MONTESQUIEU ET SES CRITIQUES
s'est à dessein caché de moi dans cet ouvrage , craignant que je m'y formalise de bien des choses... Â peine m'eut-il donné son Uvre, qu'il vint de Bordeaux exprès m'en demander mon sentiment. J'avouerai qu'il me craignait un peu. Il me connaissait exact et inflexible sur les bons principes de la religion et du gouvernement. Il se croyait bien sain sur ]e premier article, et effectivement, à un article près et à quelques manques d'expression, je ne vois pas qu'il attaque le dogme et l'essentiel. Mais sur le gouverlîement de l'État et celui surtout de l'Église, sur la discipUne, je lui fis convenir qu'il était trop et tout anglican... »
C'est aussi vers le même temps que parurent les Lettres persanes convaincues ctimpiété. L'auteur, le janséniste abbé Gauthier, y traite Montesquieu de <( âme de boue ' > et de « pourceau . d Cette réfutation n'est pas mal faite au point de vue théologique.
Le chef-d'œuvre, en face de ces préjugés, de ces prohibitions, de ces bons mots, de ces jugements, de ces critiques, ne réussit pas d'abord chez nous.
Montesquieu s'en consolait par des nouvelles fort agréables qui lui venaient de l'étranger ; il écrivait du reste dans une lettre de ce temps-là : « J'entends quelques frelons qui bourdonnent autour de moi, mais si les abeilles y cueillent un peu de miel, cela me suffit ^. »