‹ Histoire de Montesquieu d'après des documents nouveaux et inéditsChapitre 67 sur 263 · Bevme poiitiqfu et liiiéroin^ 14 novembre · texte numérisé non relu

Bevme poiitiqfu et liiiéroin^ 14 novembre

8. BièiioikiqiiM françaitt on Jf isloire littéraire de Ut France, Anw-* lardam, Bernard, In- 12, 1726, JanTler etférrier 1726.

J'extrais du premier les pensées suivantes de Montesquieu.

ic n est utile que la morale soit traitée eo même temps par les chrétiens et par les philosophes, afin que les esprits attentifs voient dans le rapport de ce que les uns et les autres enseignent combien peu de chemin il y a à faire pour aller de la philosophie au christianisme.

« Ceux qui ont dit qu'une fatalité aveugle a produit fous les effets que nous voyons dans le monde, ont dit une grande absurdité; car quelle plus grande absurdité qu'une fatalité aveugle qui produit des êtres qui ne le sont pas. Si Dieu est plus puissant que nous, il faut le craindre; s'il est un être bienfaisant, il faut l'aimer; et, comme il ne s'est pas rendu visible, l'aimer c'est le servir avec cette satisfaction intérieure que l'on sent, lorsque l'on donne à quelqu'un des marques de reconnaissance.

« Enfin nos devoirs envers Dieu sont d'autant plus indispensables qu'ils ne sont pas réciproques, comme ceux que les hommes nous rendent, car nous devons tout à Dieu et Dieu ne nous doit rien

c( Nos devoirs envers les hommes sont de deux espèces : ceux qui se rapportent plus aux autres hommes qu'à nous et ceux qui se rapportent plus à nous qu'aux autres hommes

« Si je pouvais un moment cesser de penser que je suis chrétien, je ne pourrais m'empècher de mettre la destruction de la secte de Zenon au nombre des malheurs du genre humain; elle n'outrait que les choses dans lesquelles il n'y a que de la grandeur : le mépris des plaisirs et de la douleur... Les stoïciens, nés pour la société, croyaient tous que leur destin était de travailler pour elle; d'autant moins à charge que les récompenses étaient toutes dans eux-mêmes et qu'heu • reux par leur philosophie seule, il semblait qu'ils crussent que le seul bonheur des autres pût augmenter le leur.

ic ... La plupart des vertus ne sont que des rapports particuliers, mais la justice est un rapport général; elle concerne

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rbomme en lai-même; elle le concerne par rapport à tous les hommes*

« ...Tous les devoirs particuliers cessent, lorsqu'on ne peut les remplir sans choquer les devoirs de Fhomme. Doit-on penser, par exemple, au bien de la patrie, lorsqu'il est question de celui du genre humain? non, le devoir du citoyen est un crime, lorsqu'il fait oublier le devoir de l'homme. L'impossibilité de ranger l'univers sous une même société a rendu les hommes étrangers à des hommes, mais cet arrangement n'a point prescrit contre les premiers devoirs, et l'homme, partout raisonnable, n'est ni romain ni barbare.

« ... Qui aurait dit aux huguenots, qui venaient avec une armée conduire Henri IV sur le trône, que leur secte serait abattue par son fils et anéantie par son petit-fils? Leur ruine totale était liée à des accidents qu'ils ne pouvaient pas prévoir; ce qui fait que la politique a si peu de succès, c'est que ses sectateurs ne connaissent jamais les hommes : comme ils ont des vues fines et adroites, ils croient que tous les hommes les ont de même; mais il s'en faut bien que tous les hommes soient fins; ils agissent au contraire presque toujours par caprice ou par passion, ou agissent seulement pour agir on pour qu'on ne dise pas qu'ils ne font rien. Mais ce qui ruine les plus grands politiques, c'est que la réputation qu'ils ont d'exceller dans leur art, dégoûte presque tout le monde de traiter avec eux et qu'ils se trouvent par là privés de tous les avantages des conventions... »

Ce traité des devoirs n'est qu'une ébauche, mais on y voit que Montesquieu songeait à étudier les législations dans leurs rapports avec la morale •. V Esprit des Lais ne rappelle pas nettement cette pensée première, sans doute parce que le rôle du moraliste n'est pas celui du politique.

l. Uevuê polUiqnt du tO Jain IS77. Ed. CoDgnj rar Moot«iquiea.

L'analyse du second opuscule de Montesquieu sur la considération et la réputation^ me fournit les passages suivants :

« ... Un honnête homme, qui est considéré dans le monde, est dans Tétat le plus heureux où l'on puisse être. Il jouit à tous les instants des égards de tous ceux qui l'entourent; il trouve dans les moindres gestes des marques de l'estime publique. Son âme est délicieusement entretenue dans celte satisfaction qui fait sentir les satisfactions et ce plaisir qui égaie les plaisirs mêmes.

« La considération contribue bien plus à notre bonheur que la naissance, les richesses, les emplois, les honneurs. Je ne sache pas dans le monde de rôle plus triste que celui d'un grand seigneur sans mérite, qui n'est jamais traité qu'avec des expressions frappées de respect, au lieu de ces traits naïfs et délicats qui font sentir la considération.

« ... Quoique la politesse semble être faite pour mettre au même niveau, pour le bien de la paix, le mérite de tout le monde ; cependant il est impossible que les hommes veuillent ou puissent se déguiser si fort, qu'ils ne fassent sentir de grandes différences entre ceux à qui leur politesse n'a l)esoin ûe rien accorder et ceux à qui il faut qu'elle accorde tout. Il est si facile de se mettre au fait de cette espèce de tromperie, le jeu est si fort à découvert, les coups reviennent si souvent qu'il est rare qu'il y ait beaucoup de dupes.

« ... Nous voulons nous distinguer; mais il ne nous suffit pas de le faire en général, nous voulons encore nous distinguer à chaque moment, et pour ainsi dire en détail : et c'est ce que les qualités réelles, la probité, la bonne foi, la modestie ne donnent pas; elles font seulement un mérite général, mais il nous faut une distinction pour le moment présent. Voilà d'où vient que nous disons souvent un bon mot qui nous déshonorera demain; que, pour réussir dans une société» nous nous perdons dans quatre, et que nous copions sans cesse des originaux que nous méprisons.

« Une chose qui nous 6te plus la considération que les vices

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