‹ Histoire de MontesquieuChapitre 18 sur 274 · Essais j liv. II, ch. xtiu · texte numérisé non relu

Essais j liv. II, ch. xtiu

LE CHATBAU DE LA BREDB. 5

< luàle, militaire, nerveux, puissant et pertinent. » Les habitants des villes lui empruntaient des tournures de phrases et s'en servaient pour donner des acceptions inusitées aux mots ou même pour en forger. Tous les auteurs méridionaux font des gasconismes.

A quinze kilomètres sud-est de la capitale de ce pays, au milieu de ces choses, de ces hommesr et de ce langage, mais un peu à l'écart, dominant la vallée, au centre de vastes prairies et enveloppée d'arbres qui la cachent au soleil du Midi, se dressait comme un grand sphinx une immense masse noire.

C'est un donjon gothique, polygone presque rond offrant dix-sept pans droits et soixante-quatorze mètres de circonférence, flanqué à l'ouest d'une grosse tour fendue du haut en bas, ornée de tourelles à mâchicoulis, couronné de créneaux, éclairé de fenêtres irrégulières, baigné tout au tour par des fossés d'eau vive qui varient de quatorze à trente-cinq mètres de large, du reste inaccessible excepté au moyen de trois pontslevis successifs qui sont défendus par des barbacanes à meurtrières. Gomment ne pas être orgueilleux, quand on est le maître d'une semblable citadelle d'où l'on peut braver le pouvoir et protéger ou opprimer ses voisins ?

Sur le fronton ogival de la porte d'entrée se présentait un écu, timbré d'un tortil de baron, supporté par deux griffons, entouré du cordon de Saint-Michel et portant : « d'azur, à deux coquilles d'or, accompa- « gnées en pointe d'un croissant d'argent, » avec la

devise t Virtiitem fortuna secundat. Voilà le flef dé La Brède ^ .

Ce château, moins fort par sa position que par l'épaisseur et la forme de ses murailles et par ses moyens de défense, avait été bâti au treizième siècle, par un seigneur gascon, féal du roi d'Angleterre, qui, sur l'ordrô de son maître, l'atâit armé contre les soldats français* Il fut l'un des derniers boulevards de l'indépendance ànglo-gasconne sous Charles VII, puis de l'opposition parlementaire contre Louis XIV. Un de ses possesseurs devait commencer, au dix-huitième siècle, les premières attaques contre la monarchie et la religion.

Alors cette terre baroniale de La Brède était tombée en quenouille, ou plutôt, le 28 septembre 1686, une fille unique l'avait avec son titre apportée en dot à son mari. Ce furent le père et la mère de notre Montes-» quietl ^»

Les deux époux étaient d'assez bonne noblesse; les ancêtres de Jacques de Secondât avaient occupé des emplois à la cour lettrée, amoureuse et protes*

1» Léo Drouyu, la Guyenne miliiaîte <, tn»4. Borddaux, tê65*, «^ Labat, le Château de La Brède, dans le Recueil de l* Académie d'Àgen^ 1834 ; — Grouet, La Brède, in-8. Bordeaux, 1839 ; — O'gilvy, Nobi^ tiaire de Guyenne. B^rdeaax, 1858, in-4; — Frèd. Thomas, Vieilles lunes d*un avocat {Premier quartier), in48, HacheUe» Pari«, 1863. Le château de Montesquieu,

3. Voir tnfra, comment il reçut ce dernier nom en héritage de &on oncle ; -^ O'gilvy, Nobiliaire de Guyenne, yo Secondât, in-4 . Bordeanx , 1858; — Grouet, La Brède, in-«. Bordeaux, 1839; — Beaurein, Variétés bordelaises, Bordeaux, 1784, t. IV et V.

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