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PIRON, CANDIDAT A L'ACADÉMIE

la Bastille n'en fournissant pas, je tous prie de disposer de moi...

Un second trait de bienfaisance signala son séjour à Paris. L'Académie française l'avait en 1753 nommé directeur, pour trois mois, selon l'usage. Dans l'intervalle, un de ses coUègues mourut. Deux honmies de lettres briguèrent sa place ; c'étaient Buffon etPiron, le dernier avec plus de chances. Au jour de l'élection, le roi manda qu'il n'agréerait point le poète de VOde à Priape. Le pseudo-traducteur du Temple de Gnide aimait beaucoup cet homme d'esprit, qui était comme lui, presque aveugle, comme lui auteur d'un Lysimoque (Callisthène), comme lui né en 1 689, et qui avait composé un madrigal en faveur de V Esprit des Lots. Il adressa immédiatement une lettre* pleine de cœur et d'esprit à madame de Pompadour, qui fut touchée ; et Louis XV accorda sur sa cassette une pension d'académicien au candidat évincé. Malheureusement, l'histoire ne finit pas là : Buffon^, élu à la séance suivante, ne pardonna pas au protecteur de son adversaire. Il dit dans son discours de réception, qui était sur le style : c le grand nombre de divisions, c Icin de rendre un ouvrage plus solide, en détruit « l'assemblage ; le livre paraît plus clair aux yeux, c mais le dessein de l'auteur parait obscur. » Et il écrivit en note qu'il avait visé V Esprit des Lais.

1. âloge hiftoriqoA de Montetqoiea, infrag ^> Fréroii,iMitftltr/^ falr«,1776, t. metlV.

t. Grimmet Diderot, CmfitmmdaMÊ^Mi, U. Toanma» Gemltf,

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Montesquieu fut plus heureux dans une autre élection. La mort de Tévèque de Vence, le P. Surinan, laissa vacant un fauteuil à rAcadémie. On vit se mettre sur les rangs l'évèque de Troyes, Poucet de la Rivière, l'abbé Trublet, l'abbé de Boismont et d'Âlembert. Je me suis souvent demandé pourquoi ce sont d'ordinaire les dames qui donnent les chances à ce concours, où elles ne peuvent prendre part? La marquise de Lambert avait été autrefois grande électrice ; aujourd'hui ce sont Mesdames ***.

Voici la chronique d'alors^ La duchesse de Chaulnes s'intéressait à Boismont; mais mesdames d'Aiguillon et du Deffand solUcitaient avec la plus grande vivacité pour d'Alembert. Montesquieu, qui avait été très-loué dans la préface de Y Encyclopédie , comme on s'en souvient, répondit, le 12 septembre 1754, à la Sévigné du dix-huitième siècle : c J'ai plus d'envie que lui et autant d'envie que vous, de le voir de l'Académie ; car je suis le chevaUer de l'ordre du mérite. » Et d'Alembert fut reçu le 19 décembre 1754.

Du reste partout son plaisir le plus vif était d'aider le talent. On se rappelle conmient il en usa avec Sully. Tantôt un praticien de Nérac, à sa sollicitation, se rendait à Paris et devenait médecin du roi; tantôt par

877 ; — Piron, CBwret, édit. Rigoley de Juvigny ; — Nidaalt de Buffon, Cùrrnpondanu inédiie, Paris, Haehette. Notes ; — De Lujmes, Mémoires, 1863.

1 . Madame du Deffand, Cwrespwdmice, édit. de Leteore, 2 vol. Pion, Paris, 1867.

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ses encouragements, Romas avait la gloire, avant Francklin, de découvrir le paratonnerre. Voici des lettres' inédites qui feront connaître quelques-uns de ses protégés et Tappui qu'il leur accordait. U écrivait àsonamiBarbot' :

J'ai 60, il y a quelques jours, mou cher Président, un entretien avec M. Roux, médecin très-estimable, qui m*a donné en communication un mémoire sur les dangers de la petite vérole. Cet homme mérite secours et protection. Je lui ai conseillé de quitter la province, où rarement on apprécie le vrai mérite ; et je lui ai promis des lettres de recommandation pour quelques amis de Paris. Rapprochez-vous de cet homme ; il est de la bonne espèce et mérite d*ètre connu.

U écrivait' à l'abbé Leblanc, le 13 septembre 1753 :

M. de Jaucourt, qui a formé le dessein de traduire l'ouvrage de M. Wallace, me dit hier qu'il traduirait aussi le vôtre, sur le nombre des peuples chez les anciennes nations. Le public, qui admirera les deux ouvrages, n'admirera pas

f • Bsniadaa, «ut.

S. RtmÊÊ rétnuptetkfê,

a. Uill. Burton, U/e Md ConupemdœÊee of BwmSéLfmànn^ 18 4S, U 1, p. aO& d 466.

Je reçois, Monsieur, avec bien de la reconnaissance, et votre lettre et votre traduction de M. Hume, que j'ai lues avec 1

beaucoup de plaisir; et l'auteur ne pourra pas vous accuser 1

d'avoir afiTaibli son original : chose que les auteurs font quel- j

quefois, parce qu'ils estiment trop leur original.

Le 13 juillet 1753, Hume, l'auteur anglais, recevait 1

cette lettre...'.

moins deux amis qui font céder d'une manière si noble les petits intérêts de l'esprit aux intérêts de l'amitié.

On connaît de Montesquieu avec un médecin des environs de Nérac, une correspondance ' qui est pleine de coquetterie. Tantôt il lui dit :

U parait que vous n'avez pas besoin d*étre soutenu par votre sujet, puisque vous me louez. J'ai lu avec bien du plaisir votre lettre, et je me rappelle avec non moins de plaisir l'homme d'esprit qui l'a écrite.

Continuez, lui dit-il plus loin, de cultiver les Muses» elles demandent la jeunesse, ainsi que les Grâces. Jouissez longtemps des faveurs des unes et des autres.

Vous trouverez, Monsieur, ajoute-t-il ailleurs, que je fais réponse bien tard à votre lettre du 24 octobre. J'ai été toujours à cheval depuis ce temps-là, et j'aurais bien été flatté de vous voir... Ce que vous dites sur les Anglais est trèsbien et très^ensé. Effectivement, ils aiment les grands hommes de leur patrie, et, dans cette nalion extraordinaire» il y a peu de gens qui n'aient un coin de mérite personnel.

Vous avez envoyé, écrit-il enfin (23 mars 1752), Monsieur, un bâton à un aveugle, en m'adressant votre Traité des maladies de la vieillesse. Je puis encore dire avec plus de vérité qu'Horace :

Eheu 1 fligaoes, posthume, labunlar anni I

Votre livre sera le guide des vieillards ; il apprendra aux jeunes gens à ne pas se préparer, par la dissolution, de nouvelles infirmités pour cet âge avant-coureur de la mort*

Dans une lettre inédite à Bielfeld ^, datée de 1 741 , il lui annonce son arrivée à Paris et lui dit qu'il est

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