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» pour eux une cause de richesses, eût soulagé dans l'instant » les hommes, qui, n’ayant que des bras, ne vivent qu’au- » {ant que ces bras sont employés et payés. »
Mais les intentions du monarque ne purent prévaloir contre l'opposition qu’elles rencontrèrent, particulièrement dans les cours de justice ; et, six mois après, il ordonnait la suspension de son édit. Quoique réparti avec moins d’inégalité qu'au xvur siècle, l'impôt des prestations en nature a conservé plusieurs des inconvéniens qu’on reprochait aux corvées.
Divers impôts furent successivement ajoutés à ceux que nous venons d’énumérer ; en 14595, ce fut le contrôle des actes et des exploits, le timbre des papiers et des parchemins. Un siècle après fut décrétée la capitation. Gelle-ci, répartie d’après l’état des persoonnes, sans égard à leurs ressources, était Ja plus injuste des contributions ; aussi excitat-elle de vives plaintes, qui, plusieurs fois, arrachèrent au roi la promesse de la supprimer ; mais les besoins pressans de l’état exigèrent qu’elle fût maintenue jusqu’en 1789.
Ce fut en 1626 que, pour la première fois, une taxe fut mise sur le pétun ou tabac; et, en 4664, le roi s’en réserva la vente exclusive. Ce monopole fut spécialement funeste à Montauban, dont la Généralité était comprise parmi les provinces où la culture de cette plante était autorisée.
Nous aurions voulu donner ici le budget de notre communauté, à diverses époques de son histoire, afin de comparer les recettes et les dépenses des temps passés, avec les recettes et les dépenses de nos jours; mais nos archives, depuis surtout qu’elles devinrent la proie d’un ignoble vandalisme, ne renferment pas les matériaux d’un semblable travail. Comment évaluer , même approximativement, ce que coûtaient les dimes , les frais de justice, les péages? On peut conclure du règlement de 4254, qu’au xmre siècle, la taille ordinaire était de 3000 sols tournois, qui valaient, en monnaie d'aujourd'hui, 2,640 francs. Un acte de 1304 prouve
NOTES. 511 qu'elle se maintint à ce taux pendant plus de cinquante ans, puisque les habitans de Molis prenaient cette somme, comme terme de comparaison , pour déterminer la par!, qu’ils devaient supporter , d’une contribution extraordinaire. Les dons gratuits, les secours que sollicitaient souvent les souverains pour faire les guerres de Flandre, pour chasser les Anglais du royaume , et surtout pour délivrer, disaientils, la Terre-Sainte des mains des infidèles (Liv. Rouge, f.0 48), grossissaient prodigieusement les tailles ordinaires , et doivent faire renoncer à la pensée de déterminer, d’une manière certaine, les charges que supportait annuellement notre ville.
Ce que nous savons avec certitude , c’est que le dévouement des Montalbanais fut égal à leur courage, lorsqu'ils luttèrent contre la colère impuissante-du roi d'Angleterre : « Les Consuls et habitans de notre ville de Montalban , disait, » en 4404, Charles VI, ont perdu la plus grande partie de » leurs biens, cens , rentes et héritages , pour quoi et pour » les mortalités et les autres innombrables charges qu’il » leur a convenu et convient supporter de jour en jour en » icelle ville, qui est clef du pays et chief du duché de » Guyenne , ils sont tellement amoindris et diminués que à » grand peine ont-ils dont ils puissent soutenir leur pauvre » vie (Liv. Armé, f.0 94).
Le dénombrement qui fut fait en 1674, et qui nous à été conservé parmi les matériaux de l'Histoire de Montauban, tom. 4.€r in fine, nous fait connaître les sourcés du revenu de la communauté, à cette époque. C’étaient :
40 Quatre boucheries , appelées de Fossat , de Campagnes, de Villebourbon et la petite boucherie, destinée exclusivement à la vente des brebis et des chèvres. Elles appartenaient à la ville depuis 1514 (Liv. Rouge, f.0 4144).
20 Le Souquet, ou droit sur la vente du vin, dont nous avons parlé à la note de la page 1142.
5° Le Taulage, ou droit sur les tables qui servaient à la vente du pain et du poisson. Les boulangers payaient IV sols deux deniérs, par an, pour chaque table qu'ils occupaient, sous les couvertes ou sur la place; le poisson était soumis à une taxe de 2 deniers par livre, et de à sols pour chaque saumon. Le droit de taulage fut donné à la ville par Charles VI, en 4404 (Liv. Armé, f.0 199).
49 L’Incan ou Perron, qui consistait dans le prélèvement de À deniers, par livre, sur le prix des meubles qui se vendaient publiquement (Liv. Armé, f.0 466). Philippe de Valois ociroya cette taxe à la ville, en 1328 (Liv. Armé, f.9 5).
50 Les Deis, Dex, Décos, étaient les amendes prononcées par les Consuls, pour des dommages de diverse nature, et spécialement contre les personnes qui jetaient des immondices dans les rues ou dans les fossés de la ville : que deguna persona, per auzart ni per ardimen que aja, no ause gitar palhars ni escobilhers, ni far autra hordura en tot lo torn de la plassa communal de la vila, ni jots la mayo communal, ni en iorn, ni en carriera, ni als valats del vertelh de la vila, ni els barris, en la carriera publica, en pena de 5 sols caorcens, per los dex, per cada vetz (Règlement de 1347, Liv. Armé, f.0 164).
60 L’Abattoir, appelé Escorcherie, où l’on prenait un sol pour chaque bœuf, vache ou veau qui était abattu.
70 Le Barrage était le droit perçu aux portes de la ville sur les étrangers qui se rendaient aux foires ou marchés, et sur les marchandises qui passaient sur le Tarn. La concession de ce droit remontait au prince de Galles, dont les lettres-patentes, de 1368, portent : « à nos chiers et féaulx » les Consuls et habitans de nostre cité de Montalban..…...…. » avons octroyé et octroyons les barres acoustumées à pren- » dre sur le pont et aux portes d’icelle ville ; c’est à savoir : » de homme à pied, une maille ; pour chacun somier et » beste bovine un denier , de trois bestes, comme ouelhes, » mostons, porcs'et et autres semblables, un denter » (Liv.
Armé, f.0 68). Un tarif qui n’est pas daté, mais dont la rédaction semble appartenir au milieu du quinzième siècle, étendit considérablement ce droit de barrage : on n’exceptait que les habitans de la ville, les malautes digets que sia viandans ; hom que sia d’offici de nos senhor lo rey, e monedié , e clerc, e gentials-homs , e aquels que iran am lor. (Liv. Armé, f.0 457).
80 Le Courtage ou Corrataige était une taxe prélevée sur le prix des marchandises , qui devaient être vendues par l'entremise d’un courtier. Un tarif de 1506 nous apprend quelles étaient les marchandises soumises à cet impôt, si funeste à l’industrie : per carga d’oli de notz, d'oliva, de cade, 12 den. per carga de fromatge, de say, de carn salada, 12 den. per carga de cera , de drap, de flessadas , etc., 5 sols (Liv. Armé, f.0 217). Au courtage fut ajouté, par léttres-patentes d'Henri I, en 1552 (Liv. Jaune, f.° 55), un autre droit, appelé poids commun , qui consistait dans la rétribution d’un sol par charge des marchandises qu’on pesait dans la ville.
Les revenus de la communauté provenaient en outre des rentes, oblies, cens que payaient quelques particuliers pour des terrains, ayrals, cazals , que les Consuls avaient inféodés. Mais ces rentes diminuèrent peu à peu, à cause de la dépréciation des monnaies, et finirent par se perdre (Livre Rouge,
Dans la compilation dont nous avons parlé se trouve, tom. 1.7, 2n fine, un état des dépenses qui furent faites en 4712, par la communauté. Elles sont comprises dans 50 articles et s'élèvent à la somme de 85242 livres 2 deniers, équivalant à 16,656 francs 90 centimes de notre monnaie (*).
(") En 1858 , les recettes ordinaires, extraordinaires et supplémentaires de la commune de Montauban , se sont élevées à la somme de 220,727 fr. 75 €.; et les dépenses ordinaires , extraordinaires et supplémentaires , ont compris 296,295 fr. 41 c.
o14 NOTES.
Nous avons surtout remarqué les allocations suivantes : Pour les gages des quatre Consuls, 4,050 fr. Flambeaux, falots et chevilles, 120 Juste-au-corps, chapeaux et souliers des gardes
ou sergens, qui doivent les faires durer deux ans, 162 Nourriture des enfans-trouvés, 600 Nora. Cette allocation fut contestée ; on prétendit
que cette dépense devait être à la charge de l’évé-
que, qui avait la justice et les amendes de police.
Nettoiement des rues, 4160 Bois qui se brûle à la Maison-Commune , 60 Banquet consulaire, 150 Gages des régens, 800 Réparations des ponts, 1500 Gages du procureur au Présidial, 12 Portraits des deux Consuls qui sortaient de charge, 50 Pour les pauvres , 400 Pour l'imprimeur , 40 Pour les médecins des hôpitaux, 100
Ces dépenses avaient une destination généralement utile, et d’ailleurs elles étaient pour la plupart remarquables, surtout à cause de leur modicité. Mais les fortes sommes qui, tous les ans, étaient prises sur les produits de la cité, comment étaient-elles employées?
D'abord une bonne partie restait entre les mains des collecteurs, dont les exactions étaient mal réprimées par un pouvoir, souvent trop faible, quelquefois leur complice (Liv. des Serm., f.0 52, Liv. Rouge, f.0 70). Nos archives contiennent aussi la preuve de quelques malversations dont se rendirent coupables les Consuls. «En 1494, B. Lauret, premier » président de la cour du parlement de Tholose, après cer- » taines plaintes baiïllées à ladite cour, Lors séant à Montal- » ban, enjoignit aux Consuls de n’employer les deniers com- » munaux qu'aux besoins de la ville, et ce, sur l'avis et la
NÔTES. 515 » délibération du conseil-général, sous peine de cinquante » marcs d'argent » (Liv. Armé, f.0 199) (*). En 1666, le droit de nommer les collecteurs des tailles fut transféré au conseil-général , « parce que, dit l'arrêt, le roi avait été » informé de la dissipation et de la mauvaise administration » que faisaient les Consuls des revenus de la ville» (Manusc., t. 45 in fine):
Quelques impôts avaient une destination spéciale, comme la dime, dont l’origine et la fin avaient un caractère également sacré. C'était une pieuse offrande des premiers fruits de la terre, présentés à l’auteur de la fertilité des saisons, dans la personne de ses ministres, qui devaient, à ce prix, appeler sur la moisson les bénédictions du ciel, ouvrir à la science l'esprit du peuple, plier ses mœurs aux habitudes de la vertu, et distribuer aux pauvres ce qui dépassait la limite de leurs besoins. Aujourd’hui la société doit aux pauvres mieux que la taxe corruptrice que leur distribuent, de par la loi, l'Angleterre et la Chine ; mais aux siècles où l’industrie n’était pas née, lorsque rien n’était encore fait pour la distribution régulière du travail, si les aumônes, données aux portes des couvens, avaient quelques inconvéniens, au point de vue économique, elles étaient impérieusement commandées par la charité, dont les saintes inspirations valent
(”) Le copiste, qui a transcrit cette ordonnance, a dessiné, dans les lettres initiales, en traits fort expressifs et assez corrects, un tableau digne de fixer l'attention du lecteur. Ce sont, à gauche, deuxtêtes dos-à-dos, dont l’une savoure avec sensualité les parfums d’une fleur, et l’autre , sur le second plan, est pourfendue par une sorte de couperet, assez semblable à celui dont se servait l’exécuteur des hautes-œuvres, À droite, deux autres figures n’expriment pas avec moins d'énergie la pensée du peintre : celle du premier plan, ornée de deux espèces de cornes, mange avec gloutonnerie, tandis que celle qui lui correspond , gémit, étroitement serrée dans un large carcan. Au-dessus plane la folie , lourde , stupide, agitant ses deux ailes en forme de cornes, et trainant avec peine ses grelots.
bien, sous plusieurs rapports, les froids calculs de la raison, qui cherche à utiliser tous les moyens de production.
Des sommes considérables furent consacrées par la communaulé, conjointement avec des dons particuliers, à fonder des hôpitaux, à construire des ponts, des fontaines, à bâtir des églises, des couvents, dont Putilité au moyen-âge n’est plus contestée. Quelques fonds furent aussi employés à l’entretien des écoles. Mais ce qui absorba toutes les forces de notre ville, depuis son origine jusqu’au milieu du xvne siècle, ce fut le besoin de se défendre, de se fortifier. Que de temps, que de capitaux furent employés à bâtir, à réparer, à rendre imprenables ses épaisses murailles? Que de valeurs en argent, en denrées , en hommes , furent perdues pendant les guerres qu’elle eut à soutenir sur son propre territoire, sans compter celles où elle prit part, soit par ses gens d'armes, soit par ses subsides, dans tous les champs de bataille où la France porta son drapeau. |
Depuis long-témps déjà les hommes ont compris, ont proclamé qu’il était contre la raison, contre la justice, contre eur nature, de laisser à la force la protection des intérêts individuels ; on à établi des magistrats pour prononcer avec calme sur le droit de chacun ; et l’on appelle sauvages les peuples chez lesquels les contestations se terminent par la mort du plus faible. Est-ce que l’idée du droit entre les peuples, défendu par la seule raison, serait une idée sans objet ? La guerre, avec tous les désastres qu’elle entraîne, seraitelle une condition nécessaire du développement perfectible de l’homme? Ou bien, ne serait-ce que l’expression d’un instinct brutal, que l'humanité, trop jeune encore, n’a pu dompter hors du cercle des intérêts privés? Espérons dans l'avenir, qui doit trouver le moyen de faire servir au bonheur de tous les hommes, toutes les puissances intellectuelles, physiques et morales que possède la société. Espérons dans l'équité, qui doit prochainement détruire l'inégalité révoltante
de l'impôt que paient de leur vie ceux qui ne sont pas assez riches pour acheter un homme. Ces dernières expressions , dans leur vulgarité, ont un sens bien profond, et jettent au front de notre société une tache qu’il faudrait bien se hâter d'effacer. |
Sans doute il est vrai de dire que les impôts sont la base de la prospérité publique ; ils sont la condition indispensable de la sécurité de tous, du progrès des sciences, des arts, du cémmerce, de l’industrie ; et l’équité veut que toutes les forces de la société contribuent aux travaux que la société exécute pour le bien de tous. Mais l’équité exige aussi impérieusement, que la contribution de chacun soit proportionnelle à sa puissance. On doit le reconnaître, la pensée qui cherche à poser les premiers termes de cette proportion, est effrayée par le nombre des difficultés quin’ontpas même permis encore d'établir, en théorie, la formule du problème. Mais est-ce à dire qu’il est insoluble? On ne saurait Paffirmer sans blasphêmer l’éternelle justice.
Deux législateurs de Montauban établirent , en 1254, quelques principes d’une sagesse profonde. Voyez : un conseil de prud'hommes, — le texte latin dit d’hommes probes, proborum hominum,—composé de manière que la prépondérance y appartienne à la classe la plus nombreuse de la société, à celle pour qui les impôts sont le plus lourds, prononce sur les besoins de la communauté, répartit les sommes dont la nécessité est reconnue, et se charge d’en faire lui-même la perception. Tout ce qui est indispensable à chaque famille, pour les usages de chaque jour, est exempt d'impôt ; sa maison d’abord , ses vêétemens , ses meubles usuels, son blé, son vin, autant qu’il en faut pour toute l’année. Tout le reste contribue aux charges publiques ; les biens fonds en première ligne sans doute, mais aussi les rentes, les revenus, tous les objets qui ne sont pas d’une absolue nécessité ; une seule exception est admise : les livres de droit, qu'on étudie
pour le profit de la ville, ne paient pas de taille. Honneur aux hommes du x. siècle, qui honoraient la science, qui surent résoudre avec une rare simplicité, avec une parfaite jus- tice, les questions devant lesquelles tremblent les hommes les plus courageux de notre époque !
La loi du 7 thermidor an HT développa quelques-uns de ces principes féconds, en faisant contribuer progressivement les objets de luxe ; mais elle dura beaucoup moins que l’ordonensa des deux syndics de Montalba; son action salutaire fut peu à peu restreinte, et, au bout de huit ans, elle n’existait plus que dans l’histoire.
Nous n’ajouterons qu’une considération. Dans les corps organisés il existe une solidarité intime , nécessaire , entre tous les membres ; la perte de l’un d’eux à un retentissement douloureux dans tous les autres; et lorsque tous ne concourent pas au soulagement de celui qui souffre, c’est lui qui finit par les entraîner tous dans sa ruine. |
Depuis quelques années , le champ de l’histoire s’est considérablement agrandi; nous voulons aujourd’hui non-seulement connaître les grands évènemens politiques qui se produisirent au faîte de la société, et qui agirent le plus directement sur la destinée des nations, nous voulons encore savoir les faits de mœurs, d'industrie, de commerce, qui constituent la vie intime des peuples. Les besoins de notre époque nous imposent l'obligation d'étudier, outre l'histoire des gouvernans , celle des gouvernés, qui sont déjà parvenus au pouvoir à leur tour. Mais n’allez pas demander ces notions à nos anciens chroniqueurs. Ils racontent la naissance , les mariages , la mort des rois et des princes; ils disent, avec plus'ou moins d’impartialité, leurs habitudes,
NOTES. 319 les penchans de leur caractère, et puis célèbrent avec pompe les guerres, les batailles, les combats qui dévorèrent des populations entières, souvent sans motif raisonnable , presque toujours sans résultat utile ; n’attendez pas qu’ils vous apprennent quelle fut, à diverses époques, la condition des masses, quel était l’état du commerce, de l’industrie, de l’agriculture ; s'ils en parlent, ce n’est que par accident.
Voyez notre Le Bret: en faisant la description du faubourg Villebourbon , il vante les riches marchands qui y demeurent et qui y font un grand commerce d’étoffes de laine, et méme de teintures. C’est là tout ce que vous trouverez dans son ouvrage sur le commerce de notre ville, sur les travaux de son industrie , sur leurs ressources , sur les causes de leur prospérité et de leur décadence. Nous allons combler cette lacune en recherchant, dans nos annales, les principaux faits qui se rapportent à l’agriculture , à l’industrie et au commerce , ces trois grandes sources de la richesse publique, dont le sort est intimément lié; car sans agriculture, point d'industrie , et sans industrie, pas de commerce.
Durant bien des années, deux pensées absorbèrent toutes Les forces de notre ville, Le besoin de se défendre d’abord, puis le sentiment religieux. Il fallait avant tout élever d’épaisses murailles , les rendre imprenables ; et, au retour des combats, où tant de fois ils signalèrent leur vaïllance, les Montalbanais ne croyaient pouvoir employer leurs capitaux d’une manière plus utile qu’à la construction ou à la dotation de couvens, d’hôpitaux, de chapelles (Liv. des Sermens, f.0S 52,117, 198 , etc.). Aussi, l’industrie était-elle réduite à la fabrication des objets de première nécessité, et ne pouvait donner lieu qu’à un commerce de détail ét intérieur.
C’est vers l’agriculture que se portèrent tous les efforts des particuliers ; c’est à en encourager les travaux que s’appliqua surtout là communauté. La prospérité de cette industrie consiste à produire le mieux et le plus possible,
avec la moindre dépense de temps et de forces. La seconde partie du problème dépend principalement des procédés qu’emploie l’agriculteur , et échappe à toute action de la loi ; mais il fut établi de sages règlemens, pour assurer la bonne qualité et la quantité des produits.
Des ‘peines sévères protégeaient les récoltes : Defen que dequs ni diguna , per auzart ni per ardimen que aja, no 1ntre en autruy ort, ni autruy vinha, nien autruy semenat, ni en autruy prat; que faria encontra costar Tha xnx deniers ; e quin prendra re, costar lha v sols, o mager o mendre pena, à la voluntat dels senhors Cossols.
Tot home e tota fenna que intrara en verdier , sarrat de paret, pagara EX sols caorcens; e sin prendia re, costar lha X lioras ; e si no las podia pagar, perdra lo punk (le poing).
Que dequs ni deguna ne meta buo, ni vaca, ni rossi, ni ega, ni axe, ni sauma, ni cabras, ni ouelhas,. ni motos, ni porcs, ni dequn bestial en autruy vinha, ni en autruy semenat, ni en autruy prat, ni en autruy rastolh, ni en autruy albareda ; que faria en contra, costar lha, per cada bestia grossa, per cada vetz, X deniers Caorcens, etc. (Réglement de 13547, Liv. Armé, f.0 164).
En défendant de porter des engrais dans les vignes, les Consuls déclaraient qu’il valait mieux produire moins et conserver la bonne réputation du crû. C'était aussi probablement pour favoriser la culture de la vigne, dans le territoire de Montauban, qu’on défendait, avec beaucoup de rigueur , l'entrée du vin étranger : Manda hom e deffen ben estrechamen que dequna persona, de qualque conditio que sia, no meta ni descarque, no fassa metre ni descargar vis estranhs ni vendemia dins la vila de Montalba ni als barris ; e qui faria lo contra costar lha LX sols Caorcens, per cada pessa, sia tonel, sia pipa, e que auria perdut lo vi (Liv. Armé, f.9 166).
Cette prohibition fut suspendue en 1404, par lettres-patentes du roi, qui permit l'entrée du vin étranger , moyen-
nant une taxe de 21 sols parisis, pour servir aux réparations du pont et des murailles de la ville (Livre Armé, f.0 94) (*).
C’est dans le même esprit que, deux années auparavant, les Consuls avaient obtenu le privilége d'empêcher tous les marchands étrangers de vendre dans la ville : « Charles, etc., » avons reçu l’humble supplication de nos bien amés les » Consuls et habitans de notre ville de Montalban, conte- » nant comme, pour le patis, les stérilités de fruits, morta- » lités et autres charges qu’il leur a convenu supporter, ils » soient moult grevés ; et combien que en la dicte ville ait » plusieurs notables marchands de toutes denrées, néant- » moins plusieurs étrangers marchands, chacun jour hors » des foires, ont apporté et vendu des denrées à plusieurs » d’iceux habitans, qui, en ce, peu ou point se connaissent ; » d’où plusieurs fraudes et inconvéniens s’en sont ensuivis, » au très grand préjudice de la chose publique ; pourquoi .» nous, qui voulons obvier à icelles fraudes, vous mandons » et commettons que vous fassiez, de par nous, et sur cer- » taines et grosses peines, inhibitions et défenses à tous » ceux, dont vous serez requis de la part desdits suppliants , » que doresnavant ils ne déplacent et ne vendent leurs den- » rées hors desdites foires, mesmement sans porter et avoir » tablettes... » (Livré Armé, f.0 91).
Nous avons rapporté en entier les lettres-patentes de Charles VI, afin de faire remarquer combien est dangereux le principe qu'elles consacrent. Sans doute la communauté doit chercher à faire prévaloir ses produits et son commerce ; mais il n’y à qu'un moyen d'atteindre ce but, c’est de faire mieux et de donner à de meilleurs prix que les autres. Si vos voisins peuvent produire mieux que vous, et fournir à
(*) Ainsi nos archives donnent un démenti au savant M. Rossi, qui affrmait naguère, dans son cours public d'économie, au Collége de France, que les prohibitions étaient d'invention moderne.
meilleur marché, n'est-il pas évident qu’én établissant, à grands frais, une lutte inégale, vous ne faites que retarder le triomphe de vos rivaux? Cependant vous sacrifiez aux intérêts de quelques fabricans, ceux de toute la masse des consommateurs.
Cette prohibition générale ne fut du reste que temporaire, et n’était que trop justifiée par les besoins de la communauté. Mais celle qui frappait le vin étranger fut permanente ; elle fit partie des priviléges de la ville, que tous les rois de France ont confirmés jusqu’au xvir.® siècle. On peut croire que les Consuls persévéraient dans ce système, dans la crainte que le commerce d'exportation ne füt dans l'impossibilité de compenser les Sommes qui sortaient de la ville pour le prix des marchandises qu’elle recevait nécessairement du dehors ; on redoutait de ne pouvoir établir la balance du commerce. Ne nous en étonnons pas ; il n’a fallu rien moins que les lucides démonstrations d'Adam Smith, pour faire comprendre aux économistes de nos jours, que l’argent est uniquement le représentant de la richesse, et que celle-ci consiste dans les produits de la nature et du travail:
On peut conclure des nombreuses contestations qui s’élevèrent à l’occasion des péages, que le blé et le vin furent pendant long-temps les principaux objets du commerce d’exportation que faisaient les Montalbanais ( Livre Rouge, f.0s 4, 6, 57). L'industrie était aussi peu avancée, puisqu'on fut obligé , en 1272, de faire venir des ouvriers de Toulouse pourconstruire la fontaine du barri de Tescou (Liv. des Serm., f.0 27). Lecommerce d'importation reçut au contraire une extension considérable, ainsi que le prouvent les tarifs de barrage, ou les taxes auxquelles étaient soumises les marchandisss qui entraient dans la ville. L'acte de 1144 n’en désigne qu'un petit nombre; les coutumes de 1194 taxèrent les divers métaux , le fer, l'acier, le cuivre, le laiton (Liv. des Serm., f.0 8). Le tarif de 1545 contient une longue liste des produits
qui se fabriquaient ou se consommaient dans notre ville (Liv. Armé, f.0 98).
Ces taxes de barrage ne pesaient que sur les marchandises importées ou exportées par des étrangers, et avaient pour but de favoriser le commerce des habitans. Mais c'était aux dépens des consommateurs, et au grand préjudice de l’industrie. Elles disparurent le jour où la France se concentra dans une puissante unité, et furent portées, sous le nom de douane, aux limites du royaume. Lorsque les peuples comprendront qu'ils ne doivent former, par les lois, comme ils ne forment par la nature, qu’une seule famille, toutes ces entraves de l’industrie, du bien-être général, seront brisées par une équitable liberté. |
A peine les Montalbanais eurent-ils obtenu le précieux privilége de transporter des marchandises dans toute la France (*), sans être soumis à aucun péage, qu’ils donnérent à leur commerce une grande étendue. Des lettres-patentes de Charles V nous les montrent, en 1370, voyageant, avec leurs draps et autres marchandises, sur le Rhône et sur
(“) L'immunité de péage accordée en 1370 (Liv. Armé, f.o 74), fut souvent contestée aux habitans de notre ville; mais les Consuls défendirent avec persévérance ce précieux droit (Liv. Bailhonat, f.0 71.). Pour protéger les pégocians contre le fisc, les Consuls délivraient des passeports dont la forme nous à été conservée parmi les matériaux de l’histoire de Montauban, t. 2. p. 496. « Les Consuls de la ville et cité royale de Montauban, juges ordinaires » en toutes causes, civiles et criminelles, gardes du petit scel et de la Maison- » Commune, attestons que, par privilége, accordé aux habitans de Montauban » par les rois de France , lesdits habitans sont quittes, exempts et immunes » de payer aucun droit de péage, leude et gabelle, par tout le royaume de » France ; et que Arnaud Planquade, voiturier, porteur des présentes, est » fils et habitant de ladite ville, contribuable aux tailles d’icelle; par quoi, » de par le roi notre sire, vous requérons, et, de par nous , vous supplions » que ledit Planquade et ses serviteurs , conduisant sept chevaux ou mulets, » chargés de marchandises, vous laissiez passer et repasser, en voies, villes