‹ Histoire de MontesquieuChapitre 125 sur 274 · MANIE DES MATHEMATIQUES · texte numérisé non relu

MANIE DES MATHEMATIQUES

moins fin, plus long qu'à la vue ordinaire. S*il paraît une autre fois plus long, je dis : 2 X 2 font 4, 2 X 4 font 8 ; je dis donc ; ce microscope grossit huit fois. Je vois ensuite l'aiguille à la seconde lentille, qui allonge trois fois plus que la première. Je dis : 3 fois 8 font 24 ; 3 X 24 font 72 : et je dis que cette seconde grossit soixante-douze fois plus que la vue simple ; ainsi de suite. Tout cela n'est que par estime. Y at-il une manière exacte de donner combien chaque microscope agrandit les objets, soit par le diamètre de la convexe ou la distance du foyer; et cette manière peut-elle être aisément pratiquée par autres que les ouvriers, et dans les observations que l'on fait avec le microscope, la première manière, qui n'est fondée que sur une supposition qui ne peut jamais être exactement juste, suffit-elle ?

Je vous prie , Monsieur > de vouloir bien me donner quelque éclaircissement là-dessus. Comme je mets en état les petits ouvrages que j'ai autrefois donnés à l'Académie de Bordeaux, et que j'ai un mémoire de quelques observations faites avec mes microscopes, je voudrais mettre au fait le lecteur, lorsquejedisque j'ai vu à la première, à la deuxième, à la huitième lentille. Mille pardons. Monsieur, de ce que je vous détourne de vos grandes et belles occupations. M. Senet me dit les bontés que vous aviez eues pour lui et pour mon don K..

Heureusement cette idée de Montesquieu n'eut pas de suite. Mais pourquoi les hommes tiennent-ils toujours à réussir contre leurs aptitudes : Frédéric II à jouer de la flûte et Voltaire à composer des comédies? Voudrions-nous exceller en tout ?

On se rappelle qu'au moment du séjour de Montesquieu en Angleterre, en 1730, la Société royale

t. Voirch. IV. 11 s'agissait d'inslruments de physique qu'il avait fait venir d'Angleterre pour les offirir à l'Académie de Bordeaux.

de Londres Tavait agréé au nombre de ses membres. Il lui envoya plusieurs communications dont deux sont analysées dans la Bibliothèque raisonnée des savants de FEurope (Amsterdam, 1747). L'une rapporte un fait insignifiant de cristallisation, comme on voit s'en produire dans toutes les eaux fortement minéralisées. Par l'autre, il se vante d'avoir trouvé un fucus dans une fontaine thermale, où il y en a toujours. Chacun a le droit de n'être pas au courant de la science de son temps, mais de teUes découvertes ne dévoilent que l'ignorance de celui qui les fait.

Je ne dirai qu'un mot dti sublime épisode de Lysimaque^ envoyé à l'académie de Stanislas, qui venait d'inscrire le nom de Montesquieu sur la liste de ses membres.

En nous montrant, dit M. Franck i, le philosophe CaJlisthène souffrant la plus horrible mutilation pour avoir refusé d'adorer Alexandre à la manière de ses esclaves d'Asie, et un de ses plus vaillants généraux, Lysimaque, condamné aux bêtes féroces pour avoir témoigné quelque pitié à la victime de cette barbarie, Montesquieu, à ce que je soupçonne, a plutôt voulu nous donner une idée de l'antipathie qui existait alors entre les mœurs asiatiques adoptées par Alexandre et le libre esprit de la Grèce, demeuré vivant même dans son armée et à sa cour.

M. Franck se trompe. Sans doute, la philosophie stoïque n'était pas encore formulée, mais eUe existait depuis Diogène ; et c'est bien elle que Montesquieu a

1, Kex ne contemporaine^ Z(i (Vf vit \%h%.

ÉUOGE DES stoïciens. 177

peinte dans ce morceau, après l'avoir admirée dans tous ses autres ouvrages où ,il dit :

Les diverses sectes de philosophie chez les aaciens pouvaient être considérées comme des espèces de religions. Il n'y en a jamais eu dont les principes fussent plus dignes de Thomme, et plus propres à former les gens de bien que celle des stoïciens...

Elle seule savait faire les citoyens; elle seule faisait les grands hommes ; elle seule faisait les grands empereurs.

Faites pour un .moment abstraction des vérités révélées; cherchez dans toute la nature, et vous n'y trouverez pas de plus grand objet que les Antonins. Julien même, Julien (un suffrage ainsi arraché ne me rendra point complice de son apostasie) : non, il n'y a point eu après lui de prince plus digne de gouverner les hommes.

Pendant que les stoïciens regardaient comme une chose vaine les richesses, les grandeurs humaines, la douleur, les chagrins, les plaisirs, ils n'étaient occupés qu'à travailler au bonheur des hommes, à exercer les devoirs de la société ; il semblait qu'ils regardassent cet esprit sacré qu'ils croyaient être en eux-mêmes comme une espèce de providence favorable qui veillait sur le genre humain K ^ Dans ces temps-là, la secte des stoïciens s'étendait et s'accréditait dans l'empire. Il semblait que la nature humaine ait fait un effort pour produire d'elle-même cette secte admirable, qui était comme ces plantes que la terre fait naître dans des lieux que le ciel n'a jamais vus. Les Romains lui durent leurs meilleurs empereurs*.

Jamais philosophie n'a mieux fait sentir ,aux hommes les douceurs de la vertu et la dignité de leur être que Marc- Antonin : le cœur est touché, l'âme agrandie, l'esprit élevé.''

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