MONTESQUIEU MARCHAND DE VIN
sition, et même avant que l'arrêt qui a défendu la nouvelle plantation de vignes eût été rendu, il était du sentiment commun de toute la province, que non-seulement il ne fallait pas souffrir qu'on plantât de nouvelles vignes, mais qu'il aurait été à souhaiter qu'on arrachât au moins un tiers de celles qui avaient été plantées depuis 1709. Son intérêt personnel le fait aujourd'hui changer de langage et non de sentiment ; car je suis persuadé qu'il est toujours dans les mêmes principes et que le mémoire qu'il vous a présenté est un jeu d'esprit, dont il connaît mieux que personne la faus-
Néanmoins, Montesquieu obtint, on ne sait comment,
Tautorisation de planter des vignes, et les cultiva avec
succès. On lit dans une de ses lettres inédites^ à
madame Dupré de Saint-Maur ; « Je suis occupé ici à
« faire du nectar ; le malheur est qu'Hébé ne le ver-
« sera pas dans ma coupe. » En outre, personne ne
fut un négociant plus habile à placer sa récolte. « Je
« crains bien, écrivait-il en 1742 à Guasco, que, si la
a guerre continue, je ne sois forcé d'aller planter mes
a choux à La Brède. Notre commerce de Guyenne
« sera bientôt aux abois : nos vins nous resteront
« sur les bras, et vous savez que c'est toute notre
« richesse. » Une autre de ses lettres de 1782 est plus
piquante encore : « ... J'ai reçu d'Angleterre la ré-
« ponse pour le vin que vous m'avez fait envoyer à
a mylord Élibant : il a été trouvé extrêmement bon.
€ Le succès que mon livre a eu dans ce pays-là contri-
« bue, à ce qu'il paraît, au succès de mon vin. » On