DEVANCIERS DE MONTESQUIEU
annales comme un individu, et le suit de l'enfance à la jeunesse et de la jeunesse à l'âge mùr. C'est un véritable panégyrique « à la fois vague et concis, comme dit Villemain, dans un style épigrammatique et brillant ».
Montesquieu a dû lire avec bien du soin aussi Tauteur des Discours sur Tite-Live. Machiavel, élevé à l'école des gouvernements du quinzième siècle, développe dans cet ouvrage la théorie du succès et la justifie par des exemples, faisant plus de cas de l'expérience que des principes. Jamais Rome n'avait ^té le prétexte de réflexions politiques, diplomatiques et niilitaires aussi profondes et aussi sceptiques.
Paruta * était un honmie d'État vénitien du seizième siècle. Le premier livre de ses Discours traite de la constitution des gouvernements de l'antiquité. Il établit notamment, par des considérations sages et élevées, que les rois de Rome ont fondé sa puissance, que la distribution du butin était bien entendue, qu'elle ne posait les armes que victorieuse, qu'elle dut sa force à ses institutions militaires, enfin, qu'elle fût ruinée par ses expéditions lointaines.
Les réflexions sur les divers génies du peuple romain sont aussi originales qu'ingénieuses. Saint-Evremont était un épicurien spirituel et sensé qui ne croyait pas que la pauvreté et la vertu romaines fussent de l'absti-
\ . Alf. Mezièi*e8, de rAcadêmie française, Etude sur les œuvres politiques de Paul Paruta, Paris, Pichon, S. D., in*8.
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nence. La façon dont il a expliqué le caractère des premières guerres de ses héros, et surtout la seconde guerre punique, démontre bien qu'il avait été du métier.
Bossuet, dans le Discours sur Phistoire universelle, est un Père de l'Église qui expose « la durée perpétuelle de la religion et les causes des changements arrivés dans les empires. » Il traite, en passant, avec un mouvement rapide et sublime comme le char de feu du prophète, des Romains, dont il attribue la grandeur au courage dô ses soldats ainsi qu'à la sagesse de son Sénat, et la décadence à la jalousie des deux ordres, à l'abus des annexions et à la dépravation des mœurs.
Le membre puritain de la Chambre des communes d'Angleterre, Moyle, a divisé son Essai sur le gouvernement de Rome en deux parties. Les causes vraies et naturelles qiji élevèrent ce peuple au plus haut degré de gloire et de puissance sont d'abord traitées. Vient ensuite la corruption de la répubhque en monarchie absolue, attribuée à la négligence des anciennes lois, de la discipUne et de la vertu ' .
Ces modèles furent loin de décourager Montesquieu, car Guvier n'a pas hésité à s'occuper d'anatomie après Aristote et Buflfon. Un des plus savants professeurs de l'université, M. Ed. Cougny ^, suppose que la Grandeur
1. Hallam, Introduction à V Histoire littéraire du quinzième au dii-septième siècle, dit que Montesquieu a imité Bellenden.
5. VInstruction publique^ journal rédigé par M. Âlf. Blot, 27 mai
GOUT DE MONTESQUIEU POUR ROME., iàd
des Romains est née de la préface de Tite-Live. J'hé^^ site à le croire ; à mon avis, la préférence de Montesquieu se porta sur Rome, parce que ses annales sont un résumé de celles de l'univers*. Il me semble en faire Faveu quand il dit : « Je me trouve fort dans mes maximes, lorsque j'ai pour moi les Romains ^ ». D'ailleurs, considérant que l'histoire n'était qu'un recueil de faits épars réunis par des lettrés, tandis qu'elle devait être un abrégé méthodique emprunté à des écrivains qui y avaient joué un rôle, il se proposa, d'après l'expérience et l'observation, d'assigner à chaque fait sa place, à chaque homme son importance et de donner les lois politiques des événements. C'était créer la philosophie de l'histoire ' : étude pleine de conjectures, mais déjà féconde en vérités utiles.
Le sujet et le but arrêtés, ses premières tentatives furent deux mémoires *, l'un sur les intempéries de la campagne de Rome, et l'autre sur la sobriété des habitants de Rome comparée à Fintempérance des andené Romains, qu'il lut à l'Académie de Bordeaux en 1731 et en 1732, sans qu'on en retrouve de traces.
Enfin, après avoir dessiné son plan, il se mit à l'exécuter.
Le Uvre, divisé en vingt-trois chapitres, comprend
!• Qui res ejus legunt, non unius populi 8ed generis humani fata discunt [Florus, in prsemio).