‹ Histoire de Montesquieu d'après des documents nouveaux et inéditsChapitre 50 sur 263 · I. NoUmmcDt U Mercure de France · texte numérisé non relu

I. NoUmmcDt U Mercure de France

oO CHAPITRE IV.

J'aime mieux remarquer le sentiment qui domine ces études. Certes on avait dit, avant Montesquieu, les motifs qui doivent nous encourager à cultiver les sciences. Personne n'a indiqué d'une façon aussi paradoxale et aussi originale qu'une connaissance acquise est souvent la cause indirecte du salut de la société. Si un Descartes, dit-il, était venu au Mexique ou au Pérou cent ans avant Cortez et Pizarre, et qu'il eût appris aux Américains que les hommes, composés comme il sont, ne peuvent pas être immortels, que les ressorts de leur machine s'usent comme ceux de toutes les machines ; que les effets de la nature ne sont qu'une suite de lois et des communications du mouvement; Cortez, avec une poignée de gens, n'aurait jamais détruit l'empire du Mexique, ni Pizarre celui du Pérou. »

Enfin Montesquieu a écrit ' alors ces lignes admiables : c Le commerce, la navigation, l'astronomie, la géographie, la médecine, la physique, ont reçu mille avantages des travaux qui nous ont précédés. N'estce pas un beau dessein que de travailler à laisser après nous les hommes plus heureux que nous ne l'avons été ? »

Il importe de ne pas oublier l'influence qu'eurent sur lui ces premières études. Elles lui apprirent à ob-

]. Discours à rAcadémie de Bordeaux. — H a dit plus Urd : « Les connaissances rendent les hommes doux : la raison porte à rhumaoité ; il n'y a que les préjugés qui y fassent renoncer. • Eiprit des /où, 1. XV, ch. III.

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server les faits, à les réunir, à les comparer avec d'autres, à les analyser, à les classer, à en tirer des conséquences et à les subordonner à des idées. Mais je ne sais si la faute en est ou à lui-même ou à la méthode scientifique du temps ; ses écrits en ce genre dénotent un esprit plus ingénieux que logique et très-habile à se tromper lui-même, un goût pour les questions inopportunes ou prématurées, telle que la génération spontanée et une propension extrême à faixe des conjectures avant de s'assurer de la réalité du fait, qu'il admet comme point de départ.

M. Sclopis ' a fort bien démontré que les principales définitions de Y Esprit des Lois ne sont ni d'un jurisconsulte, ni d'un métaphysicien, mais d'un géomètre et d'un naturaliste. Ainsi vous trouverez dans son chefd'œuvre : c Avant qu'il y eût des lois faites, il y avait « des rapports de justice possibles. Dire qu'il n'y a € rien de juste ni d'injuste que ce qu'ordonnent ou c défendent les lois positives, c'est dire qu'avant qu'on c eût tracé un cercle, tous les rayons n'étaient pas c égaux. ^ Les lois sont les rapports nécessaires qui c dérivent de la nature des choses. » On lit enfin dans une lettre à moitié inédite', adressée par lui à Cb. Bonnet, de Genève, en 1764: c Je garde la première < définition que je donne des lois, où je parle de la sic gmfication la plus étendue qu'elles puissent avoir,

1. ËludM tur MontMqolea. Merwê de Ugiêltuiom^ 1S70. Tliorlo« Pwli, p. SO et mi?.

9* Bibtiothèqae de G<iilf«t

c parce qu'il me semble que les lois de Tuniversalité t des êtres ne sont la conséquence de rien, mais proc duisent des conséquences sans nombre, i

... Magoisque agitant sub legibus svum *

Tels étaient les travaux ostensibles de Montesquieu, en préparait d'autres dans le fond de son cabinet.

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