LOCKE, GROTIUS, ETC
Dans l'état de nature, lea faibles sont opprimés par les forts et les forts par la ligue des faibles. Le seul moyen d'obtenir la sécurité de tous, c'est que chacun abdique son droit de défense en faveur d^m pouvoir central (roi, assemblée ou peuple), capable de soumettre les individus et de les maintenir dans l'ordre. La force est la loi ; donc tout pouvoir est légitime dès qu'il existe.
Au contraire, selon Locke, dans l'état de nature, il n'est pas permis à l'homme, pour se conserver, de tout faire ; il ne peut que se défendre. Ce publiciste posa le premier en principe que le respect de la personne et celui du travail est antérieur à l'état social. Lepouvoir civil, loin d'être fondé sur la renonciation de chaque citoyen à ses droits, n'est institué que pour les protéger ; il ne repose pas sur la force, ni même sur la puissance paternelle, il dérive du consentement du peuple; faute de quoi, Y appel au ciel est légitime.
En dehors de l'Angleterre, le dix-septième siècle a encore produit d'autres maîtres en poHtique.
Grotius, dans son traité Du droit de la guerre et de la paix^ a fondé la théorie du droit des gens, et a fait de celle du droit naturel, autrefois rattaché à la morale, une science spéciale. Cette entreprise renouvela la jurisprudence, en essayant delà ramener à des principes philosophiques.
Puffendorf partage avec Grotius la gloire d'avoir déterminé l'idée du droit naturel. Mais son mérite propre est d'avoii' distingué le droit naturel de la théologie
morale et des lois civiles ; il a également, au lieu de restreindre son sujet au droit de la paix et de la guerre, conçu le plan d'un système complet de la morale et du droit naturel.
Enfin, les deux prédécesseurs immédiats de Montes quieu ont été Bossuet et Fénelon.
Bossuet écrivit Tapologie du pouvoir absolu et du droit divin : c'est la théorie de la monarchie, telle que la pratiquait Louis XIV. La liberté de conscience déplaît à cet esprit entier, et l'esclavage lui semble une institution légitime. Mais il déclare que certaines lois fondamentales sont la limite du pouvoir, et que la vie et les biens des sujets n'appartiennent pas au souverain; du reste ejx lui accordant tous les droits, il ne lui ménage pas les devoirs.
D'après le Télémaque et les écrits politiques de Fénelon, la royauté est réduite au rôle de pouvoir exécutif et doit, en toutes circonstances, s'inspirer de la volonté de la nation dans laquelle réside le pouvoir législatif. Son roi est le prince chrétien de l'Évangile, c'est-à-dire doux, humain, accessible, compatissant et libéral. Fénelon témoigna donc plus de largeur dans l'esprit que Bossuet, mais c'est moins au point de vue populaire qu'au point de vue aristocratique.
Je n'ai cité ici que les principaux publicistes qui sont venus avant Montesquieu. J'aurais dû parler aussi des jurisconsultes des écoles de Bologne, de Bourges, de Toulouse et de Paris ; car c'était un esprit positif qui a beaucoup profité des ces grands praticiens. On
se rappelle sa maxime : « il faut expliquer Thistoire « par les lois et les lois par Thistoire ^ »
Voilà donc les prédécesseurs de Montesquieu. 11 avait en outre des manières de travailler qui méritent d'être connues.
i . Esprit des Lois, liv. XXXI, ch. ii.
Méthodes do travail : Conversations, Bibliothèques, Lectures,
Méditation, Dictées.
Nous venons de voir les coQaborateurs de Montesquieu et les sociétés qu'il fréquentait. Je crois intéressant et utile de faire connaître sa conduite dans le monde.
« Depuis la fureur que les cartes ont excitée, remarquait-il, on ne parle plus. Les vieilles femmes mêmes sont silencieuses. Le jeu, qui n'était chez elles qu'un prétexte dans la jeunesse, devient dans un âge avancé une passion qui dévore tous les autres plaisirs ^ »
Son goût le portait à un autre amusement. Il pensait que, pour plaire dans le monde, il fallait n'avoir pas celte sensibilité qui s'attache vivement. Quelqu'un observait un jour devant lui que Fontenelle n'aimait personne. « Eh bien ! il n'en est que plus aimable en société, » répondit Montesquieu^.
D'après Charlemont^, « on était étonné de sa poli-