Cabincl de M. Moulin, avocat général
MONTESQUIEU CANDIDAT. fOI
dehor$ par la marquise de Lambert et au dedans par un de ses hôtes, l'abbé de Mongault, ancien pré* cepteur du duc d'Orléans. Elle avait même si fort prévalu qu'il n'y avait qu'eUe. Du moins ses seuls concurrents étaient le garde des sceaux Chauvelin ' et surtout un avocat distingué, bon humaniste, nommé Mathieu Marais. Ce dernier s'était déjà présenté plusieurs fois et avait été repoussé, faute d'être connu des académiciens ou de faire partie d'im salon ou même d'en être digne.
Le succès de Montesquieu paraissait assuré ' lorsqu'un accident survint tout à coup. On se rappelle qu'il avait cessé de fréquenter la société de l'hôtel de Soubise, à cause du père Tournenûne'. Le directeur àxx Journal de Trévoux avait une revanche à prendre. L'occasion était belle : Fleury n'avait peut-être jamais parcouru les Lettres persanes , ni à leur apparition, ni depuis six ans qu'il ne s'en publiait plus. On peut penser si notre jésuite lui en fit rapidement un extrait, heureux de satisfaire ensemble un sentiment person-
1. Manii, Journal etMémoirety édit. M. de Leseure, 1. 111, p. 50&.
tm La marquise de Lambert éerivait celte lettre inédite, tirée de la
eolleeiion Goiuin.
« Ptrit, oe 17 Bovenbre 1717.
Aprèfl afolr remercié un académicien de ses amii des condoléances qu'il lui avait adressées à roccasion de M. de Sacy, elle ajoute : « M. le président de Montesquieu va le remplacer. Cela se passe irèoafpréablement pour lui. Je voudrais bien, Monsieur, que vous fussieg à portée de lui donner vos suffrages. Nous aurons au moins la conso* lalion que notre ami sera bien loué par lui... »
>• Carrttponianee de MomietqtUeu^ 5 décembre 18 50, note.
nel, un devoir de conscience et l'opinion publique, il faut bien le dire.
Aussi le jeudi 4 \ décembre , jour de réunion pour la proposition, les membres apprirent que les Lettres persanes déplaisaient au cardinal-ministre et qu'il avait dit la veille en propres termes à l'im d'eux, l'abbé Bignon : c le choix que l'Académie veut faire <( sera désapprouvé de tous les honnêtes gens. » U paraît que ce qui avait indigné son éminence c'était la lettre XXII, sur « le Pape et le roi, » qui y sont nommés les deux magiâens. Quelques membres étaient encore plus mécontents des traits dirigés contre leur corps.
Dans une telle conjoncture, le maréchal d'Estrées, grand bibliophile, alors directeur de l'Académie et ami de Montesquieu, obtint qu'on rédigeât le procès verbal dans les termes suivants :
« La compagnie, convoquée par billets pour la proposition d'un académicien, à la place de M. de Sacy, ne s'étant trouvée qu'au nombre de dix-huit, et un des académiciens ayant demandé que le statut qui concerne les élections fût observé suivant sa teneur, la proposition a été remise au samedi, vingtième de ce mois.
Nous tenons presque tous ces renseignements de l'abbé d'Olivet * qui accepta d'être du dtner de condo-
1 . Livet, Histùire de t Académie; — Bibliothèque nationale, t. IX, de la Correspondance lUtéraire du président Bouhier, MtJt, 165.