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ÉLOGE HISTORIQUE DE MONTESQUIEU

marques d'honneur et les récompenses dnes aux services réels. Un jour, la comtesse de Guîche, que le roi aimait, allait à la messe à pied, suivie seulement de sa fille de chambre et de son page, qui portaient, l'un un petit barbet, l'autre un perroquet. L'ambassadeur du roi de France eo témoigna une grande surprise, disant que c'était tout autre chose à la cour de son maître pour le brillant et la magnificence, et le grand nombre de seigneurs qui formaient ordinairement le cortège de la maltresse du roi. « C'est, lui a répondit un vieux gentilhomme, parce qu'il n'y a à cette a cour-ci d'autres perroquets, singes ou barbets que ceux « que vous venez de voir. » Jacob de Secondât fut aussi lieutenant-colonel du régiment de Chàtillon et ensuite mestre de camp, par brevet du 6 mai 1615.

Jean-Gaston de Secondât épousa Anne de Bernet, fille de Joseph de Bernet, premier président au parlement de Bordeaux, et il acquit une charge de président à mortier qui fut possédée après lui par Jean-Baptiste de Secondât de Montesquieu son fils.

Celait un des plus beaux génies et peutrélre l'homme le plus libre et le plus juste de son temps. La Compagnie le regardait comme son véritable chef. Ayant perdu un fils unique qu'il avait, il laissa ses biens et sa charge à son neveu Charles de Secondât, auteur de VEsprit des Lm.

Le père du jeune Charles, qui avait servi avec distinction mais qui avait quitté le service de fort bonne heure, donna les plus grandes attentions à l'éducation d'un fils dont il avait démêlé le mérite : c'était le père le plus tendre et le plus édlairé.

A rage de vingt ans,Charles, que nous n'appeleronsplus que M. de Montesquieu, avait fait des collections et des extraits des immenses volumes qui composaient le corps du droit civil. Il fit, à l'âge de vingt-deux ans, un ouvrage, en forme de lettres, dont le but était de prouver que l'idolAtrie de la plupart des payens ne paraissait pas mériter une damnation éternelle. Cet ouvrage brille d'esprit et de traits d'une imagination vive et lumineuse.

11 fut reçu conseiller au parlement de Bordeaux le 24 (é-

Trier ni4 et président à mortier le 3 juillet 17i6. Étant venu à Paris en i722, il fut chargé par le parlement de présenter les remontrances que cette compagnie fit à l'occasion d'un nouvel impôt de quarante sous sur la sortie de chaque tonneau de vin. On se rendit aux remontrances et à Fhabilelé du négociateur. Mais dès qu'on cessa de le voir et de l'entendre, les idées de justice et de modération, de compassion pour les peuples qu'il avait inspirées, et la vue des vrais intérêts de l'État furent insensiblement détruites par des idées plus enracinées et plus impérieuses. On avait aboli l'impôt, on y substitua celui de trois sous pour livre sur toutes les marchandises en sus des droits ordinaires d'entrée et de sortie. On ne l'établit d'abord que pour un temps, mais il a toujours subsisté depuis.

En 1725, il fit l'ouverture du parlement de Bordeaux par un discours où règne une éloquence rapide et une profondeur de pensée qui annonçaient de quoi il était capable dans des choses tout à fait sérieuses.

L'Académie de Bordeaux était encore bien près de sa naissance lorsque M. de Montesquieu y fut reçu, le 3 avril 1716. M. le duc de La Force venait de la fonder et y avait établi un prix de physique. Le génie du nouvel académicien ne contribua pas moins à tourner du côté des connaissances solides celui de ses confrères, qui ne s'étaiçnt réuni d'abord que par le goût pour la musique et pour les fleurs delà littérature. Il proposa lui-même trois prix sur l'anatomie, de trois cents livres chacun.

En 1726, M. de Montesquieu vendit sa charge de président à mortier pour la vie de l'acquéreur. C'est peut-être le seul homme que l'on doive louer d'avoir quitté une fonction publique pour laquelle il avait des talents, pour se livrer à ['inspiration de son génie et jouir de toute sa liberté. Le bien qu'il a fait à toutes les nations du monde et surtout à la sienne, l'emporte de beaucoup sur tout celui qu'il aurait pu faire en suivant les roules ordinaires.

Les Lettres persanes parurent en i721.

J'ignore la date précise de la première édition du TempU de Gnide qui fut, je crois, en 1724.

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M. de Montesquieu se présenta, en 1728, pour la place de rAcadémie française vacante par la mort de M. de Sacy. Il avait les suffrages des académiciens, lorsque M. le cardinal de Fleury écrivit « que le Roi ne voulait point que Ton ad- « mit dans son Académie Fauteur des Lettres persanes ; qu*il « n'avait jamais lu ce livre, mais qu'il le connaissait suffi- « samment par un extrait fort fidèle qu'on lui en avait pré- « sente et qui faisait dresser les cheveux à la tète. » M. le maréchal d'Estrées entreprit de raccomoder tout. M. de Montesquieu déclara « qu'il ne se disait point auteur des Lettres « persanes^ mais qu'il ne donnerait point de désaveu qu'il les « eut faites, qu'il renoncerait à la place de l'Académie s'il « fallait l'acheter à ce prix. » M. le. cardinal de Fleury fut . content de ce procédé, il lut les Lettres persanes et la paix fut faite. M. de Montesquieu fut reçu le 24 janvier 1728.

Le 5 avril 1728, M. de Montesquieu partit pour Vienne avec mylord Waldegrave, son intime ami, envoyé du roi d'Angleterre à cette cour, que nous avons vu depuis, pendant plusieurs années, ambassadeur d'Angleterre en France.

M. de Montesquieu était rUsbek et le Rica de ses Lettns persanes. « Ceux qui aiment à s'instruire ne sont jamais oi- « sifs, écrivait Usbeck à Rhedi ; quoique je ne sois chargé « d'aucune affaire importante, je suis dans une occupation « continuelle, je passe ma vie à examiner; j'écris le soir ce c que j'ai remarqué, ce que j'ai vu, ce que j'ai entendu dans « la journée ; tout m'intéresse. Je vois les savants et les ar- « tistes célèbres, je fais des expériences de physique, etc. » Tel était alors M. de Montesquieu devenu même supérieur à Usbeck par toutes les études et toutes les réflexions qu'il avait faite depuis 1721.

11 eut souvent l'honneur de faire sa cour à Venise à M. le prince Eugène, auquel M. le duc de Bouillon l'avait particulièrement recommandé. Le prince lui demanda, un jour, en quel état étaient les affaires de la Constitution en France. M. de Montesquieu lui répondit que le ministère prenait des mesures pour éteindre peu à peu le Jansénisme et que, dan quelques années, il n'en serait plus question. — « Vous n*en « sortirez jamais, dit le prince; le feu roi s'est laissé engager

:< dans une affaire dont son arrièr^ petit-fils ne verra pai ;< la fin. »

M. de Montesquieu partit de Vienne pour étudier la Hongrie, que peu de gens connaissaient bien. Il a écrit avec soin cette partie de ses voyages.

Il parcourut ensuite Tltalie. Il vit à Venise le fameux Law, auquel ne restait de toutes les richesses de la France dont il avait été le maître, qu'un assez beau diamant et la facilité d*enfanter toujours de nouveaux projets, n jouait aux jeux de hazard; lorsqu'il avait perdu, il engageait son diamantet, lo(*squMi avait gagné, il allait le retirer. Un jour, la conversation roulait sur le système. Gomme en Angleterre, le ministère fait à peu près ce qu'il veut dans le parlement avec de Targent, H. de Montesquieu lui demanda pourquoi il n'avait pas songé à corrompre par le même moyen le parlement de Paris? « Ce ne sont pas de si grands génies qu'en Angleif terre, répondit Law, mais ils sont beaucoup plus incor- « ruptibles. »

M. de Montesquieu vit plus souvent encore à Venise ce trop célèbre comte de Bonneval qui, flatté de converser avec un homme en état de l'entendre, lui parlait à coeur ouvert de toutes ses aventures, de toutes les actions militaires auxquelles il avait eu part, et du caractère de tous les généraux et de tous les ministres qu'il avait connus.

A Turin, M. de Montesquieu lia une étroite amitié avec M. le comte de Breille, qui a été depuis gouverneur de son A. R. M. le prince de Piémont, et avec M. le commandeur de Solar qui a été plusieurs années ambassadeur du roi de Sardaigne en France et qui l'est actuellement à Rome.

C'est dans cette ancienne capitale du monde que M. de Montesquieu s'arrêta le plus longtemps. Il eut le bonheur de d'y voir souvent M. le cardinal de Polignac alors ambassadeur de France et M. le cardinal deCorsini qui fut depuis élevé au souverain pontificat sous le nom de Clément XII. On sait avec quelle profondeur de vues M. de Montesquieu a examiné les gouvernements des pays qu'il a parcourus. Il vit dans l'Italie les ouvrages de Michel-Ange, de Raphaël et du Titien, avec ce génie et ce goût qui en auraient fait un grand a chitecle et

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un grand peintre, si Tordre des choses l'avaient borné à cela. De l'Italie, M. de Montesquieu rentra par la Suisse en Allemagne, et, ayant tu soigneusement tous les pays qui s*étendeot de l'un et de l'autre côté du Rhin, il s'arrêta quelque temps dans les Provinces-Unies, et de là il passa en Angleterre où il resta près de deux ans.

Il eut souvent l'honneur d'y faire sa cour à la reine d'Angleterre, qui s'était plu à s'entretenir avec Newton et Locke. Dans ce pays, où l'on trouve assez de gens qui ne craignent point d'être à eux-mêmes et qui se préparent aux grandes choses par de grandes études et de grandes méditations, M. de Montesquieu eut le temps d'approfondir la nature de gouvernement, de former des liaisons intimes avec tons les hommes célèbres d'alors, avec tous ceux qui ont depuis joué de grands rôles; et il lui en resta encore assez de temps pour commencer ces lectures immenses qui ont été la base de son ouvrage sur les Causée de la grandeur et de la décadence desBùtnains.

De retour en France, M. de Montesquieu se retira pendant deux ans entiers dans la solitude de La Brède pour achever ce grand ouvrage. Entouré de ses livres dont il avait fait une collection nombreuse, d'abord qu'il avait été mattre de son bien et sans presque se donner d'antres distractions que de percer des routes et des promenades dans desforêts, de donner un nouveau cours aux ruisseaux et de changer en prairies des terrains arides.

Enfin le livre sur les Eomams paruten 1733. Selon bien des gens, c'est le plus parfait de ses ouvrages. Vous trouverez difficilement quelque chose à y ajouter et rien du tout à r^ trancher.

Le livre sur le gouvernement d*Angleterre, qui a été inséré dans VBtprit des Lois^ était fait alors, et M. de Montesquieu avait eu la pensée de le faire imprimer avec les Romains, Si cela n'eut pas lieu, ce n'est pas qu'il fut déterminé à entreprendre l'Esprit des Lois. La vaste étendue de ce projet, qu'il avait médité depuis longtemps, l'en avait souvent détourné; maïs après deux ou (rois mois de repos, le conseil de ses amis l'encouragea à s'y livrer. H avait depuis longtemps

rassemblé des matériaux. Si, en lisant VEsprit des Lois on se rappelle les Lettres persanes, on verra dans celles-ci les germes de plusieurs idées que l'on trouve étendues, approfondies, rectifiées dans VEsprit des Lois,

L'ouvrage parut en 1748. La mémoire du succès prodigieux qu'U avait eu en est encore récente. La gloire de M. de Montesquieu parvint à son comble. Il fallait bien qu'elle excitât quelque jalousie; on ne parle déjà plus des écrivains obscurs qui avaient cru se signaler en l'attaquant. On parlera longtemps de sa Défense, ouvrage peut-être plus admirable que VEsprit des Lois, parce que, sans y penser, M. de Montesquieu s'y est peint au naturel et qu'il était supérieur à ses ouvrages mêmes. C'est le ton de la coaversation, c'est lui-même ; et ceux qui ne l'ont pas connu personnellement ne peuvent s'en former une plus juste idée que par cet écrit si court et si précieux.

M. de Montesquieu était directeur de l'académie française, en 1752, lorsque M. Piron se présenta pour remplir la place vacante par la mort de Mgr l'archevêque de Sens. Les suffrages des académiciens se réunirent en sa faveur, mais le directeur de l'Académie reçut ordre de se rendre à Versailles; et le roi lui dit qu'il ne voulait pas que Piron fut élu. Après avoir reçu cet ordre et en avoir rendu compte à l'Académie, M. de Montesquieu écrivit la lettre suivante à Madame la marquise de Pompadour, qui lui avait témoigné quelque estime et quelque confiance.

Juin 1753.

' « MaDamb,

c< Gomme vous êtes à Grécy, où il ne m'est pas permis ^'aller, j'ai l'honneur de vous écrire ce qui se passa hier à l'Académie.

« J'y rendis compte des ordres du roi; et comme M. de Buffon avait prié ses amis de ne le point nommer dans ces circonstances, la plupart des académiciens u^ayant plus aucun sujet, se trouvèrent fort embarrassés, et demandèrent (fu'on différât l'élection jusqu'à samedi en huit.

i( Madame, Piron est assez puni pour les mauvais vers

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