TEXTE DE MONTESQUIEU
pour le plaisir de Taire le bien, il est d'autant plus louable ; 8*il le fait pour Tamour de la gloire, le principe n'est pas si beau, mais TefTet est le même.
Montesquieu (ch. ziii) :
Sylla, homme emporté, mène violemment les Romains a la liberté ; Auguste, rusé tyran, les conduit doucement à la servitude.
Frédéric :
C'est que l'un suivait les impulsions d*un naturel frani*. et incapable de feindre, et l'autre prétait à ses desseins dangereux toutes les couleurs de la vertu et de la justice.
Montesquieu (ch. ziv) :
Il n'y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l'on exerce à l'ombre des lois et avec les couleurs de la justice, lorsqu'on va, pour ainsi dire, noyer des malheureux sur la planche même sur laquelle ils s'étaient sauvés.
Frédéric :
Un tyran spirituel est un animal bien dangereux : il ne se contente pas d'opprimer, mais il veut encore que le peuple bénisse la main qui le foule et le persécute.
Montesquieu (ch. xy) :
La même disposition d'esprit qui fait qu'on a été vivement frappé de la puissance illimitée de celui qui commande fait qu'on ne l'est pas moins, lorsqu'on vient à commander soimême.
Frédéric :
faiblesse toute pure, qui nous fait admirer avec extase
ceux qui licrinent un rang élevé dans le monde. Nos yeux sont éblouis de Tappareil de leur charge el de leur puissance, f equi fait qu'on s'applaudit soi-même, quand on se voit dans un posle qu'on a tant redouté et qu'on aurait bien voulu posséder il y a longtemps.
Les hommes font consister leur bonheur en partie dans l'idée que le vulgaire s'en forme; et, pourvu qu'on les croie heureux, ils ne se mettent guère en peine de l'être réellement : il<! sont charmés de savoir qu'on les craiut, puisque cela leur donne une idée de supériorité de leur personne, et qui les égale en quelque façon au Tout-Puissant.
Montesquieu (ch. xv) :
L'empire avait été successivement occupé par six tyrans également cruels, qui trop souvent furent furieux, souvent imbéciles, et pour comble de malheur, prodigues jusqu'à la folie.
Frédéric :
Il est pourtant étrange que le corps de l'histoire romaine nous fournisse un catalogue très - nombreux de grands hommes, et que l'histoire des empereurs ne semble fourmiller que de monstres. N'y aurait-il pas quelque exagération dans les mauvaises qualités qu'on attribue à ses empereurs? ou bien, ne fallait-il connaître les Romains, pour les estimer en corps, et non point en détail?
Ces quelques citations doivent suffire pour donner une idée des notes de Frédéric sur Montesquieu. On ne connaissait jusqu'ici que celles des professeurs du Collège de France, de l'Université et des Séminaires, qui sont excellentes. Je me flatte qu'il me sera donné, quelque jour, de publier tout le commentaire d'un grand roi.
GRANDEUR DBS ROMATNS SOUS PRESSE. 373
Un libraire de n92 a dédié une Grondeur (U'^ Romains au peuple français, el un éditeur do \ Hfiî) on a dédié une autre à Tlmmaculée Concoplion. Je dédiiTai la mienne à ceux qui me liront.
Elle vient de paraître chez F. Didot.