Pensées diverses
Il fallait passer à rimpression. J'ai trouvé, à ce sujet, des détails peu connus dans une lettre • écrite en 1785 par un professeur de l'école militaire, ancien secrétaire du marquis d'Ussé, nommé Detz.
C'était au retour d'une visite au maréchal de Belle- Isle, à son château près de Meulan. Montesquieu, qui avait envoyé son carrosse en avant, marchait à pied, les bras croisés derrière le dos, selon son habitude. La route était peu distante du bord de la Seine. Tout à coup, il la quitta pour prendre un sentier qui conduisait droit au fleuve. Par bonheur, Detz passait par là. Il connaissait Montesquieu pour l'avoir vu chez le marquis d'Ussé, son maître, et le savait aussi myope que distrait. Il accourt, et, le tirant par derrière, il empêche de tomber dans l'eau le grand homme, qui n'en était qu'à deux ou trois mètres. A quelque temps de là, et, en récompense, Montesquieu lui donna son manuscrit de l'Esprit des Lois pour le faire imprimer à son profit. Detz le porta à plusieurs Ubraires; mais, après l'avoir fait lire par des magistrats, aucun n'en voulut risquer les frais, car il s^agissait d'une dépense de 40 à 12,000 livres. Enfin, un attaché à la maison du lieutenant général, nommé Corbie, plus riche que Detz et plus avisé que les libraires, en fit l'avance : ce qui lui procura 3,000 écus de rente. Le fait est vraisemblable ; j'attends qu'il soit réfuté pour cesser d'y croire,
I • Archives de la Bibliothèqve de Bordeaux.