‹ Histoire de MontesquieuChapitre 241 sur 274 · Montesquieu à Pabbaye de Nizor, in-8. Toulouse · texte numérisé non relu

Montesquieu à Pabbaye de Nizor, in-8. Toulouse

3. Année lUtérœre, 1776, t. VI, p. 43; — Avertissement de l'édition des OEuvres de Montesqnieu, 1767, 3 vol. in-4o, 1. 1, p. 16.

332 CHAPITRB XXV.

Enfin Diderot^ raconte que Montesquieu disait un jour en causant de religion : « Convenez , M. Suard, que la confession est une bonne chose. »

Après ces renseignements, on peut juger ce qu'ont dû être les derniers instants de Montesquieu. Il y en a des narrations faites pour le public, pour Louis XV et pour les amis : Tune vient d'un confesseur*, l'autre d'un courtisan', plusieurs d'encyclopédistes^, toutes publiées à des distances plus ou moins éloignées de l'événement et par conséquent peu sûres. La vérité doit être dans une lettre écrite le jour même de la mort de Montesquieu par une personne qui y assistait, qui est hostile aux faits qu'elle raconte, et qui est sans doute madame Dupré de Saint-Maur*.

n se fît ensuite lire la liste de ceux qui étaient venus le voir, et comme on lui lut ; « M. le curé de Saînt-Sulpice. — Gomment dites-vous cela, interrompit-il ; recommencez. » Il se fâcha de ce qu*on n'avait pas laissé entrer le curé, et ordonna à chacun de ses gens en particulier de laisser entrer

1. OEnvres, Ed. Assezat-Tourneux. Paris, Garnier, 1876, t. XIX, p. 134; Lettre à mademoiselle Vollànd, 23 septembre 1762.

2. P. Roulh, Journal d'Uirecht y 3 octobre 1755, ei Dictionnaire aniiphilosophiqiie, Avignon, 1767, p. 386.

3. De Lnynes, Mémoires ; — Soulavie, Pièces inédites pour servir aux règnes de Louis IIV, XV é\ IVI, 1793.

4. Œuvres complètes de Montesquieu^ iQ-4o, édit. Plassan, 1796, t. V; — Correspondance de Montesquieu, édit. 1767, lettre de madame d*AiguilIon ù Tabbé de Guasco,; — Dizé, Précis historique sur la vie et les travaux de J. Darcet, Paris, in -8, an X.

5. Menneehet, Matinées littéraires, in- 12, t8<7. Paris, t. IV; — Kréron , À nnée littéraire ,1755.

MONTESQUIEU COMMUNIK. 333

M. le curé, à quelque heure qu'il vîqI. Le curé y est allé cemaliu versles huit heures. Le curé lui a décoché en patelin son compliment. Le président a répondu que son intention était de faire tout ce qui convenait à un honnête homme dans la situation où il se trouvait. Le curé lui a demandé s*il avait, dans Paris, quelque homme de confiance dont il voulût se servir. Le président a répondu que, dans ces sortes de choses, il n'y avait personne en qui il eût jamais eu plus de confiance qu'en son curé; que cependant, puisqu'il lui laissait sa liberté-, il y avait une personne à Paris, en qui il se confiait beaucoup, qu'il l'enverrait chercher, et qu'il ferait demander le Saint-Sacrement après qu'il se serait confessé. Le curé s'est retiré, et le président a envoyé chercher... qui croiricz-vous? Le P. Castel, jésuite, qui est arrivé avec son second. « P. Castel, lui a dit le président en l'embrassant, je m'en vais devant. » Après quoi, le P. Castel a laissé le président seul avec le jésuite. Il s'est confessé, et M. le curé de Saint-Sulpice lui a porté le bon Dieu vers les trois heures. Le curé, tenant l'hostie entre ses mains, lui a demandé : « Croyez-vous que c'est là votre Dieu? — Oui, oui, a répondu le président, je le crois, je le crois. — Faites-lui donc un acte d'adoration. » Il s'est assis sur son lit, a tiré son bonnet. « Faites un acte d'adoration, » a dit le curé. Alors le président a levé vers les cieux les regards et la main droite, dont il tenait son bonnet : il a communié. Après quoi, le bon Dieu, le curé et les jésuites sont revenus très-contents chacuu chez eux. Quant au P. Castel, il ne se sent pas de joie.

C'est madame d'Aiguillon, dont la piété ti'était pas non plus le faible, qui a rapporté les dernières paroles que Montesquieu ait dites ^ :

J'ai toujours respecté la religion; la morale de l'Évangile

1 . Lettre de la duchesse d'Aiguillon à Maupertuis, dans V Eloge de Montesquieu, par Maupertuis.

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est une excellente chose et le plus beau présent que Dieu pût faire aux hommes.

Bientôt il cessa de prendre part à la* conversation, perdit connaissance et entra en agonie. Dix-huit heures après, il était mort; le treizième jour de sa maladie, le lundi 10 février 1785, i soixante-six ans.

Aussitôt on ouvrit son portefeuille où se trouvait un paquet scellé de huit cachets aux armes de Montesquieu et sur lequel était écrit :

Ceci est mon testament du 26 novembre 1750, dont j*ai fait deux exemplaires, l'un pour porter avec moi dans les pays étrangers où je me propose d'aller, l'autre pour être remis par moi à M. Doyen pour, en cas que le premier soit perdu, rouvrir après ma mort*.

Les formalités remplies, on lut :

Je soussigné, étant en mon bon sens, j'ai fait mon testament tout écrit de main, ainsi que s'en suit. Je commande mon âme à Dieu, et me remets pour les prières et frais funéraires à la volonté de mon héritier bas nommé, le priant de faire le tout avec une grande simplicité...

Le service eut lieu le U , lendemain de sa mort, k l'église Saint-Sulpice; et son corps y fut déposé dans le caveau de la chapelle Sainte-Geneviève'. U a disparu, sans que personne en ait pu retrouver la trace, même sous le Directoire', lorsque ses admirateurs le

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