‹ Histoire de MontesquieuChapitre 104 sur 274 · Bernadau, mas. Bibliothèque de Bordeaux · texte numérisé non relu

Bernadau, mas. Bibliothèque de Bordeaux

142 CHAPITRB XI.

lent votre terre. — Point du tout, répondit Montesquieu. Je suis moins rigoureux que vous pour la chasse, et j'ai plus de gibier. » Alors se tournant vers la pauvre femme, il lui dit : a Voilà six francs pour vos perdrix. Allez boire à la cuisine. »

L'autre citation, venant d'un de ses contemporains, Latapie, est plus instructive encore :

H chérit toujours ses tenanciers, et (je lui ai ouï dire quelquefois) une de ses jouissances les plus pures était de les revoir. On le devinait aisément à Tair de satisfaction qui se peignait sur son visage chaque fois qu'il revenait de Paris ^.. Il n'allait jamais dans ses terres sans en visiter les habitants de toutes les classes. U parcourait chaque jour tantôt un village, tantôt un autre, et savait le nom de tous ses paysans, auxquels il ne parlait jamais qu'en gascon. Il se plaisait à s'occuper de leurs intérêts : pour mieux les connaître, il s'informait aux enfants des facultés de leurs parents. On l'a vu souvent aller vers ces derniers leur proposer les moyens de pacifier leurs querelles domestiques, pour arranger leurs affaires particulières et même pour leur porter des secours pécuniaires, sans que ces bonnes gens puissent savoir comment il avait pu être instruit de leur position *.

Après avoir ainsi distribué ses jardins à l'anglaise, dressé sa généalogie, créé une substitution, exercé, à sa manière, ses droits seigneuriaux et mis son fils au collège, Montesquieu s'appliqua sérieusement à l'œuvre qu'il méditait depuis si longtemps et sur laquelle il comptait pour le recommander à la postérité.

1. Beaurein, Variétés bordelaises, l. IV el V. Bordeaux, 1785.

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