‹ Histoire de MontesquieuChapitre 176 sur 274 · ÉTAT DE LA FRANCE EN · texte numérisé non relu

ÉTAT DE LA FRANCE EN

Boucher et spirituelle comme Marivaux. Il ne lui manquait que ce qui ne se donne pas , la distinction et la grandeur.

On la voit, dans l'espoir de s'anoblir, se faire créer marquise ; pour se venger du dédain de la haute société, protéger les gens de lettres et les artistes; tantôt favoriser les jansénistes et les parlementaires jusqu'à ce qu'ils menacent la puissance royale, tantôt seconder les philosophes contre les jésuites, sauf à s'en plaindre si la secte devient trop hardie : « . , . Qu'est « devenue notre nation? disait-elle*. Les parlements, « les encyclopédistes, etc., etc., l'ont absolument chan- « gée. Quand on manque assez de principes pour ne « reconnaître ni divinité, ni maître, on devient bientôt « le rebut de la nature, et c'est ce qui nous arrive... »

Il est impossible de réunir autant de beauté, de talent, d'intrigue, d'égoïsme et d'imprévoyance qu'en avait madame de Pompadour. Je me figure ainsi la fille de M. Jourdain. C'est d'elle que date l'arrivée aux affaires de cette bourgeoisie qui devait corrompre les arts, protéger l'Encyclopédie, expulser les jésuites, supprimer les parlements, réclamer les états généraux et faire guillotiner Louis XVI ; le tout avec regret.

Pour le moment, la vieille France, dans la guerre de succession d'Autriche (174S-1748), venait de jeter son dernier éclat : le peuple en appelant son roi « le

1. Lacretelle, Uistoîre du dix-huiiiême siècle. Paris, 1812, t. IV, p. 47. Letlre de Madame de Pompadour au duc d* Aiguillon.

bien-aimé, » la noblesse en gagnant les batailles de de Fontenoy, de Raucoux et de Lawfeld, et Louis XV en signant la paix infructueuse, mais honorable, d'Aix-la-Chapelle.

On était donc, en 1748 et sous Cotillon II, comme disait le roi de Prusse. L'ironie cédait la place à l'affirmation. Les écrivains, n'étant plus forcés de dissimuler leurs idées sous des formes légères, se mirent à dogmatiser. Bufifon allait donner Y Histoire naturelle^ Diderot les Lettres sur les aveugles et les sourds-muets, Condillac le Traité des sensations, Voltaire l'Essai sur les mœurs, Rousseau les Discours contre l'inégalité des conditions et contre les sciences, Quesnay le Droit naturel et les Encyclopédistes leur Prospectus.

Le livre de Montesquieu parut alors à Genève, en 2 volumes in-4<^ sans date, chez Barillot, sous ce titre : De L'espbit des Loix ou du Rapport que les Loix doivent avoir avec la constitution de chaque gouvernement, mœurs, climat, religion, commerce, etc.; à quoi fauteur a ajouté des recherches sur les loix romaines touchant les successions, sur les loix françaises et sur les loix féodales.

Il avait pour épigraphe : Prolem sine matre créatam. On * a beaucoup cherché la signification de cet hétnistiche d'Ovide. Les traducteurs^ d'Ariâtote et de

1. Mémoires de f Académie de Caen, in- 8, 1860; Demiau de Crouzillac, Recherches sur Vépigraphie de VEsprit des loiSi

2. Barthélémy Saint-Hilalrc, Politique d^Àrislote^ préface; — Villemain, Discours sur la République de Çicéron,

Page 1