RELIGION DE MONTESQUIEU
une méconnaissance de Tarrivée du christianisme qui choquent la justice et la vérité *.
Montesquieu a donné Tindifférence en religion pour base commune aux lois de tous les peuples ; il a négligé les idées chrétiennes sur Torigine et la mission du pouvoir; enfin, selon lui, Tordre social et l'histoire du monde dérivent de l'influence des climats.
Mais en aucun temps, malgré tous ces écarts, il n'a médit du christianisme directement. La Grandeur des Romains^ même s'explique ainsi sur le protestantisme :
Il pensa bien y avoir en Orient à peu près la même révolution qui arriva il y a environ deux siècles en Occident, lorsqu'au renouvellement des lettres, comme on commença à sentir les abus et les dérèglements où Ton était tombé, tout le monde cherchant un remède au mal, des gens hardis et trop peu dociles déchirèrent l'Église au lieu de la réformer.
Il me semble voir son opinion intime dans ce passage tiré du recueil de ses Pensées posthumes :
Quand l'immortalité de l'âme serait une erreur, je serais fâché de ne pas la croire. J'avoue que je ne suis pas si humble que les athées. Je ne sais comment ils pensent, mais pour moi, je ne veux pas troquer l'idée de mon immortalité contre celle de leur béatitude d'un jour. Je suis charmé de me croire immortel comme Dieu même. Indépendamment des idées
1. Comte de Ohampagny, les Césars, Paris, Gomon, in-8, 1841, l IV, p. 188.
2. Chap. XXII. Il dit aussi (Esprit des LoisJ. XXIV, ch. v) : Qaand la religion chrétienne souffrit, il y a deux siècles, ce malhettreux partage qui la divisa en catholique et en protestante.
révélées, les idées métaphysiques me donnent une très> forte espérance de mon bonheur éternel, à laquelle je ne voudrais pas renoncer.
On n'a donc jamais remarqué, dans VEsprit des Lois y ces phrases émues?
Une religion qui laisse derrière elle la justice humaine, et commence une autre justice; qui est faite pour nous mener sans cesse du repentir à Tamour, et de Tamour au repentir, ne doit point avoir de crimes inexpiables. Mais, quoiqu'elle donne des crainles et des espérances à tous, elle fait assez sentir qu'il serait très-dangereux de tourmenter sans cesse la miséricorde par de nouveaux crimes etde nouvelles expiations; qu'inquiets sur les anciennes dettes, jamais quitte envers le Seigneur, nous devons craindre d'en contracter de nouvelles, de combler la mesure et d'aller jusqu'au terme où la bonté paternelle finit.
Sa déférence en matière religieuse était telle qu'il était lié avec beaucoup de prêtres, et que ses deux plus grands amis ont été, comme nous l'avons vu, un abbé et un jésuite , Guasco et le P. Castel.
En 1751 , lorsque les immunités ecclésiastiques furent contestées, il ne crut point qu'il fallût ôter au clergé im privilège qu'il regardait comme l'ombre respectable d'un droit autrefois commun à toute la nation ^.
Pendant le premier succès ' de VEsprit des Lois y un de ses proches parents étant tombé dangereusement
U Livre XXIV, ch. 13.