Lettre de Montesquieu du 28 septembre
Les prédécesseurs de Montesquieu : Boudha, Brahma, Confuoius, Moïse, Platon, Arîstote, Cioéron, Poljbe, etc.
Aujourd'hui tout le monde est d'accord : rhomme est fait pour vivre en société, Zwov itoXixixov, et la politique est l'ensemble des lois qui règlent les rapporta d'un gouvernement avec ses sujets et avec les autre» États.
S'il est vrai que ces rapports vont s'améliorant, l'honneur doit en être reporté aux publicistes et aux philosophes ; car leurs idées, à mesure qu'elles l'ont mérité, sont entrées dans les lois et les institutions des peuples. D'ailleurs, l'histoire n'est que la suite des biographies de ces grands esprits. Nous chétifs, nous sommes le nombre qui les suit, qui s'éclaire, s'allume et s'échauffe à leur lumière ; eux seuls comptent dans l'humanité, répandant la civilisation et augmentant le progrès, ce flambeau qu'ils se passent de main en main au-dessus de nos tètes et qu'ils attisent en notre faveur.
Résumer, par ordre de date, les théories gouvernementales depuis l'origine jusqu'au dix-huitième
siècle, ce sera montrer les étapes par où les écrivains spéciaux avaient amené cette science avant Montesquieu et les emprunts qu'il leur a faits. On jugera mieux ainsi ce qu'il a ajouté aux connaissances qu'ils lui avaient transmises.
Sans doute, les peuples primitifs de l'Orient ne connaissaient pas la science politique *. Toutefois, Brahma, dans le code de Manou et dans les Védas^ semble indiquer deux théories sociales de la plus haute importance : la théocratie et les castes.
« Chez les peuples barbares, dit Montesquieu^, les « prêtres ont ordinairement du pouvoir, parce qu'ils « ont l'autorité qu'ils doivent tenir de la religion, et a la puissance que, chez des peuples pareils, donne « la superstition. » La division par castes, chez une nation civilisée, arrête l'essor du progrès, perpétue l'imperfection des méthodes, entretient l'insouciance et la rend stationnaire ; mais elle a pu, dans l'origine, être un moyen d'ordre social et de répartition du travail.
Le boudhisme apporta dans ce pays un nouveau système social. Par opposition au brahmanisme, qui a tant d'idoles, cette législation prêcha l'unité de Dieu et même l'absorption en lui. La prédication de cette réforme, sans anéantir les castes, en acToucit les dif-
1 . J^ai Tait ce chapitre, ayant soua les yeax VHistoire de la science politique (2 vol. in- 8. Paris, 1872), ouvrage supérieur de M. Paul Janet, membre de Tlnstitut.