‹ Histoire de Montesquieu d'après des documents nouveaux et inéditsChapitre 54 sur 263 · PUBLICATION DES LETTRES PERSANES · texte numérisé non relu

PUBLICATION DES LETTRES PERSANES

de libraire supposé et un lieu d'impression inexact.

On dit ' que cette manière de publier coûta fort cher à Montesquieu. Une chose étonne davantage, c'est que rhomme qui se chargeait de ces soins était justement un abbé nommé Duval, qui plus tard obtint un bénéfice en Bretagne. Était-ce comme récompense?

Les Lettres persanes parurent ' donc sans nom d'auteur, en deux volumes in-1 2, chez Marteau, sous la rubrique de Cologne, en 1721. Le titre rouge et noir du premier volume porte un monogramme; celui du deuxième, qui est aussi rouge et noir, est orné de deux enfants se tenant par la main. Le premier volume a des car/0715 pages 11 et 12, 103 et 104, 217 et 218, 223 et 224. Le deuxième volume en a un pages 8S et 86.

Un coup de thé&tre venait de se produire en France : à Louis XIY avait succédé Philippe d'Orléans.

Quiconque perd son indépendance chez lui aime d'autant plus à l'affirmer au dehors. Le grand roi, en 1685, après avoir épousé madame de Maintenon, révoqua l'éditde Nantes et déclara la guerre aux peuples de la religion réformée. L'austérité de ses mœurs jeta les courtisans dans l'hypocrisie, ses croisades portèrent les exilés vers les questions théologiques ; ses armements accrurent le déficit du trésor, et ses défaites lui firent perdre son prestige. A quoi il faut ajouter la famine

1. Note de Guaaeo lar la lellre de Monteeqaiea, da l*r mart i7tO. 3. Voir le ContiUer du Bibliophile^ par M. Grellet, a?ril 1S76 et (éTfier 1877.

qui appela l'attention sur les moyens de la combattre. Ces malheurs, en portant à la réflexion , engendrèrent en France un esprit nouveau qui n'attendait que l'occasion pour se faire jour et s'aiguisa provisoirement.

Tout le monde alla à l'enterrement de Louis XIV rire, boire et chanter. Voici bien le dix-huitième siècle ; il commençait par des critiques ; il devait continuer par des théories et finir par des actes. C'est toujours la même marche : des chansons, des constitutions et des révolutions.

Philippe d'Orléans prit naturellement le contre-pied de tout ce qu'avait fait son prédécesseur. La majesté d'un roi convaincu fut abandonnée pour le laisser-aller d'un régent sceptique. Dubois l'exempta du souci d'entretenir les relations avec les puissances étrangères. A l'intérieur, ses autres ministres devaient assumer la responsabilité de leurs actes. Toute sa religion était le culte du plaisir qu'il poussait peut-être jusqu'à vivre avec sa fille; aussi, dit Michelet', l'inceste, mis à la mode par lui, fut-il pratiqué par M. de Wurtemberg et les enfants du prince de Montbelliard, célébré par Voltaire dans Œdipe et glorifié bientôt par Montesquieu dans Aphéridon et Astarfé^ des Lettres persanes.

Les autres se contentaient de l'adultère et du concubinage. L'athéisme, cette dévotion de ceux qui ont intérêt à rejeter la véritable, fut l'assaisonnement de toutes les conversations et de tous les écrits»

]• Biêioir€ de France , la Régence*

Page 1