‹ Histoire de MontesquieuChapitre 220 sur 274 · NAISSANCE DE LATAPIE · texte numérisé non relu

NAISSANCE DE LATAPIE

en causant, nous nous promenions. Après avoir fait le tour de son domaine, arrangé en effet à l'anglaise, nous revînmes et nous fûmes reçus par madame la baronne et sa fille. Ce furent elles qui, avec le secrétaire du président, formèrent la société. Le repas fut simple et abondant. Après dîner, Montesquieu insista pour nous faire rester et ne nous laissa partir qu'au bout de trois jours, pendant lesquels sa conversation fut aussi amusante qu'instructive. Alors son secrétaire, qui était Irlandais, nousreconduisit à Bordeaux...

Il paraissait donc décidé à ne plus retourner à Paris, à cause de ses fatigues. Un autre motif peut-être le décidait à demeurer à La Brède. La femme de son arpenteur feudiste, Latapie, était allée accoucher en 1739 à Bordeaux ^ Les mauvaises langues disaient que Montesquieu avait voulu suivre la première éducation du nouveau-né, qui était ardent et d'une sagacité peu commune, et sur lequel il avait des vues particulières. Le voisinage du grand homme et sa bienveillance portèrent l'enfant au travail. Admis près de lui, l'accompagnant dans ses promenades, l'aidant quelquefois dans ses recherches, écrivant sous sa dictée, prêtant à ses moindres paroles une oreille toujours attentive, il se livra à l'étude des langues anciennes, de l'histoire et des sciences exactes avec succès. Mes renseignements ne s'opposent pas à ce que Montesquieu ait eu des bâtards, mais aucun des ouvrages du fils Latapie, qui roulent tous sur la botanique, ne porte la marque d'une telle parenté ^

]. Bernadau, mss.; •— Académie de Bordeaux, Actes, 1824.

302 CHAPITRE XXiri.

Cependant des dettes de reconnaissance à acquitter le ramenèrent à Paris.

On se rappelle qu'un jeune Français S professeur de rUniversité de Danemark, avait des premiers, en 1749, fait connaître, et ensuite, en 1781, défendu l'iE^/^n^ des Lois. Depuis, La Beaumelle avait publié deux nouveaux ouvrages : l'un, intitulé Mes Pensées, qui a mérité un moment d'être attribué à Montesquieu, contenait quelques traits contre les hommes de lettres trop pensionnés ; l'autre était une nouvelle édition du Siècle de Louis XI F, où il avait relevé de nombreuses erreurs. Voltaire, deux fois piqué, parce qu'on l'attaquait dans ses intérêts pécuniaires et dans sa science historique, dénonça son adversaire au roi de Prusse, comme un homme dangereux, et au gouvernement français comme un pamphlétaire qui avait offensé la maison d'Orléans. La Beaumelle fut arrêté et mis à la Bastille le 24 avril 1753.

A la nouvelle de ce qui arrivait à son jeune défenseur, sur la demande de son rival, Montesquieu revint aussitôt de La Brède pour solliciter la mise en Uberté de La Beaumelle, qu'il obtint le 12 octobre suivant. Il y a sur ce sujet une lettre inédite* de lui, adressée à La Condamine le IS mars 1784 :

Je vous remercie des soins que vous vous êtes donnés pour La Beaumelle ; et comme il peut avoir besoin d'argent,

1. Angliviel de La Beaumelle, Vie de Uaupertuls, Var'is^ 1852, in-12; — Nicolas, Vie de La Beaumelle, Paris, 1%?, in-8 ; — la Spectatrice danoise, recueil hebdomadaire.

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