INTRODUCTION. III
Le maitre existe depuis cent viugt-cinq ans. Ses livres ont déjà formé quelques élèves ; ils peuvent en instruire davantage. La science gouvernementale, avec ses principes et ses faits, se trouve sans parti pris chez lui ; et nul n'est plus capable, en dehors de tout régune, de faire connaître ce qui est vrai et ce qui est possible en pohtique.
C'est la France qui possède ce grand professeur de droit constitutionnel, et son nom est Montesquieu.
Malheureusement , comme 11 l'avait prévu lui même S il est dans une position à part : on l'approuve ou on le critique beaucoup, on le cite davantage, mais on le lit peu, et on l'étudié encore moins, sauf à se vanter de le connaître, car sa connaissance honore.
Le mot de cette énigme m'a longtemps préoccupé. Certes Montesquieu n'a aucune des qualités qui mettent toujours à la mode chez nous, ni la raillerie des choses saintes, ni la passion de l'égalité ; pourtant ses œuvres sont incontestablement immortelles. J'attribuai la manière dont il est traité, d'abord à la légèreté prétentieuse du pubhc énervé par la bourse, le théâtre et le journal. Ensuite les gens sérieux ne sont-ils pas fatigués de lui comme les paysans grecs l'étaient
1. « li {VEsprit des lois) sera plus approuvé que lu. » Pensées di^ versest