‹ Histoire de MontesquieuChapitre 169 sur 274 · OPINION DES AMIS DE MONTESQUIEU · texte numérisé non relu

OPINION DES AMIS DE MONTESQUIEU

« égards de Tintérêt et de Tamitié. Soyez tranquille ; « nos avis ne l'ont point blessé. Il aime dans ses amis « la franchise qu'il met avec eux. Il souffre volontiers « les discussions, y répond par des saillies et change a rarement d'opinion... Son beau génie l'avait élevé « dans sa jeunesse jusqu'aux Lettres persanes. Plus « âgé, il semble s'être repenti d'avoir donné à l'envie « ce prétexte de nuire à son ambition. Il s'est plus « occupé à justifier les idées reçues, que du soin d'en « étabUr de nouvelles et de plus utiles... Les lumières « que les philosophes auront répandues éclaireront « tôt ou tard les ténèbres dont ils envelopperont les « préjugés; et notre ami Montesquieu, dépouillé de « son titre de sage et de législateur, ne sera plus « qu'un homme de robe, gentilhomme et bel esprit. « Voilà ce qui m'afflige pour lui et pour l'humanité, « qu'il aurait pu mieux servir. »

Son ami Barbot prononça le vrai mot de la situation : « Président, laissez-les dire, ils ne vous enten- « dent pas ; imprimez et vous irez plus loin qu'eux \ » et Montesquieu répliqua : « Si cet ouvrage a du succès, « je le devrai beaucoup à mon sujet; cependant je ne « crois pas avoir manqué de génie ^. »

Alors fut écrite la préface de Y Esprit des Lois, qui est si réservée, si religieuse, si patriotique et si humaine.

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