‹ Histoire de Montesquieu d'après des documents nouveaux et inéditsChapitre 74 sur 263 · PENSEES SUR LB BONHEUR · texte numérisé non relu

PENSEES SUR LB BONHEUR

enfin ouvert à quelques lettrés de marque, tels que Fonlcnelle, Mairan, les abbés de Mongault, de Choisy et de Bragelonne y le père Buffier, le président Hénaut, l'avocat Sacy, le marquis de Saint-Aulaire et la duchesse du Maine. Peu à peu on ne fut guère reçu à l'Académie que Ton n'ait été présenté chez elle, et par elle, t II est certain, dit d'ArgensonS qu'elle a bien fait la moitié des académiciens actuels. » Aussi était-il très-honorable, très-recherché , très-difBcUe et très-précieux d'être admis dans cette maison.

Montesquieu y parvint sans doute sur la présentation de Fontenelle, et y conquit tous les suffrages, surtout celui de la marquise de Lambert elle-même ; car cette aimable douairière avait fait de «a propre main un extrait du discours de son hôte sur la Bifférente de la considération et la réputation ; à preuve que ses éditeurs l'ont inséré dans ses œuvres, où il est resté.

Je soupçonne que le Gascon, après avoir pris l'air do cette société, y lut un morceau sur le bonheur^ dont voici quelques passages^ :

« Le bonheur ou le malheur consistent dans une certaine disposition d'organes favorables ou déravorables.

m, Les uns ont une certaine défaillance d*àme qui fait que rien ne les remue; elle n*a la force de rien désirer, et tout ce qui la touche n*excite que des sentiments sourds. Le pro-

1. D'Argenson.lf^oirft, édit. Janet, t. I,p. 127. 1. Labal, le Château delà Brédê^ Recueil des travaux de la société d'Affen, 1834, i. III, p. 185.

os CHAPITRE Tllt.

prîétaire de celle iiiie est toujours dans la lâD^ueur, U vin lui esti charge, tous st-s momeuts lui pèsent; il D'&ime p&s la vie, mais il craiul la mort.

■ L'autre esptce de gens malheureux opposes i ceui-ci est deceui qui désirent impatiemment loul ce qu'ils ne peuveul pas avoir, et qui sèchent snr l'espérance d'un bien qui recule toujours... Je ne parle ici que d'une rréNésiu de l'Ame el non pas d'un simple mouvement. Aiasi un homme n'est pas malheureui parce qu'il a de l'ambiliou, mais parce qu'il en est dévoré...

« n y a aussi deux sortes de gens heureui : les uns sont vivement excités par les objets accessible.' k leur Ame et qu'ils peuvent facilement acquérir. Ils désirent vivement, ils espèrent, ils jouissent et bientôt ils rccommeaccnt à désirer. Les autres ont leur machine lellcmcnlcoaslruile qu'elle est doucement et continuellement ébranlée. Elle est entretenue et non pas agitée : une lecture, une convui-salion leur sudit.

» Il me semble que la nature a travaillé pour des ingrats. Nous sommes heureux...

■ Quand nous partons du bonheur ou du malheur, nous nous trompons toujours, parce que nous jugeons des conditions et non pas des personnes.

Il Qui sont lus gens heureux? Les dieux le savent, car ils voient le cœur des philosophes, celui des rois et celui des bergers...' n

Ces mesures ainsi prises, Montesquieu atteDcUl impatiemment l'occasioD.

Béo^tion de Montesqmea à l'Académie française *, — CEiprH dêt lait

— Départ pour ses voyages.

L'Académie française se composait alors de trois cardinaux, six évoques, neuf abbés, deux maréchaux, six ducs et pairs, cinq fonctionnaires, trois magistrats et quelques gens de lettres. L'un de ces derniers, hôte de prédilection de la marquise de Lambert, avocat distingué au parlement de Paris, élégant traducteur de Pline, Louis de Sacy, mourut le 26 octobre 4727.

L'abbé Dubos, secrétaire perpétuel de l'Académie, en prévint immédiatement le premier ministre de Louis XY. C'était alors le cardinal de Fleury, honmie facile à séduire comme parvenu, économe comme successeur de Law, et comme prêtre, doux^, modéré.

1. Voir dans la Critique française, 1863, des articles inlitulés : Moniesqmieu à F Académie^ par le regretté rédacteur de la Gazette des Trihinaux, M Galllen. Ils in*ont fourni de précieux renscignementa.

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