ÊLOOE HISTORIQUE DE MONTESQUIEU
plus ils sont regardés, mais on n'y trouvera pas un fonds d'idées plus riches et plus variées.
M. de Montesquieu était aussi admirable dans le monde que dans ses écrits; il avait une gaieté, une vivacité d'idées inexprimables; il semcUait à la portée de tous les esprits; il savait tout faire valoir. On ne sortait point d*avec lui sans être plus content de soi-môme et sans reconnaître en même temps sa supériorité. 11 ne disputait jamais qu*à propos, c'est-à-dire bien rarement. Il montrait alors de la vivacité et même du feu, mais encore plus de douceur et même d'aménité. La dispute finissait presque toujours par quelque chose d'obligeant pour son antagoniste, et il se faisait aimer de ceux qu'il n'avait pu convaincre.
Lorsqu'il fut question des Immunités ecclésiastiques, en 4751, il pensait que les droits du clergé devaient être respectés; que celui de contribuer librement aux charges de l'État lui ayant été commun autrefois avec tous les Français, l'ombre même devait nous en être chère. Il estimait beaucoup un petit livre qui parut quelques temps après sur l'utilité des états provinciaux.
Il disait qu'il n'y avait pas un mot de vrai dans tout le livre de l'abbé Dubos : L'établissement de la monarehie fran* çaise dam tes Gaules , et qu'il en aurait fait une réfutation suivie, s'il ne lui avait fallu le relire une troisième ou qua* trième fois : ce qu'il regardait comme le plus grand des supplices.
Il respectait et chérissait de tout son cœur l'autorité des Parlements, mais il croyait que ces compagnies prennent souvent l'ombre pour la réalité, et que pour s'attacher à des minuties, elles se privent souvent des moyens d'être vraiment utiles à la patrie.
Il pensait qu'il fallait tenir la Constitution pour reçue et empêcher avec soin qu'elle ne servit de prétexte pour faire violence à qui que ce soit et pour favoriser uniquement ceux qni par les choses du ciel cherchent à s'élever à celles de la terre.
M. de Montesquieu n'avait de passion que pour la vraie gloire, et il dédaignait celle qui pouvait j^îre souillée par la
moindre tache. 11 voulait s'élever au premier rang par la supériorité de ses eiTorts, et en même temps il cherchait à élever plutôt qu'à rabaisser ceux qui pouvaient y aspirer comme lui.
La facilité de plaire lui en inspirait le désir. Il était plus admirable encore dans la retraite que dans le monde : Sa conversation avec les gens de la campagne était toujours aussi gaie, aussi ingénieuse; il leur plaisait autant et paraissait se plaire autant avec eux. Il entrait dans tous les détails de leur vie privée ; il prévenait ou accommodait leurs pro* ces ; il soulageait leur misère et surtout leur donnait de l'émulation pour le travail; dans les grandes nécessités comme dans la famine qui désola nos provinces, en 1749, il leur prodigua ses secours.
Il se maria, le 30 avril 1716, avec demoiselle Jeanne Lartigue, fille du sieur Pierre de Lartigue, lieutenant-colonel au régiment de Maulevrier, et il en a eu un fils et deux filles.
Il vivait avec beaucoup de frugalité et d'économie, et, par ce moyen, malgré les dépenses de ses voyages et de sa vie dans le grand monde, celles où l'engageait la faiblesse de sa vue et ce qui lui a coûté l'impression de ses ouvrages; il a transmis à ses enfants l'héritage médiocre qu'il a reçu de ses pères.
Toutes les nouvelles publiques ont annoncée sa mort comme l'événement le plus considérable et le plus funeste. Mylord Chesterfield fit insérer dans la GazeHe de I/mdres l'article suivant :
« Le 10 février est mort à Paris, universellement et sincè- « rement regretté, Charles de Secondât baron de Montes- « quieu, président à mortier au parlement de Bordeaux. Ses c( vertus ont fait honneur à la nature humaine; ses écrits lui « ont rendu et fait rendre justice.' Ami de l'humanité, il en M soutint avec force et avec vérité les droits indubitables et %( inaliénables... Il connaissait parfaitement bien et admirait n avec justice 'heureux gouvernement de ce pays dont les M lois fixes et connues sont un frein contre la monarchie qui