‹ Histoire de Montesquieu d'après des documents nouveaux et inéditsChapitre 25 sur 263 · Jay, CEuvres complètes, t. VUI {U» Hermii^i m province · texte numérisé non relu

Jay, CEuvres complètes, t. VUI {U» Hermii^i m province

12 CHAPITRE PRBMIBB.

aucune fête, aucune comédie, sauf quelquefois un riche dîner, le plus souvent une conversation sur les matières de jurisprudence et de philosophie.

Les parlementaires, levés dès l'aube, se rendaient au Palais, montés sur leur mule, une lanterne à la main, à travers la ville. Tout dormait, la justice veillait déjà et passait sa journée à l'audience, en robe écarlate, en perruque longue, les yeux demi-clos et la main sur la bouche, entourée de la puissance publique : image de la méditation, du droit, de la science et de la force.

Il faut qu'on m'excuse de m'ètre ainsi étendu sur la Gascogne, sur la noblesse et sur la magistrature au dix-huitième siècle. Ce sont les trois clés du caractère et des ouvrages de l'homme dont je vais écrire la vie et dont voici le portrait.

Il était d'une taille moyenne, et d'une corpulence très-maigre et très-nerveuse. Un de ses contemporains ' dit qu'il ressemblait beaucoup aux bustes des philosophes anciens et notamment à Cicéron. Le burin et le pinceau qui,* d'après nature, nous l'ont représenté dans la force de l'âge, donnent quelques détails plus précis.

Le caractère dominant de cette physionomie trèsmobile est la finesse : chaque trait est aiguisé et dénote un esprit pénétrant, délié et même un peu subtil.

]. Bernadau, TabUau de Bordeaux, In- 13. Bordeaax, 1810; — C. J.-B. Boiinin, Prnj^r«. rfr. Paris, 1824, p. 142.

PORTRAIT DE MONTESQUIEO. 13

Ses cheveux, qui étaient blonds, sont groupés sur sa tète avec le talent et le désir de plaire. Le front respire un grand penchant à l'analyse et une sérénité superbe. Le nez fort et long est orné de narines dégagées qui trahissent la délicatesse et la sensualité. La circonspection est empreinte sur sa lèvre d'en haut, et sur l'autre, l'enjouement porté à la raillerie. Le menton avancé montre de l'énergie. Enfin, quoique ce soit celui d'un myope, ce qui frappe le plus dans cette tète extraordinaire, c'est l'œil; il exprime tant de supériorité, et la paupière qui surplombe est si large, qu'on sent l'homme de génie dans ce regard qui lance des éclairs.

Naissanoe à% La Brëde. — Enfance ; collège. — ^ Premier ouvrage. — Vie d'étudiant. — Eêt.rit dti Lois. <— Entrée dans le monde. — Mœurs. — Nomination dans la magistrature. -* Mariage.

M. et madame de Secondai eurent d'abord de leur mariage, Marie', née le il septembre iC87, qui épousa M. Trousset d'Héricourt, et mourut à Marseille, où son mari était gouverneur du fort d'If. Après le second enfant, qui fait le sujet de cette élude, il leur naquit encore, le 31 août 1691 , une fille, appelée Thérèse, qui fut religieuse à Àgen, où elle est morte en n72. En 1693, ce fut un fils du nom de Joseph qui vécut à peine quelques années. Le 9 novembre 1694, Charles-Louis- Joseph vint au monde à Bordeaux ; nous le retrouvons devenu abbé, selon l'usage pour les cadets de famille. En 1696 eut lieu la naissance de Marie -Anne, morte à quatre ans.

Si l'on passe vite sur ces enfants, parce que leur existence a laissé peu de traces, il faudra cependant se

1. O^gilvy, Nobiliaire de Guyenne et Gascogne^ in-4. Bordeaux, 18à8, \° Secondât.

NAISSANCE DE LA BRÈDE. iS

les rappeler, à cause des relations qu'ils eurent avec le suivant.

Je vais parler maintenant du plus illustre.

On se figure mal, dans notre France actuelle, les circonstances qui, chez les nobles d'autrefois , accompagnaient la naissance d'un fils atné. Les historiens de l'école de Michelet racontent volontiers qu'alors les parents obligeaient leurs vassaux à venir saluer l'enfant dans ses langes, sous peine d'être pendus haut et court au bois de Justice. Voici la vérité.

Le lendemain de la Révolution d'Angleterre et un siècle avant celle de France, messire Jacques de Secondât, baron delà Brède, seigneur de Baron-eohEntre- Deux-Mers, de Martillac, du fief d'OUvier, de Léogan et autres lieux, eut son fils atné. Je n'ai pu retrouver son acte de naissance, mais on * a relevé cette note sur le livre de messe d'une femme du pays : c Ce « jourd'hui, 18 janvier 1689, a été bi4>tisé dans notre c église paroissiale, le fils de H. de Secondât, notre c seigneur. Il a été tenu sur les fonds par un pauvre c mendiant de cette paroisse, nommé Charles^ à celle c fin que son parrain lui rappelle toute sa vie que les c pauvres sont ses frères. Que le bon Dieu nous conc serve cet enfant ! »

Au surplus, ce n'est pas une exception, le seigneur de Montaigne ' agit de même en 15S3, ainsi que le ba-

1. Barareiii, ftarUté» bardeloUeê^ I. IV M V. Bordtau, 1»-12,

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