ANALYSE DU LIVRE IX
causes et des remèdes de la corruption des principes des trois gouvernements. Ici reparaît avec force et un certain éclat l'esprit de modération de Montesquieu. « Le principe de la démocratie se corrompt, dit- « il, non-seulement lorsqu'on prend Tesprit d'égale lité, mais encore quand on prend l'esprit d'égalité « extrême, et que chacun veut être égal à celui qu'il « choisit pour lui commander. » Il développe cette thèse et fait sentir admirablement la ligne qui sépare la liberté de la licence, la démocratie de la démogagie. Il montre à merveille que ce qui perd la monarchie, c'est l'affaiblissement des pouvoirs intermédiaires, affaiblissement qui conduit presque toujours à un gouvernement absolu, tantôt monarchique et tantôt démagogique. Quant au gouvernement despotique, a son principe, dit Montesquieu, se corrompt sans « cesse, parce qu'il est corrompu par sa nature. » Comme on retrouve dans cette réflexion le dédain de l'homme qui a donné (1. V, ch. xni) cette définition si éloquemment laconique : « Quand les sauvages de « la Louisiane veulent avoir du fruit, ils coupent l'arbre « au pied et cueillent le fruit. Voilà le gouvernement « despotique. »
« S'adressant ensuite à un autre ordre d'idées, Montesquieu s'occupe dans le Hvre IX, des lois dans le rapport qu'elles ont avec la force défensive^ et dans le livre X, des lois dans le rapport qu^elles ont avec la force offensive. Il traite là, en passant, du droit de la guerre et du droit de conquête, et s'élève avec force
contre le prétendu droit de réduire les vaincus en servitude. Le chapitire xiv, consacré à Alexandre, est un des plus beaux et des plus entraînants qu'il ait écrits.
« Les livres XI et XII ont pour objet les lois qui forment la liberté politique dans son rapport avec la cofistitîition, et les lois qui forment la liberté politique son rapport avec le citoyefi.
€ Tout le inonde sait les discussions auxqueUes a donné lieu la définition de la liberté politique. Voici celle que propose Montesquieu (1. XI, ch. m et iv).
La liberté politique ne coûsiste point à faire ce que l'on veut. Dans un État, c'est-à-dire dans une société où il y a des lois, la liberté ne peut consister qu'à vouloir faire ce que l'on doit vouloir, et à n'être point contraint de faire ce que l'on ne doit pas vouloir. La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent : et si un citoyen pouvait faire ce qu'elles défendent, il n'aurait plus de liberté, parce que les autres auraient tous le même pouvoir. — La démocratie et l'aristocratie ne sont point des États libres par leur nature. La liberté politique ne se trouve que dans les gouvernements modérés, mais elle n'est pas toujours dans les États modérés : elle n'y est que lorsqu'on n'abuse pas du pouvoir ; mais c'est iine expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser : il va jusqu'à ce qu'il trouve des limites. Qui le dirait? La vertu même a besoin de limites.
« Le livre XII traite des lois qui forment la liberté politique dans son rapport avec le citoyen. La liberté politique, dans son rapport avec le citoyen, consiste dans la sûreté, ou dans Topinion qu'il a de sa sûreté. La constitution peut être libre et le citoyen ne l'être pas ; dans ce cas, la constitution sera libre de droit et