MONTESQUIEU ET ROUSSEAU
Même, à la fin de l'anaée, en tète du cinquième vohime de Y Encyclopédie ^ d'Alembert, en chef de secte habile, présenta l'apologie de Montesquieu, comme celle d'un collaborateur : ce qui était vrai et faux en même temps, car si l'auteur des Lettres persanes avait préparé les voies des philosophes, l'auteur de l'Esprit des Lois n'aurait pas tardé à se plaindre de leur marche ^ Cette adoption par les distributeurs actuels de la réputation le grandit ; toutefois, pour le populariser, il fallut un motif plus humain.
En 1762, à l'apparition du Contrat social de Rousseau, le peuple des lettrés qui ne permet pas qu'un homme de génie soit sans rival, et la haute bourgeoisie qui cherche toujours des défenseurs, pensèrent à Y Esprit des Lois de Montesquieu.
Les deux poUtiques formèrent deux écoles. Tune qui représentait le principe de Uberté, l'autre le principe d'égalité. Le nom de celui-ci voulut dire libéralisme ou monarchie constitulionnelle, le nom de celui-là démocratie ou république radicale ; et leurs élèves se battirent, qui contre un anarchiste, qui contre un aristocrate. Alors on multiplia'^ les éditions
Uitéraire^ 1755; — Adami, sénateur florentin, Leiires familièm^ n67,2«éclit.
1 . « L'impartialilé I Voilà ce que les Encyclopédistes n'aimaient pas ûansV Esprit des Lois, » Nisard, Histoire de la littérature française^ in-8. Paris, Didol, 1870, t. IV.
. 2. Louis Dangeau, Bibfiographie de Montesquieu^ 187 4, in-8. Rouquette. Paris.
complètes de Montesquieu, on les enrichit de commentaires S on proposa son éloge au concours^, on raconta les détails de sa vie, on mit sa bienfaisance au théâtre ^, on illustra trois fois le moindre de ses livres S on le traduisit dans toutes les langues, en anglais, en italien, en allemand, en russe, en latin et en vers français. [Tous les esprits qui abordèrent l'histoire, le droit, l'économie politique et Tadministration générale, Quesnay, le marquis de Mirabeau, Raynal, Morelly, Servan, Malesherbes , Voltaire oième, procèdent de Montesquieu. Ses succès ne se bornèrent pas à la France. Il inspira, en Italie, le criminaliste Beccaria et le législateur philanthrope, Filangieri ; en Angleterre, le jurisconsulte Blackstone, et en Ecosse, le philosophe Fergusson.
Son influence se fît sentir même sur les gouvernements. Catherine ^ écrivait à un encyclopédiste, en lui envoyant son Instruction pour le Code russe : « Vous verrez comment pour l'utilité de mon empire, j'ai pillé le président de Montesquieu sans le nommer. J'espère que si de l'autre monde, il me voit travailler , il me pardonnera ce plagiat pour le bien^devingt millions
1 . Voir, tn/ra, Monographie des livres pour el^conlre Montesquieu.