jusques à la porte des Cordeliers, laquelle marque encore deux verteils, et les sépare par son détour dans la rue qui se rend à celle des Couteliers ; puis, dans la rue de la Cour des Aydes, au com de Coumiras, marchand apotiquaire, se détournant dans la rue autrefois de la Panquou-

serie, à présent des Carmes, jusques à la première ruelle qui va à la place des Monges. Ladite rue des Carmes marque aussi de la sorte le troisième et quatrième verteil. Ce dernier va de la dite ruelle à [a porte des Carmes , jusques à celle du Moustier, et comprend la place des Monges, quoyque son quartier soit divisé par la rue de la Serre. — La mesme gasche comprend, outre Île dessus spécifié, le faubourg du Moustier , avec la maison du séminaire, et, en partie, celui de Campagnes du costé des Cordeliers; de plus, le Faubourg S.-Estienne, avec la paroisse du même nom , et l’enclos des PP. Carmes.

Du quatrième consulat ou gasche de Tarn et Tescou.— Les archives de la Maison-Commune la font la quatrième, même dans le partage des chaperons. Le Consul du quatrième rang l’a sous sa conduite. Elle est d'assez grande estendue si l’on considère ses dépendances ; car, sous quatre verteils qui l'establissent, elle régit, outre les paroisses entières de Gasseras et de son annexe Villebourbon, partie de celles qui leur sont plus voisines et qui dépendent en partie de la jurisdiction de Montauban. (Toutefois elle n’a dans son district que deux églises, mème sans une parfaite polissure, savoir : celle de Verlhaguet et celle de Villebourbon; pour celle de Gasseras, ne restant

DE MONTAUBAN. 99 que quelque peu de murailles, depuis le débordement des eaux du Tarn, en l'an 1652, le 25.° de juillet, jour de feste de saint Jacques, lequel futsi grand, qu'on croyait que tout serait perdu).

Néantmoins l'hôpital des Pauvres-Hommes, le pont du Tarn, le château royal, le temple neuf rendent cette gasche fort recommandable, dans l’'ornement et l’embellissure qu’elle donne à ses verteils, marqués et séparés par diverses rues ou ruelles. Les belles maisons font paraistre principalement celui-là que la rue couverte de leurs voûtes, jadis de la Draperie, marque d’un costé et sépare par ses détours dans la rue du Greffe et ruelle de la petite Boucherie, anciennement de Malcousinat, à la rue de S.'-Jacques, de deux verteils des gasches de Campapagnes et de Montmirat.

Du cinquième consulat ou gasche de Montmurat. — Montmirat se fait cognoistre par sa signification, et ne peut estre considéré qu'on ne le cognoisse , tant son assiette et son bel aspect le font admirer... pourses riches bigarrures dans le cours des promenades, pour le coulant des eaux qui l'avoisinent, et pour les plaines très fertiles qui l'entourent. Cinq verteils establissent ceste gasche. Quoyque Bas-Pays, la paroisse S.‘-Hilaire, foraine d’Islemade, qu'ils contiennent, n'ayant rien

de particulier , si est-ce pourtant qu'elle est très belle pour son aspect, le faubourg qui en dépend et le moulin d’Albarèdes.

La rue de Péglise de S.‘-Jacques marque trois de ces verteils et les sépare d'entre eux par ses détours dans les rues du pont, de la Cour-de- Toulouse, et de Malcousinat, jusques au com de Raoul ou de la P/anche. Les deux dernières rues marquent les deux autres verteils et les séparent aussi par leurs détours dans les rues du Collége, de l’'Hospital-de-Parias, del tras lou four del Comte, et du château des Consuls. L'évéché embellit le premier verteil; le bureau de la recepte des deniers du roy, le second; l’église de S.-Jacques, le troisième; le collége, avec les belles maisons qui font un carré de couvertes de la grande place, le quatrième ; pour le cinquième, il n’a rien digne de remarque. » (‘)®

Autrefois l'élection se faisait de tous les six Consuls, mais depuis le réglement de 1661 , chaque élection n'est plus que de trois Consuls, parce qu'ils demeurent deux ans en charge. De sorte que le premier, le troisième et le cinquième sortant, le second, le quatrième et le sixième

(*) Perrin, chap. 5.

prennent leur rang; les nouveaux élus prenant la place du second, du quatrième et du sixième. P

Le premier et le second Consul sont pris or-

dinairement parmi les gentilshommes ou les officiers de la ville, ou les avocats qui ont été Consuls deux fois. Le troisième etle quatrième sont choisis parmi les autres avocats ou bourgeois considérables ; le cinquième et le sixième sont pris parmi les autres bourgeois, marchands ou artisans distingués.

Ils sont tous préposés pour lever la taille ; mais il ny a que les quatre premiers qui en aient chacun un livre, le cinquième livre étant pour les deux autres Consuls, chacun à son tour; de sorte que celui qui se trouve le sixième n'a ce livre et ne lève la taille que lorsqu'il est parvenu au cinquième rang.

Quand l'élection est faite, on nomme, séance tenante, un syndic qui n'a d'autre fonction que de recevoir les noms des trois Consuls élus , et de les accompagner avec les électeurs au palais du sénéchal, ou dans la salle de l'audience. Ce syndic présente au juge-mage l'acte de l'élection qui se vient de faire, et requiert qu’elle soit publiée,

et qu'en conséquence les Consuls nouvellement élus soient reçus à faire le serment accoutumé.

Après cela, les Consuls doivent aller chez l’évéque, lui faire le mème serment , conformément à la transaction de 1251, et ensuite chez les principaux magistrats de la ville, pour leur rendre les visites ordinaires. On souffrait autrefois que les enfans, courant après les Consuls quand ils allaient faire le serment et qu'ils en revenaient, leur dissent les injures les plus atroces, pour, disaient les bonnes gens, reprocher aux anciens leur mauvaise administration , et faire appréhender aux nouveaux les mêmes reproches, quand la leur serait finie. Mais cela a semblé si brutal, qu'on l’a enfin aboli. |

Les nouveaux Consuls prennent trois jours pour faire leurs visites et recevoir celles qu'on leur rend; ce temps expiré, eux et les trois anciens assemblent le conseil-général, où l’on propose deux gradués et quatre bourgeois, parmi lesquels on choisit les trois syndics à la pluralité des suffrages ; l’un doit être pris parmi les gradués , etles deux autres parmi les bourgeois. Le conseil-général nomme ensuite le promoteur et les seize membres du conseil de police, où préside aussi le juge-mage. On procède en même temps au renou-

DE MONTAUBAN. 105 vellement du conseil-général, les vingt membres qui ont servi deux ans, quittant la place à vingt autres qu'ils nomment, et qui sont reçus ou rejetés à la pluralité des voix.

L'habit des Consuls est très majestueux ; c’est une robe longue, à manches fort amples, et mipartie de rouge et de noir. Ils la portent dans les églises et aux jours de solennité et de cérémonie; hors de là, s'ils veulent faire quelque fonction consulaire , ils portent sur l'épaule un chaperon mi-parti des mêmes couleurs. Ils n'eurent permission de porter ces habits qu’en 1332, environ quinze ans après que le Pape Jean XXII eut érigé l'Abbaye en évêché, et la ville en cité. Chacun d'eux a son sergent, qui portait anciennement une baguette blanche ; maintenant 1l porte un manteau rouge, et, aux jours de cérémonie , une baguette bleue avec des fleurs de lis d’or : ce qui leur a été accordé par un titre particulier ("). Ces sergens servent à

(*} « Item, pourront lesdits Consuls avoir chacun deux sergens, pour se faire convoquer eux-mêmes et leur conseil, quand il le faudra; lesquels sergens porteront par la ville, librement et impunément, des verges blanches et menues. » (Lettres patentes de Charles IV, ann, 1322. Liv. Armé, fol. 4.)

En 1528, les attributions des sergens furent augmentées, ainsi qu'il est dit au même livre, fol. 128 , par lettres patentes de Philippe de Valois : « Et etiam habeant (Consules) servientes communes sibi necessarios, qui potestatem habeant citandi, pignorandi, arrestandi et exequendi, per dictos Consules judicata et alia. »

exécuter tous les mandemens et ordonnances du consulat, et à faire les bans et cris publics. Les Consuls ont, en outre, six hallebardiers qui servent pour les exécutions où il faut employer la force. Ils portent des mantilles rouges, blasonnées devant et derrière aux armes de la ville (”). Ceci leur fut accordé au commemcement de l’an-

Une ordonnance des commissaires réformateurs envoyés dans le Quercy, en 1326, avait déjà réglé le salaire des sergens. — « À ceux qui sont à cheval, 5 sols tournois pour les exécutions qu'ils feront hors de la ville, et qui les occuperont toute une journée, quel qu'en soit le nombre et quels que soient les lieux où ils devront se transporter. — Les sergens à pied n’auront que 2 sols. — Si les lieux où ils devront se rendre ne sont distans que d’une lieue ou deux, les sergens à cheval recevront 12 deniers par lieue, et lies sergens à pied, 8. — Pour les exécutions à faire dans la ville, ils seront

payés selon l’ancienne coutume de Montauban. » — (Liv. Armé, fol. 137.)

(*) Ces armes autorisent encore le sens étymologique donné généralement aux deux mots Yons-Alba , d'où Montalba , Montauban. 1.

« Écu de gueules, chargé d’un saule d’or, dont la tête est coupée, et jetant trois branches effeuillées de chaque côté. Le chef est cousu d'azur, chargé de trois fleurs de lis d’or. »

Nous avons quelqueïñois entendu dire que Montauban n'avait eu des armes qu’en 1370, époque où Charles V permit aux Consuls d’avoir un sceau marqué aux armes de la ville. «Ætem dictis Consulibus modernis et futuris pariter concessimus et per presentes concedimus ut et ipsi unum sigillum , inpictum armis villæ... facere possint. » (Liv. Armé, fol. 75.) Mais la concession d'avoir un sceau marqué aux armes de la ville, ne suppose-t-elle pas nécessairement que la ville avait déjà des armes? Nous aurons à signaler une foule d'erreurs provenant de l’inattention de ceux qui ont confondu les chartes de confirmation avec les chartes d'octroi. — Ainsi, le privilége du sceau, — marqué ou non marqué aux armes de la ville, — était antérieur à la charte de 1370. Nous le trouvons compris dans l’ensemble des priviléges accordés par Philippe-le-Bel, en 1522. « Item habeant sigillum commune et alia insignia de naturâ consulats existentia (Liv. Armé, fol. 4. ). Le sceau, les

armes nous vinrent-ils de cette concession , ou les avions-nous auparavant? il

par le roi, à la recommandation de nee {f ntendant de Guyenne.

Pelle

4 y a encore à Montauban un trésorier qui eçoit les deniers communaux, et ne les emploie que‘sur les mandemens des Consuls, qui doivent être au moins trois à les signer (). Ce trésorier est

Les

aussi gardien des archives de lhôtel-de-ville (”),

nous paraît certain que l'administration Montalbanaise possédait un sceau antérieurement à toutes les chartes données par les rois de France. ( Voir la note sur le consulat, à la fin du volume. ) Si quelqu'une de ces chartes nous avait accordé les armes (non fleurdelisées) , il en serait fait mention dans les registres de nos archives , où nous n’avons rien trouÿé qui indique une semblable concession.

(") Parmi les divers articles du serment que devait prêter le trésorier de la ville, nous avons remarqué les suivans :

«Premièrement, jurera de bien loyalement faire recepteet exposition des deniers et autres biens communs , desquels il aura la charge et l'administration.

» Item, et jurera ledit trésorier que, durant le temps de sa charge, il n’aura part ni portion à aucun arrentement des émolumens de ladite ville, ni autres baillemens de leurstailles, fisc, réparations, niautre chose que les MM. Consuls feront pour l'utilité de la chose publique, directement ni indirectement.

» Item, si, à faute dudit trésorier, les MM. Consuls ou autres étaient condamnés en aucune somme, ou autre chose, envers ladite ville, de les en retenir et garantir du sien propre.

» Item, de procurer bien et profit à ladite ville, et obvier de son pouvoir à ce qui pourrait être préjudiciable à icelle.

» Item, jurera qu’il ne prendra des deniers de la ville, des journées qu'il vaquera pour aller hors et pour les affaires d’icelle, sinon la somme de 25 sols par jour, sauf que, quand il ira pour ladite ville, et du mandement des Consuls, pour plus que deux journées, les gages lui seront haussés par délibération du conseil. »

Fait en 1542. (Liv. des Serm. f.0 164.)

(*) En 1322, Charles-le-Bel donna des lettres patentes , permettant aux

où il y a de plus un greflier pour lès Lér tions, ordonnances et jugemens des Con

un geôlier pour les prisons (*). | ù

L'autorité des Consuls est fort étendue; ils son, seuls juges en tout ce qui regarde la police dans toute la juridiction; ils connaissent du criminel,

Consuls de Montauban d’avoir un coffre pour tenir les archives. (Liv. des Serm. fol. 6 et 102.)

Le conseil-général de la ville délibéra, en 1594, que les archives seraient transportées, de la tour de Lautier (de la grande horloge), au château consulaire (Maison-Commune), dans la crainte qu’elles ne devinssent la proie de quelque incendie que pouvaient occasioner les munitions de guerre , la poudre et le salpêtre qu’on avait enfermés dans cette tour.

(MS. de la bibliothèque, citant le livre (perdu) des Conseils, ad ann. 1594.)

(*) Forme du serment que doibt prester le garde et géolier des château et carces de la présente ville aux MM. Consuls d'’icelle :

Page 1