‹ Histoire de Montesquieu d'après des documents nouveaux et inéditsChapitre 91 sur 263 · MONTESQUIEU A FLORENCE · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU A FLORENCE

lampes d'argent sur la table et tout autour des dames trèsjolies, très-gaies et qui ont beaucoup d*esprit...

« Les femmes y sont aussi libres qu'en France, mais il ne paraît pas qu'elles le soient tant, et elles n'ont point acquis cet air de mépris pour leur état, qui n'est bon à rien. »

On sait' que Montesquieu fut fort attaché pendant son séjour à Florence à la marquise de Ferroni, spirituelle et beUe personne qui recevait la meilleure société.

<c n y a bien ici de la politesse, de Tesprît et même du savoir. »

Ces mots s'appliquent au marquis de Nicolini et surtout au chevalier Yenuti, qui le présenta à l'Académie de Cortone, où il fut reçu le 17 mars 1729.

<c ... Les mœurs y sont très-simples. On a peine à distinguer un homme d'un autre qui a cinquante mille livres de rente de plus. Une perruque mal mise ne met personne mal avec le public; on fait grâce des petits ridicules et on n'est puni que des grands...

c< Tout le monde vit dans l'aisance : comme la misère est peu de chose, le superflu est beaucoup; cela met dans la maison une paix et une joie continuelles.

« On ne peut lever les yeux sans voir quelque chef-d'œuvre de peinture, sculpture ou architecture : il y a eu ici en même temps de grands ouvriers et des princes qui aimaient les arts. On voit partout le grand goût de Michel- Ange naître peu à peu dans ceux qui l'ont précédé et se soutenir dans ceux qui Tont suivi. La galerie du grand-duc est non-seulement une belle chose mais une chose unique. Depuis un mois j'y vais

•■ 1. Note de Guaaeo sar la lettre de Montesquieu à Nicolioî, 6 mars

Vit CHAPITRE X.

tous les matins et Je n*ea ai vu qu'uoe partie; là et au palais Pitti est un amas immense de tableaux des plus grands maîtres et de statues antiques et modernes; et dans cette quantité il n'y a rien que d*exquîs : il y a une chambre qui contient tous les portraits des peintres qui ont quelque réputation, faits par eux-mêmes^ Outre le plaisir de voir une chose qui ne se trouve que là, on a encore celui de comparer les manières.

c< Depuis que je suis en Italie, j'ai ouvert les yeux sur les arts, dont je n'avais absolument aucune idée... »

Cette dernière phrase fait croire que c'est à Florence que Montesquieu conçut son Essai stir le goût.

Sa réputation l'avait devancé à Turin. Mais sa bienveillance ordinaire contribua autant à le lier avec le marquis de BreilS qui a été depuis gouverneur du prince de Piémont, avec s6n frère le commandeur de Solar et avec le marquis de Saint-Germain, qui ont été ambassadeurs de Sardaigne en France et qui le présentèrent à la cour. Le roi Victor lui dit' : c Monsieur, a vous êtes parent de M. Fabbé de Montesquiou, que « j'ai vu ici avec M. l'abbé d'Estrades. •« Sire, réc pliqua-tril, Sa Majesté est comme César, qui n'avait c jamais oublié aucun nom. )»

Les contrées qui s'étendent des deux côtés du Rhin attirèrent vivement son attention. Â Laxembourg', dans la salle où dinait l'empereur, le prince Kinski lui dit : « Vous, Monsieur, qui venez de France, vous

t. Note de Goaieo nir la lettre de Monteequieu da 5 man 17SS. 1. Petuiei divenêê»

S. Ibid

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