‹ Histoire de MontesquieuChapitre 181 sur 274 · ANALYSE DU LIVRE IV · texte numérisé non relu

ANALYSE DU LIVRE IV

toutes les vertus républicaines. «Une action, dit-il, c qui se fait sans bruit y est, en quelque façon, sans « conséquence... Dans la république les crimes privés € sont plus publics, c'est-à-dire choquent plus la con- « stitution de l'État que les particuliers et dans les mo- « narchies les crimes publics sont plus privés c'est- « à-dire choquent plus les fortunes particulières que « la constitution de l'État même... V honneur^ c'est- « à-dire le préjugé de chaque personne et de chaque a condition, prend, dans la monarchie, la place de la tf vertu politique et la représente parfois. »

« Ce n'est point Y honneur qui est le principe des États despotiques : les hommes y étant tous égaux, on n'y peut se préférer aux autres ; les hommes y étant tous esclaves, on ne peut se préférer à rien. L'honneur se fait gloire de mépriser la vie, et le despote n'a de force que parce qu'il peut l'oter. Voilà pourquoi la crainte est le principe du gouvernement despotique. La vertu n^ est point nécessaire, et l'Aownewr y serait dangereux. L'homme n'y est qu'une créature qui obéit à une créature qui veut.

« Pour que l'État demeure stable, selon le IV* livre, les lois de F éducation doivent être relatives au prin^ cipe du gouvernement. Elles sont les premières que nous recevons. La principale éducation que les hommes reçoivent, Montesquieu le reconnaît du reste, ce n'est pas dans les maisons d'instruction publique, c'est lorsqu'ils entrent dans le monde. Cela est vrai surtout des monarchies, où Yhonneur ne s'apprend

que dans le monde. Dans les républiques, il faut que l'éducation, plus qu'ailleurs, inspire l'amour de la patrie. Car « ce n'est point, dit-il, le peuple naissant « qui dégénère ; il ne se perd que lorsque les hommes « faits sont déjà corrompus. » Dans ce livre, et c'est ce qui en fait l'originalité, Montesquieu a pour but d'indiquer non ce qui fait l'homme vertueux, mais ce qui fait le bon citoyen, qu'il s'agisse d'une république ou d'une monarchie.

« Passant ensuite aux autres lois, il établit d'une manière générale dans le livre V, que les lois du législateur doivent être relatives au principe du gouvernement. Dans le suivant, il indique les çonsé-quences des principes des divers gouvernements^ par rapport à la simplicité des lois civiles et criminelles, la forme des jugements et rétablissement des peines. Il déploie dans ces deux livres, sur la vertu dans la démocratie et dans l'aristocratie, sur l'équitable proportion des peines avec le crime, une justesse et une étendue de pensée qui saisissent [d'admiration. Dans le livre VII il montre les conséquences des différents principes des trois gouvernements, par rapport aux lois somptuàires au luxe et à la condition des femmes. Il énonce sur le premier point des idées qui paraissent trop étroites aujourd'hui que les merveilles de l'industrie ont rhéabilité l'usage des objets de luxe, mais qui étaient supérieures aux vieilles théories admises de son temps. Comme conclusion des recherches précédentes, le livre VIII est consacré à l'examen des

Page 1