‹ Histoire de Montesquieu d'après des documents nouveaux et inéditsChapitre 43 sur 263 · I. Petuéeg · texte numérisé non relu

I. Petuéeg

S. Labat, £eCA4f«a« de La Brtftff .recueil de 1* Académie d'Ageo, 1834.

%n CBAPITRB III.

dîr'r/iîr#*«, * qui, ft/;lon lui, ruinent les phiâf \ts et em- « harrahv;nt Ich jugen. » La transition était facile de la juHtir^; à iiftn c^illahorateurs. Il loua le talent et le rl/!Hint^;rf'H.Hf*rrient des avocats, tout en blâmant la vivacM dont ils unaient entre eux, et engagea les procureurs il moins employer « les artifices et les pièges de

< la chicane. » Le point principal fut le portrait suivant, qui montre quelle haute idée il se faisait de sa (irofcHsion. « Pour lors, il n'a plus suffi cpie le magisc trat examinAt la pureté de ses intentions, ce n'a plus

< été assez qu'il put dire à Dieu : proba me^ DeuSy et € êcito cor meum ; il a fallu qu'il examinât son esprit, c ses connaisHancos et ses talents. 11 a fallu qu'il se c rendit compte de ses études, qu'il portât toute sa vie c le poids d'une a[)plication sans relâche, et qu'il vit si

< cette application pouvait donner à son esprit la me- € Huro dos connaissances et le degré de lumière que c son état exigeait. »

• Co discours eut un tel succès que, jusqu'à la Révolution, on le réimprima tous les ans à la rentrée du Parlement do Hordraux; et on le vendait ce jour-là à la porte du palais do Justice '.

Jo veux parlor <l'un fait plus important. En n22*, l(^ gouvornomont avait imposé de quarante sols chaque lounonu do vin sortant tlo la Guyenne. Tous les négooianta «'émurent do voir surtaxer la richesse princi-

l« l)<km«(Uu« mu^; ~ (Primait CQrmpwdl&mct^ 16 Juillet 1772«

BNTRBVUE AySC D'AGUBSSEAU. 37

pale du pays. Le parlement de Bordeaux, à l'exemple peut-être de celui de Paris, pensa aussi à présenter au roi des remontrances. Il en chargea Montesquieu, comme le plus capable de ses membres, et qui sait? comme le plus riche propriétaire de vignobles.

Le président à mortier du parlement de Guyenne , fut reçu par le chancelier de France qui était alors, je crois, d'Âguesseau.

On a souvent, dans les palais de Justice, mis côte à câte ces deux hommes ' qui ne s'appréciaient pas ; du moins Montesquieu n'a jamais parlé de d'Âguesseau, et d'Aguesseau n'admirait ^ pas Montesquieu. Sans doute, ils ont quelques points de ressemblance, tels que l'horreur des nouveautés, le respect du pouvoir et l'amour de la patrie ; mais leurs différences sont plus grandes encore.

D'Aguesseau était un catholique pratiquant, un disciple de Malebranche , un jurisconsulte doublé d'un moraliste, un politique inspiré de l'Écriture sainte, un père de famille patriarcal. Sa vie fut entièrement consacrée à servir l'État et le roi, et ses loisirs à composer, dans une forme oratoire et savante, de nombreux et substantiels traités en règle sur des points de droit, qui font honneur à sa profession.

Montesquieu suivait sa religion en honune du

1. Vr. SelopU, Heekerehu *if loriçMci <t erMqvêê ntr VEtpHt deê ltl«. Tarin, 18S7, ln-8, p. 87.

3. OEuvres eomptétet de Momtetqmieu. Paris, Garnler, 7 vol. in-8, 1877. Édition donnée parËd. LabouUjre, t. Hl,p. &6.

monde, <^'tudiait la philosophie en historien, ne prenait dan» la Jurisprudence que le côté politique, cherchait la raiiion de tous les gouvemeinenls et ne donnait à son intérieur que les restes de la société. Son passage dans la magistrature, ses voyages hors de son pays, ses études, ses méditations, lui permirent de publier un chef-d'œuvre qui illustre la France et qui a contribué à la civilisation.

Au sortir de cette audience officielle» d'Aguesseau dut présenter Montesquieu à la cour. C'était pendant la vogue des Lettres persanes. Le duc d'Orléans n'ignorait pas que l'auteur, dans son ouvrage ' , regrettait l'ancien rôle des parlements et l'exil de celui de Paris, et qu'il l'avait un peu molesté lui-même. Néanmoins, la tradition de son aïeul Louis XII l'emporta, c Monsieur le président, lui dit-il, votre livre est plein c de bonnes choses. Que vous a-t-il coûté à compo- ' c ser ? ^ Le papier. Monseigneur, » répondit le Gascon^. Et l'entretien continua.

Personne n'était plus fait pour séduire le duc d'Orléans, que l'historien de son règne ; car rien ne peint mieux la régence que les Lettres persanes. Aussi, bientôt après cette visite , les Bordelais obtinrent tout ce que permettaient les finances de l'État : l'impôt, réduit à trois sols par livre, fut reporté sur toutes les marchandises '.

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