‹ Histoire de Montesquieu d'après des documents nouveaux et inéditsChapitre 231 sur 263 · MONTESQUIEU ET ROUSSEAU · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU ET ROUSSEAU

Même, à h fin de Tannée, en tète du cinquième volume de YEncydopédiey d'Alembert, en chef de secte habile, présenta l'apologie de Montesquieu, comme celle d'un collaborateur: ce qui était vrai et faux en même temps, car si l'auteur des Lettres persanes avait préparé les voies des philosophes, l'auteur de YEsprit des Lois n'aurait pas tardé à se plaindre de leur marche '. Cette adoption par les distributeurs actuels de la réputation le grandit; toutefois, pour le populariser, il fallut un motif plus humain.

En 1762, à l'apparition du Contrat socialde Rousseau, le peuple des lettrés qui no permet pas qu'un homme de génie soit sans rival, et la haute bourgeoisie qui cherche toujours des défenseurs, pensèrent à V Esprit des Lois de Montesquieu.

Les deux politiques formèrent deux écoles, l'une qui représentait le principe de liberté, l'autre le principe d'égalité. Le nom de celui-ci voulut dire libéralisme ou monarchie constitulionnelle, le nom de celui-là démocratie ou république radicale ; et leurs élèves se battirent, qui contre un anarchiste, qui contre un aristocrate. Alors on multiplia' les éditions

lUtéraire^ 175&; — Adami, lénateur florenlin* Uitrtê /amiliircê, n67,2«édU.

I . « LUmp«rti«lit4 1 Voilà ce que Iw Eneyelopédlstes n*aiinaient pat dÊnâVEiprit dnioÎM, » Nisard, Histoire de la lUtirature'JraMçaise^ in-8. Paris, Didol, 187C, t. IV.

3. Louis Dangeaa. Bibliographie de Monieiqmiem, 1874, in-8. Rou* queUe. Paris.

complètes de Montesquieu, on les enrichit d^ commeutairesS on proposa son éloge au concours^, on raconta les détails de sa vie, on mit sa bienfaisance au Ihiâtre', on illustra trois fois le moindre de ses livres*, on le traduisit dans toutes les langues, en anglais, en italien» en allemand, en russe, en latin et en vers français. [Tous les esprits qui abordèrent l'histoire, le droit» l'économie politique et Tadministration générale, Quesnay, le marquis de Mirabeau, Raynal, Horelly, Servan, Malesherbes, Voltaire même, procèdent de Montesquieu. Ses succès ne se bornèrent pas à la France. Il inspira, en Italie, le criminaliste Beccaria et le législateur philanthrope, Filangieri; en Angleterre,le jurisconsulte Blackstone, et enÉcosse, le philosophe Fergusson.

Son influence se fit sentir môme sur les gouvernements. Catherine ^ écrivait à un encyclopédiste, en lui envoyant son Instruction pour le Code russe : « Vous verrez comment pour l'utUité de mon empire, j'ai pillé le président de Montesquieu sans le nommer. J'espère que si de l'autre monde, il me voit travailler, il me pardonnera ce plagiat pour le bien devingt millions

1. Voir, in/ra. Monographie des liTres pour et contre Montesquieu.

Page 1