‹ Histoire de Montesquieu d'après des documents nouveaux et inéditsChapitre 159 sur 263 · Lio Drouyn, ta Guyenne miliiaire, ln-4*. Bordeaax · texte numérisé non relu

Lio Drouyn, ta Guyenne miliiaire, ln-4*. Bordeaax

à gauche et l'autre au fond. Sur la seconde, qui donne issue à une chambre à feu, est écrit :

Au magistrat ren humble obéissance ; n a de Dieu ces honneur et puissance.

On lit sur la troisième, qui permet de pénétrer dans une petite chapelle consacrée :

Ton Dieu surtout aime d'amour extrême, Et ton prochain comme toi-même.

En face s'ouvre upe antique cheminée, dont le manteau est décoré de peintures à fresque de la fin du quinzième siècle, qui représentent un combat à la lance de chevaliers armés de pied en cap.

Au centre de cette pièce s'élève une armoire à double face, et le long des murs s'étagent des bibliothèques, vitrées en plomb et remplies de Uvres que j'ai décrits et dont beaucoup portent des signets en tète. Us ont l'air de n'avoir pas servi depuis la mort de Montesquieu.

La salle, mal éclairée par deux fenêtres qui donnent l'une au nord et l'autre au levant, jouit d'une vue délicieuse sur un paysage formé de vertes prairies, de grands bois et de nombreux canaux.

C'est dans cette pièce imposante, qui sentait la féodalité par ses décorations, la piété par sa chapelle, la magistrature par sa bibliothèque et l'Angleterre par le paysage en perspective, que Montesquieu dicta l'E^prit des Lois.

Sa vue très-basse l'avait de bonne heiiro empôchc

MANIËRB DE COMPOSER. 227

d'écrire lui-même : à quoi on peut attribuer la rareté de ses autographes. Madame Necker ' ajoute : < C'est a peut-être ce qui rendait son style si décousu. II était c quelquefois des heures sans avoir une idée qui lui c plùt. Son secrétaire était habitué à rester la plume c à la main de longs intervalles. Ainsi, lorsqu'il fit le c fftmeux chapitre sur le despotisme ^, il fut trois « heures avant de trouver ces deux lignes, i Buffon ' complète le renseignement : c il était si vif que, la c plupart du temps, il oubliait ce qu'il voulait dicter, c en sorte qu'il était obligé de se resserrer dans le c moindre espace possible. »

Mais ime fois la dictée faite, il modifiait seul les détails de style et point le fonds des idées. On connaît sa réponse à d'Alembert qui lui demandait de traiter, pour Y Encyclopédie y les mots c république > et c despotisme : n

c J'ai tiré sur ces articles, de mon cerveau , tout « ce qui y était. L'esprit que j'ai est un moule, on « n'en Ure jamais que les mêmes portraits. Ainsi, je c ne vous dirais que ce que j'ai dit et peut-être plus c mal que je ne l'ai dit. Moi, je ne puis pas me c corriger, parce que je chante toujours la même « chose ^. »

Du reste, Montesquieu, qui était épicurien dans le

1. Mélangtt» Paris, Poogent, 1798, t. Il, p. 47. 9. LlTre V, chap. xiii.

I. Hérault de Séchellea, Soyage ù Mont bord, 4. Letirede Monteaquieu du 16 nofembre 1768.

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sens le plus philosophique, n'abusa jamais de ses secrétaires. Dès que la fatigue était sur le point de venir, il cessait de dicter, de méditer, pour lire, causer ou faire une promenade'. On retrouve l'homme qui avait écrit : c Belle parole de Sénèque : sic € prœsentibus utaris voluptatibus^ m fuiuris non c noceas ^. »

Des collaborateurs aussi différents et des méthodes de travail aussi singulières lui permirent enfin de se mettre à Y Esprit des Lois.

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