LA
et villages, dans le royaume, sans leur faire payer aucun péage. Car ledit
Ja Saône, au grand scandale des gens du fisc, qui refusaient de reconnaître leur franchise (Liv. Armé, f.0 107.). L’établissement de la foire de S.t-Jacques , qui durait trois jours, en 14369, annonce que l’industrie de notre ville était déjà développée, et que ses relations commerciales étaient fort étendues (Liv. Armé, f.0 70 ).
Mais l’activité ne suffit pas pour la prospérité du commerce et de l’industrie, il leur faut encore des capitaux, qui en sont l’âme, la vie. Or, les lettres de Charles VI, que nous avons rapportées à la note précédente, nous disent à quelle détresse fut réduite notre cité par les guerres qu’elle soutint contre les Anglais. En 1385, la position de Montauban était telle, que la famine se faisait craindre, et que le duc d'Anjou, prenant une mesure extrême, sur la demande des Consuls, de la plus grande et saine partie des meilleurs et sages hommes de la ville, fit défense de transporter hors de la juridiction aucuns grains, froment, seigle, avoine, orge, pois, fèves ou autres ( Liv. Armé, f.0 86).
Aussitôt que Montauban eut remis dans le fourreau sa brillante épée , devant laquelle avaient fui , jusqu’au delà des mers, les troupes anglaises, les habitans se mirent avec ardeur à cultiver leurs champs, qu'avait arrosés le sang des ennemis de la France. Bientôt leurs fabriques furent rétablies, et leur commerce prit un nouvel essor. Déjà, en 4482, ils se trouvaient sur tous les marchés de la sénéchaussée de Carcassonne , ainsi que l’atteste une ordonnance qui leur maintint, dans cette province, la franchise de tout péage ( Liv. Armé, f.0 149).
» Planquade a promis, avec serment ; de ne passer aucune marchandise qui ne » soit à lui, pour fraude ou dommage dudit roi, ni de ses fermiers ; ce que lui
avons prohibé , à peine d’être privé dudit privilége. En témoins de quoi lui
La
ayons fait expédier les présentes, signées de nous , de notre secrétaire, et scellées de notre sceau.
NOTES. 5925 Vers cette époque, en 1499, fut créé un établissement qui prouve combien étaient importantes les relations commerciales de notre ville, et qui fut la principale cause des développemens qu’elles reçurent dans la suite. Nous voulons parler de la bourse commune des marchands de la Garonne , de cette vaste association, qui s’étendait aussi loin que les sources des nombreux affluens de ce fleuve; qui ne se proposait rien moins que d'améliorer la navigation de toutes ces rivières ; et qui devait surtout maintenir l'indépendance du commerce, en brisant les entraves que lui suscitaient les seigneurs féodaux. « Le roi trois fois Auguste, surnommé le père du peuple, » Louis XIT, dit un chroniqueur, voyant avec compassion » que les seigneurs exigeaient, induement et sans aucune » bonne raison , de grandes coutumes et travers sur les » rivières de Guyenne, principalementsur la Garonne, et » sur les autres qui entrent dans la Gironde, par un édit, » rendu en 1499, octroya aux marchands qui fréquentaient » ces rivières, de faire une bourse commune, avec pouvoir » d'imposer, sur leurs marchandises, certaines sommes, » pour l'entretien de la navigation. Pour régler lPemploi de » ces sommes, et pour s'opposer aux autres subsides in- » duement exigés par les seigneurs, il leur permit de faire » un collége, de créer des intendans et des syndics, de la » manière et forme que les marchands qui trafiquent sur la » Loire, l’obtinrent du roi Jean, en 4355. »° « La juridiction de cette bourse fat attribuée aux grandes » chambres des parlemens de Bordeaux et de Toulouse; de » sorte que les seconds présidens étaient commissaires , et » faisaient , de trois en trois ans , leurs assises et leurs che- » vauchées le long des rivières de Garonne et de Tarn, et » des autres qui se jettent dans celies-ci; et en passant » faisaient amender tous les empêchemens qui pouvaient » préjudicier à la navigation, et s’il naissait quelque ques- » tion ils la décidaient sommairement, puis la faisaient juger.
» par la grande chambre des parlemens. » (Manuscrits pour servir à l’hist. de Mont. t. 2. p. 712.)
Nous avons trouvé dans nos archives (Liv. Noir, f.0 86) le procès-verbal de l’une de ces assises, qui fut tenue à Gaillac, en 1597, sous la présidence de P. Odet de Saint-Jean, second président au parlement de Toulouse. On y voit le nom des villes qui faisaient partie de la société, et qui se firent représenter dans cette réunion par des députés. C’étaient Toulouse, Bordeaux, Montauban, Agen, Alby, Gaillac, Marmande, Moissac, Auvillars, Verdun, Port-Sainte-Marie, Tonneins , Ste-Livrade, Clairac et Villeneuve. La société n'avait que trois surintendans : l’un à Bordeaux, l’autre à Toulouse, et le troisième dans notre ville; auprès de chaque surintendant était un syndic, un quatrième était à Agen. Dans cette séance, les fonctions de surintendant et de syndic furent confiées, pour la seconde fois, à Jacques Thomas et à Guillaume Bardon, qui prenaient le titre de nobles bourgeois de Montauban. Eh ! qu'est-ce donc qui anoblit si ce ne sontles grandes pensées ?
Dans notre ignorante légèreté, nous allons répétant que notre siècle a seul enfanté l’esprit d'association, a seul conçu les grandes entreprises. Étudions nos annales ; si nous voulons grandir, suivons les exemples de nos ancêtres, dont les vues larges et généreuses condamnent avec une juste sévérité les misères de notre égoisme. :
La bourse commune des marchands de la Garonne remplit, avec intelligence et dévouement, l’objet de son institution , rendit la navigation sûre et facile, donna au commerce une forte impulsion, et ne cessa de bien mériter du pays qu’en cessant d'exister , lorsque, en 1664, l’intendant général fut chargé de régir la navigation des rivières qui affluent à la Garonne.
Bientôt une nouvelle cause vint agrandir le cercle des spéculations auxquelles selivraient les Montalbanais. François [er,
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par de sages traités qu'il fit avec la Turquie, ouvrit les trésors immenses de l'Orient aux négocians français, qui, dès 1530, étaient seuls maîtres de tous les marchés sur les côtes de l’Archipel et de la mer Noire. Ce commerce ,—auquel les Anglais ne prirent part que cinquante ans après, et même sous notre pavillon, — jeta de grandes richesses dans le Midi de la France; et l’on ne saurait douter qu'il n’ait beaucoup contribué à exciter dans notre ville cette ardeur industrielle et commerciale qui s’y fit sentir à cette époque. Elle allait au point que les Consuls furent contrains d'autoriser à travailler sur la place publique, les ouvriers qui étaient trop nombreux pour trouver place dans les ateliers (Liv. Armé, f.0 214).
Cependant la guerre civile était allumée dans toute la France, et les calvinistes, qui avaient besoin de subsides autant que d'hommes courageux et de bonnes citadelles, mirent tout en œuvre pour s'assurer un parti dans Montauban, que l’on considérait comme la ville la plus riche du Midi. L’esprit des habitans, que la prospérité avait rendus arrogans et peu dociles, selon les expressions d’un écrivain, s’ouvrit avec enthousiasme aux idées nouvelles, qu’on avait soin de leur présenter sous le manteau de l’indépendance. Du reste, malgré les maux incalculables qu’elles attirèrent sur notre ville, les guerres civiles du xvre siècle, loin de ra- Jlentir son commerce, lui fournirent un puissant aliment, en faisant passer, du moins pour quelque temps, entre les mains des habitans, les biens considérables que possédait le clergé. Les catholiques qui fuyaient la ville, où ils ne se croyaient pas en sûreté, y laissaient une partie de leurs capitaux ; les calvinistes, qui accouraient en foule, y apportaient toutes leurs ressources et leur intelligente activité.
Alors se fit sentir le besoin d'organiser les ouvriers en corps de métiers. Etait-ce à cause du développement qu’avait pris l’industrie ? Etait-ce, comme ledit Henri IV, dans
ses lettres-patentes datées du 6 août 4593, à S.t-Denis, qui autorisent la maîtrise des serruriers, était-ce parce que « les » troubles et guerres qui avaient eu cours depuis trente ans » en Ça, avaient tellement perverti et corrompu les mœurs et la police, et porté une telle licence et liberté, que » chascun entreprenait de faire et exercer l’art et métier que » bon lui semblait, ja soit qu'ils ne sussent rien, et n’en » eussent jamais appris les principes, n'ayant respect du » magistrat, d'autant qu'ils ne faisaient aucun serment à » justice? » (Liv. Noir, f.0 59.) ou bien les jurandes ne furent-elles établies à Montauban que dans les vues politiques de quelque chef de parti, qui espérait avoir plus d'action sur les masses obéisssant aveuglément à un syndic, qu’il n'en aurait obtenu sur des ouvriers assumant individuellement la responsabilité de leur conduite ? Il est probable que tous ces motifs agirent simultanément sur les esprits, et firent que tous les états, toutes les professions, depuis les rabaudeurs et les écorcheurs, jusqu'aux apothicaires et aux médecins, se constituèrent en corps. Avant d'aborder cette phase nouvelle de notre industrie, nous devons rapporter un fait qui honore nos Consuls de 1588 , dont le patriotisme éclairé protégea les intérêts de l’agriculture contre les fureurs de la guerre civile.
Le bouillant seigneur de Terride , commandant des troupes royales, après avoir vainement assiégé Montauban, avait incendié tous les moulins qui entouraient la ville, et saccagé la campagne. Les Montalbanais exercèrent de sanglantes représailles sur les terres qu’arrose la Garonne. Pour y mettre un terme, les Consuls provoquèrent un colloque avec le lieutenant du roi et les Consuls de Castelsarrasin. On se réunit au château de Montbeton, où il fut passé une transaction , d’après laquelle les laboureurs et les moissons devaient être réspectés par les armées de tous les partis. (Manuscrits , t. 2. p. 475.)
L'apparition si tardive des corporations d'ouvriers à Montauban , s'explique par la forte indépendance dans laquelle vécut notre cité , loin du suzerain , auprès duquel nos Con- Suls avaient la voix haute quand ils rappelaient les services qu'elle lui avait rendus, quand ils lui faisaient entrevoir les secours qu’il pouvait en attendre.
Dans la plupart des villes du Moyen-Age, les communautés, en contact immédiat avec les seigneurs, en étaient presque toujours dominées, et souvent furent dans l’impuissance de protéger contre d’odieuses exactions le travail des ouvriers , les profits des commerçans. Ceux-ci se constituèrent alors en jurandes, se groupèrent autour d’un chef, qui pouvait ainsi disposer de la force de tous , pour soutenir les droits de chacun. Notre ville avait reçu, dès son origine, des institutions largement libérales , qu’elle ‘sut défendre et développer autant par sa sagesse que par son courage. Le suzerain, qui était fort éloigné, n’y exerça jamais une autorité tyrannique; c’étaient les comtes de Toulouse, qui aimaient d’une affection toute particulière leur ville toujours fidèle ; plus tard, les rois de France se montrèrent encore plus favorables aux vœux des bien ameés et féaulx les habitans de leur bonne cité , et presque toujours leur donnèrent raison contre les sénéchaux et les viguiers, dont le pouvoir était fort restreint. Enfin dès 1149 , Raymond V avait partagé, non sans regret, sa seigneurie avec l’abbé de Saint-Théodard ; et cette division avait été fort utile à l’indépendance de la communauté, qui savait réveiller les susceptibilités de l’un de ses seigneurs , pour s’en faire un appui dans les luttes qu’elle soutenait contre l’autre. Elle pouvait ainsi protéger efficacement tous les intérêts ; et le commerce, comme lindustrie, travaillait avec une entière sécurité sous l'autorité des Consuls (”).
(*) D'ailleurs l'industrie avait, dans le conseil de la communauté, des dé-
Ces considérations et les soins que se donna Dupuy, lun des hommes les plus remarquables qu’ait produits notre ville, pour organiser les jurandes, au commencement du xvir.® siècle, nous portent à croire que les vues politiques ne furent pas entièrement étrangères à leur établissement.
On comptait à Montauban vingt etun corps de métiers (*}, savoir : les potiers d’étain, les couturiers ou tailleurs, les couteliers , les orfèvres , les serruriers, les chirurgiens, les chaussetiers , les pâtissiers , les pharmaciens , les rabaudeurs, les tanneurs , les bridiers, les maréchaux, les forgerons, les cordonniers, les bonnetiers, les tisserands, les bâtiers ou bourreliers, les pipotiers ou tonneliers, les menuisiers , les blanchers (””*), les boursiers , les gantiers, les baguetiers et les aiguilletiers (7). |
fenseurs spéciaux, officiels. La moité des Consuls devait être prise parmi le peuple , parmi les ouvriers ; et parce qu'il arrivait que ces places étaient usurpées par des hommes qui étaient en dehors de l’industrie proprement dite, il fut ordonné, dans une réunion du conseil-général, que nul ne pourrait compter parmi les Consuls populares s’il ne travaillait réellement de ses mains à un métier : Statuerunt quèd nullus eligatur Consul pro popularibus nisi sit talis qui de suo ministerio suis manibus continu operetur (Liv. des Serm. f.o 45). La date de cet extrait manque dans les archives ; mais tout semble prouver que la rédaction en appartient au xe siècle.
(*) Les médecins n'étaient pas constitués en corps de métier; mais ils se soumirent volontairemeut à des statuts qui déterminaient les relations de fraternité qui devaient exister entre eux (Liv. Noir, f.0 105).
(**) Les blanchers, les boursiers , les gantiers, les aiguilletiers et les baguetiers étaient réunis dans un seul corps de métier.
+) On pourrait s'étonner de ne pas trouver, parmi ces corporations, les boulangers , les bouchers, les meüniers, etc.; ces métiers étaient régis par d’anciensrèglemens, qui avaient pour but principal de prévoir et d'empêcher les fraudes , ou de guider les fabricans &ans les procédés qu'ils devaient employer. Tels sont ceux qui se rapportent à la fabrication des chandelles (Liv. Armé, f.o0 158). Les statuts des tanneurs avaient aussi ce caractère (Liv. Noir, f.0 114). Parmi les obligations imposées aux meüniers , il en est une fort importante :
ils devaient peser le blé, et rendre le même poids en farine. Ils s’agitèrent
Les statuts qui régissaient toutes ces jurandes, — transcrits dans les Livres Noir et Jaune, — étaient arrêtés par les Consuls et autorisés par le sénéchal , quelquefois par le parlement : le roi les confirmait. Ils se ressemblent tous dans la plupart des prescriptions qu’ils contiennent. Nous avons pensé qu’il ne serait pas inutile de réunir les principaux articles de ces règlemens, dont l'esprit a puissamment agi sur les faits politiques, industriels et commerciaux, qui, pendant deux siècles, se sont accomplis dans notre cité.
« Les seigneurs Consuls de Montauban, pour le bien et l’utilité de ladite ville et la décoration d’icelle, et pour remettre les affaires en meilleur état, et pour obvier à ce que les confusions et désordres qui ont eu la vogue en cette cité, ne pullulent, ont ordonné et statué ce qui suit :
4. Pour le maintien et conservation du métier , seront nommés et élus, chaque année, deux jours après la mutation du consulat, un ou deux bailles parmi les maitres probes et experts dudit métier, par les maîtres de métier.
2. Seront menés lesdits baïlles devant les MM. Consuls pour prêter serment, la main levée devant Dieu, de bien servir, gouverner et régir ledit métier, de garder de point en point les présens statuts, de les faire garder par les autres maitres du métier , de rendre compte exact, et de payer le reliquat à la fin de l’année.
3. Seront tenus les baïilles sortans de présenter les bailles nouveaux devant les MM. Consuls, et de les faire jurer , le lendemain de l'élection, sous peine de cinq sols d'amende pour chaque baille défaillant.