Notamment ie Mercure de France
J'aime mieux remarquer le sentiment qui domine ces études. Certes on avait dit, avant Montesquieu, les motifs qui doivent nous encourager à cultiver les sciences. Personne n'a indiqué d'une façon aussi paradoxale et aussi originale qu'une connaisscmce acquise est souvent la cause indirecte du salut de la société. « Si un Descartes, dil-il, était venu au Mexique ou au « Pérou cent ans avant Cortez et Pizarre, et qu'il eût « appris aux Américains que les hommes, composés « comme il sont, ne peuvent pas être immortels, que « les ressorts de leur machine s'usent comme ceux de « toutes les machines ; que les effets de la nature ne sont « qu'une suite de lois et des communications du mou- « vement; Cortez, avec une poignée de gens, n'aurait « jamais détruit l'empire du Mexique, ni Pizarre celui « du Pérou. »
Enfin Montesquieu a écrit ' alors ces lignes admirables : « Le commerce, la navigation, l'astronomie, la « géographie, la médecine, la physique, ont reçu mille « avantages des travaux qui nous ont précédés. N'est- « ce pas un beau dessein que de travailler à laisser « après nous les hommes plus heureux que nous ne « l'avons été ? »
Il importe de ne pas oublier l'influence qu'eurent sur lui ces premières études. Elles lui apprirent à ob-
1. Discours à rAcadémie de Bordeaux. — U a dit plus tard : <r Les connaissaDces rendent les hommes doux : la raison porte à l'humanité ; il nV Sk que les préjugés qui y fassent renoncer. » Esprit des /ow, 1. XV, ch, m.